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Un historien du dimanche

, 14:30 - Lien permanent

À la suite de la disparition prématurée (cancer foudroyant) du dénommé Einaudi, Le Monde, naturellement, se fend d'une notice nécrologique où le dithyrambe le dispute à la contre-vérité. Parlant d'un "enquêteur hors pair", dont les écrits, "de façon magistrale, ont mis en lumière le rôle de l'État dans la répression des luttes pour l'indépendance algérienne", le quotidien du soir, ancien journal indépendant passé au gauchisme type Libé, ne tarit pas d'éloges sur les travaux de ce maoïste, marxiste-léniniste modeste éducateur de son état, qui s'improvisa historien - mais avait la pudeur de ne pas se "revendiquer historien" - tout en prétendant rapporter le vrai.

Il convient donc d'affirmer qu'on peut parfaitement être passionné d'histoire, comme paraît-il le disparu, et n'avoir pour autant aucune compétence pour l'écrire. Et naturellement, je ne songe pas une seconde à confondre cet idéaliste avec les aigrefins du type Teulade, dont je parlais l'autre jour.
Mais dans son genre, ce personnage qui était trop jeune pour avoir été "porteur de valises", se situait dans l'exacte ligne de conduite observée par le couple Jeanson - et tant d'autres : cracher sur la mère-patrie, lui refuser toutes les excuses, et dans le même temps encenser jusqu'aux pires exactions conduites dans le Tiers-Monde, paré de toutes les vertus de la terre - car Franz Fanon a connu des lecteurs passionnés et dépourvus d'esprit critique (et parfois, de simple culture) de son ouvrage-phare. Au temps de la guerre d'Algérie, on nommait cela l'Anti-France, terme peut-être maladroit, et tellement moqué du Canard enchaîné.

S'agissant précisément des tragiques évènements de la nuit parisienne du 17 octobre 1961, sur lesquels il a longuement écrit, Einaudi est allé jusqu'au bout de ses aprioris, refusant d'écouter les témoins, en particulier du côté des hôpitaux ou des morgues : il fallait condamner la France, à l'origine de tous les maux, et accessoirement se ruer sur Papon, dont je rappelle qu'il avait été choisi par De Gaulle, ce qui est tout de même une référence.
Le Monde croit ajouter du poids à son propos en rappelant que, selon un historien, les livres d'Einaudi, étaient le fruit de recherches "méticuleuses et opiniâtres". C'est Claude Manceron, qui s'exprime ainsi. Quand on sait comment cet historien partial fut un jour pris la main dans le sac du mensonge et de l'incompétence (mais que cela est loin et a été complètement oublié), on jugera à cette aune la valeur de sa louange.
Il y eut en effet une violente répression contre les Algériens qui, sur notre sol, après avoir assassiné plusieurs policiers (mais bien davantage de leurs coreligionnaires, au sein desquels ils faisaient régner une épouvantable terreur), prétendaient montrer qu'ils étaient les maîtres à Paris même. Fallait-il leur laisser tout faire ?

Einaudi était, paraît-il, "briseur de tabous" : ce qui est évidemment une attitude parfaitement digne de respect - et même d'admiration, car il y faut un grand courage. Encore faut-il que les "tabous" ne soient pas brisés d'un seul côté, parce qu'on s'est affublé de solides et commodes œillères.

 

 

 

[Mon blog redémarre, là où je l'avais abandonné. Et j'y injecte peu à peu mes pages "Actualité", rédigées depuis ce pathétique 7 mai 2012. L'explication de ce revirement est à trouver à la date du 1er décembre 2016, 20:20]

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