Vérités et rêveries sur l'Éducation (1941 - 2)

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"Les ennemis ont leur utilité. Ils vous montrent vos défauts,ils vous disent vos vérités. Ce sont des maîtres que l'on ne paie pas". Dans un premier temps, j'ai songé à cet aphorisme de Plutarque, que j'avais eu à commenter, il y a bien, bien longtemps, lors de l'épreuve de dissertation philosophique, en vue de l'obtention de la seconde partie du Baccalauréat... Dans un premier temps seulement, car l'ouvrage dont on trouvera quelques extraits ci-après n'est pas celui d'un ennemi, mais d'un adversaire tout au plus, qui sait argumenter, et qui écrit fort bien. Et dont les vérités font mal.
Dans un second temps, j'ai pris le temps de vérifier que l'auteur, membre de l'Académie Goncourt, n'avait pas été frappé d'indignité nationale à la Libération (il a été seulement "inquiété", à l'instar de Sacha Guitry). Car on peut lire en exergue de ce pamphlet contre le mode d'instruction qui est généralement admis, cet envoi :

"La dédicace de ce livre s'impose. Sur cette page, il ne peut y avoir qu'un seul nom : celui du grand homme qui s'est promis de refaire l'éducation de la France, en lui rendant son âme, le Maréchal Pétain"

Avant de laisser le lecteur s'indigner (l'antisémitisme latent et manifeste a quelque chose d'atroce) ou méditer, j'ajoute un mot sur le dénommé François Albert, qui paraît avoir été l'une des bêtes noires de René Benjamin. Albert (1877-1933) fut Ministre de l'Instruction Publique et des Beaux-Arts dans le gouvernement Édouard Herriot (1924-1925) qui fut constitué après la victoire du "Cartel des Gauches". Ce radical ancien normalien et agrégé des Lettres était vraisemblablement franc-maçon (Président de la Ligue de l'Enseignement). Il succéda au fameux Bérard, à celui que nous nommons le père des "Instructions de 1923". Et je rappelle qu'après Pétain, Jospin fut le second à supprimer les Écoles Normales.

"Comme on embête l'innocence, dans le monde !". (Maurice Barrès)

 

 

[Suite]

 

Chapitre VI

 

Cependant, les familles et les élèves n'y prenaient pas garde. Les uns et les autres ne pensaient qu'à l'examen. Ils avaient tous l'esprit rivé sur cette idée fixe, qui développait chez eux la peur avant, la vanité après.

L'examen, sans lequel on prétendait qu'il n'y avait plus d'entrée possible dans la société, le stupide bachot était la préoccupation essentielle. Les études par sa faute, ne comportaient plus de détente. On n'y pouvait plus faire de recherche. Personne ne devait se départir d'une hâte qui condamnait aux travaux superficiels. L'enseignement n'était plus une nourriture : l'élève allait d'indigestion en indigestion. Et cela dans une époque où un ministre n'ouvrait plus la bouche sans parler de liberté ! Il n'y a jamais eu d'école pour fabriquer moins d'hommes libres que l'École unique.

Le malheur est qu'on ne pouvait plus guère les fabriquer ailleurs. Dans la rancune des laïques, qui créaient le lycée gratuit, se cachait encore cette bonne intention : "Nous ruinerons l'enseignement libre". Il se trouve qu'ils l'ont enrichi, mais déplorablement. Tous les éliminés se sont réfugiés là, mais c'était des tortues, des animaux léthargiques, avec lesquels les études prirent un aspect de marécage immobile. Ce n'est pas tout : les collèges libres une fois bondés, des boîtes à bachot se sont ouvertes à tous les coins de rues, avec leurs pions, leurs cancres et leurs tristes méthodes d'entonnage. Ce fut affreux. À l'image du régime.

Le ministre remuait, grouillait, se confiait, parlait, effronté, avec des sourires dans toutes les directions. En paroles il ne rêvait que d'alléger, de corriger, de réparer. En fait, sous les ordres des Loges et des primaires, ce charlatan en pyjama ne se livrait qu'à des expériences ruineuses, qu'il enveloppait de son charabia pour étourdir : " Discipline.. Pléthore ... Critère ... Disparité des âges ... " Et il était assisté d'Abraham, directeur de son cabinet, et d'Isaac, inspecteur général. Les nouveaux manuels d'histoire s'appelaient les manuels Isaac. Quelle marque de fabrique ! Comment· l'esprit français n'aurait-il pas sombré ? À la veille de la guerre, en 39, il était plus bas qu'on ne l'avait jamais vu.

Les jeunes, à qui l'on a pris l'habitude déplorable de dire, sans y regarder, qu'ils sont toujours beaux, parce que c'est eux qui tiennent l'avenir entre leurs mains, et qu'on les redoute en les enviant, avaient l'air de jeunes animaux égarés et ne tenaient plus rien du tout. Ils étaient bourrés de notions péremptoires, inanimées et indigestes, au milieu desquelles l'âme restait noyée. Plus aucune connaissance de l'homme ni d'eux-mêmes. Quand avaient-ils prêté l'oreille à leurs hérédités ? Quand s'étaient-ils abandonnés à leur conscience et à leurs intuitions ? Ils savaient ce qu'on leur apprenait, mais ils n'apprenaient pas à savoir. Une vieille femme de village, un pâtre illettré en savait plus qu'eux parmi leurs bêtes. Cependant, ils se croyaient forts, parce qu'ils avaient les plus mirobolantes machines. Pauvres petits ! L'un d'eux, de temps en temps, s'ouvrait la tête en auto ou en avion, une pauvre tête que personne n'avait ornée d'un peu de sagesse, en préservant sa simplicité. [...]

 

Chapitre XV

 

Si j'avais maintenant un jeune garçon à instruire, pendant cinq ou six ans, avant qu'il entrât dans l'enfer que sera le monde de demain, où tout apparemment remuera et évoluera par masses, je risquerais hardiment, avec l'expérience de mon âge (est-ce qu'on aurait des enfants trop jeune ?) d'en faire un homme libre, plus libre que jamais, en dehors de tout programme officiel.

- Mais, me dira-t-on, avec ce sens aigu de la "situation", dont trop de gens ont pris l'habitude, que pourra-t-on faire de lui ? Sans examens, il ne saurait être ni médecin, ni avocat, ni ingénieur !

Peut-être pourra-t-il être artiste ou dictateur. Le monde ne lui est pas fermé. Il lui reste des perspectives de beauté ou d'action.

Dans une société fonctionnarisée, standardisée, uniformisée, où filles et garçons, jeunes gens et vieillards marcheront au pas, parleront en chœur, penseront en troupe, je fais le pari qu'il y aura pour un homme vraiment libre la plus belle, la plus heureuse des carrières à parcourir. Cette société, sous l'ennui qui l'écrasera, acclamera l'indépendance et la fantaisie de celui qui aura pu demeurer en marge et qui lui donnera le spectacle d'une personne humaine, humainement développée, surtout en France où restera la nostalgie d'un passé d'indépendance et de grâce. Elle l'aimera et lui prodiguera ses faveurs. Il n'aura pas de diplômes et il se fera la place qu'il voudra. Tous s'émerveilleront et se diront :

- Comment l'a-t-on fabriqué ?

Voici.

Je rêverais d'abord en fait de langues, de lui faire connaître le français, mais vraiment connaître, j'entends de le lui faire étudier sur les plus beaux textes, les plus séduisants, avec autant de tours et de détours que le grec et le latin, en s'attardant sur chaque mot, comme on fait pour les fleurs, quand on prépare des jardiniers. On croit que l'enfant connaît le sens de sa langue, parce qu'il la parle ou fait semblant, et qu'on a l'air de la parler devant lui. On la parle depuis le premier jour sans l'expliquer. Il y aurait à lui en révéler les nuances. On dit: "Pas de synonymes". Montrez-le-lui. Personne ne s'y emploie. C'est Horace et Virgile qui prennent tout. Dans les derniers programmes, il y avait par semaine trois heures de français ! Dans l'année quatre-vingt-dix heures ! Soit quatre jours ! Il y a de quoi rire ... ou pleurer ! Attendait-on que notre civilisation fût disparue pour s'intéresser à notre langue ? Et j'aime mieux ne pas parler de l'égarement de ces familles riches (la richesse crée tous les maux) qui font apprendre à l'enfant pour ses débuts une autre langue que la sienne. Car il naît, sinon avec une langue, du moins avec le don d'une langue, qu'il parle naturellement. La preuve est qu'il vient au monde en sachant le sens des mots comme : "Je veux…" ou : "Je peux". Il répète: "Je peux… Je veux ... ". Et il les comprend sans que vous les lui expliquiez, ce que vous seriez d'ailleurs bien incapable de faire, parce qu'il faudrait vous servir d'autres idées abstraites; mais heureusement il les devine aussi. Il ne fait que les deviner, quand il est petit. Au professeur, quand il est grand, de lui en souligner la richesse.

Écoutez les conversations autour de vous : vous serez effrayé comme elles sont pauvres. Les gens du commun n'ont presque rien à leur disposition. Les autres non plus. Faire comprendre le sens des mots, c'est fournir à l'esprit des moyens de s'exprimer. Si on faisait comprendre le sens des mots, il n'y aurait pas tant de jeunes gens, ayant fait latin, grec, versions et thèmes, qui, après avoir dit : "C'est épatant !" et cherchant une autre épithète plus satisfaisante, se décident pour : "C'est formidable !" Après quoi, à bout de forces et de trouvailles, ils répètent: "C'est… c'est formidable et épatant !"

Je développerais l'amour et la connaissance de la langue·française, sans autres langues, mortes ou vives, sans rien pour nous gêner, durant un an, deux ans, qu'on passerait sur les chefs-d'œuvre les plus étincelants, à l'âge hurluberlu de la formation, quand l'adolescent pris de fringales, étourdi de désirs, ahuri de ce qu'il découvre, s'étire au milieu des êtres, des choses, des mots, et répète inlassablement comme un somnambule les mêmes dadas, les mêmes bateaux, les mêmes scies. Âge redoutable : au lieu de lui laisser la bride au cou, il faut le brider. Au lieu qu'il se répande et s'éparpille (il ne pense qu'à cela), il faut le fixer. Il n'arrive pas à s'exprimer : en passant de Bossuet à Musset, de Voltaire à Michelet, le Littré en mains avec ses exemples vivants, découvrez-lui les ressources infinies de la langue qui sont celles de notre civilisation. Il est à l'âge barbare, rien n'importe davantage.

Quand l'esprit serait un peu mûri, et apaisé, après des mois et des mois d'une étude que je voudrais féconde, et aussi après des mois de vacances, - j'aime les vacances, je crois à leur vertu, je ne suis pas comme ce principal du collège de Paris, sous le Premier Consul, M. Champagne, qui souhaitait que les enfants n'eussent de grandes vacances qu'un an sur deux ! Pauvres enfants ! Pauvre bonhomme ! -. je crois qu'alors, une étude de l'antiquité grecque et latine pourrait s'imposer. C'est de l'enfantillage, quand on habite à l'embouchure d'un fleuve, de vouloir à toute force le prendre à sa source. C'est aussi beau de le remonter que de le descendre. Je ne me risquerais à l'étude du latin et du grec que si mon jeune garçon avait singulièrement vibré à l'étude du français. Les aborder de front me semble une faute. Je·voudrais me donner tout à ceci, puis tout à cela. Si je me décidais avec mon élève à venir au latin, ce serait pour y consacrer un an, deux ans, avec la même passion qu'au français. Nous ne ferions que du latin. Je ne dis pas que nous nous mettrions à le parler, ce qui serait pourtant la bonne méthode, mais au bout de vingt mots on risque l'artificiel et on tombe dans le ridicule. Le latin est mort pour la conversation. Prenons-le où il vit encore, dans les chefs-d'œuvre. Mais quand nous l'aurons pris, ne le lâchons plus. Lui, rien que lui. Et ne me dites pas : "Votre conception de l'étude est abrutissante. Sans variété, votre élève n'y résistera pas". C'est à votre éparpillement qu'il ne peut pas résister. C'est parce qu'il passe du français au latin, du latin au grec, du grec à l'anglais, de l'anglais aux mathématiques, des mathématiques à l'histoire, de l'histoire à la physique, de la physique à la chimie, qu'il oublie tout et ne sait rien ! À aucun moment de la vie il n'arrive à l'homme de mener ainsi tout de front, et si par hasard ce malheur tombe sur lui, il ne·fait rien de propre.

Pendant un an, deux ans, étudier le monde antique et lui seul, dans son histoire et ses langues, voilà qui m'offre bien assez de causes de variété et de divertissements. Ce que je vois, c'est que l'emprise sera forte, que nous ne traînerons pas sur la grammaire, et ne pâtirons pas au seuil de Virgile et d'Horace. Nous irons, nous marcherons, avec l'impression d'avancer. Quand vous envoyez un jeune homme à 1'étranger pour qu'il apprenne une langue, est-ce qu'il n'est pas tout à cette langue et au pays où il la parle ? Quand vous voyagez trois mois en Italie, est-ce que vous pensez à autre chose qu'à l'Italie ? Les voilà pourtant les expériences et les voyages profitables. Pourquoi faites-vous en sorte que les études ne le soient pas ? Je gage qu'on peut. apprendre excellemment le latin en moins de deux ans, si on le travaille tous les jours avec sérieux. Regardez alors où en sera l'enfant, à quinze ans. Il saura du français et il saura du latin, et ce qu'il saura, il le saura bien parce qu'il l'aura approfondi, que son étude lui aura fait l'impression d'un bain, qu'il en sortira imprégné et nourri. C'est cela la connaissance. Un mariage étroit, une chaude intimité. Peu m'importe de faire hausser les épaules à des gens. Je ne suis pas le porte-voix du ministre. Je ne prêche pas une réforme pour l'ensemble de la Nation. Pour l'ensemble, la vie n'est jamais qu'un à peu près. Que les études soient de même, c'est sans doute suffisant. Mais pour mon élève à moi, je suis sûr que les enseignements parallèles sont une faute et que la sagesse ce sont les enseignements successifs.

Si mon élève n'a pas assez bien mordu au français pour que je risque le latin, j'ose croire qu'il y a d'autres manières de le former et de le cultiver. Le plus souvent, ceux qui ne mordent pas au latin sont les imaginatifs. Ils s'échappent ; il n'y a pas moyen de les assujettir aux déductions, aux liaisons, aux fortes synthèses du latin. Ne vous désespérez pas. Je me figure qu'on aurait difficilement appris le latin à Vercingétorix. Il y a encore de petits Vercingétorix. Songez à préserver les inspirations de ces élèves sensibles, trop ardents, que la raison ne domine pas. Le latin forme le jugement : prenez garde qu'il ne dessèche l'esprit. Encore une fois, il prépare des intellectuels : on pourrait songer qu'il y a à préparer des hommes d'action. En imposant le latin à tout le monde, on dirait qu'on veut surpeupler ce pays d'avocats, d'écrivains, de professeurs, qui vivent de la pensée et des mots. Il se peut que le nombre en soit suffisant et - j'irai jusque-là - que l'enseignement secondaire, même quand il était le plus admirable, ait cependant été une entreprise de vieillissement, un conseiller trop sage qui a mené au doute, à l'hésitation. Il est encore plus sage de sauver l'imagination chez ceux qui ont la chance d'en avoir. La folle du logis, répète-t-on. Quelle injustice ! C'est elle qui permet à l'homme d'aller de l'avant, d'être généreux. Si Jeanne d'Arc n'avait eu que du jugement, elle serait restée à garder ses moutons. Les héros et les saints, les êtres les plus rares, ceux qui font le plus d'honneur à un pays, sont les grands imaginatifs.

Alors, à ceux-là je ne peux pas croire que l'étude de la civilisation chrétienne, par exemple, ne vaille pas autant que l'étude de la cité antique. Surtout aujourd'hui, devant les menaces brûlantes du bolchevisme. Je crois même qu'il n'y a que le génie chrétien, le plus poétique par sa charité et ses espérances, qui soit de taille pour lutter. Le bolchevisme ne cesse de commander la retraite sournoise, le repliement sur soi, la morne égalité, le sarcasme, la haine. L'esprit chrétien endure en souriant, commande d'ouvrir les bras, fait battre le cœur, épanouit l'âme.

Il y avait un ton qui l'annonçait dans la grâce de la civilisation grecque. La langue grecque, à l'inverse de la latine, ravit l'imagination des cœurs sensibles. La pureté d'Homère, la naïveté de ses images, sont un enchantement pour ceux qui sont nés plus poètes que raisonnables, mais sa douceur n'adoucit que son récit : le destin de l'homme y demeure terrible. Aussi je préfère encore, pour modeler l'âme d'un adolescent, les paraboles de l'Évangile et saint François prêchant ses frères les oiseaux. Je les préfère pour la formation de l'esprit, la connaissance intime de l'homme, pour développer la tolérance et la bonté dont la vie humaine a tant besoin. Et en les préférant, j'ai l'illusion que je peux être approuvé par des lecteurs élevés dans des croyances chrétiennes; ou alors ... c'est à désespérer de leur foi ! Ce qui est inquiétant, c'est que le monde chrétien, hypnotisé par le monde antique, n'ait jamais eu assez de confiance en soi pour risquer ce que je dis là. Et pourtant, il l'avait vaincu !

Pourquoi est-ce qu'on n'étudie pas l'Évangile ?

J'entends bien que des esprits religieux vont me répondre avec commisération : "Mon pauvre Monsieur, c'est un texte inspiré ! Nous ne sommes plus dans le domaine·de la littérature !" Ah ! tant mieux ! Je me soucie bien de littérature ! Ce qui m'ébaubit, c'est qu'on ne pense jamais à "cultiver" l'homme qu'avec les lettres, quand il y a le plus pur, la religion. Je ne me servirai pas de l'Évangile pour admirer la langue française, puisque c'est une traduction, mais pour inspirer à un jeune homme la plus forte philosophie. C'est curieux que même dans les maisons d'éducation dirigées par des religieux, l'Évangile n'ait jamais été lu qu'à la chapelle et dans le cours d'instruction religieuse. Il ne s'agit pas de blesser la foi des plus croyants en le mettant au rang des œuvres profanes. Au contraire, qu'on le mette au-dessus de tout ; mais ce texte divin étant le plus humain, c'est une aberration d'en faire une spécialité. Le voilà le sacrilège.

Il serait très opportun de passer quelques semaines avec l'Évangile, surtout aux heures douteuses où le jeune homme hésite entre la réserve et les tentations, les vierges sages et les vierges folles. Mais sitôt l'Évangile abordé, pour en faire sentir toute la beauté, l'art profond autant que la perfection morale (car pourquoi l'aventure et les paraboles divines ne seraient-elles pas le comble de l'art ? Elles le sont forcément) je voudrais qu'on entrât avec le jeune homme dans ce monde plein de merveilles, les cathédrales - cathédrales et abbayes, qui ont fait la France et sont l'image d'un monde. Les abbayes ruinées ; les cathédrales intactes. Ranimer les premières par l'esprit, comprendre les autres par le cœur. Ils doivent être sollicités ensemble pour admirer ce que l'amour de l'Évangile a créé dans ce pays. Maintenant que nous sommes revenus de la griserie des révolutions, libératrices et assassines, nous savons bien que durant des siècles de foi, la France a vécu au cœur d'un ordre qui touchait au miracle, qui, par moments, pouvait faire croire au bonheur et à la paix, qui semblait vraiment à l'image de Dieu. Je prétends que l'étude d'une cathédrale, ce chef-d'œuvre d'architecture et de sculpture chrétiennes, serait aussi profitable que la lecture des plus beaux poèmes·antiques. C'est aussi un poème. Les pédagogues ne sont attachés qu'aux livres ; les arts plastiques se lisent aussi. La statuaire du Moyen Âge n'a ni l'équilibre de l'Antiquité, ni l'allégresse de la Renaissance; elle ne voit pas seulement le bonheur et la beauté ; mais en figurant aussi la misère avec pitié, et le ridicule en souriant, elle est une angélique leçon de beauté spirituelle.

N'objectez pas que pour la déchiffrer il faut des artistes au lieu de professeurs. Je répondrais que tout professeur doit être un artiste, sinon c'est un piètre éducateur. J'avoue cependant que pour expliquer une cathédrale, il faut des connaissances que n'ont pas nos maîtres d'à présent. Mais tout homme de grand goût les acquerrait vite. Il s'instruirait en instruisant. Et le maître qui découvre à mesure qu'il enseigne, atteint à une candeur et une chaleur qui le rendent persuasif. Je n'ai pas étudié comme il faut les cathédrales. Je voudrais le faire avec un jeune garçon. Nous irions ensemble à la découverte ; ce que je sais déjà me permettrait d'arrondir et d'enrichir ce qu'il peut y avoir d'un peu sec et d'un peu pauvre dans les trouvailles de 1'adolescence. Et le bénéfice pour les deux serait peut-être considérable.

Je ne m'en tiendrais pas là. Si disparate à première vue que cela parût, au sortir de la cathédrale qui nous aurait retenus autant de semaines que l'Évangile, je dirigerais mon élève vers une lecture de Don Quichotte et vers une étude de Rembrandt ; car parmi les grands artistes de la chrétienté, Cervantès et Rembrandt sont à mon sens ceux qui nous ont donné l'interprétation la plus poignante et la plus délicieuse de la vie humaine, à quoi Dieu préside.

Je devine l'étonnement que je cause. Cervantès, un auteur presque gai !... Et Rembrandt, un peintre ! On n'avait pas encore songé à la valeur éducative de la gaieté et de la peinture.

On pourrait commencer.

En tout cas, personnellement, si je vis longtemps encore, ce qui serait bien extraordinaire, et si j'ai un petit-fils à élever - mais pourquoi me ferait-on confiance à ce point ? - c'est là ce que je déciderai. Il y aurait des chances pour qu'un petit-fils tînt de moi, au moins quelque peu ; il retrouverait donc de mes sentiments et se rallierait sans effort à·mes passions. Rembrandt et Cervantès ont été des plus vives. Il ne se passe guère de jour où je ne songe à ces deux grands hommes et aux émotions que je leur dois. Il me semble que leurs œuvres sont plus hautes que les autres, parce qu'elles sont à double face. La vision des deux visages du monde. Rembrandt a peint le jour et la nuit, le fini et l'infini, le réel et le mystère et cela tantôt avec ardeur, tantôt mélancolie, toutes deux évangéliques. Ses Eaux-Fortes et les Pèlerins d'Emmaüs en sont l'émouvante confirmation. Cervantès a montré la sagesse et la folie, se pénétrant et dérivant l'une de l'autre, la vie héroïque et les bonheurs naturels, la pitié que mérite l'homme et le sourire envoyé par Dieu, et il l'a fait avec une douceur dans 1'ironie et une grâce dans la charité que seul l'Évangile a pu lui inspirer. Toute la vie passe dans leurs œuvres. Elles prêtent à une méditation sans fin. Ce qui confond, c'est que l'Église, dont le premier devoir est d'être éducatrice, ne pense jamais à louer de tels artistes, qu'elle devrait étroitement s'associer : ils lui appartiennent. Cervantès est le seul auteur comique que l'Église possède. Il y a en lui cet étonnant mariage de la comédie et de la doctrine. Rembrandt est le grand peintre qui donne l'impression de l'au-delà, en entraînant par sa lumière spirituelle vers le rêve et la méditation. Alors ! Alors étudier Cervantès et Rembrandt vaut bien d'étudier Tite-Live et Xénophon !

Surtout ils remplaceraient fort avantageusement la classe funeste entre toutes de la philosophie. Les élèves s'y délectent, parbleu ! Quelle jouissance, toute une année, de raisonner logiquement, à tort et à travers, en dehors de toute expérience de la vie. C'est le triomphe de la jeunesse, dans sa hâte de savoir et de décider. Les suites en sont funestes. L'âme ne s'en remet qu'avec effort, après beaucoup de mécomptes. On les éviterait au contact des deux grands sages que sont les artistes que j'ai dits.

Ceci est mon programme. J'envisage fort bien que mon voisin en ait un autre, à condition qu'il soit de même valeur. Cherchez. Je ne crois pas à l'éducation uniforme : il y a trop de nuances dans les caractères de ce pays. Je comprends la nécessité des lycées, mais le nécessaire n'est pas le rêve. Je viens de montrer comme on pourrait diriger un jeune homme dont on voudrait faire un homme vraiment cultivé. Je n'ai pas dit que, comme le petit enfant, il fallait le garder chez soi, contre soi. Je me suis vu élevant moi-même un petit-fils, mais je le confierais volontiers à un bon professeur marié, qui aurait chez lui deux ou trois élèves, et mènerait avec eux une vie d'études et de famille.

Si je trouvais un bon curé, aimant la jeunesse, large d'esprit, énergique, féru de lettres et d'art, et qui voudrait présider à l'éducation de deux jeunes gens, deux au moins, je trouverais parfaite cette solution. Il y a au presbytère des occasions d'assistance aux malades et aux pauvres, plus parlantes et convaincantes que les sermons du vieux Sénèque.

Je verrais avec plaisir se fonder un petit collège où on donnerait un enseignement libre et varié, où on ne penserait en le donnant qu'à faire un homme et une âme. J'aimerais beaucoup un petit collège dans la paix d'une petite ville, où un seul maître prendrait une dizaine d'élèves, pas plus, pour leur faire partager ses passions de lettré. Ce collège pour si peu d'élèves n'aurait pas besoin d'avoir l'air d'un collège ; il pourrait avoir le visage des autres maisons. La classe pourrait ressembler à une bibliothèque, au lieu de se calquer sur un atelier de prison. Et la bibliothèque donnerait sur un potager, que les élèves cultiveraient aux heures de détente, au lieu de hurler dans une cour. Les soins aux légumes, aux fleurs, aux fruits constituent le plus intelligent des jeux, en même temps que le plus ravissant. L'homme peut "jouer" avec la nature qui se laisse faire, s'il est spirituel. Si j'étais le professeur de ce petit collège, je ferais traduire les Géorgiques dans mon potager, et faire du fromage de chèvre aux élèves sur une lecture de Théocrite. Quel rêve de préparer des jardiniers en même temps que des princes de l'esprit ! Sans compter qu'on retrouverait ainsi 1'occupation de la première enfance, et qu'on continuerait chez autrui, en compagnie de quelques camarades choisis, ce qui aurait été commencé dans 1'air affectueux de la maison.

J'aime les petits collèges. Je préfère encore les écoles d'abbayes. Il s'en est créé quelques-unes, ces dernières années. Elles étaient à la fois clandestines et connues de tout le monde. Avec dignité, elles faisaient respectueusement la nique à la loi. La République est par terre. Elles n'ont plus rien à craindre. Elles peuvent se multiplier.

Je voudrais les voir se multiplier sans se développer, que chacune restât modeste et pour peu d'élèves. Toujours ma hantise : dès qu'il y a le nombre, tout est perdu. Chez les moines comme ailleurs, c'est le succès qui tue. Quand toutes les femmes du monde veulent toutes ensemble mettre tous leurs fils chez les mêmes moines, c'en est fini de l'école, elle tourne au collège, et malgré la bonne volonté des Pères, l'étude des poètes devant une foule d'élèves devient fade et sans goût, comme les platées de haricots que les frères font bouillir dans des casseroles géantes.

Tout est difficile dans des sociétés surpeuplées. Or, le monde est surpeuplé, même là où il se dépeuple. Tout est difficile, mais surtout de cultiver la rareté et les grâces qu'on n'obtient qu'avec le petit nombre. Aucun âge encore n'a connu des villes de cinq millions d'habitants. Comment faire sentir à cinq millions d'habitants entassés ce que c'est que la beauté, puisqu'ils réalisent la laideur ?·On pouvait en plein Moyen Âge, à l'abbaye de Cluny, peindre des enluminures, chanter juste et faire de la cuisine parfumée de rose et de lys, parce qu'on avait de l'espace, du temps, du goût. Dans les collèges, on peut tout au plus rêver à ce qu'on voudrait faire : on ne le fait jamais. Pourtant, chez les moines, lorsque l'école commence, qu'elle n'a·encore que quelques élèves, quand elle fait encore partie de l'abbaye, que les enfants sont encadrés par la vie monastique, qu'à la chapelle, aux champs, au réfectoire, ils participent à la vie des Pères, il n'y a pas de milieu plus beau pour façonner l'esprit avec justesse, en élevant l'âme dans la bonne humeur et la charité. Je n'ai cessé de dire que l'éducation devrait être à l'abri de la vie. Où y est-on plus sûrement que dans une abbaye bénédictine ?

Quel amour du maître à l'élève de l'élève au maître ! Et quelle justice, cette justice dont le jeune homme est avide. Là aussi, on le punit en classe, quand il est en faute, mais le maître se sent fragile, il ne se targue pas d'avoir toujours raison ; et l'élève sait qu'à la chapelle il le verra devant le Père abbé s'agenouiller humblement, quand en chantant il aura fait fausse note. Enfin... enfin, il n'y a pas d'inspecteur d'Académie qui vienne visiter la classe et exiger pour soi des exercices de chiens savants. Tout le monde est d'accord que Dieu qui voit tout suffit à l'inspection.

Les Bénédictins, qui sont de grands distributeurs d'ordre et de paix, mèneront votre fils, soyez-en sûr, s'il le désire, jusqu'au bachot. Ils n'en sont pas à une pénitence près ! Du moins, n'en auront-ils pas l'obsession ; ils ont mesuré les vanités. Mais à la fin de longues études heureusement écoulées dans la béatitude de l'abbaye, ils préciseront soudain l'effort à faire, et le diplôme·superflu, dont on ne parlera qu'à ce moment-là, sera facilement enlevé.

Je vais peut-être vous surprendre jusqu'au bout : moi-même, après mon étrange programme d'éducation, mon français pris à haute dose, mon latin étudié à force, l'Évangile aimé pour lui-même, la cathédrale admirée comme la vraie maison de la famille et du peuple, Rembrandt et Cervantès vénérés, après tout cela, si chez mon élève s'éveillait une vocation qui exige l'effort de l'examen, je le lui ferais tenter, lui faisant faire à l'âge où il les supporterait enfin, six à huit mois de sciences, qui le mettraient à un point de connaissance raisonnable et suffisant, et sans m'occuper du détail des programmes officiels, je risquerais de le présenter aux examinateurs. Je parie bien qu'il serait reçu !

On part de ce principe que les examinateurs sont à cheval sur la lettre et se moquent de l'esprit. C'est un jugement passionné. Ils sont pour la plupart dégoûtés des trembleurs qu'on leur soumet et comme ils les voient trembler quand ils arrivent, ils se divertissent à leur faire friser la syncope quand ils partent. Ne tremblez donc pas vous-même. Si vous leur présentez un garçon net, courageux sûr de soi, parce qu'il aura étudié avec sérénité ce qui est grand et ce qui est beau, vous sentez bien comme moi qu'il s'imposera, sauf le cas de malchance où il tomberait sur de vraies mules... Mais alors… l'insuccès serait l'occasion d'une juste révolte qui tarirait ses regrets, et vous auriez un non-bachelier philosophe, ce qui vaut mieux pour l'avenir qu'un bachelier imbécile.

Pour préparer le bachelier imbécile, j'espère qu'aucune des remarques de ce petit livre n'est valable. Ce sera son mérite si on ne lui en reconnaît pas d'autres. Il est temps, après de si cruels revers, de ne plus entreprendre ce que j'appellerai la culture des·illettrés de naissance. Un grand nombre d'êtres humains sont rebelles aux études de 1'esprit. La culture qu'on n'a pas envie d'acquérir ne devient jamais une vraie culture. Il est des terres stériles. Ces terres-là, on les laisse en friche. On se console en parlant de la beauté des landes… Pourquoi de même, au lieu de faire des singes d'intellectuels, ne laisse-t-on pas à des besognes modestes, les enfants qui sont nés pour elles, à quelque classe qu'ils appartiennent ? Je l'ai déjà dit, j'y reviens : il y a de bons enfants qui sont nés pour le comptoir de l'épicerie, de qui la nature s'accorde avec les légumes secs. N'essayez pas de les hisser jusqu'à cette source de montagne qu'est Sophocle : ils ne savent pas y boire. Elle est·trop fluide et trop fraîche pour la chaleur un peu lourde de leurs entrailles. En prétendant les servir, vous ne servez que votre amour-propre.

Qu'on ne me dise pas que je n'ai pas assez pensé à eux. Il n'y a guère à penser à eux, il n'y a qu'à les laisser ne pas penser. Je ne me suis soucié que de l'enfant qui a le feu sacré. Ce fut mon premier mot ; c'est le dernier. Si, par bonheur, vous avez à vous cet enfant-là, soyez hardi, n'ayez peur de rien, songez à vraiment l'élever ; faites pour lui le programme merveilleux qu'il mérite.

Dans le cas contraire, n'ayez pas peur non plus, soyez clairvoyant, sans vanité sur votre procréation, et si vous jugez vraiment en votre for intérieur que le grand mouvement mystérieux des hérédités, dont après tout vous n'êtes que l'instrument irresponsable, ne vous a donné qu'un âne, ne dites pas : "Hélas !" ne rougissez pas, ne vous lamentez pas. D'abord, il y a des ânes charmants : songez comme saint François l'aurait aimé ; ensuite, il faut de tout dans l'univers, tout a sa place, tout est utile. Évitez seulement pour lui les grands poètes, les lettres et les arts, la douceur et la force des jeux de l'esprit, et consolez-vous en l'aimant, et en lui donnant ce qu'il aime, du foin, du bon foin sec et parfumé, qui, en enchantant son honnête appétit, réveillera chez vous le souvenir radieux des plus beaux jours d'été.

 

© René Benjamin, Vérités & Rêveries sur l'Éducation, Plon, 1941, 245 p.

 


 

 

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La réaction de mon ami G. Record...

 

 

Ouf ! Je suis venu à bout de ce pataphar de Benjamin. Où as-tu trouvé un oiseau pareil ? Le bougre n'écrit pas mal ; une langue souple, onctueuse, fluide, avec quelques coups de patte qui dénotent la sourde agressivité d'un curé de campagne contre les sans-Dieu. Mais le fond de l'air, ah misère !

Voilà un nouveau Traité de l'Éducation qui voudrait renouveler l'Émile de Rousseau, mais un Émile qui dirait : "Mon Dieu !" dès qu'il voit une fleur, et qui s'épanouirait à l'ombre d'un curé près d'une abbaye cistercienne - mais sans jamais remarquer la différence de traitement entre un frère convers et un moine. Mordieu !

Une bonne veine humaniste pourtant, et puisée aux bonnes sources, même si Virgile, Cervantès et l'Évangile, c'est un peu limité - surtout l'Apocalypse de Saint-Jean : c'est le pied !

Quelques idées, par ci, par là, sur la surface de la mare, comme des nénuphars, mais un esprit de revanche sur la République et le Front Populaire qui remue la vase en profondeur. La divine surprise de la défaite - la République à terre (sic) : un poulet, un factum, un pamphlet contre la communale et le collège... qui touchent juste parfois. C'est facile de charrier l'école, tout le monde peut y aller de son petit couplet vengeur.

Mais attendre la grâce de la défaite pour dédier cet acte d'accusation venimeux au Maréchal, ça c'est fort !

Il n'y a qu'un court passage qui sonne juste : celui consacré à "l'enfance inadaptée" sauce IIIe République. Les IVe et Ve n'ont toujours pas résolu le problème, ce qui, en effet, fait peser un doute sur la possibilité même de l'éducation.

Et c'est vrai, l'éducation est un acte de foi, un déni de la résistance que l'éduqué, par volonté ou nature, oppose à nos tentatives. L'inadaptation est le signe d'une fracture entre deux volontés, celle de l'éducateur et celle de l'éduqué. Et cette fracture n'est pas réductible, sauf recours à des moyens extrêmes - comme, par exemple, l'imprégnation religieuse pratiquée par le bon pasteur (dixit Sarkozy) dans les "ombres myrtheux" des cathédrales.

Mais nous, laïques, nous le faisons tranquillement cet acte de foi, et le plus fort, c'est que parfois ça marche !

Ça a marché sous la IIIe, en dépit de toutes les caricatures qu'on en donne maintenant, surtout dans le domaine de l'instruction (et particulièrement, ce qui est plus fort, dans celui de la morale politique !). Le Front Populaire a été le moment de la parousie de la classe ouvrière, son acmé. Peut-être aussi le sommet de la courbe pour la Communale (et c'est vrai que les Loges et la C. G. T. y étaient pour beaucoup, Benjamin voit juste). Après, on peut en effet parler de "décadence" : la guerre, la défaite, le pétainisme qui pourrit quarante millions de Français, la fin de l'agriculture paysanne, le collège unique et la main mise sur tout ça du Parti et des Tchékistes de la C. G. T. avec l'appui de la N. P. (nouvelle pédagogie).

Mais cette décadence-là, pour un peu, un type comme Benjamin nous la ferait aimer et défendre, parbleu !

Sa reconstruction de l'histoire en France (ou de la chrétienté, pour lui c'est tout un) est du délire : "Durant des siècles de foi, la France a vécu d'un ordre qui touchait au miracle". Abbayes, croisades et cathédrales, le tiercé civilisationnel ! Même Péguy n'aurait pas osé sortir ça ! Au secours ! L'histoire de France administrée en "comprimés" sous la houlette du Juif Isaac, voilà où nous en étions quand Hitler et le Maréchal se sont entendus pour nous refaire une santé.

Alors la France de Benjamin, ça a été la France qui fermait les Loges, chassait les Juifs et fermait les Écoles normales. Deo gratias. Toutes ces "rêveries" pour en arriver là !

Tout ce bouillon de culture est un malaxage d'antidreyfusisme et de haine de classe. Se revancher de la République pour rentrer dans "l'ordre" chrétien, chaque classe sociale à sa place, et les moutons seront bien gardés surtout si quelques bondieuseries leur laissent espérer un "autre" monde. Il y a les gens des châteaux et des vastes maisons-à-perron (sic) donnant sur de beaux jardins, et il y a les autres, ceux qui ont "une chaleur un peu lourde dans les entrailles" (sic), les enfants "de qui la nature s'accorde avec les légumes secs", parce qu'il y a des "enfants nés pour le comptoir de l'épicier".

Rousseau, au secours ! Ces rêveries d'un benjamin solitaire font froid dans le dos.

Depuis quarante ans, on souffre de bien d'autres rêveries autrement plus efficaces, mais elles ne portent pas à ce point les stigmates du mépris de l'homme. A toi, G.

PS Retour sur ce jobard de Benjamin. Dans le sarkozysme, il y a des relents de pétainisme. Le coup du mépris que ¨Pétain nous a fait sous la protection des Allemands, Sarkozy nous le fait sous la protection des patrons et des banquiers.