Bloc-notes

Home

Aller au menu | Aller à la recherche

Deux frères...

, 06:36 - Lien permanent

On annonce la disparition d'Henri Emmanuelli, à la suite d'une longue maladie, selon la formule consacrée. Il était âgé de 71 ans, et président du Conseil départemental des Landes - après avoir été longuement député de ce même département. Tout aussitôt, ses anciens camarades de parti de le couvrir de fleurs, toutes plus sincères les unes que les autres et nullement hyperboliques, cela va sans dire.

Ainsi, celui qui se prend encore pour le président de la République de tweeter : "Henri Emmanuelli était un homme droit. Socialiste de cœur, de raison et d'action, il n'a jamais transigé avec ses idées et ses principes". Bien curieux principes socialistes pour un homme qui débuta sa carrière chez Rothschild, qu'il ne quitta qu'au moment de son élection comme député - il était alors Directeur adjoint de la Compagnie financière Edmond de Rothschild. Une sorte de préfiguration de Macron, donc.

Dame Aubry, quant à elle, parle avec emphase "d'un homme qui n'a jamais dévié de ses convictions tout en essayant de changer la réalité". Et elle ajoute : "La France perd un homme d'État et la gauche, un immense militant".  "Un homme d'État" ! Mézalor, mézalor... on se demande bien pourquoi cet "homme d'État" ne dépassa jamais, dans les nombreux gouvernements concoctés par Mitterrand, le niveau de secrétaire d'État. Une injustice de casting, sans doute ?

Quant à la déclaration de l'actuel prétendant socialiste à la course à l'Élysée, Benoît Hamon, elle ne laisse pas de sonner curieusement quand bien même elle paraît fort sincère : "Je lui dois beaucoup. Ça me bouleverse. Il était une forme d'âme sœur pour moi... [...] il était un frère en politique". "Un frère en politique" ? Qu'est-ce à dire ? Est-ce une discrète allusion du cadet au passage de l'aîné dans l'organisation discrète sise dans la rue du même nom ?

 

Ah ! qu'en termes galants, ces choses-là sont mises !  comme s'écrie Philinte au vers 325 du Misanthrope...

 

Car aucun de ces incroyables tresseurs de lauriers ne fait allusion à ce qui fâche, comme par exemple le fait que ce trésorier du parti socialiste fut condamné fin 97 pour complicité de trafic d'influences, à dix-huit mois de prison avec sursis et à deux ans de privation des droits civiques (Affaire Urba). Inquiété également six mois plus tard lors de l'affaire Lestrade de financement illégal du Parti socialiste (ramification de l'Affaire Urba), il s'en tira avec un non-lieu - ne me faites pas dire que la justice sait se montrer clémente envers les socialistes, et que le "deux poids, deux mesures" que l'on vit actuellement dans l'Affaire Fillon a connu de fort nombreux précédents...

Mais il y a pis, selon moi : car lorsqu'il fut convoqué devant le tribunal, il ne s'y rendit pas seul ; il était flanqué d'une foule de socialistes grondants et même menaçants à l'égard de la Justice : à la tête de cette bien curieuse délégation se pavanait un certain Jospin, tout menton mussolinien en avant. Sans doute est-ce pour cette raison que le petit Cazeneuve, Premier ministre actuel, a indiqué dans son hommage : "Henri Emmanuelli a consacré sa vie à son idéal de justice...". On devine lequel !

Ah, les braves gens ! Comme le remarque finement Proust, "le temps qui change les êtres ne modifie pas l'image que nous avons gardée d'eux". Et le regretté Jean-François Revel trouva les mots justes pour stigmatiser cette attitude nauséabonde, dans un article du Point intitulé "Un peu de décence !"

Et si je passe très vite sur le doigt d'honneur (le "frère" Emmanuelli était un homme particulièrement raffiné, cela se voyait sur sa figure) que le défunt fit en 2011, en pleine séance de questions à l'Assemblée nationale, à l'endroit de Fillon, justement (lequel était alors Premier ministre), je veux quand même noter que le président du Conseil départemental des Landes fut le premier à doter de "tablettes" informatiques les collégiens de son département : il y voyait le nec plus ultra de l'éradication de l'échec scolaire, de l'égalité des chances enfin réalisée, etc.

Apprendre sans effort ! Et même tout en s'amusant ! Le vieux rêve de tous les indécrottables imbéciles ! Mais je dois à la vérité d'ajouter, tout de même, que nombre de ses collègues, socialistes ou pas, lui emboîtèrent assez rapidement le pas.

Comme quoi, il ne faut jamais trop espérer de l'intelligence humaine, surtout en démocratie formelle.

 

Note :

 

Dans Le Monde du 23 juin 1995, Pascal Bruckner devait écrire, sous le titre "La démagogie de la détresse", ce qu'il pensait des pleurnicheries d'Emmanuelli (et de quelques autres):

"À en croire la presse, Henri Emmanuelli, condamné dans le dossier Urba à un an de prison avec sursis par le tribunal de Saint-Brieuc, aurait déclaré "qu'il comprenait mieux les juifs depuis qu'il était devenu le juif judiciaire du PS". La comparaison serait simplement grotesque si elle ne tendait à devenir l'argument obligé de nombreux responsables politiques en délicatesse avec la justice. Déjà en 1993, Bernard Tapie, mis en examen dans l'affaire OM-Valenciennes, s'était exclamé : "Je me sens comme un juif traqué par la Gestapo" avant de se présenter un an plus tard comme le chef de file des exclus et des déshérités. Et Alain Carignon, dans son dernier livre, Une saison dans la nuit, récit de ses six mois de détention provisoire, constate que rien n'a changé depuis l'époque des lettres de cachet, fustige l'acharnement judiciaire à son encontre et dit comprendre "l'efficacité de la torture nazie qui enferme les gens, seuls" [sic].

Bref, chaque fois le désaveu de la faute entraîne la disqualification du système juridique français, ravalé au rang d'une pâle copie du IIIe Reich. Car se dire le "juif" de la société, c'est faire de ses adversaires l'équivalent des nazis, c'est rattacher son cas particulier à la plus grande ignominie du siècle, fantastique exagération de la part de personnages publics qui bénéficient durant leur procès de toutes les garanties d'un État de droit. De leur peur légitime du pouvoir souvent discrétionnaire des juges d'instruction, on en arrive à ce syllogisme pervers : puisque des innocents parfois sont condamnés à tort, si je suis poursuivi à mon tour, c'est que je suis innocent [...]".

 

Commentaires

1. Le mercredi, 22 mars 2017, 16:30 par Olivier

Bonjour,

Toujours à propos de l'énorme scandale Urba-Gracco, je me souviens de ce défilé de socialistes bon teint, se relayant, la main sur le cœur, sur les plateaux-télé en affirmant "qu'il n'y avait pas eu d'enrichissement personnel", sous-entendu, qu'est-ce que vous venez nous emmerder ?

C'est long mais Dieu merci, je crois bien que la gauche est soluble dans les pots-de-vin !

La preuve par Moscovici qui s'est fait offrir des costards de luxe par un gros négociant en vins de Bourgogne, fournisseur officiel de l’Élysée et de Matignon !

A la question : sans contre-partie ? Cela va de soi a répondu l'ancien trotskiste.......

J'en appelle à la postérité.....
(Bouzin dans "Un fil à la patte" de Georges Feydeau)

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2...

Ajouter un commentaire

Les commentaires peuvent être formatés en utilisant une syntaxe wiki simplifiée.

Fil des commentaires de ce billet