Bloc-notes

Home

Aller au menu | Aller à la recherche

Télévision : du peuple à la populace

, 07:40 - Lien permanent

Jeudi, jour de l'Ascension. Aussi, le philosophe Robert Redeker ne m'en voudra pas, j'espère, d'élever le débat en "empruntant" au Figaro du 30 avril dernier son article aussi lumineux que réprobateur sur les dérives de la télévision (commerciale ou pas)...

 


"Pourquoi la télévision a-t-elle fait le choix de la bêtise et non de l'intelligence ? Pour transformer le peuple qui pense en populace facile à gouverner" (Michel Onfray, in Le Figaro du 24 avril 2016)

Pour acquérir une chaîne de télévision, TF1, Francis Bouygues dut proposer le "mieux-disant culturel". Pareille exigence paraîtrait aujourd’hui, si la chaîne était à nouveau à vendre, bien exotique. Cette obligation reflétait en son temps une demande collective : la télévision comme instrument de culture, d’élévation du niveau intellectuel de toute la population. La télévision civilisatrice. Le téléspectateur contemporain au contraire est tellement enveloppé par la bêtise et la vulgarité, tellement accoutumé à des animateurs dont le cynisme ne rivalise qu’avec l’inculture, que pareille revendication ne lui viendrait pas même à l’esprit. Comment l’expliquer ? Pourquoi ces provocations incessantes dans des talk-shows trash comme celui de Cyril Hanouna, ces gifles en direct, ces insultes ? Comment évaluer ces programmes de téléréalité toujours plus dégradants pour la dignité humaine ?
Contrairement à ce qu’une approche superficielle laisse croire, ces émissions ne s’inscrivent pas dans le registre du divertissement. Elles sont du lavage de cerveau. Elles le sont parce qu’elles sapent les fondements de la socialité et détruisent la décence commune. L’un des faits les plus marquants des dernières décennies est la disparition de la politesse. Celle-ci repose sur la distance, le quant-à-soi. De pareils spectacles ne vivent à l’inverse que du culte déshumanisant de l’immédiat et de la spontanéité. C’est également au nom de ce mythe de l’immédiateté que l’éducation formelle, l’éducation à la forme contraignante des rapports humains, a été détruite. On n’oblige plus les élèves à se lever et à faire silence quand un adulte entre dans une salle de classe. Il existe un lien entre l’impolitesse encouragée par notre école, hélas en pleine décadence, et la vulgarité télévisuelle. La télé-Hanouna et l’école, ce qu’est devenue l’école, militent sans le savoir pour la même cause : la loi de celui qui crie le plus fort, la loi de celui qui se conduit en petit caïd, la loi, aimée parce que les rebellocrates la croient subversive, de ceux qui dynamitent les codes de la politesse.
La course à la vulgarité plutôt qu’au "mieux-disant culturel" a reçu des renforts inattendus. Le 8 mars dernier, Journée de la femme, Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation nationale de la République française, déclarait à la radio : "Cela fait bientôt vingt ans que je fais de la politique et je ne me suis jamais prêtée aux bruits de chiottes qui consistent à raconter des choses qui n’ont pas à être racontées".
La vulgarité du propos ministériel sur l’acoustique des lieux d’aisance ne tranche pas avec le climat général imbibant les émissions de télé poubelle. Le ministre égrillard devant les petites culottes de journalistes complète le tableau. La contamination de la vulgarité ne touche pas qu’un petit animateur insignifiant, ni que des joueurs de football sans QI. Elle atteint le plus haut niveau de l’État.

De quoi les talk-shows trash et la téléréalité sont-ils le spectacle et le commerce ? Première réponse : de l’abjection. Abjecte est la bassesse des arguments et des gifles échangés dans ces débats virant aux querelles de chiffonniers, abjectes sont les situations humiliantes dans lesquelles la téléréalité installe ses protagonistes ! Toutes ces émissions offrent le spectacle du déchet, de ce qu’il y a de moins digne, de moins élevé, dans l’homme. Il est à craindre que la téléréalité aille encore plus loin - "toujours plus loin" est sa loi, la condition de sa survie. Qu’elle crée un genre encore non répertorié dans lequel elle trouvera son aboutissement et son accomplissement : la copro-vidéo. De fait, elle est déjà la métonymie de ce qu’on ne montre pas encore mais que l’on laisse toujours désirer : les déjections. Viendra le jour où un programme de téléréalité se déroulera dans les toilettes. Seconde réponse : de la bêtise. Chaque participant donne à vendre le cirque de sa propre bêtise. Le public, dans son immense majorité, est censé s’identifier à ces participants sans remarquer qu’ils n’offrent rien d’autre à voir que leur bêtise.
La télévision n’est plus isolée. Elle s’encastre dans un dispositif technique plus vaste incluant Internet et les réseaux sociaux. Une règle du jeu en sort : ces émissions ont besoin de stupidités et de vulgarités reprises ensuite sans retenue sur la Toile, via Twitter et Facebook. L’articulation entre ces émissions et Internet est un moteur à explosion dont la bêtise de certaines saillies sert de démarreur. Le travail des animateurs se réduit à ceci : provoquer des épidémies de bêtise.
Les tragiques expériences concentrationnaires du siècle passé nous l’ont appris : rien n’est plus déshumanisant que la trivialisation de l’intime. Qu’est-ce que l’homme et la femme de la téléréalité ? L’homme et la femme de shows vulgaires et humiliants ? Nous le constatons : l’humain trivilialisé, l’humain dépoétisé, l’humain absolument désacralisé. Et aussi : le corps trivialisé. C’est l’image de l’homme et de son corps - que notre culture occidentale, quelques siècles durant, avait tenue pour intouchable car « imago Dei » - qui en ressort abîmée. Trahissant notre Histoire, menaçant l’intégrité humaine, cette extension à l’infini du domaine de la bêtise substitue la télévision décivilisatrice à la télévision civilisatrice des années 1960 et 70.

[© ROBERT REDEKER, Le Figaro du 30 avril 2016, p. 14].

- En complément du constat d'absence d'éducation des parangons officiels de vertu expliquée ici, j'observe qu'aucun Ministre, y compris la Belkacem, ne fait le moindre signe en réponse au salut du Garde républicain stationné sur le petit perron arrière de Matignon lorsqu'ils arrivent pour le Conseil du Mercredi ! Pas même un regard..... C'est révélateur d'un état d'esprit, d'une attitude, de la considération qu'ont tous ces foutriquets pour le Pays qui pourtant les choie au-delà de ce qu'ils méritent. Parallèlement, on observera que le Président Obama rend systématiquement le salut au Marine qui l'attend au pied du petit escalier de l'hélico présidentiel. C'est Ségolène dite Royal, qui à propos de la Belkacem, avait dit que si cette dernière s'était appelée Claudine Dupont, elle n'occuperait pas la place qu'elle détient actuellement ! - Olivier.

- Certes, la télévision pousse vers le bas et contribue ainsi au renforcement des effectifs d'une "populace facile à gouverner". Mais, ce faisant, elle ne fait que l'encourager dans une direction qui est déjà la sienne. Et cela, personne ne le dit jamais. Il en est un qui l'a bien compris depuis longtemps. C'est le Papet de Pagnol (L'eau des Collines) qui l'explique à son neveu Ugolin : "Rappelle-toi que même dans la tête des gens, c'est plus facile de labourer à la descente qu'à la montée !" - Jean-Louis.

- À Jean-Louis. Et il rajoute : "Alors, pousse-le dans le sens qu'il va tomber !" (avé l'accent) - Olivier.

 

[Mon blog redémarre, là où je l'avais abandonné. Et j'y injecte peu à peu mes pages "Actualité", rédigées depuis ce pathétique 7 mai 2012. L'explication de ce revirement est à trouver à la date du 1er décembre 2016, 20:20]

 

 

 

Ajouter un commentaire

Les commentaires peuvent être formatés en utilisant une syntaxe wiki simplifiée.

Fil des commentaires de ce billet