Le parti socialiste, ou Le monstre de Frankenstein

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Dire que la découverte de cet incroyable réseau de fausses factures résulte, au départ, d'un accident du travail, survenu en 1990 au Mans ! Instruisant l'enquête diligentée sur les causes de cet accident (ayant entraîné la mort de deux ouvriers), le juge manceau Thierry Jean-Pierre tombe, par hasard, sur le pot aux roses.
Dire qu'on nous avait seriné que la Gauche, c'était la morale ! On a pu vérifier l'authenticité de cette parole verbale, dès lors que le PS était visé pour extorsion de fonds, corruption, faux et usage de faux... et autres babioles.
Le juge Jean-Pierre, comme l'inspecteur de police Gaudino (c'est lui qui, au cours d'une perquisition en avril 1989, eut la bonne fortune - mais funeste pour sa carrière - de tomber sur les quatre "cahiers Delcroix") ont, quant à eux, dans des registres différents, pu mesurer l'ignominie du monde politique, ici "progressiste" - ou se prétendant tel.
Les Henri Nallet, Lionel Jospin (mais oui, mais oui, l'incorruptible), Michel Rocard (mais oui, mais oui), Pierre Arpaillange, Pierre Joxe, Pierre Mauroy (sur ces Pierre je bâtirai mon pouvoir) et bien d'autres encore ont été sauvés par l'incroyable amnistie (dont une grande partie des dispositions avait été déclarée inconstitutionnelle par le Conseil constitutionnel) destinée, paraît-il,  à "moraliser" la politique... Mais laissons la parole malicieuse au délicieux Jean Dutourd !

 

 

Il y a un côté Frankenstein dans le parti socialiste. Comme le célèbre docteur, il a créé un monstre qui lui a échappé et qui parcourt les campagnes (électorales) en dévorant une quantité d'électeurs.

Ce monstre s'appelle Jean-Marie Le Pen. Les cris d'horreur du Frankenstein socialiste devant l'abominable créature qu'il a façonnée de ses mains sont un spectacle vraiment comique. Je ne sais si l'Histoire retiendra grand-chose de ce qui s'est passé en France depuis la mort de De Gaulle, mais il serait dommage que l'oubli recouvrit complètement cette grande farce.

C'est une grande farce, en effet, ou un croustillant paradoxe politique, que le parti socialiste, en dix ans, soit parvenu à tuer le parti communiste qui fut son allié dans la conquête du pouvoir, et à tirer le Front national du néant. La fameuse « Union de la gauche » avec laquelle on a tant électrisé jadis le bon peuple n'a eu pour résultat tangible que de faire apparaître dans la politique française un parti qualifié « d'extrême droite », ce qui ne s'était pas vu depuis un demi-siècle.

Le plus farce dans cette affaire est peut-être l'attitude de la vieille droite traditionnelle (qui n'a rien d'extrême). Elle est tellement snobée par la gauche, si éperdument désireuse de lui ressembler, si persuadée qu'il n'est de chic, d'allure, de culture, d'intelligence qu'à gauche, qu'au lieu de rire des tribulations de Frankenstein avec son œuvre, et de rester en dehors de ce psychodrame qui ne la regarde pas, elle affecte, depuis des années, de se voiler la face devant le monstre, de s'offusquer de ses calembours (car il en fait sans arrêt), de rivaliser avec la gauche d'invectives contre lui. Il semble qu'elle soit un peu moins godiche ces temps-ci, et qu'elle n'ait pas trop envie de s'associer aux manifestations organisées par M. Fabius.

Je n'ai pas lu depuis ma jeunesse le Frankenstein de Marie Shelley, mais j'ai revu, il n'y a pas longtemps, le film qui en a été tiré, où Boris Karloff joue le rôle du monstre. Le Dr Frankenstein, après l'avoir fabriqué avec des membres et des organes humains, l'anime en lui faisant passer un courant électrique dans le corps. Le courant électrique avec lequel le Frankenstein socialiste a animé M. Le Pen est le scrutin proportionnel. D'après ce qu'on dit, il aurait l'intention, aux prochaines élections, de lui en reflanquer une bonne décharge. Il y a quand même une différence entre le parti socialiste et le Dr Frankenstein, c'est que celui-ci ne se cachait pas d'être le père du monstre, et se repentait tragiquement d'avoir été farfouiller du côté de la biologie, tandis que le P.S. pousse des cris d'orfraie et organise les battues comme s'il n'était responsable de rien du tout. Cela doit tenir à ce que le Dr Frankenstein ne faisait pas de politique et ne préparait pas d'élections.

(25 janvier 1992)

 

 

[...] Un autre aspect amusant des élections est la pratique socialiste consistant à changer le mode (le scrutin lorsqu'on prévoit une catastrophe. La proportionnelle est la planche de salut des incapables, des nullots, des gens qui pendant toutes les années qu'ils étaient au pouvoir n'ont fait que des stupidités, sans parler de ceux qui se sont mis un peu d'argent dans les poches.

La proportionnelle est l'illustration de la formule si consolante et si humaine : "II faut bien que tout le monde vive". Avec la proportionnelle, tout le monde vit ou vivote. Sans elle, combien de charmants et attachants socialistes dont le visage et les habitudes nous sont familiers se trouveraient tout à coup sans emploi et grossiraient le nombre déjà si grand des chômeurs ? Je ne comprends pas que le gouvernement ne se serve pas de cet argument, très propre, selon moi, à toucher la sensibilité actuelle.

Bref, rien n'est perdu pour les socialistes. Et puis, on peut aussi compter un peu sur la droite, qui coupe dans toutes les blagues de la gauche, et qui fera tout ce qu'elle pourra pour saboter son succès.

(in Raisons d'espérer, 14 mars 1992)

 

[...] Une des singularités de la politique française actuelle est l'horreur que provoque le Front national chez les socialistes. C'est grâce à ceux-là pourtant qu'il existe, et plus particulièrement grâce à M. Mitterrand qui a pour ainsi dire accouché de M. Le Pen afin de le jeter dans les jambes du R.P.R. et de l'U.D.F. Ces deux partis ont été victimes de leur snobisme de gauche. Le Front national, lui, n'avait pas peur de se proclamer comme étant de droite, remplissant ainsi un vide politique qui ennuyait une notable portion des citoyens. Le calcul était très judicieux et montre bien la profondeur de la pensée (ou de la tactique) mitterrandienne. MM. Fabius et Lang qui étaient de ses proches, voire de ses familiers, ne l'ont, dirait-on, pas encore compris. M. Goux, en revanche, qui conduisait la liste socialiste à Toulon, l'a très bien compris : il s'est maintenu au second tour des élections et a fait ainsi élire le Front national.

(in Les heureux maires du FN, 24 juin 1995)

 

Jean Dutourd, in Le siècle des lumières éteintes, Plon, 2001

 

 


 

 

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