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Ordures

, 04:26 - Lien permanent

À table, repas un peu chargé, mais paisible. Mon ami me fait part d'une singulière aventure, à lui survenue deux jours auparavant. Une histoire d'ordures. Et comme ma panse est pleine, ma pensée plane...
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Moi-même, il y a une semaine, dans ce tournant à l'entrée d'un bout d'autoroute, j'ai dû sérieusement ralentir. À cause d'une Estafette des services de voirie, qui se trouve rangée sur le bord gauche, mordant sur une bande herbeuse.
Deux hommes en jaune portent en direction de sacs poubelles déjà copieusement garnis, tout un tas de canettes de bière, en verre ou en alu, de cartons divers, d'objets fort hétéroclites, et dont la présence, à cet endroit, ne laisse pas d'étonner.
Aussi, puisque j'ai dû ralentir, j'en profite pour jeter un œil sur cet endroit en principe inaccessible à pied, qui jusqu'ici avait totalement échappé à mon regard inquisiteur. C'est donc à toute vitesse, les vitres baissées, que des centaines d'autombilistes indélicats ont balancé les contenants de leurs boissons, mais aussi des couches pour bébés, des cartons de tailles certes relativement modestes, et... de nombreuses bandes de papier hygiénique (!!!).

"C'est la France, Madame !". Air connu.
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Il y a de nombreuses années - c'était un jour de départ en vacances, et aussi celui de l'annonce de la disparition de Georges Brassens, vaincu par un cancer généralisé.
Nous fûmes immobilisés, le soir, durant une petite demi-heure, sur la route des stations, à cause de je ne sais quels travaux d'autoroute du côté du col du Bertian. Et les voitures, naturellement, venaient s'ajouter aux voitures déjà arrêtées.
Lorsque nous repartîmes, les deux côtés de la route étaient litttéralement jonchés de reliefs de toutes sortes, dont certains, c'est vrai, étaient bio-dégradables, comme on dit.

Mais tout de même ! Quel spectacle de laisser-aller, quelle image pour les étrangers qui, sans doute, étaient eux aussi coincés dans ce ralentissement !

"C'est la France, Madame, vous avez voulu changer la France !". Air connu.

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Donc j'en reviens, last but not least, aux propos de mon ami.
Deux jours auparavant, il prenait le bus dans une petite ville du Dauphiné. À l'arrêt se trouvait une jeune lycéenne qui, constatant la vacuité de son paquet de clopes, le jette négligemment à terre.
Alors mon ami, toujours bon Samaritain, de se précipiter pour ramasser le paquet vide, et le déposer dans la corbeille prévue à cet effet. Tout en lançant à la lycéenne : "Mademoiselle, en France, on met ses ordures à la poubelle !".

Mal lui en prit, car il dut subir toute une bordée d'injures commençant par "Espèce d'enculé !"

Bon, l'autobus arrive, s'en va vers ses destinations. Près du lycée du coin, il libère la jeune demoiselle. Qui, avant d'entrer dans l'établissement, allume une nouvelle clope. En grand danger de brûler son foulard.
Ah oui, j'ai oublié de vous dire : la jeune lycéenne portait le hidjab...

Narrant le soir même cette histoire au Maire de sa commune (ils occupent des appartements voisins), mon ami s'entend répliquer : "Moi, mais je lui en aurais foutu une, de paire de baffes !"
Arrêtons-nous une seconde : imaginons le Maire d'une ville moyenne "foutant une paire de baffes" à une très innocente jeune lycéenne musulmane. Quel scandale, l'incident monté en épingle par les adversaires politiques (comme par les amis) du dit Maire (un bon socialiste), le Mrap montant à l'assaut, etc. Mieux vaut ne point y penser.

Tiens, décidément, mon esprit divague, car remonte à ma mémoire le souvenir d'un autre Maire, celui de Grenoble, que je croisais souvent le matin lorsque je me rendais à la bibliothèque municipale, Hubert Dubedout, pour ne pas le nommer. Le Daubé avait un jour rapporté que, gagnant son bureau de la Mairie, il avait ramassé un papier qu'un passant avait négligemment laissé choir, l'avait porté jusqu'à la poubelle la plus proche, et avait poliment chapitré son administré : imagine-t-on ce dernier, sans doute penaud, le traiter d'enculé ? Passons.

Alors, comme on dit dans les épreuves du baccalauréat, quelles réflexions cet incident vous inspire-t-il ?
Eh bien, j'irai vite, car j'ai été beaucoup trop long (je m'en rends compte), et je le ferai sous forme d'interrogations (mais personne ne vous empêche de continuer...).

- dans quel pays (au monde) une jeune fille peut-elle impunément traiter d'enculé(e) une personne ayant largement atteint l'âge d'être son grand-père ?

- dans quel pays (au monde), une jeune fille peut-elle avoir même l'idée de traiter d'enculé quelqu'un qui pourrait être son grand-père ?

- dans quel pays musulman les femmes fument-elles dans la rue ? Ou même, fument-elles tout court ?

Et maintenant, s'agissant de la situation locale :

- n'y a-t-il pas, en France, une loi interdisant la cigarette à l'intérieur des Lycées ?
- n'y a-t-il pas, également, une loi concernant l'interdiction, à l'intérieur des établissements, du port de signes religieux ostentatoires ?

Mais va te faire foutre ! Tout ça, c'est dépassé !

Comme avait répondu un malfrat à la juge qui l'interrogeait : "Mais c'est la France, Madame, vous avez voulu changer la France, mais c'est impossible !".

Vraiment, c'est la France ? Pauvre France, alors... Qui, sous nos yeux, est en train de changer...

Commentaires

1. Le mercredi, 12 avril 2006, 11:10 par chu

Dignité, Civilité, Citoyenneté, Respect....Souvenir, que tout cela ! Ringards, que tous ces mots chargés d'un sens aujourd'hui oublié le plus souvent. Quant à la loi, qui l'impose en ces jours agités ?

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