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Au bord de la grève

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Eh bien, la classique grève trimestrielle (ou semestrielle) est achevée, c'est une pleine réussite, bien sûr (pas selon la police, mais ces gens-là sont des empêcheurs de tourner en rond), et on peut donc revenir au train-train.
Le train-train, pour moi, c'est cette sorte de mini-polémique (peut-être pas si "mini" que cela, d'ailleurs) née après les déclarations sarkoziennes de Latran (et d'ailleurs).
Déclarations qui ont enflammé plus d'un laïque, oserai-je dire plus d'un laïcard, comme ces francs-maçons prétendant que "les anti-Lumières sont en train de prendre leur revanche", et dénonçant "un inquiétant retour du religieux".
Naturellement, il ne faut pas s'étonner que le Comité national d’action laïque ait immédiatement emboîté le pas (vous voyez pourquoi, au moins ? Sinon, vous souvenez-vous de ce bien piètre et par bonheur fort éphémère Ministre du Temps libre, le dénommé A. Henry ?), souhaitant une "année laïque" au Président de la République, et lui rappelant que "les seules valeurs qui doivent préoccuper les acteurs de la République sont les valeurs républicaines".
Tiens, à propos, me vient à l'idée que les plus enragés de ces gens-là feront ripaille le vendredi saint, sans être autrement inquiétés, et que dans le même temps on interdit au Front national de distribuer sa "soupe au cochon". Allez comprendre... Il est vrai que, chez nous, l’islam est "particulièrement soigné", comme je l'ai lu quelque part. Le christianisme aussi, d'une certaine façon. Mais revenons à nos moutons.

Nos laïcards mettent en avant les valeurs républicaines, ainsi que les valeurs mutualistes. Qui serait assez fou pour se risquer à les contredire ? Dans la mesure où il s'agit de paroles verbales qu'on se garde bien de définir avec précision, cela fait consensus. Consensus mou.
D'autant que la grève dont je parlais tout à l'heure, et d'autres manifestations bruyantes, ont eu l'insigne avantage de reléguer au second plan un procès dans lequel les "Lumière" (ou les fils de la Lumière, je ne sais) se retrouvent dans une position pour le moins inconfortable. C'est le procès de l'ancienne Mutuelle retraite des Instituteurs, devenue par la suite (entre autres) Mutuelle retraite de la fonction publique.
On nous a souventes fois chanté la chanson, dans une séquence de la "publicité compensée" de France-Inter, du fonctionnaire qui ressemblerait à une autruche, et ne voudrait pas entendre parler d'un complément-retraite avantageux. Et jusqu'à ces jours derniers.
Je fis partie, il y a fort longtemps, non pas des autruches, mais des futurs dindons. Dame, on y croyait dur comme fer, à l'époque, aux valeurs laïques, au dévouement inlassable des militants forcément désintéressés, à un complément-retraite garanti sur facture, loin des officines ne songeant qu'à faire du profit, etc. etc. Oui, on y croyait.
Et puis, lorsque l'heure de la retraite sonna, après quarante-deux années de cotisation pour ce qui me concerne, le couperet tomba. Pratiquement en faillite avec une perte avoisinant le milliard d'euro, la Mutuelle revint d'un trait de plume sur ce qu'elle avait promis-juré, et commença par réduire les prestations des bénéficiaires d'environ 15 %, tout en augmentant d'autant les cotisations des "actifs" (avec le toupet de continuer à parler de gestion performante).
Imaginez qu'un gouvernement soit assez suicidaire pour diminuer les salaires et les retraites, je ne dis pas de 15 %, mais seulement de 1 %. Immédiatement, vous verriez défiler dans nos rues, indignés et prêts à tout, tous ceux qui, il y a trois jours défilèrent...
Mais que des aigrefins "laïques" aient à ce point trompés leurs adhérents, cela n'a fait bouger personne, ou presque.
Je m'en ouvris à un bon copain, Maire d'une petite commune. Je précise : Maire socialiste, et encarté au parti. Que tu es con (sic) me répondit-il. Moi, j'ai jamais fait confiance à ce truc (sic). Je me suis constitué un complément-retraite auprès du Crédit agricole, et je m'en trouve fort bien !". Oui, j'ai été con, comme beaucoup d'autres.
Et je m'aperçois que des socialistes laïques et tout et tout n'ont pas fait confiance à leurs propres organisations. Ça m'a rappelé le coup des villas en Espagne. Mais bon, j'ai déjà raconté ça dans mon récit de la marche vers Compostelle, je n'y reviens pas.
Le plus fort, c'est que dans le même temps que me fut signifié un complément-retraite bien amputé, je fus sollicité pour renflouer la Camif, qui perdait elle aussi beaucoup de plumes... Et que je crachai au bassinet ! Faut-il être... comme vous dites. Ou alors, attaché au souvenir lumineux de vrais laïques purs et durs, comme Dumas par exemple (cherchez pas, vous connaissez pas l'auteur de "Au pied du mur").
D'autres le furent moins que moi, et portèrent plainte aussitôt : huit ans que ça dure, la justice est expéditive, chez nous. Il est vrai que les retraités étant voués à une mort plus ou moins proche, plus on attendra, moins il y aura de plaignants... Mais cette action en justice a permis de mettre au jour les curieuses pratiques des laïques dévoués, leurs incroyables dépenses somptuaires, leur mépris des collègues floués.
Et parmi tous ces aigrefins, évidemment le dénommé René Teulade, ça vous dit quelque chose, cet ancien Ministre de Mitterrand ? On a même parlé de F. Hollande, mais peut-être n'est-ce que parce que Teulade fut un temps son suppléant... Ah ! les braves gens !
Attendons donc, mais sans trop y croire, que le silence des médias soit moins assourdissant. En attendant, vous souvient-il d'un autre laïcard dur et pur, pur produit des Œuvres laïques et complémentaires, l'ancien Maire d'Angoulême ? Quel festival, lui aussi ! Mais la chape de plomb est retombée.

Alors, les modernes laïcards et autres fils de la lumière, ont aboli disent-ils la morale chrétienne ; mais pour la remplacer par quoi ? Ils nous emmerdent, à la fin, avec leurs réflexions à la con au Président de la République. Eussent-ils gardé un poil de la morale chrétienne, qu'ils n'en seraient pas là, et nous avec eux. Tiens, je vais terminer - je vais encore me faire bien voir, mais j'ai l'habitude - avec une citation d'Ozanam : "le christianisme n'a point fait l'humanité, mais il l'a refaite [...]. Le christianisme n'a rien aboli, il a tout régénéré".

Mais on a relégué tout ça aux oubliettes. Voilà pourquoi je suis refait, parmi d'autres, et voilà pourquoi ça dégénère...

Commentaires

1. Le samedi, 26 janvier 2008, 08:20 par Un citoyen ordinaire

Cher ami,

Une fois de plus, j'ai goûté avec grand plaisir votre rhétorique même si cette fois, qui n'est pas coutume, je ne la partage pas entièrement.
Il y aurait effectivement beaucoup de choses à dire (trop pour un simple commentaire), je me limiterai donc à une seule. L'impression que votre article donne (mais ce n'est peut-être qu'une impression) est qu'il faut presque choisir entre "humanisme" (pour faire simple) et laïcité.
Dieu sait (...) si je ne suis pas un grand zélateur de ces esprits "de gÔche" purs et durs prenant la pose à la moindre occasion et se drapant à bon compte dans leurs grands idéaux "droits-de-l'hommistes" dégoulinant de fausse générosité (mes quelques interventions en commentaires à votre rubrique sont là pour le rappeler), et, à titre personnel, je ne fais pas non plus partie de ces bonnes âmes taclant, à la première occasion, notre Président de la République (élu, faut-il le rappeler, tout à fait démocratiquement) ; mais je ne pense pas pour autant que l'on puisse faire l'économie d'un débat (disons d'un petit débat, car il y a beaucoup plus important à régler, je vous l'accorde) sur la question de savoir si c'est le rôle du Président d'un État laïc (ce qui est encore le cas de la France, jusqu'à preuve du contraire) de se faire le "porte-parole" de la chose religieuse. Ça c'est un point.
L'autre étant que, pour ma part, je me refuse à choisir entre les deux valeurs évoquées ci-dessus. Au risque de sombrer dans l'évidence (mais il est parfois bon d'en rappeler certaines), la foi, aussi pure, vraie, et profonde soit-elle, ne protège en rien de quoi que ce soit. Des salopards allant à la messe tous les dimanches matins (et respectant le "jeûne" du vendredi, pour reprendre votre exemple), ça a toujours existé. Faut-il rappeler, pour ne prendre que deux rapides exemples me venant à l'esprit un samedi matin, ces bons Chrétiens dont l'attitude n'a pas toujours été exemplaire durant l'Occupation face à leurs voisins Juifs... Ou ces scandales à répétition de pédophilie dans notre bonne Église ou de "caisse noire" dans les arcanes du Vatican (la banque Ambrosiano, etc).
Je le répète, le Christianisme (tout comme l'athéisme, évidemment) ne protège de rien. Et pour ma part, je suis bien placé pour savoir, car j'ai la faiblesse de penser que je ne suis pas le pire des salopards, que l'on peut être à la fois athée, laïc pour toujours faire simple, et partager de vraies valeurs d'humanité et de respect de son prochain. La Laïcité ne m'apporte rien de plus en ce domaine mais l'absence de Foi chrétienne ne m'enlève rien non plus.
Je crois profondément que c'est avant tout une question d'Homme au sens individu du terme (avec tout ce que ça peut supposer en filigrane d'éducation reçue dans son enfance, d'intelligence, de responsabilité personnelle, de culture, de parcours individuel, etc).
Pas de contradiction à relever et surtout pas de choix à faire.
Cordialement,

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