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On entend mille voix qu'on ne peut démêler (2)

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Le terrain étant ainsi déblayé comme nous l'avons vu hier, nous pouvons entrer (enfin !) dans le vif du sujet, pour lequel il n'est que deux questions qui vaillent :

- y a-t-il eu emploi fictif et détournement de fonds publics ?

- la justice, qui certes se doit d'être implacable, est-elle légitimée dans sa démarche précipitée, et absolument impartiale vis-à-vis des faits ? Mais aussi : la "media-politique" (pour reprendre l'expression du général B. Soubelet) a-t-elle quelque chose à voir avec la justice impartiale ?

Sur ce premier point, qui peut dès l'abord nous certifier que les médiocres connards (de l'espèce extrême-gauche, qui "font" 1 à 2 % des suffrages aux élections) accompagnant les déplacements de Fillon de concerts de casseroles n'en traînent pas, eux aussi, et bien plus graves que celles du candidat de la droite ? Au hasard, que dire du fonctionnaire parfaitement honnête qui emploie au noir une personne pour garder ses enfants, ou pour tenir son ménage ? Et que dire de la personne qui accepte d'être employée au noir ? Que dire aussi du quidam qui doit changer son chauffe-eau, et à qui son plombier propose un arrangement "gagnant-gagnant" de tricherie sur la TVA ? Qui donc peut se targuer de n'avoir jamais triché - à son niveau - pourra jeter la première pierre !

Et maintenant, la seule question qui vaille : si Penelope n'a rien fait, qui donc a accompli  - gratuitement et à sa place - le travail indispensable à l'action d'un parlementaire ? Car aucun parlementaire, de nos jours, ne peut se passer d'un important travail (recherche, documentation, représentations, etc.) effectué en amont ou en parallèle. À ma connaissance, personne au sein de la meute médiatique n'a tenté de répondre à cette question fondamentale.

D'autre part, les fonds dont dispose chaque parlementaire ne sont pas des fonds publics ; peut-être est-ce scandaleux, mais c'est la loi, et le député (ou le sénateur) peut s'en servir à sa guise. N'a-t-on pas évoqué de tel ou tel parlementaire qui les avait utilisés pour... acquérir un bien immobilier ? La façon dont Fillon a dépensé les fonds qui lui étaient alloués est donc parfaitement légale, et ne relève en rien de la Justice... sauf s'il s'agit d'un bien médiocre rideau de fumée pour passer par pertes et profits le bilan plus que calamiteux de ce quinquennat, et pour essayer de poursuivre dans la même veine, d'une façon déguisée... Pour éviter à tout prix l'alternance qui paraissait, il y a peu, inéluctable.

Et quand on pense, soit dit en passant, que les primaires socialistes ont couronné Benoît Hamon dont le programme  économique aurait pu être "co-écrit par Bécassine et Oui-Oui", on ne peut que songer à ce que disait Rocard, déplorant "l'excessif simplisme des militants"... Et parce que cette manœuvre est l'œuvre de médiocres, n'y a-t-il pas aussi, là-dessous, une manière de jalousie à la suite des primaires, celle de la droite ayant connu deux fois plus de succès (d'affluence) que celles de la gauche lesquelles, de plus, ont été entachées de soupçons d'irrégularités (des journalistes ayant démontré avoir pu voter à plusieurs reprises) ? C'est une question qu'il conviendrait de poser... Car cette fin de règne du régime socialiste - l'inquisition socialiste aux abois - fait flèche de tout bois, surtout le plus pourri.

 

Last but not least, que vient faire la Justice dans cette galère ?

Je veux d'abord rappeler que d'une façon générale, le citoyen se méfie grandement, à tort ou à raison, de l'institution judiciaire (tout comme il se méfie des médias...). En 2015, un  sondage établissait que les deux tiers des Français n'avaient aucune confiance dans la Justice de leur pays... Faut-il rappeler que des juges sans aveu laissent "fuiter", par calcul partisan, et au mépris de la présomption d'innocence, nombre de documents judiciaires ? Ainsi pour prendre un  exemple ancien, dès le lendemain de sa très longue audition, fin décembre 2006, le premier ministre de Villepin eut la désagréable surprise de trouver, publié "en exclusivité" dans Le Monde, le verbatim de ses déclarations... Et, très récemment (12-13 février), le même quotidien du soir a publié avec gourmandise des extraits de l'ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel (pour détournement de fonds publics et prise illégale d'intérêts) de la Maire d'Aix-en-Provence - manière de venger la déroute socialiste lors des dernières municipales...

Et ne faisons que mentionner en passant que le soupçon d'emplois fictifs à l'encontre de la présidente du Front national, tel qu'instruit par l'Olaf (l'organisme antifraude de l'UE), est aussitôt diffusé dans la presse (Mediapart et Marianne ayant pour une fois "grillé" Le Monde !)

C'est pourquoi on ne peut qu'acquiescer aux propos de Me Dupont-Moretti (par ailleurs bon socialiste et fervent soutien de la Maire de Lille, dame Aubry) s'écriant, dans 'C à vous' sur France 5, le 5 février, "MM. Davet et Lhomme sont les nouveaux inquisiteurs", reprochant ainsi à ces deux journalistes du Monde de ne pas respecter le Droit dans leur traitement de l'affaire Penelope Fillon (et inventant du coup une belle expression, la  volonté  de  "transpercence").

De même, il y a trois jours, le magistrat honoraire Didier Gallot écrivait dans Le Figaro, sous le titre "Il faut un vrai juge, indépendant, pour sauver l'État de droit", ceci : "Après l'intervention du Parquet National Financier (PNF), l'affaire de corne cul qui plombe la campagne de François Fillon a changé de nature et de dimension.

Qu'une branche de la Justice intervienne ainsi directement en s'auto-saisissant - en pleine campagne électorale -, constitue un phénomène tout à fait nouveau dans l'histoire de l'institution et qui frise la dénonciation calomnieuse.

Rappelons que de surcroît, certains procès-verbaux d'audition se sont retrouvés en temps réel dans la presse écrite.

Ceci est d'autant plus choquant qu'en période électorale il existait une tradition républicaine bien ancrée : les juges d'instruction cessaient d'opérer afin de ne pas peser sur le suffrage universel.

Ajoutez à cela la proximité entre le Parquet national financier et l'Élysée - la conseillère justice de la présidence de la République vient de ce service - et vous aurez tout compris.

Ceci permet d'expliquer pourquoi un service judiciaire s'est étroitement impliqué dans la campagne présidentielle en traquant une hypothétique infraction pénale dont les juristes sérieux estiment qu'elle n'existe que dans l'imagination, apparemment très fertile, de la cheffe du Parquet National Financier".

Est-ce donc assez clair ?

Mais on rappellera aussi que dès la création de ce fameux Parquet national (dirigé par la dénommée Houlette, la candidate de Taubira ! Une marque d'indépendance et d'impartialité !), qui lui aussi fait "fuiter" des documents, le Conseil d'État avait jugé (en mai 2013) que le PNF "n'était pas la réponse appropriée" à la prise en charge des délits financiers, et que la Cour de cassation elle-même s'était "sérieusement" interrogée sur ce Parquet, ajoutant que "l'extension des compétences du parquet de Paris n'aurait pas appelé de réserves". Et jusqu'au Syndicat de la magistrature, pourtant très proche du pouvoir en place, qui s'interrogeait sur "l'absence totale de garanties statutaires d'indépendance pour ce procureur nommé comme les autres par le pouvoir exécutif dans des conditions opaques" ! Encore une fois, est-ce assez clair ?

Il s'agit donc bien, comme le proclame le candidat Fillon, d'un "coup d'État institutionnel".

Mais encore une parenthèse, pour la petite histoire : on notera que les arguments "pro-Fillon" ont été passés en revue et balayés dans Le Monde (livraison du 11 février), par un journaliste sans doute d'une rare compétence dans le domaine juridique, un certain Franck Johannès (mais aussi que ces mêmes arguments ont été repris avec force une semaine plus tard, dans une tribune publiée dans Le Point - du 18 février - par 13 juristes - 5 avocats et huit professeurs d'Université - sous le titre : "Les termes de 'coup d'État institutionnel' définissent parfaitement les manoeuvres employées à l'encontre de François Fillon", ce qui est, une fois encore, parfaitement clair). Alors, qu'il me soit permis de rappeler ici que le même quotidien du soir avait publié, à l'été 2006, une série d'articles consacrés à quelques grandes affaires criminelles, l'affaire Dominici illustrant, le 13 juillet, l'année 1965 (décès de l'assassin). Quelques jours plus tard, quelle stupeur de lire, dans ce même quotidien, l'entrefilet suivant : "À la suite de la publication, dans la série 'Grandes affaires criminelles', de l'article 'le triple crime de Lurs' signé Christian Colombani, l'auteur nous demande de préciser qu'il ne peut accepter la paternité de ce texte entièrement réorienté sur le fond et remanié dans la forme". Mais oui ! Derrière le dos de Colombani, un journaliste avait accepté - quel sens de l'honneur, de la probité et de la déontologie ! - de réécrire son article, dans le sens du doute sur la culpabilité du vieux berger de la Grand'Terre ! Ce journaliste, m'apprit Colombani, se nommait Johannès Franck... Sans doute un hononyme...
Ce que le Canard enchaîné, dans son style inimitable, nommerait "les apparentements terribles"... Voir ici le détail de cette piteuse "réorientation". Parenthèse fermée.

 

Et comment donc conclure mieux qu'en donnant la parole à un lecteur de l'hebdomadaire protestant Réforme (n° 3693 vendredi 17 février 2017) ?

"Je constate que Réforme se joint à la meute journalistique et emboîte le pas aux révélations du Canard enchaîné, renforçant même la 'présomption de culpabilité' en lui donnant une assise psychologique. Dans ce déferlement  médiatique, il est cependant possible d'adopter un point de vue plus critique portant non sur le contenu de la dénonciation, mais sur la démarche elle-même de la dénonciation, en général reçue par les commentateurs sans aucun questionnement, comme une révélation innocente et salutaire... Si l'on veut en effet prendre une vraie distance critique, il est permis de s'interroger sur le contexte et les coulisses de l'événement et sur sa signification globale pour notre fonctionnement démocratique, en se posant quelques questions. Pourquoi François Fillon n'a-t-il jamais été jusqu'ici visé par la presse ou la justice, alors qu'il fut Premier ministre ? C'est qu'il n'y avait sans doute pas grand-chose à gratter, sinon, on l'aurait su depuis longtemps. Pourquoi est-il devenu tout d'un coup essentiel pour la Nation de tout savoir quant au mode de collaboration établi sur les vingt dernières années entre François Fillon, sa femme et ses enfants ? Tout cela n'est-il pas fait à l'évidence au profit du seul candidat rescapé et plausible de la majorité sortante, Emmanuel Macron ? Celui-ci se trouve être le tout récent patron de Bercy, d'où seul peuvent provenir les précieux renseignements. C'est la fameuse question : 'À qui profite le crime ?'... Il apparaît donc que les révélations savamment distillées par le Canard enchaîné ne sont pas avant tout le fait d'un comité de vertueux citoyens soucieux de la vérité et du bien public, qui se sentiraient obligés par leur conscience de dévoiler des faits connus depuis longtemps, mais plutôt de 'l'assassinat politique' délibéré d'un candidat de droite devenu dangereux, car ayant pris soudain de bonnes chances de gagner... Un regard critique pourrait donc se déplacer de la cible, largement étudiée, vers les tireurs qui n'ont rien d'enfants de chœur candides, dans leur démarche très 'populiste' jouant sur les ressorts d'une basse démagogie : rejet des élites et haine de l'argent, ce qui n'est pas le meilleur signe de santé pour notre société".

Commentaires

1. Le mardi, 21 février 2017, 09:27 par Nicolas

C'est ce que l'on voudrait lire plus souvent et entendre plus encore dans les médias.
Excellent article qui remet "l'affaire" en perspective et à sa juste mesure.

2. Le mardi, 21 février 2017, 22:37 par Jean-Louis

Que Fillon ait agi de manière légale, cela paraît probable. Que la morale y trouve son compte, c'est une autre affaire, surtout venant d'un candidat à la primaire qui a énoncé à plusieurs reprises l'argument suivant : "Je rencontre tous les jours des Français qui me disent que lorsqu'ils passent devant le radar, ils payent. Vous, en haut, vous ne payez jamais". En d'autres termes, ce qui vaut pour nous ne vaut pas pour vous. C'est bien là que réside le cœur d'une certaine déception. Encore qu'il faille raison garder, Fillon n'a tué personne. Mais bon ! une fois qu'on a dit tout cela et qu'on l'a répété, que faire ? Voter pour M. Macron qui se verrait présider un pays auteur d'un crime contre l'humanité ? Voter pour Marine qui flirte (économiquement) avec Mélenchon ? Pour Hamon qui, selon Cambadélis, serait compatible avec Macron et Mélenchon ? Tout ceci est un joyeux bordel.
Le seul qui semble tenir la route, pour la France, c'est encore Fillon. Et les Français commencent à comprendre qu'on les roule dans la farine depuis quelques semaines. Il serait temps. Désormais, les courbes se croisent avec le ravi de la crèche médiatique. Je gage que ce n'est pas fini.

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