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Un entretien-vérité

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Avec un retard d'une semaine, je reviens sur un long article (annonce en première page, puis demi-page intérieure) publié par La Provence le 16 octobre dernier, pour commémorer les trente années de "mystère" de l'affaire Grégory. Certes, il ne faut pas attacher plus d'importance que nécessaire aux productions des pisse-copie, lorsqu'ils n'ont rien à se mettre sous la plume.

Mais tout de même, cet article me pose problème, car on y trouve essentiellement, illustré par une immense photo du malheureux enfant de quatre ans, un "entretien-vérité" avec l'ancien capitaine Sesmat, aujourd'hui employé de la ville de Marseille : "trente ans après, l'enquêteur se confie".
Le mystère demeure, c'est hélas sûr. Mais le premier enquêteur n'y est pas pour rien. Jeune capitaine parfaitement inexpérimenté, et dont le couple ressemblait fortement à celui des jeunes et infortunés parents, il a abordé l'affaire avec une empathie peu digne d'un enquêteur de police, surprenante attitude qui devait connaître son pendant, un peu plus tard, avec feu le juge Simon ayant dans sa manche, pour ne pas dire davantage, une journaliste tout acquise aux intérêts des dits parents.

Je rappelle ici qu'à l'été 2008, un petit Valentin fut sauvagement poignardé dans l'Ain : ses parents furent immédiatement mis en garde à vue, qui dura un jour, le temps de prouver leur totale innocence, de "fermer la porte". S'agissant de l'affaire de Lépanges, grâce au Capitaine, la porte ne sera jamais fermée.

Et donc, se confiant, le "premier enquêteur" passe, avec quelle inélégance, la patate chaude au directeur d'enquête de l'époque : "Le juge Jean-Michel Lambert s'est souvent ridiculisé... il était désarmant de légèreté et de désinvolture". Puis, glissant vite, sans s'y arrêter bien entendu, sur les erreurs commises par la Gendarmerie - dont l'acmé fut sans doute la garde à vue d'une jeune fille débile moyenne -, il s'appuie sur l'arrêt de la chambre d'accusation de Dijon (du 3 février 1993 - si critiqué par la suite), pour affirmer "qu'il existe des charges sérieuses contre Bernard Laroche".

Mais pas un mot au sujet de ce que vient d'écrire, précisément, le juge Lambert désormais retraité, affirmant, lui, sa conviction de l'innocence de Laroche. Aucune allusion, non plus, aux conclusions auxquelles était parvenu l'autre enquêteur, bien plus chevronné, le Divisionnaire Corazzi - si maltraité, à l'époque, devant la Cour d'assises. Rien, enfin, sur le meurtre perpétré de sang froid - autrement dit l'assassinat - par le père de l'enfant (on murmurait à l'époque que cet être fruste et enfoncé dans sa douleur avait été excité par la Gendarmerie), avec la complicité de son épouse, sur la personne du "suspect" - et qui se conclut par une peine incroyablement légère.

Voilà donc ce que l'on nomme, dans notre pays, une information non biaisée. Bref, plutôt que de donner dans le politiquement correct, mieux eût valu garder le silence, et parler d'autre chose.
En tout cas, à mon sens, pour qui connaît un tant soit peu l'affaire, l'ancien capitaine devenu colonel avant d'être rendu à la vie civile, ne sort pas grandi de cette longue interview, toute de connivence.
Il aurait dû se souvenir qu'il avait appartenu à la Grande Muette.

[le lecteur curieux pourra trouver une information plus large et moins partiale - mais qui date un peu, fin 1985 - sur un tiré-à-part de l'Est républicain]

 

 

 [Mon blog redémarre, là où je l'avais abandonné. Et j'y injecte peu à peu mes pages "Actualité", rédigées depuis ce pathétique 7 mai 2012. L'explication de ce revirement est à trouver à la date du 1er décembre 2016, 20:20]

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