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Un geste pas si anodin

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"Parler vrai sur Audin, c’est commencer à sortir de l’amnésie" : la dernière livraison de Réforme (n° 3769 du 20 septembre) renferme un article louant jusqu'à l'obséquiosité le geste de Macron. Son auteur se proclame "ancien conseiller de Michel Rocard" - qui lui-même, il est piquant de le rappeler, fut un ami du FLN et un "porteur de valises"... Inutile de préciser dès lors que cet article dégoulinant de repentance m'a fait bondir. Et que je me dois de réagir, en faisant appel à mon passé, et à la connaissance du passé...

Comme je l'ai déjà écrit il y a fort longtemps, je possède un original (bien jauni, aujourd'hui) de la publication en feuilles, par Témoignage chrétien, du livre d'Alleg, La Question - primitivement paru aux Éditions de Minuit, ce mince ouvrage fut prestement saisi sur ordre du gouvernement socialiste de Guy Mollet, et circula sous le manteau. C'est dire à quel point  je me suis intéressé de près, à l'époque, aux "événements d'Algérie", comme on disait pudiquement.


Il n'en reste pas moins que ce texte m'avait quand même fait tiquer, comme étant l'écrit d'un preux intellectuel sauvagement brimé par des analphabètes violents. Et ce qui m'avait particulièrement surpris, c'est que le militant communiste citait nommément ses tortionnaires, comme s'il avait eu l'occasion de partager avec eux l'anisette au bistrot du coin... J'ai été arrêté il y a peu, au col de la Croix-Haute, par un quarteron de gendarmes en activité ; je puis vous assurer que je serais bien incapable de vous donner le patronyme d'un seul d'entre eux... Il est vrai qu'ils ne m'ont pas torturé, mais seulement soumis à questions ;-)

Or donc, en ces temps troublés, moi aussi je "militais", à mon petit niveau, pour une solution négociée. Et je me souviens de ces réunions sinon secrètes, du moins très discrètes, qui se tenaient cours Berriat, sous la présidence de l'intègre Alix Berthet, ancien Pupille de la Nation, ancien instituteur devenu député socialiste vivement opposé à Mollet, et accessoirement bête noire des communistes isérois (encore un que la vague gaulliste de 1958 emporta définitivement). Lui aussi, scandalisé par les méthodes des Mollet, Mitterrand, et consorts, militait pour la paix. Mais je crois pouvoir affirmer qu'il ne lui serait jamais venu à l'idée de trahir son pays. Et quand je relis aujourd'hui, sur mon exemplaire de La Question, cet exergue emprunté à Romain Rolland, "En attaquant les Français corrompus, c'est la France que je défends", je ne puis m'empêcher d'éprouver un immense malaise : qui donc étaient les corrompus ? Tenter de répondre à cette question, c'est immanquablement rafraîchir la mémoire historique de certains, à propos des communistes français en général, et d'un communiste français en particulier.

Dans cette optique, il faut hélas rappeler que cette engeance sait ce que signifie l'Anti-France : depuis la création de la SFIC, en 1920, elle n'a pas cessé d'œuvrer contre son pays. Je me souviens d'ailleurs que Guy Mollet prétendait que les communistes n'étaient pas à gauche, mais qu'ils étaient à l'Est, manière de dire que ces pseudo-anticolonialistes étaient surtout de fanatiques affidés à l'Union soviétique (le plus grand pays colonisateur, comme chacun sait).

Alors, quelques faits, pour aller très vite : tandis que les députés communistes votaient à la Chambre (le 12 mars 1956), et comme un seul homme, les pleins pouvoirs à Guy Mollet (et donc, à Mitterrand), dans tout le pays ils organisaient le désordre, pour empêcher les "disponibles" de rejoindre l'Algérie (alors terre française, composée de départements français) ; je me souviens à cet égard des très violents incidents qui eurent lieu à Grenoble, mi-mai 1956, en particulier au passage à niveau dit barrière de l'Aigle (qui a disparu depuis, au profit d'un auto-pont) : de véritables batailles rangées (avec, aux côtés des militants communistes, des Nord-Africains...). Mais, une fois enfin sur place, les appelés cocos, transformés, n'étaient pas les derniers à torturer : une livraison de la revue Esprit parue à cette époque ("Des appelés - chrétiens – témoignent"), ne laisse pas subsister le moindre doute à cet égard. Toujours dans le but de créer le désordre, des militantes de l'Union des Femmes françaises, qui avaient réussi à se faire embaucher dans nos usines d'armement, faisaient tout ce qui était en leur pouvoir pour saboter discrètement des munitions (cartouches peu chargées, grenades dont l'effet retard avait été supprimé, etc.) : toutes manœuvres qui se nomment haute trahison et intelligence avec l'ennemi, mais qui malheureusement ne furent que rarement réprimées comme cela aurait dû l'être : l'inflexible poigne de Jules Moch avait fait son temps...

Mais voici qu'une telle évocation oblige à remonter un peu le temps : on a oublié que, Pacte germano-soviétique oblige, les cocos se réjouirent bruyamment de la défaite des démocraties (France-Angleterre) devant le coup de butoir hitlérien. Mieux même, ils sollicitèrent auprès de l'occupant l'autorisation de faire réapparaître l'Humanité (interdite par Daladier) ! Bien plus encore, ils avaient auparavant poursuivi, à même leurs rangs, les militants qui avaient été révulsés par la poignée de main Hitler-Staline, et les avaient fait exécuter, mais oui ! sans autre forme de procès. Sartre raconte quelque part que c'est à sa grandissante notoriété que Paul Nizan, militant communiste absolument opposé au Pacte, dut sa survie (mais il eut quand même droit à sa conduite de Grenoble, voire davantage : les cocos aiment à salir ceux qui leur résistent). Certes, le P. C. tourna casaque dès l'invasion de l'Urss et, pour tenter de faire oublier son flirt passager avec Hitler, envoya d'emblée au casse-pipe des apatrides qui n'avaient rien à perdre - les M.O.I. -, tirant à son entier profit les marrons du feu. Et je passe sur la sinistre comédie du "parti des soixante-quinze mille fusillés" - les nazis fusillèrent beaucoup moins du dixième de résistants (autour de cinq mille fusillés, ce qui est épouvantablement atroce, certes) - lancée de la part de cyniques personnages qui fusillèrent, à leur tour, et en moins d'un an, dès la percée américaine à partir de la Normandie, et avant la mise en place de l'épuration judiciaire, davantage de Français que les nazis en quatre ans !

Voilà, très rapidement résumé, ce qu'il en est du P.C. F., féroce admirateur de son glorieux grand frère. Dois-je aussi ajouter que, sous couvert des voyages France-URSS, de valeureux militants emportaient discrètement avec eux des métaux précieux ou des secrets de fabrication, afin d'aider le paradis communiste ? Certains de ces bougres se sont même vantés à la télévision de leurs exploits, convaincus qu'ils étaient de leur totale impunité...

En guise d'interlude, et à l'attention de ceux qui douteraient des méthodes staliniennes, je suggère le destin du dénommé Auguste Lecœur : cet ancien très haut dirigeant du PC (le pendant de Duclos, tout de même) eut la mauvais idée de vouloir prendre la parole en pleine guerre d'Algérie, sur le problème de la déstalinisation, au cours d'un meeting socialiste, à Hénin-Liétard, début juillet 1956. Mal lui en prit, les nervis staliniens le mirent minable comme on dit et l'empêchèrent de s'exprimer. Cherchez donc dans les journaux de l'époque les photos du visage de ce Monsieur, vous comprendrez ce que violente agression veut dire !

 

Reste à envisager, maintenant, le cas Audin, que le locataire de l'Élysée a sorti de la naphtaline - pour la même raison, qui se nomme forfaiture, que sa déclaration (certes, il n'était alors que candidat mendiant les voix musulmanes, mais l'indignité des propos n'en est pas moins avérée) devant Bouteflika, qualifiant la colonisation, mi-février 2017, de "crime contre l'humanité" (mais jugées à la même aune, en quels termes devrait-on parler des "conquêtes" musulmanes, poursuivies jusqu'à l'Indus ?). Bref, qui était Maurice Audin ? C'était au premier abord un jeune et paisible père de famille. On nous dit qu'il était prof de maths à la Fac d'Alger. Mais il était bien jeune pour enseigner à la Fac, tandis qu'il n'était même pas agrégé. Vous m'objecterez qu'il était militant communiste, comme son compère Alleg (qui se fit pincer chez lui, d'ailleurs), et que cela suffisait à lui donner la compétence requise. Soit. Mais outre qu'il militait pour le FLN, il préparait aussi une thèse. Cela fait beaucoup d'activités à la fois, vous ne trouvez pas ? Peut-être d'ailleurs avait-il une puissance phénoménale de travail, ce qui n'est pas impossible. Cependant, que les soutiens de gauche à la cause FLN aient réussi à l'époque, à grand renfort de cinéma larmoyant et en plein Paris, avec l'autorité morale de François Mauriac, à organiser une soutenance de thèse hors la présence (forcément) du thésard "militant pour la paix", cela me paraît tout de même inouï (mais tous comptes faits, moins scandaleux que la soutenance de thèse en sociologie, quelque cinquante ans plus tard, d'Élisabeth Teissier).

Et je reviens maintenant à ces jours derniers, et aux réactions à la demande de pardon de Macron, président de la République, adressée à la veuve de l'ancien jeune militant communiste. Peu me chaut que j'éprouve à peu près les mêmes sentiments, sur ce point, que Dame Le Pen ; après tout, elle respire et moi aussi (sans doute pas pour très longtemps encore). Mais c'est la réaction d'Éric Zemmour, comme toujours d'un grand courage et d'une lucidité si aiguë, si insupportable aux aveugles, qu'elle le conduit souvent devant les tribunaux, qui m'importe. Le récent auteur de "Destin français" - "cette ode au refus de la repentance" - vient en effet de déclarer le 18 septembre dernier à la télé l'Opinion : "J’ai été scandalisé par le comportement d’Emmanuel Macron, je pense que ce M. Audin, est mort dans des conditions tragiques, évidemment, mais c'était une guerre d'Algérie furieuse [...] et je pense qu'il méritait douze balles dans la peau ; c'était un traître, c’était un type qui était contre la France, qui aidait le FLN, qui aidait le FLN à tuer des Français, et accessoirement des harkis et des musulmans, à les massacrer. C'était la guerre contre la France. Ce type a pris les armes contre la France, c'était tout à fait normal qu'il fût exécuté. [...] La torture, ça a quand même permis d'arrêter les attentats".

Je voudrais tout d'abord ramener à sa juste proportion le brutal "douze balles dans la peau". Qu'il me soit permis de rappeler que durant la guerre d'Indochine, au tout début des années cinquante, un député de droite avait proposé à la Chambre le vote d'un envoi de colis de Noël (nous étions en décembre) à chaque soldat français combattant en Extrême-Orient. Une députée communiste lui rétorqua férocement : "Le seul cadeau qu’ils méritent, c’est douze balles dans la peau !" Et la messe fut dite. Cette réaction honteuse (mais on peut s'attendre à tout d'un communiste) visant des soldats se faisant trouer la peau pour le drapeau français est autrement scandaleuse que la "sortie" de Zemmour. Quant au reste, qui ne voit qu'il ne fait que rapporter la vérité ? La torture, du côté français ? Sans doute. Mais le moyen de faire autrement ? "Nous avons fait une guerre sale, en Algérie" a dit un jour un gradé. Ajoutant : "mais le FLN, lui, a conduit une guerre dégueulasse". Avec l'appui des Yveton, des Maillot, des Laban (et de tant d'autres)  : la liste est longue des traîtres dont Macron pourrait aussi magnifier l'action ! Au fait, je le rappelle, ce fut au nom du Djihad que la "guerre d'indépendance" fut menée, parce qu'on l'oublie trop souvent. Et ce fut d'abord une guerre "dégueulasse" contre ses propres frères trop tièdes à ses yeux, une guerre d'extermination entre factions rivales, guerre que le FLN entendait poursuivre jusqu'en métropole, jusqu'en plein Paris - avant que Papon ne mette le holà.

La "sale guerre" fut largement gagnée par la France et le plan Challe. Mais de Gaulle était pressé d'en finir. Les accords d'Evian furent immédiatement foulés aux pieds par les nouvelles autorités. Et prit place un effroyable bain de sang, visant les Pieds Noirs restés sur place tout d'abord, mais aussi et surtout adressé à des milliers de supplétifs musulmans, empêchés de rejoindre la métropole (c'est cela, la honte de la France) massacrés sauvagement, ceux qui eurent droit au sourire kabyle étant fort privilégiés au regard des malheureux qui finirent cuits à l'eau bouillante…

Oui, je sais de quel côté se trouvaient alors les Français les plus corrompus... et l'amnésie. Et je sais aussi ce qu'est, devant l'Histoire, une forfaiture… Ça ne s'efface pas en distribuant quelques breloques à de vieux harkis ayant échappé au massacre.

Commentaires

1. Le dimanche, 23 septembre 2018, 16:51 par Un Citoyen ordinaire

Tout le monde trouve normal d'avoir condamné à mort (voire parfois exécuté sommairement) à la Libération des miliciens complices de l'occupant nazi qui avaient retourné leurs armes contre d'autres Français, et le mot traître ne choque personne quand on évoque cette page sombre de notre Histoire ; mais là, lors d'une autre page sombre, il faudrait pleurer sur le sort d'un complice des terroristes et des "bouchers" du FLN qui lui aussi avait (directement ou pas, mais peu importe) du sang de compatriotes français sur les mains ? Deux Français tueurs de Français mais un salopard dans un cas et un héros dans l'autre ?... Ou comment l'idéologie dominante actuelle réécrit l'Histoire avec toujours cette habituelle indignation à géométrie variable qui fait que tous les crimes ne se valent pas et que toutes les victimes ne sont pas égales selon que l'assassin est dans le pseudo-"camp du Bien" ou pas...
Douze balles dans la peau pour un milicien en 1944, ça me va ! Mais douze balles pour un "porteur de valise" communiste du FLN, ça me va AUSSI ! Un traître à son pays est et reste un traître à son pays. Il n'y en a pas de bons ou de mauvais, il n'y a que des salopards.
Honte à eux et honte à ceux aujourd'hui en 2018 qui les honorent...

2. Le mercredi, 26 septembre 2018, 10:06 par Olivier.

Sacré Rocard !

Quand il était Maire de Conflans-Ste-Honorine, je comprends mieux pourquoi le Canard Enchaîné l'avait surnommé le Gonflant de Ste-Honorine !

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