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Baccalauréat

, 15:31 - Lien permanent

Je prends avec retard connaissance d'un jugement porté par un personnage relativement important (car si haut soit-on placé, on n'est encore assis que sur son cul) à propos des résultats de la dernière cuvée du baccalauréat. Et comme justement, je viens de côtoyer, au hasard d'une brocante, l'ouvrage "Cinquante ans d'impertinence", du cher et regretté Yvan Audouard, je vais moi aussi me risquer quelque peu à l'impertinence, moi qui n'aime rien tant que le politiquement correct, et le surtout, pas de vagues (rires).
Or donc, le Daubé de la semaine qui s'écoule interviewe le dit personnage, que d'ailleurs j'avais déjà épinglé au début de la précédente année, sauf erreur. Lequel décerne une "mention très bien" à l'Académie, pour cause d'excellents résultats (pratiquement 90 % de réussite !). Cet homme voit trois raisons, qui expliquent "l'excellence", laquelle n'est pas "le fruit du hasard".
D'abord, cela signifie qu'il y a de bons professeurs dans l'Académie de Grenoble... On croit rêver : les autres Académies ont donc de moins bons professeurs ?
Sachant comment les enseignants du Second Degré sont recrutés, on voit mal comment les meilleurs atterriraient chez nous. En corollaire, cela signifie que "le travail d'équipe est efficace" : ici, on se contentera se sourire...
Ensuite, l'Académie dispose d'élèves sérieux, et ceci s'explique sans doute par la mentalité montagnarde... Bien entendu, chacun sait qu'en plaine, ou au bord de la mer, on est beaucoup moins sérieux.
Enfin, le troisième élément est la qualité de "l'attention que portent les parents à la scolarité de leurs enfants". C'est évident : il est parfaitement connu que dans les autres Académies, les parents d'élèves sont de fieffés négligents. Pour ne pas dire des indignes.

Ce qui indigne, alors, c'est que de tels propos puissent être tenus, sans qu'un droit de réponse bien senti rétablisse un peu les choses. Il y a d'abord ce faramineux taux de réussite (à Grenoble comme ailleurs). Selon V. de Landsheere, qui a examiné de façon exhaustive les systèmes d'évaluation anglo-saxons, les taux de réussite y oscillent entre 22 et 91 %, avec un taux moyen de 64 % (in Faire réussir, faire échouer, P.U.F, 1988, p. 185).
64 % ! Au fait, sur les taux de réussite au Baccalauréat, on pourra lire l'article, à l'humour particulièrement corrosif, de Bernard Frank, "Le Baccalauréat en état de grâce" (in Le Monde du 27 juillet 1988, p. 11). Rien de nouveau sous le soleil...
Et puis il y a ces paroles verbales, comme dirait l'hebdomadaire satirique paraissant le mercredi, qui n'engagent certes que leur auteur, mais lui engage pas mal de monde.
Surtout qu'il oublie, opportunément, de nous parler de l'incroyable chienlit du second trimestre - et l'on serait étonné d'apprendre que les candidats aient beaucoup "bachoté", durant cette longue période. Alors, n'y aurait-il pas d'autres causes à cette éclatante réussite ?
Des consignes de grande indulgence, par exemple... On se souvient qu'il y a quelques années, des professeurs avaient été scandalisés d'en recevoir de pareilles, et l'avaient dit haut et fort. Petite tempête vite étouffée (surtout, pas de vagues).
Enfin et surtout, cette manière de flatter les gens dans le sens du poil porte un nom : c'est la bassesse de la démagogie. Et là encore, rien de nouveau sous le soleil. Soyez fiers, bacheliers grenoblois, gens des montagnes ! Vous êtes les meilleurs. Parce que vos parents, si attentifs à votre devenir, l'ont été avant vous...

Au fait, dites-moi, Yvan Audouard n'était-il pas l'auteur d'une Lettre ouverte aux cons ?

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