"Là où vous voyez quelque richesse, grande ou petite, soyez sûr qu'il y a eu quelqu'un qui savait prévoir et épargner

 

M. EDMOND. — Le travail, même le plus attentif et le plus intelligent, a besoin, pour porter tous ses fruits, de l'aide d'une autre vertu. Voyons, mes amis, si vous trouverez le nom de cette vertu indispensable.

Les trois enfants se regardèrent, se consultant en vain sans deviner.

 


Saumon

M. Edmond, pour les aider, reprit :

— Voyons, Francinet ; supposons un homme qui n'ait d'autre vertu que le travail : que va-t-il arriver ?
Voilà, par exemple, un sauvage qui pêche chaque jour dans le fleuve pour se nourrir, car il est laborieux et ne voudrait pas rester un jour sans rien faire. Parfois la pêche est bonne et lui donne plus de nourriture qu'il ne lui en faut pour un jour ; alors il laisse se perdre son poisson, — saumons ou aloses —, et recommence à travailler le lendemain avec la même conscience.

Francinet. — Ah ! Monsieur, à quoi cela lui sert-il de travailler avec aussi peu de réflexion? S'il laisse se perdre le fruit de son travail maintenant qu'il se porte bien et qu'il est jeune, comment fera-t-il quand il sera malade, vieux, ou que la pêche deviendra mauvaise ?

— Évidemment, dit Henri, il ne sert de rien d'être travailleur si l'on n'est pas prévoyant.

— Et si l'on n'épargne pas pour les mauvais jours, ajouta Aimée.

M. EDMOND. — À merveille ! mes enfants ; vous avez nommé la vertu qui doit toujours accompagner le travail : la prévoyance, mère de l'épargne. Ayez la vertu de l'attention, vous mettrez à profit le présent ; ayez de la mémoire, vous mettrez à profit le passé ; ayez de la prévoyance, vous serez certains de l'avenir.