Bloc-notes

Home

Aller au menu | Aller à la recherche

Concert de la nouvelle année

, 14:06 - Lien permanent

Cela fait quarante ans, pour le moins, que je ne rate pas le Concert de la nouvelle année. Bon, j'en mesure toute la frivolité, mais cela marque tout de même une pose, peut-être d'espérance, dans un monde tellement dur.
C'est ce qu'a su si bien exprimer le milanais Ricardo Muti, mon presque conscrit, dans une forme éblouissante (et une ressemblance frappante avec notre Ministre de l'Éducation nationale), dirigeant avec le sérieux et la componction convenant à l'exécution d'une symphonie de Brückner, les battements de mains de la haute société autrichienne, truffée cependant de nombreux touristes japonais absents, pour le coup, de leur île.


Et même si les caméras s'attardèrent un peu trop sur un célèbre interprète de James Bond (peut-être là à cause de son engagement en faveur de l'Unicef), la représentation valut ses nombreuses devancières, et me mit de bonne humeur. Ce qui, à n'en pas douter, devait me rendre moins acerbe que d'habitude.

Justement, pressé par le temps (dès le premier de l'An !), je suis cet aimable concert tout en lisant mon canard habituel. Et j'apprends ainsi, sur l'air d'une polka endiablée, que notre Académie aura l'insigne honneur d'accueillir un nouveau recteur, "universitaire prestigieux".

Là, le doute m'habite, et ce syntagme me reste en travers de la gorge. Je veux bien que Muti soit déclaré chef d'orchestre prestigieux, mais pas davantage que son immédiat prédécesseur, Lorin Maazel. En revanche, si Muti s'avise d'aller déboucher ses cabinets, je ne vois pas ce que son titre de chef d'orchestre prestigieux pourra ajouter au maniement de son aspirateur en caoutchouc.

Eh bien, ce que je lis dans mon quotidien, c'est du pareil au même. D'une part, le nouveau recteur n'est pas plus prestigieux que sa prédécesseur. Mais bon, elle se tire, ou plutôt on la sort, alors pissons-lui dessus : quelle élégance ! Au fait, où ira-t-elle ? À Caen ? Ou à Sète ? Peu importe, le journal le dit par omission, elle n'est pas prestigieuse, ou bien elle ne l'est plus. Puisqu'elle lâche les rênes.

En plus, on nous glisse qu'elle appartient au P.S. : ce qui était une gloire sous le gouvernement précédent devient donc une tare sous celui-ci. Quelle élégance, une fois encore !

Mais il me souvient que ce sont les militants socialistes (du moins certains excités parmi eux) qui ont initié certaine conduite de Grenoble, en allant siffler le départ de Giscard de l'Élysée (on eût mieux fait de l'y laisser, on lui aurait évité un gros chagrin, et puis on n'en serait pas là, aujourd'hui). Donc, on renvoie une fonctionnaire comme une malpropre (voilà avec quelle désinvolture l'État traite ses serviteurs), et on nous envoie un universitaire prestigieux...

Je voudrais bien voir comment il s'y prendrait, pour déboucher ses cabinets. Ou pour boucler des fins de mois difficiles. Là, on jugerait, non de son "prestige", mais de ses qualités humaines.
En ai-je connu, des recteurs ! Tous plus prestigieux les uns que les autres.

Mais tous aux ordres, c'est la loi du genre, et pour la plupart couilles molles, à genoux devant les syndicats, quand ils ne jouaient pas contre leur propre camp.
Un seul mérite à mes yeux de conserver ce titre prestigieux (si c'en est un), c'est Maurice Niveau, un Monsieur, pour le coup. Et qui écrivit, tiens, je le signale en passant, un livre superbe, mesuré et violent, Les politiques et l'école : entre mensonge et ignorance. À lire absolument.

Mais sitôt oublié que publié, comme d'hab. Au fait, voilà une lecture à conseiller à notre chef d'orchestre prestigieux.
Les partitions de la carte scolaire seront bientôt distribuées, et on peut s'attendre, comme chaque année à pareille époque, lors du concert du redéploiement, à de nombreux couacs...

Ajouter un commentaire

Les commentaires peuvent être formatés en utilisant une syntaxe wiki simplifiée.

Fil des commentaires de ce billet