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Fous-moi la paix !

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Fous-moi la paix !

Tandis que je déjeune paisiblement avec mes compagnons des vieux registres, je suis distraitement des yeux les vagabondages d'un jeune garçon désœuvré, qui tente à travers les tables d'atteindre sa mère.

Fous-moi la paix !
Au risque de me tromper, je l'imagine dans un CE2, en temps de classe.
Car nous sommes en vacances (enfin, lui est en vacances), et il s'ennuie à cent sous de l'heure, zigzaguant parmi les tables pour aller trouver sa mère, jeune femme fort accorte et qui sert à table, tout en faisant la conversation au bar - et je frémis quelque peu, écoutant les propos qui s'échangent devant le zinc, en songeant qu'ils pourraient bien faire partie, à terme, du vocabulaire du petit garçon.

Fous-moi la paix !

Cette fois, le ton n'accepte aucune réplique. D'ailleurs, l'enfant s'éloigne dans un coin - dans une salle de classe à l'ancienne, on l'eût peut-être, qui sait ? isolé tout au fond, du côté du radiateur...
Je songe aussi qu'il aurait sans doute suffi que la jolie jeune femme inscrive son enfant à un quelconque centre aéré, pour qu'il ne perdît pas à ce point son temps, et peut-être aussi son respect vis-à-vis de sa génitrice. Qu'un fils d'enseignant, au même âge et dans le même temps, est peut-être allé aux sports d'hiver, ou alors a fait avec ses parents une balade en forêt, type jeudi matin dans le Grand Meaulnes, ou encore qu'il est allé avec eux, en pestant un tout petit peu, visiter quelque musée...
Je songe qu'aucun enseignant fût-il d'un dévouement extrême, et j'en ai connu quelques-uns, ne parviendra à renverser la vapeur de cette école parallèle qui se noue, sous mes yeux attristés, entre les tables d'un bistrot-restaurant...

Deux jours plus tard, me voici à faire la queue dans une boulangerie. Derrière moi, une délicieuse petite rousse, genre Grande Section ou CP, à tout casser, s'adresse à son père (du moins, je le suppose) :
- Dis, quand j'aurai demandé mon croissant, je dirai merci, Madame ?
- Mais bien sûr !
- Dis, est-ce que je peux lui demander un gros croissant ?
- Allez, pour une fois...
- Dis, et pourquoi....

Et les questions se poursuivent, et les réponses, attentives et circonstanciées, du père. Je sentais la fillette ouverte, épanouie, prête à être instruite, que dis-je, à participer à la construction de son savoir, comme disent les pédants du genre Meirieu. Je l'imaginai aussi à la place du petit garçon de tout à l'heure, rabrouée vertement par une mère (c'eût pu être un père !) pressée et distante. Quel eût été, dans ce cas malchanceux, son devenir ?
On pourra utiliser toutes les ficelles de la compensation, me disais-je, on ne parviendra à rien si les parents, peut-être sans le vouloir, foutent à bas tout ce que l'école essaie de construire. Et l'égalité des chances, c'est comme le pain de la paix : ça ne vaut pas un pet de lapin, hors les discours ronflants des politiques.
Une fois servi, j'ai lambiné, pour entendre encore un peu de ce charmant dialogue...

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