Toutes voiles dehors...

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J'ignore pertinemment qui est le sieur Hugo, Victor, qui se dit poète (hélas). Mais je suis grandement étonné que toutes les associations musulmanes qui, épaulées par la Licra, avaient traîné (en 2002, il me semble) Michel Houellebecq, cet insupportable provocateur, devant les tribunaux, n'aient pas effectué la même démarche à l'encontre de ce "poète" complètement inconnu. Car ses propos relèvent, à n'en pas douter, des dispositions répressives de la loi Gayssot...

 

 

I. Septembre 1828

 


LE VOILE

Avez-vous prié Dieu ce soir, Desdemona ?
(Shakespeare, Oth., V, 2).


LA SŒUR

- Qu'avez-vous, qu'avez-vous, mes frères ?
Vous baissez des fronts soucieux.
Comme des lampes funéraires,
Vos regards brillent dans vos yeux.
Vos ceintures sont déchirées.
Déjà trois fois, hors de l'étui,
Sous vos doigts, à demi tirées,
Les lames des poignards ont lui.


LE FRÈRE AÎNÉ

N'avez-vous pas levé votre voile aujourd'hui ?


LA SŒUR

Je revenais du bain, mes frères,
Seigneurs, du bain je revenais,
Cachée aux regards téméraires
Des giaours et des albanais.
En passant près de la mosquée
Dans mon palanquin recouvert,
L'air de midi m'a suffoquée :
Mon voile un instant s'est ouvert.


LE SECOND FRÈRE

Un homme alors passait ? un homme en caftan vert ?


LA SŒUR

Oui... peut-être... mais son audace
N'a point vu mes traits dévoilés...
Mais vous vous parlez à voix basse,
À voix basse vous vous parlez.
Vous faut-il du sang ? Sur votre âme,
Mes frères, il n'a pu me voir.
Grâce ! Tuerez-vous une femme,
Faible et nue en votre pouvoir ?


LE TROISIÈME FRÈRE

Le soleil était rouge à son coucher ce soir.


LA SŒUR

Grâce ! Qu'ai-je fait ? Grâce ! Grâce !
Dieu ! Quatre poignards dans mon flanc !
Ah ! par vos genoux que j'embrasse...
O mon voile ! ô mon voile blanc !
Ne fuyez pas mes mains qui saignent,
Mes frères, soutenez mes pas !
Car sur mes regards qui s'éteignent
S'étend un voile de trépas.


LE QUATRIÈME FRÈRE

C'en est un que du moins tu ne lèveras pas !



Victor Hugo Les Orientales, XI (1er septembre 1828).

 

 

II. Avril 2004

 

Elle prétendait sortir sans voile - Une jeune femme turque martyrisée par sa belle-famille

 

À Belfort, où elle avait été envoyée pour épouser le mari choisi par sa famille, Meliha* ne respectait pas les coutumes de son pays, la Turquie. Elle venait d'Anatolie, où la femme n'a traditionnellement que le devoir de se soumettre à son mari, de lui obéir, de porter le voile, en s'interdisant de parler aux étrangers. Mais, le 3 avril, cette toute jeune femme de 20 ans, maman d'un bébé de vingt mois, a transgressé "le code de l'honneur". Pour son plus grand malheur.

Ce jour-là, l'une de ses belles-sœurs l'aperçoit en effet alors qu'elle ose bavarder avec des jeunes gens, au pied d'un immeuble du quartier sensible des Résidences, à Belfort. La belle-famille en est aussitôt informée. Une sorte de "conseil" se réunit alors et décide de "donner une leçon" à Meliha. Une véritable séance de sévices, en fait. Son mari, âgé de 26 ans, pour sa part installé depuis bien longtemps en France, l'un de ses frères cadets et leur mère sont depuis jeudi soir en prison pour "actes de tortures et de barbarie en réunion", un second frère ayant été laissé en liberté sous contrôle judiciaire : il n'aurait fait "que" maintenir à terre sa jeune belle-sœur au moment de la punition.

Ce sont des voisins qui ont alerté le commissariat, horrifiés par les hurlements de douleur provenant d'un appartement proche du leur. À leur arrivée sur place, les policiers ont dû employer la force pour investir le logement d'où s'échappaient les cris, ils y ont découvert une jeune femme terrorisée, aux cheveux à demi tondus, arrachés ou brûlés, couverte de traces de coups. À l'hôpital, Meliha a commencé à raconter - en turc, bien qu'elle vive en France depuis trois ans - l'étendue de son calvaire.

C'est à l'âge de 16 ans qu'elle s'est retrouvée à Belfort, dans le cadre d'un mariage arrangé, pour y mener une vie de soumission totale : "Elle n'avait aucune liberté, résume un enquêteur. Obligation de porter le voile, interdiction de mettre les pieds seule dans la rue... " Elle a tenté, malgré tout, de mener une vie à l'occidentale, de se rebeller, de sortir, de montrer son visage. Et n'a récolté que les violences répétées de son mari, puis de toute sa belle-famille.

Aujourd'hui très choquée, elle a été placée par le parquet de Belfort en un lieu tenu secret et sécurisé. Son enfant, placé à l'Aide sociale à l'enfance, lui sera rendu dès que possible. Quant aux tortionnaires, ils affirment qu'ils "ne voulaient pas la tuer mais seulement lui infliger des blessures dont les cicatrices l'obligeraient à porter définitivement le voile". Ils ne comprennent pas très bien, d'ailleurs, que la justice française se mêle de ce qui, à leurs yeux, ne la regarde pas. Les responsables des associations de la protection des femmes de la région sont atterrées : jamais elles n'avaient eu vent du long calvaire de la jeune femme.

*. Le prénom a été changé.

 

Les journaux, avril 2004