La montée de l'islamisme dans notre système scolaire peut être sans passion et raisonnablement documentée si l'on s'intéresse au même phénomène de l'autre côté de nos frontières du nord-est. C'est ainsi que deux journalistes (Laurence D’Hondt et Jean-Pierre Martin) ont décrit la montée de l'islamisme au sein des écoles belges francophones dans un ouvrage au titre particulièrement explicite, "Allah n’a rien à faire dans ma classe". Les enseignants qui y sont interrogés et qui s'alarment au sujet des dérives inquiétantes auxquelles ils sont tous les jours confrontés, font rigoureusement écho à leurs collègues français à qui, il y a plus de vingt ans, Georges Bensoussan avait donné la parole, dans un ouvrage devenu, hélas, un classique (Les territoires perdus de la République), les mêmes causes produisant évidemment les mêmes effets... Il semble que nous soyons entrés dans une période obscurantiste bien loin du siècle des Lumières dont on nous rebat tant les oreilles - avec raison. Alors même qu'il y a pratiquement un siècle, les jeunes adolescents s'initiaient, à partir d'un modeste manuel, "à l'usage de l'Enseignement primaire supérieur et des Écoles professionnelles", et à la suite d'un texte sur la génération spontanée dû à la plume de Louis Pasteur, à des problèmes scientifiques aussi fondamentaux que la naissance des planètes ou l'évolution des espèces.
Jacques Julliard (1923-2023), normalien agrégé d'histoire, in Marianne, mi-septembre 2018
"En France, les islamistes tentent d’accentuer le faible niveau de l’école pour tuer l’esprit critique des élèves".
Pierre Vermeren, normalien, agrégé et docteur en histoire, in Le Figaro, 15 oct. 2024
"Nous pouvons au moins aller aussi loin par rapport au monde matériel, pour apercevoir que les faits ne se produisent pas par une intervention isolée du pouvoir divin, se manifestant dans chaque cas particulier, mais bien par l'action de lois générales"
William Whewel (1794-1866), Bridgewater Treatise[Epigraphe de L'Origine des espèces
I. La naissance des Planètes (théorie de Laplace)
On peut conjecturer que les planètes ont été formées, à ces limites successives, par la condensation des zones de vapeurs que l'atmosphère solaire a dû, en se refroidissant, abandonner dans le plan de son équateur. Ces zones ont dû, selon toute vraisemblance, former par leur condensation, et l'attraction mutuelle de leurs molécules, divers anneaux concentriques de vapeurs circulant autour du soleil. Le frottement mutuel des molécules de chaque anneau a dû accélérer les unes et retarder les autres, jusqu'à ce qu'elles aient acquis un même mouvement angulaire(1). Ainsi les vitesses réelles des molécules plus éloignées du centre de l'astre ont été plus grandes.
La cause suivante a dû contribuer encore à cette différence de vitesse. Les molécules les plus distantes du soleil et qui, par les effets du refroidissement et de la condensation, s'en sont rapprochées pour former la partie supérieure de l'anneau, ont toujours décrit des aires proportionnelles aux temps, puisque la force centrale dont elles étaient animées a été constamment dirigée vers cet astre ; or cette constance des aires exige un accroissement de vitesse à mesure qu'elles s'en sont rapprochées. On voit que la même cause a dû diminuer la vitesse des molécules qui se sont élevées vers l'anneau pour former sa partie inférieure.
Si toutes les molécules d'un anneau de vapeurs continuaient de se condenser sans se désunir, elles formeraient à la longue un anneau liquide ou solide. Mais la régularité que cette formation exige, dans toutes les parties de l'anneau et dans le refroidissement, a dû rendre ce phénomène extrêmement rare. Aussi le système solaire n'en offre-t-il qu'un seul exemple, celui des anneaux de Saturne. Presque toujours, chaque anneau de vapeurs a dû se rompre en plusieurs masses qui, mues avec des vitesses très peu différentes, ont continué de circuler à la même distance autour du soleil. Ces masses ont dû prendre une forme sphéroïdique, avec un mouvement de rotation dirigé dans le sens de leur révolution, puisque leurs molécules inférieures avaient moins de vitesse réelle que les supérieures ; elles ont donc formé autant de planètes à l'état de vapeurs. Mais si l'une d'entre elles a été assez puissante pour réunir successivement, par son attraction, toutes les autres autour de son centre, l'anneau de vapeur aura été ainsi transformé dans une seule masse sphéroïdique de vapeurs, circulant autour du soleil, avec une rotation dirigée dans le sens de sa révolution. Ce dernier cas a été le plus commun : cependant le système solaire nous offre le premier cas, dans les quatre petites planètes(2) qui se meuvent entre Jupiter et Mars ; à moins qu'on ne suppose qu'elles formaient primitivement une seule planète qu'une forte explosion a divisée en plusieurs parties animées de vitesses différentes.
Maintenant, si nous suivons les changements qu'un refroidissement ultérieur a dû produire dans les planètes en vapeurs, dont nous venons de concevoir la formation, nous verrons naître au centre de chacune d'elles un noyau s'accroissant sans cesse, par la condensation de l'atmosphère qui l'environne. Dans cet état, la planète ressemblait parfaitement au soleil à l'état de nébuleuse, où nous venons de le considérer ; le refroidissement a donc dû produire, aux diverses limites de son atmosphère, des phénomènes, semblables à ceux que nous avons décrits, c'est-à-dire des anneaux et des satellites circulant autour de son centre, dans le sens de son mouvement de rotation, et tournant dans le même sens sur eux-mêmes. La distribution régulière des anneaux de Saturne, autour de son centre et dans le plan de son équateur, résulte naturellement de cette hypothèse, et, sans elle, devient inexplicable ; ces anneaux me paraissent être des preuves toujours subsistantes de l'extension primitive de l'atmosphère de Saturne et de ses retraites successives...
Si le système solaire s'était formé avec une parfaite régularité, les orbites des corps qui le composent seraient des cercles dont les plans, ainsi que ceux des divers équateurs et des anneaux, coïncideraient avec le plan de l'équateur solaire. Mais on conçoit que les variétés sans nombre qui ont dû exister, dans la température et la densité des diverses parties de ces grandes masses, ont produit les excentricités de leurs orbites et les déviations de leurs mouvements du plan de cet équateur.
[Dans son hypothèse, Laplace laisse les comètes en dehors du système planétaire ; il les considère comme de petites nébuleuses errantes de systèmes en systèmes solaires].
Notes
(1) Un mouvement tel que les molécules parcourent dans le même temps une même portion d'angle ou d'arc.
(2) Depuis, de nombreuses petites planètes ont été découvertes.
Questions
— 1. Par quelles phases, d'après Laplace, sont passées les planètes et leurs satellites ?
— 2. Comment le savant explique-t-il la formation de l'anneau de Saturne ?
— 3. D'où vient, selon lui, l'irrégularité des orbites et des mouvements des planètes ?
— 4. Le savant présente-t-il cette théorie comme une vérité certaine ou comme une hypothèse plausible ?
II. L'origine et l'évolution des Espèces
**C'est à l'excellente histoire d'Isidore Geoffroy Saint-Hilaire (Hist. nat. générale, 1859, t. II, p. 405) que j'ai emprunté la date de la première publication de Lamarck ; cet ouvrage contient aussi un résumé des conclusions de Buffon sur le même sujet. Il est curieux de voir combien le docteur Érasme Darwin, mon grand-père, dans sa Zoonomia (vol. I, p. 500-510), publiée en 1794, a devancé Lamarck dans ses idées et ses erreurs. D'après Isidore Geoffroy, Gœthe partageait complètement les mêmes idées, comme le prouve l'introduction d'un ouvrage écrit en 1794 et 1795, mais publié beaucoup plus tard. Il a insisté sur ce point (Gœthe als Naturforscher, par le docteur Karl Meding, p. 34), que les naturalistes auront à rechercher, par exemple, comment le bétail a acquis ses cornes, et non à quoi elles servent. C'est là un cas assez singulier de l'apparition à peu près simultanée d'opinions semblables, car il se trouve que Gœthe en Allemagne, le docteur Darwin en Angleterre, et Geoffroy Saint-Hilaire en France arrivent, dans les années 1794-95, à la même conclusion sur l'origine des espèces. [Darwin, Charles, De l'Origine des espèces, p. 633].
II-1. Lamarck
Félix Le Dantec, in La Revue blanche, Tome XXIX, 1902
De grands changements dans les circonstances (entendez le climat, la nourriture, etc.), amènent pour les animaux de grands changements dans leurs besoins, et de pareils changements dans les besoins en amènent nécessairement dans les actions. Or, si les nouveaux besoins deviennent constants ou très durables, les animaux prennent alors de nouvelles "habitudes" (par là Lamarck entend les instincts) qui sont aussi durables que les besoins qui les ont fait naître.
Il est donc évident qu'un grand changement dans les circonstances, devenu constant pour une race d'animaux, entraîne ces animaux à de nouvelles habitudes.
Or, si de nouvelles circonstances, devenues permanentes pour une race d'animaux, ont donné à ces animaux de nouvelles "habitudes", c'est-à-dire les ont portés à de nouvelles actions qui sont devenues habituelles, il en sera résulté l'emploi de telle partie par préférence à celui de telle autre, et, dans certains cas, le défaut total d'emploi de telle partie qui est devenue inutile...
Ceux qui ont beaucoup observé et qui ont consulté les grandes collections ont pu se convaincre qu'à mesure que les circonstances d'habitation, d'exposition, de climat, de nourriture, d'habitude de vivre, etc., viennent à changer, les caractères de taille, de forme, de proportion entre les parties, de couleur, de consistance, d'agilité et d'industrie, pour les animaux, changent proportionnellement.
Ce que la nature fait avec beaucoup de temps, nous le faisons tous les jours en changeant nous-mêmes subitement, par rapport à un végétal vivant, les circonstances dans lesquelles lui et tous les individus de son espèce se rencontraient.
Le froment cultivé (triticum sativum) n'est-il pas un végétal amené par l'homme à l'état où nous le voyons actuellement ? Qu'on me dise dans quel pays une plante semblable habite naturellement, c'est-à-dire sans y être la suite naturelle de sa culture dans quelque voisinage ? Où trouve-t-on dans la nature nos choux, nos laitues, etc., dans l'état où nous les possédons dans nos jardins potagers ?
N'en est-il pas de même à l'égard de quantité d'animaux que la domesticité a changés ou considérablement modifiés ? Que de races différentes, parmi nos poules et nos pigeons domestiques, nous nous sommes procurées en les élevant dans diverses circonstances et dans différents pays et qu'en vain on chercherait maintenant à retrouver telles dans la nature I Nos canards et nos oies domestiques retrouvent leur type dans les canards et les oies sauvages ; mais les nôtres ont perdu la faculté de pouvoir s'élever dans les hautes régions de l'air et de traverser de grands pays en volant ; enfin il s'est opéré un changement réel dans l'état de leurs parties comparées à celles des animaux de la race dont ils proviennent.
Où trouve-t-on maintenant dans la nature cette multitude de races de chiens que, par suite de la domesticité où nous avons réduit ces animaux, nous avons mis dans le cas d'exister telles qu'elles sont actuellement ? Où trouve-t-on ces dogues, ces lévriers, ces barbets, ces épagneuls, ces bichons, etc., etc., races qui offrent entre elles de plus grandes différences que celles que nous admettons comme spécifiques entre les animaux d'un même genre qui vivent librement dans la nature ? Sans doute, une race première et unique, alors fort voisine du loup, s'il n'en est lui-même le vrai type, a été soumise par l'homme à une époque quelconque à la domesticité...
[Lamarck expose dans les lignes suivantes comment cet animal, dispersé avec l'homme, vivant ainsi dans différents pays et dans différents climats, a dû éprouver des changements remarquables. Puis il formule les lois suivant lesquelles se produisent de tels changements dans les animaux].
II-2. Darwin
Dans l'Amérique du Sud (1837), trois classes de phénomènes firent sur moi une vive impression : d'abord la manière dont les espèces très voisines se succèdent et se remplacent à mesure qu'on va du Nord au Sud ; en second lieu, la proche parenté des espèces qui habitent les îles du littoral et de celles qui sont propres au continent ; enfin les rapports étroits qui lient les mammifères édentés et les rongeurs contemporains aux espèces éteintes des mêmes familles. Je n'oublierai jamais la surprise que j'éprouvai en déterrant un débris de tatou gigantesque semblable à un tatou vivant.
En réfléchissant sur ces faits, il me parut vraisemblable que les espèces voisines pouvaient dériver d'une même souche ; mais, durant plusieurs années, je ne pus comprendre comment chaque forme se trouvait si bien adaptée à des conditions particulières d'existence. J'entrepris alors d'étudier systématiquement les animaux et les plantes domestiques et je vis nettement que l'influence modificatrice la plus importante réside dans la sélection des races par l'homme, qui utilise, pour la reproduction, des individus choisis. Mes études sur les mœurs des animaux m'avaient préparé à me faire une idée juste de la lutte pour l'existence, et mes travaux géologiques m'avaient donné une idée de l'énorme longueur des temps écoulés. Un heureux hasard me fit alors lire l'ouvrage de Malthus sur la population, et l'idée de la sélection naturelle(3) me vint à l'esprit.
Note
(3) Dans les combats que se livrent les races pour l'existence, les plus vigoureux et les plus sains triomphent, les plus faibles sont éliminés ; voilà la sélection naturelle.
Questions. —
— 1. Résumer chacune des deux parties du passage emprunté à Lamarck (théorie, observations) et indiquer leur relation.
— 2. En quoi le passage emprunté à Darwin, est-il d'accord avec la thèse de Lamarck ?
— 3. Par quel principe Lamarck explique-t-il l'évolution des espèces, et quelle est, suivant Darwin, la principale cause de cette évolution ?
— 4. Montrer que, chez les deux savants, des observations ont précédé la théorie.
Exercice
— Quelques personnages à courte vue ont érigé en loi universelle la lutte pour l'existence. En quels cas s'applique-t-elle aux relations des hommes entre eux ? Montrer qu'elle ne saurait régler exclusivement ces rapports.
III. Complément 1 : Préface de Nouvelles lectures professionnelles
Parmi les élèves de l'enseignement primaire supérieur, beaucoup, sans négliger les études dont la valeur éducative n'est contestée par personne, désirent avant tout acquérir les connaissances utilisables dans les divers travaux professionnels. C'est pour eux que notre livre a été fait. Non que cet ouvrage contienne des conseils précis sur l'industrie, le commerce, l'agriculture, etc., — les élèves trouveront ces leçons dans des manuels spéciaux, — mais nous avons choisi des textes qui donnent un aperçu des formes multiples de l'activité humaine, qui retiennent l'attention des jeunes gens sur les travaux des artisans, sur les œuvres des artistes et des savants, qui font sentir la noblesse du travail et mettent en lumière le prix de l'effort méthodique.
Nous pensons qu'il n'y a pas de barrières infranchissables entre le monde des écrivains et les hommes qui exercent des professions manuelles ou dépensent leur activité dans les carrières administratives ; de grands auteurs — Joseph Conrad, pour ne citer qu'un nom — ont été d'abord soldats ou marins, ou employés de bureau, administrateurs ; et, après s'être fait remarquer par la valeur littéraire de leurs rapports, de leur correspondance, ont pris place dans la phalange des maîtres de la plume. Nous estimons aussi que s'il est bon de présenter aux sections professionnelles des lectures différentes de celles que réclament les élèves de l'enseignement général, ces lectures ne doivent pas avoir une moindre beauté. Il n'est pas impossible, tout en orientant les esprits vers les choses du travail, de cultiver les facultés supérieures de l'intelligence, d'affiner le goût ; et il est nécessaire de donner aux élèves la conviction que le souci du bien dire peut et doit se rencontrer dans les rapports des ingénieurs et dans les lettres des commerçants, aussi bien que dans les œuvres proprement littéraires. Aussi avons-nous choisi toutes nos lectures dans des ouvrages dont les auteurs méritent le nom d'écrivains et dont la plupart, on le verra, sont de grands écrivains.
Pour la même raison, nous avons fait une place à chacun des genres principaux et à toutes les formes d'exposition : descriptions, récits, dialogues, etc. Souvent, des lectures qui s'éclairent par leur opposition même ont été juxtaposées.
Enfin, comme, dans notre pensée, ce volume, du moins par son inspiration, se rattache à nos Nouvelles Lectures (1) sans d'ailleurs en exiger la connaissance préalable, à côté des lettres et des sciences, nous avons réservé à l'art un chapitre entier.
Des notes explicatives sont ajoutées aux textes, mais seulement quand des expressions ont été employées dans un sens spécial. Par des questions diverses, l'attention des élèves est appelée sur les parties les plus intéressantes des lectures ou sur les principales qualités littéraires des textes. Quelquefois, un plan est proposé pour le commentaire des morceaux, plan que les élèves auront à développer ou à remplir. Les exercices indiqués consistent généralement à utiliser dans un travail personnel les ressources qu'on trouvera dans la page qui précède, travail qui conduit à faire du texte une étude minutieuse. Mais nous avons laissé aux professeurs le soin de se servir à leur gré de nos lectures pour l'enseignement grammatical ; eux seuls sont en mesure de choisir les pages sur lesquelles ils pourront appuyer leurs leçons.
Si nous ne nous faisons pas illusion, notre livre, placé sur les rayons des bibliothèques scolaires, trouverait des lecteurs, non seulement chez les grands élèves, garçons et filles, des écoles primaires, mais encore parmi les adultes.
1. C'est ainsi que certaines omissions que l'on serait peut-être porté à nous reprocher, celle des "Laboureurs" de Lamartine, par exemple, s'explique par ce que cette poésie figure dans un des volumes que nous avons déjà publiés.
IV. Complément 2 : Table des matières de Nouvelles lectures professionnelles
Le travail
Les travailleurs de la terre et du sous-sol
Les travailleurs de la mer et les conquérants de l'air
Les travailleurs de l'usine
Le commerce
Les professions féminines
Les professions libérales
Les savants
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Les artistes
Les lois supérieures du travail
Le progrès est l’œuvre de tous
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