René Capitant (1901-1970) était un éminent juriste devant l’Éternel et un résistant de la première heure (en particulier dans la défense de De Gaulle contre Giraud). Il fut ministre de l’Éducation nationale (4 septembre 1944-21 novembre 1945) du gouvernement provisoire (3 juin 1944-27 octobre 1946) du général de Gaulle. C'est dans ce cadre que, prenant la parole après le professeur Louis François (et en présence du Général) à l'occasion de la cérémonie de distribution des prix du premier Concours général d'après-guerre, il prononça un discours d'une importance capitale, puisqu'il y annonçait la façon dont allaient être mises en œuvre les préconisations du Plan Langevin-Vallon.
Vingt ans plus tard, "gaulliste de gauche", il fut l'un des "conjurés" décidés à abattre (politiquement) Georges Pompidou, jugé trop conservateur (et dépourvu de brevets de Résistance) : il n'est pas interdit de penser que ce ne fut pas là le meilleur de son œuvre...

 

"Vous avez parlé aussi au nom des innombrables victimes qui n'auront connu d'autre délivrance que la délivrance suprême, qui ne reviendront pas reprendre leur place dans nos rangs, et qui, pourtant, je le jure, ne sont pas absents d'ici ! Présents dans nos cœurs, présents dans nos pensées, ils sont là qui nous dictent notre devoir, ils sont là qui donnent à nos paroles tout leur sens, à votre leçon tout son poids"

R. Capitant

 

 

Mon Général, Mesdames, Messieurs, Mes jeunes amis,

 

Vous venez d’entendre l'appel émouvant que vous adresse l'un des meilleurs parmi vos maîtres, M. Louis François : il n'est pas seulement, en ce jour de solennité universitaire, le représentant de tous vos maîtres ; il est aussi, il a voulu être surtout, le porte-parole de ceux de vos aînés qui ont cruellement, longuement souffert pour la France. Il ne s'est pas borné à vous dire la joie du retour, le bonheur de retrouver la patrie et la liberté ; il a tenu à prononcer ici, pour vous, et, par-delà cette enceinte, pour tous vos jeunes camarades, les paroles viriles qui rappellent: au devoir et qui appellent à l'action.

Monsieur le Professeur, je vous en remercie et je vous en félicite.

Les mots que vous avez prononcés, les images tragiques que vous n'avez pas craint d'évoquer, les exhortations sérieuses dont vous n'avez pas craint non plus de faire le sujet de votre discours, prennent, dans votre bouche, toute leur portée.

C'est la voix des milliers de vos camarades, prisonniers et déportés, que vous nous avez fait entendre, de ceux qui sont revenus, comme vous, pour qui la victoire n'est pas arrivée trop tard, et que nous avons embrassés avec tant de joie. Je suis heureux de les saluer en votre personne, de saluer aussi leur présence auprès de nous, au foyer même de l'Université de France, où leur place a été réservée avec une pieuse vigilance.

Mais vous avez parlé aussi au nom des innombrables victimes qui n'auront connu d'autre délivrance que la délivrance suprême, qui ne reviendront pas reprendre leur place dans nos rangs, et qui, pourtant, je le jure, ne sont pas absents d'ici ! Présents dans nos cœurs, présents dans nos pensées, ils sont là qui nous dictent notre devoir, ils sont là qui donnent à nos paroles tout leur sens, à votre leçon tout son poids.

En tenant le langage que vous avez tenu, en cédant au besoin qui vous pressait de faire acte d'éducateur, de compléter votre enseignement par une vive et sobre évocation des vertus essentielles de l’homme et du citoyen, telles que l'Histoire et l'expérience vous les ont révélées, vous n'avez certes pas débordé le cadre de votre mission. Vous avez raison d'entendre dans ce sens élevé la fonction du professeur, et de vouloir l'exprimer dans sa plénitude, non pas seulement à l'occasion de quelques rares solennités, mais en toutes circonstances et à chaque moment de vos contacts avec les jeunes générations qui vous sont confiées : c'est pour cela même que le pays vous les confie; non pas seulement pour les instruire, mais pour les former, non pas seulement pour les préparer à une profession, mais pour les préparer à la vie, pour les préparer à servir.

N'est-il pas étrange, en vérité, que ces choses aient besoin d'être dites, dans le pays dont la littérature s'enorgueillit d'être avant tout et sous les formes les plus heureusement diverses, psychologiques et morales, dans le. pays de Pascal et de ce Vauvenargues que vous citiez tout à l’heure, dans le pays aussi des maîtres de l'Éducation profonde, de Montaigne et de Fénelon et du vieux Rollin ?

C'est que notre système et nos méthodes scolaires, trop étroitement attachées à la lettre, à la forme, d'une tradition qu'ils prétendent conserver, en sont venus trop souvent à en méconnaitre l'esprit. Une tradition spirituelle ne doit pas être un fétichisme, mais une piété ardente et vivante, une piété agissante et créatrice.

La tradition révolutionnaire n'est-elle pas elle-même une tradition nationale ? J'entends une tradition qui ne remonte pas seulement à 1789, mais qui prend sa source dès les origines de notre histoire, dans ce goût de la nouveauté que César déjà soulignait ; et qui est bien autre chose que le signe d'un tempérament instable et turbulent, d'une humeur frondeuse et volage, d'une tendance qui serait déplorable au mécontentement perpétuel.

Dans ce trait du caractère national, souvent dénoncé et défiguré, je vois le signe d'une vertu maîtresse, le ressort puissant; de nos renouvellements, de nos rebondissements, le principe secret de ce que ceux qui, parfois, ont cru trop vite que la France était morte, appellent nos résurrections ; non pas des caprices et des sautes d'humeur, mais l'effet d'un instinct profond et salutaire qui nous assure que l'immobilité, c'est la mort, que la vie sous toutes ses formes c'est le mouvement, c'est l'effort inlassablement renouvelé vers le mieux.

La jeune génération née de la Résistance, si elle est résolue à maintenir la France de toujours, est tout aussi décidée à faire que cette France reprenne demain la place qui fut si souvent la sienne dans le passé, à l'avant-garde des idées et des réalisations.

Il ne m’appartient pas, et ce n'est pas le lieu, de tracer le programme des rénovations que nous devons entreprendre courageusement dans tous les domaines, dans le domaine politique, dans le domaine social, dans les divers secteurs de l'équipement et de la production.

Je me propose simplement de vous dire comment aujourd’hui apparaît et se dessine le plan d'une réforme de l'enseignement qui prendra nécessairement les proportions et l'ampleur d'une refonte totale de l'Éducation nationale.

Il est trop tôt pour exposer des plans rigoureux et complets, pour tracer une large fresque telle que les architectes, une fois leurs devises établies, et leurs décisions prises, aiment à les peindre, anticipation audacieuse qui offre aux yeux l'image séduisante de ce que seront les divers aspects, les façades et les perspectives, sans oublier le fronton et les ornements de l'édifice une fois élevé et couronné de drapeaux et de fleurs.

Le moment n'est pas venu parce que l'entreprise est de longue haleine. Il ne s'agit pas, chacun s'en rend compte, d'une réforme fragmentaire et localisée, de tel ou tel compartiment bien défini, d'une remise à neuf de tel ou tel étage. Nous avons connu ou subi au cours d'une seule génération, conçues dans cet esprit, cinq ou six tentatives de réforme de l'enseignement secondaire seul. Aucune n'a abouti. Chacune n’a réussi, ou à peu près, qu’à surcharger les programmes, à accroitre la complexité désordonnée du système, à jeter le trouble et l'incertitude dans les esprits. Nous sommes bien résolus à changer de méthode.

Déjà à Alger, le Comité français de la Libération nationale avait chargé son Commissaire à l'Éducation nationale de mettre en chantier l'étude de la réforme générale de notre enseignement. Bientôt, un rapport d’ensemble faisait connaître les grandes directives du plan conçu et les idées fondamentales qui devaient présider à son exécution. Mais ce n'était là encore qu’une ébauche, une promesse.

Il apparaissait à tous les esprits qui avaient étudié les problèmes et envisagé les solutions possibles que de patientes enquêtes, de multiples consultations seraient nécessaires avant que l'on pût songer à établir des textes réglementaires.

Dès l'installation à Paris du Gouvernement provisoire, une commission d'étude de la réforme était constituée. Je ne saurais trop vivement exprimer à M. Langevin, qui a bien voulu en accepter la présidence effective, toute ma gratitude : ce grand savant, parce qu'il est un grand professeur, a entrepris l'étude des problèmes pédagogiques les plus techniques et, en apparence, les plus humbles, qu'ils se posent à l'école maternelle ou dans les laboratoires de la haute recherche. Il est pour tous un exemple vivant. Il représente à nos yeux cette science pénétrée d'humanisme qui doit être l’idéal des temps nouveaux.

La Commission Langevin – c’est le nom que tout le monde lui donne et qui lui restera - est partie des idées générales sur lesquelles nous sommes tous d'accord pour aborder, de proche en proche, les questions particulières et les difficultés concrètes. Elle s’est entourée de sous-commissions spécialisées qui ont fait appel largement à toutes les compétences, qui ont accueilli toutes les suggestions. Des résultats importants sont acquis, mais le travail est loin de son achèvement. Un cadre général est tracé. Reste à le préciser jusque dans le détail, et à le remplir.

Avant d’en entreprendre la réalisation, il a fallu mettre l'organisation du Ministère et de ses services en harmonie avec les conceptions nouvelles. C’est chose faite. Cette architecture moderne de la Maison avec ses quatre directions générales, et le Centre national de la Recherche scientifique, exprime notre volonté d'étendre à la Nation, au peuple de France tout entier, les bienfaits d'une formation complète, sous tous ses aspects, de l'éducation physique et sportive aux formes les plus hautes de la culture artistique et littéraire ;
- par l'extension de toutes les institutions, depuis l'école élémentaire jusqu'aux Instituts supérieurs et aux Mouvements de Jeunesse ;
- par l'utilisation de toutes les techniques et de toutes les formules modernes : la radio comme le cinéma, le scoutisme comme les jeux dramatiques.

Pour mettre au point d'abord, pour réaliser ensuite, progressivement, un tel programme, le temps qui ne respecte pas ce que l'on fait sans lui, le temps est nécessaire, avec plus de netteté, avec plus d'évidence que partout ailleurs, dans le domaine qui est le nôtre.

Mais sans préjuger de la forme définitive que prendra légalement le système nouveau, nous avons décidé en pleine communion d’idées avec les Commissions, de répondre sans plus tarder à l’attente impatiente du pays, de la jeunesse, de ses maîtres, des familles. Dès le 1er octobre prochain, des "Sixièmes nouvelles" s'ouvriront à travers le territoire, à Paris comme dans les provinces, partout où les conditions requises pour leur bonne organisation et pour leur fonctionnement normal se trouveront réalisées.

Elles naîtront sous le signe de la liberté.

Je veux dire par là qu'elles seront confiées à des maîtres volontaires pour aller de l'avant, pour appliquer des méthodes actives et vivantes, désireux de faire du neuf. J'entends aussi que nul élève n'y sera inscrit par contrainte, bien convaincu que les parents saisiront sans peine tous les avantages qui feront préférer, pour aborder les études du second degré, la nouvelle voie offerte aux avenues traditionnelles qui seront maintenues pendant le temps qu'il faudra.

Le régime spécial de ces classes nouvelles est dicté par deux préoccupations dominantes : assurer à des enfants de 11 et 12 ans une vie quotidienne qui soit rationnelle, conforme d'abord aux besoins physiques de cet âge, besoins de sommeil, besoins de mouvement, besoins de grand air, conforme aussi aux exigences de leurs jeunes esprits : car il est une croissance mentale dont nos programmes et nos méthodes ont trop longtemps ignoré ou méconnu les lois.

Le nombre des élèves est donc limité à 25 afin que le maître puisse connaître chacun rapidement, s'occuper de lui et le suivre. Le nombre des professeurs également est réduit au minimum : 1 pour les enseignements littéraires, 1 pour les enseignements scientifiques, 1 pour chaque langue vivante. D'autres spécialistes interviennent pour diriger des activités d'un type spécial qui constituent des "options". Ces activités qui ne se proposent pas de faire acquérir prématurément des connaissances inassimilables à cet âge, font appel aux facultés d'observation, par l'exploitation du milieu naturel, géographique, historique, social et humain, et aux facultés d’expression, par l'initiation aux arts du dessin, du modelage, du chant et de la musique.

Enfin, une place importante devra être faite, dans l'horaire de l'après-midi, aux travaux manuels : l’aptitude manuelle est, en effet, un élément nécessaire de la culture générale et il faut qu'en tout esprit les salutaires disciplines de l'expérience matérielle viennent tempérer les excès de l'imagination ou de la pensée théorique.

En outre, par l'organisation systématique des travaux manuels, nous voulons marquer notre intention de fournir enfin, à l'Enseignement technique, la nombreuse clientèle qu'il est appelé à former pour le pays. Aucune renaissance économique n'est concevable sans la formation de techniciens : grands ingénieurs certes, mais aussi, dans les laboratoires et les ateliers, spécialistes habiles, méthodiquement choisis et instruits.

Tel est l'esprit dans lequel ont été conçues ces options destinées à déceler et à éprouver les aptitudes, à amener peu à peu l'enfant à en prendre conscience, à les cultiver, de manière qu’on puisse, le moment venu, et non pas d'un seul coup mais insensiblement et par paliers, l'orienter ou l'aider à s'orienter en connaissance de cause. À la notion simpliste et brutale de "sélection" se substitue ainsi la notion plus libérale d’une orientation progressive qui s’étendra en se précisant sur plusieurs années.

Cette conception oblige, disons-le en passant, à retarder toute spécialisation et notamment, de quelques mois au moins, l'initiation au latin, pour ceux que leur désir ou leurs vues d'avenir et leurs aptitudes inclineront de ce côté. - On y gagne d'abord de ne pas pousser d'autorité dans une filière actuellement lente et longue trop de sujets peu doués, qui n'y rencontrent ni plaisir, ni profit. - Qu'importe, puisque dès aujourd'hui, la connaissance du latin n'est exigible que des seuls candidats à un professorat classique, puisqu'un diplôme unique conférant à tous ceux qui l'obtiendront les mêmes droits, sanctionnera des études secondaires, progressivement diversifiées en humanités classiques, en humanités modernes, en humanités techniques. Mais il faut ajouter aussitôt que le peloton de latinistes, constitué un peu plus tard, sera invité à marcher plus vite, dès le début et plus encore au cours de la scolarité ultérieure, comme tous les groupes de plus en plus spécialisés qui se formeront d’année en année, pour atteindre, nous en avons la certitude, un niveau de connaissances et de culture plus élevé que leurs camarades demeurés fidèles aux anciennes méthodes.

Revenons à notre "6e", à notre classe de 25 élèves, de 11 à 12 ans : ils n'ont d'autre trait commun que d'avoir achevé leurs études élémentaires et, sortant de l'enseignement du premier degré, d'aborder le second, que ce soit d'ailleurs dans un lycée ou un collège, classique ou moderne, ou une école professionnelle, ou un cours complémentaire ; la 6e de demain sera unique et commune : elle offrira partout aux élèves de toute origine, sans préjuger de leur orientation, ni de leur destination finale, les mêmes maîtres, le même programme, le même emploi du temps, emploi du temps simple et souple ; cinq matinées par semaine, les jeudis restant entièrement libres, seront consacrées au fond commun des enseignements de base, quatre après-midi seront réservés aux activités éducatives que avons déjà précisées, avec un jeu d'options ; un après-midi sera libre pour le plein air ou, suivant les saisons, pour des travaux dirigés. Nos enfants sortiront du lycée libres de toute obligation scolaire. La pédagogie affranchit le jeune élève des devoirs à la maison qui viennent souvent prolonger la journée scolaire. Ne croyez pas qu'elle élimine ainsi l'effort ; au contraire, elle le veut intense, mais sous le contrôle et avec l'aide directe du maître. C'est parce qu'elle proscrit la classe passive, c'est parce qu'il est acquis que cinq ou six heures d'activité intellectuelle attentive et ardente représentent le maximum. d'efforts qu'un enfant puisse donner, parce qu'il est acquis qu'un tel effort, bien dirigé, donne le meilleur rendement, que cette pédagogie libère l'enfant et assure sa croissance normale aussi bien dans l'ordre intellectuel et moral que dans l'ordre physiologique.

Telles sont les caractéristiques, telles sont les prémices de la réforme.

Réforme hardie assurément, mais qui reste, dans son esprit, profondément traditionnelle. La tradition que nous respectons ici, la tradition que nous avons conscience de restaurer dans sa vigueur et dans sa fécondité, c'est la condition même de l'Humanisme.

Ce n'est pas uniquement pour lire Horace ou Cicéron que les grands humanistes de la Renaissance se sont jetés, non sur le latin (l'école n’avait jamais cessé d’enseigner en latin), mais sur les manuscrits latins et grecs fraîchement retrouvés, d’une si belle ardeur et d’un tel appétit, que nous en sommes encore émerveillés.

C'est d'abord, c'est surtout parce qu'ils pensaient y trouver la substance même des sciences et des arts, l'explication du monde de Ptolémée, l’architecture de Vitruve, la géométrie d'Euclide, et la physique d'Aristote et l’astronomie et la médecine et tout ce qui, à leurs yeux, représentait ce que nous appelons : la Science.

Rien n'étonnerait plus un Étienne ou un Érasme que les distinctions et les barrières que nous avons établies ou laissé établir entre le "littéraire" et le "scientifique".

Ne croyez pas même que le jour où Fontanes, Grand Maître de l’Université impériale, restaura les études classiques telles que le XIXe siècle devait les pratiquer presque jusqu'à nous, ce fut parce qu'il reconnaissait au latin je ne sais quelle vertu magique, je ne sais quelle prédestination à former l'esprit des enfants. Non, les raisons qu'il en donna à l'Empereur sont plus réalistes, comme nous disons aujourd’hui ; il s'agissait de former des prêtres, des magistrats, des médecins, et le latin était alors la langue de la médecine, du droit et de la théologie.

Sommes-nous restés fidèles à l'humanisme, à sa pensée profonde, à son idéal, à sa foi ? L'idéal était de connaitre, de savoir, de comprendre. La foi était la foi dans l'esprit humain et la foi dans la science, elle n'était pas l'idolâtrie du latin.

Maintenir la grande tradition qu'ont instaurée les Budé et les Bacon, c'est vouloir, comme eux, ne rien négliger, ne rien sacrifier de ce qui est du domaine humain, du domaine conquis par la pensée humaine, c'est vouloir, comme eux, mettre en valeur tout l'héritage et faire fructifier le patrimoine inestimable que nous avons reçu pour le remettre accru à ceux qui nous succéderont.

Ils ont été de hardis pionniers qu'aucune nouveauté n'effarouchait. Ils nous ont appris comment on frayait non sans peine, des routes neuves à travers des terres inconnues. Soyons hardis comme eux, c'est la reconnaissance, c'est la fidélité que nous leur devons.

Nos élèves qui, demain, dans nos sixièmes nouvelles, apprendront à se connaître eux-mêmes, et à connaître le monde, comme leurs aînés, ne seront pas indignes d'eux, s'ils apportent à leurs études cette volonté de devenir meilleurs, plus riches, plus forts, de corps et d'âme, qui fait des hommes dignes de ce nom.

Nos professeurs qui, de tout leur savoir et de tout leur cœur, avec cette scrupuleuse conscience qui fut, de tous temps, l'honneur de l'Université, donnent le meilleur d'eux-mêmes pour bien former cette jeunesse, espoir du pays, eux non plus, - je le sais, car je les connais, et ils ont toute ma confiance -, ne seront pas indignes de leurs aînés. Eux aussi pourront garder au cœur cette certitude et ce viatique d'être réellement fidèles à notre plus haute, à notre plus fière tradition, qui est de faire de tous les jeunes Français de bons citoyens et des hommes libres.

 

© René Capitant, in BOEN n° 41, 26 juillet 1945.

 


 

 

 

 

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