La Communale...

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Délicieux souvenirs d'enfance d'un fils d'instituteurs (à la mode d'antan, ce qui nous fait tellement défaut, de nos jours !)... Souvenirs de l'été 36, qui plus est...

 

Pour Jean-Louis et Jean-François

 

L'auteur le dit lui-même, ce n'est pas un destin enviable que d'être un fils d'instituteur (même en 1936 !). Imaginez un peu :
à déjeuner on vous demande la date de la bataille d'Azincourt, en promenade on vous questionne sur les arbres à feuilles caduques...
Et pourtant, on rit aux larmes tout au long de ces pages où le petit monde de l'école et celui, à peine plus important, des grandes personnes, sont décrits avec tendresse et malice par un bon petit diable à qui rien n'échappe.
Ce maître qui a le feu sacré et cet inspecteur sévère, nous les reconnaissons, les musiciens de la fanfare et l'oncle hâbleur, nous les avons rencontrés, la représentation de Carmen ou les discussions des membres du jury du certificat, nous ne les oublierons pas...

 

"J'avais neuf ans et j'étais l'élève de mon père. La situation des fils d'instituteurs n'est guère enviable. Non seulement il faut être en classe l'élève modèle qui reçoit seul des coups de règle sur les doigts, à titre d'exemple, mais il faut faire à la maison des devoirs supplémentaires, citer à n'importe quel moment du repas la date de la bataille d'Azincourt ou dire à la première personne rencontrée pendant la promenade du dimanche si les pattes du hanneton se rattachent au thorax ou bien à l'abdomen".
Jean L'Hôte

 

I. Le grand jour du Certificat d'études primaires...

 

 

Le grand jour du certificat d'études primaires arriva enfin.

Dès 7 heures, les candidats affluèrent de la campagne environnante. Les fils de riches fermiers venaient en cabriolet, avec leur père. Les autres étaient montés sur d'ordinaires chars à bancs con duits par l'instituteur lui-même. Il y eut bientôt devant l'école un grand rassemblement d'enfants endimanchés, de paysans, de bœufs, de chevaux et de voitures. On reconnaissait les candidats au cartable de cuir bouilli qu'ils portaient sous le bras et sur lequel on pouvait lire l'inscription publicitaire d'une marque d'apéritif ou de machines agricoles. Le fils d'un gros propriétaire fit une arrivée remarquée, debout sur un tracteur fi, côté de son père. C'était le premier tracteur fonctionnant à l'essence sur le territoire du canton.

Les instituteurs membres du jury s'étaient rassemblés dans notre salle à manger et parlaient de leurs candidats comme de jeunes poulains au comice agricole.

- J'en ai un, dit l'instituteur d'Avricourt, un véritable phénomène. Il sait ses dates et ses départements mieux que moi. Il peut les réciter à l'endroit, à l'envers ...

- Moi, dit l'instituteur de Frémonville, j'en ai un qui compose ses rédactions en alexandrins. Il m'a sorti l'autre jour un récit de la mort d'un cochon avec tout, la mise au sel des jambons, le boudin, le pâté, los rillettes. Une petite merveille !

Ma mère servait à ces messieurs du thé ou du café. Dans notre cuisine, au chaud sur un coin du fourneau, il y avait en réserve du chocolat pour M. l'inspecteur, ce pape des maîtres d'école qui allait arriver dans un instant pour présider l'ouverture des épreuves du certificat d'études. Outre ses connaissances qui étaient considérables (il savait la hauteur de l'Everest et le nombre d'habitants de l'Indonésie), c'était un homme élégant, avec habit noir, col cassé, un bouc et le ruban des palmes académiques. Personne n'avait jamais osé aller lui rendre visite chez lui dans la banlieue de Nancy, mais tout le monde savait que sa villa s'appelait "Sam Suffy" et était décorée de roses trémières par-devant.

M. l'inspecteur n'avait pas d'auto, lui ! Il était obligé de visiter les écoles de sa circonscription par le train, en mettant son vélo au fourgon à bagages. Mais quel vélo ! Une vraie bicyclette de notable, haute, noire, avec des pare-boue lisérés d'or et une trompe de cuivre et caoutchouc en guise d'avertisseur. Le guidon, spécial, était suffisamment élevé pour que le conducteur, en restant droit, ne perdît rien de sa dignité.

Ce jour-là, M. l'inspecteur devait arriver par le train de 7 h 45. De la gare, grâce à sa bicyclette, cinq minutes suffiraient largement pour atteindre l'école. Malheureusement, à 7 h 46, un orage éclata, un petit orage matinal sans prétention mais qui pouvait, en cinq minutes, tremper un homme jusqu'à la chemise. Ce fut ce qui arriva à M. l'inspecteur. Ne voulant à aucun prix faillir à son devoir de présider l'ouverture des épreuves à 8 heures exactement, il pédala sous l'averse.

Mes parents, qui connaissaient bien leur chef, n'imaginèrent pas un instant que celui-ci pût se mettre à l'abri. Alors, faisant preuve d'une présence d'esprit remarquable, ma mère mit en œuvre tous les moyens qui permettraient, à l'arrivée du grand homme, de le sauver de la broncho-pneumonie. Elle bourra de charbon notre cuisinière et mit son fer à repasser à chauffer dessus.

À 7 h 52, seul à travers les trombes d'eau, M. l'inspecteur arrivait, dégoulinant de pluie. Mon père, préparé à la situation, l'amena discrètement jusqu'à notre cuisine, lui évitant ainsi, de la part de certains membres du corps enseignant, des regards qui eussent pu être narquois. Même moi, je fus expulsé sur le palier. Heureusement pour l'Histoire, je regardai par le trou de la serrure, ce qui me permet, cinquante ans plus tard, d'apporter sur ce qui se passa ensuite un témoignage irréfutable.

Le grand homme quitta son veston noir et, en manches de chemise, attendit que ma mère eût fini de passer dessus son fer chaud. Placé comme je l'étais, je n'avais pas le privilège d'observer le visage de M. l'inspecteur qui, c'était certain, restait empreint de la plus grande sérénité. En revanche, j'eus tout le loisir de remarquer que son plastron blanc, si impressionnant par-devant, ne tenait par-derrière que par des élastiques de couleur jaune.

Par une fenêtre du palier, je pouvais voir aussi ce qui se passait dans la classe. Toutes les têtes lovées vers la pendule qui marquait 7 h 59.

La porte de notre cuisine s'ouvrit et, comme un coup de vent, M. l'inspecteur passa, restauré dans sa dignité.

Juste comme 8 heures sonnaient à l'église, il montait sur l'estrade, ajustait ses lorgnons, sortait de sa poche un papier, le dépliait et, d'une voix profonde et mesurée, en commençait la lecture.

- Deux trains partent à la même heure, en direction l'un de l'autre ...

Je cessai de tendre l'oreille, toute mon attention étant accaparée par l'observation d'un phénomène extraordinaire. M. l'inspecteur fumait ! Fumée sublime qui se dégageait de son veston et qui, dans la lumière éblouissante du soleil revenu, formait autour de sa tête une auréole de gloire.

- ... le premier train étant parti d'une gare A et le second d'une gare B ..., disait-il, et sachant que le premier roule à la vitesse de 50 kilomètres-heure ...

À ce moment, M. l'inspecteur éternua deux fois, mais, respirant profondément, il reprit rapidement empire sur lui-même.

- ... et le second à la vitesse de 45 kilomètres heure et que la distance à parcourir est de 500 kilomètres, à quelle heure se rencontreront-ils ? Ils sont partis à 9 h 55.

L'énoncé était terminé. Les candidats n'avaient plus qu'à trouver la solution du problème. Mais, contrairement à l'habitude, au lieu de se jeter sur leur copie pour y effectuer les calculs nécessaires, ils restaient là, le nez en l'air, comme fascinés par l'inspecteur lui-même.

- Eh bien, mes enfants, dit celui-ci, qu'attendez vous pour vous mettre au travail ? Je vous rappelle que cette épreuve ne dure que cinquante-cinq...

Sa phrase fut coupée par un nouveau et plus puissant éternuement. Et aussitôt toute la classe d'éclater de rire. M. l'inspecteur se redressa, surpris et peiné. C'était la première fois, en vingt-cinq ans de carrière, que des moutards de douze ans osaient ne pas le prendre au sérieux. Il se moucha dans un immense carré de coton blanc et violet. Pendant ce temps, un nuage cacha le soleil. La vapeur disparut. Déçus, les candidats se mirent au travail. Alors, impérial, l'inspecteur circula à pas lents dans les rangs.

Le reste de ce récit n'est pas le résultat d'une observation personnelle. Surpris par ma mère, je fus renvoyé à la cuisine. Mais les faits rapportés ont fait l'objet de tant de comptes rendus dans la famille qu'il m'est tout de même possible de prétendre à une certaine vérité.

Donc, les candidats étaient penchés sur leurs copies. Mais, chose étrange, plusieurs se redressèrent et restèrent ainsi, le nez en l'air, avec sur le visage l'expression d'une douloureuse inquiétude. Curieusement, c'étaient tous des élèves de mon père. L'inspecteur ne le savait pas. Il dit à l'un d'eux :

- Alors, toi..., tu n'as pas compris les données du problème ?

- On n'a jamais fait de problèmes en locomotive, m'sieur.

- La belle affaire ! Figure-toi que ce sont des aéroplanes ou bien des automobiles.

Renseignés par cette précieuse indication, les candidats se jetèrent sur leur problème avec ardeur et on n'entendit plus dans la classe que le crissement des plumes neuves sur le papier.

Les élèves de mon père, là-dessus tous les témoignages concordent, trouvèrent la solution du problème dix minutes avant les autres.

L'épreuve suivante était la composition française. L'inspecteur remonta sur l'estrade et ne prononça que ces quelques mots :

- Racontez le plus beau jeudi de cette dernière année.

À nouveau, la classe plongea dans le silence.

Au bout de quelques minutes, on entendit un bruit bizarre. C'était notre Royer qui rêvait. Le regard perdu au plafond, il imitait avec sa bouche le ronflement d'une automobile qui démarre, change de vitesse puis roule à toute allure.

- Voyons, monsieur, où vous croyez-vous donc ? dit l'inspecteur.

Très étonné de s'entendre appeler monsieur, Royer se tut et resta immobile, les yeux ronds, la bouche ouverte.

- Ce n'est pas moi qu'il faut regarder, dit l'inspecteur, fermez votre bouche et travaillez.

À ce moment, repris par les éternuements, l'inspecteur fut obligé de sortir. Il vint demander à ma mère de lui préparer un café chaud.

Les épreuves du matin se terminaient à midi. Dispersés dans la cour, les candidats ne déballaient pas encore leurs pique-niques. Il fallait d'abord dire aux maîtres angoissés à quelle heure les uns et les autres avaient fait se rencontrer ces trains et, malheureusement, beaucoup de résultats annoncés ne correspondaient pas à l'horaire idéal. Les maîtres se fâchaient et beaucoup refaisaient le problème en dessinant le trajet des locomotives sur le sable de notre cour.

À midi, mon père fit un saut à la maison pour prendre son chapeau.

- Je me sauve, dit-il, on m'attend pour le banquet. Je crois qu'ils ont tous trouvé le bon résultat pour le problème.

Mon père rejoignit les autres instituteurs au restaurant d'Alsace-Lorraine. Les candidats, eux, cassaient la croûte à l'ombre de nos marronniers. On sut que plusieurs qui n'avaient pas d'appétit étaient ceux-là même qui avaient eu la folle idée de faire se rencontrer leurs trains sur la même voie ferrée. Les malheureux, au lieu de donner simplement l'heure de la catastrophe, s'étaient crus obligés d'en faire le récit. Le mélange des genres, arithmétique et composition française en l'occurrence, était considéré comme une faute en ce temps-là et faisait perdre cinq points.

Au banquet, on dut boire beaucoup, car, lorsque l'inspecteur et les instituteurs revinrent à l'école, ils avaient la mine rouge et parlaient avec une gaieté inhabituelle. J'entendis au passage M. Moujenc qui disait :

- Quand on enterrera Léon Blum, les tambours feront blum, blum, blum !

Et il rit bruyamment.

L'après-midi commençait par le dessin.

L'habitude était de donner à reproduire un objet décoratif. M. l'inspecteur demanda à ma mère de bien vouloir lui en prêter un. Elle lui confia la théière de notre service en porcelaine, la plus belle pièce du trésor familial. Mon père s'en servait souvent.

L'inspecteur la plaça en évidence sur le bureau. Les garçons avaient une heure pour la dessiner.

Au bout de dix minutes, quelle ne fut pas la surprise de l'inspecteur lorsqu'il découvrit un candidat qui dessinait non pas les petites fleurs qu'on voyait de son côté sur la théière mais une bergère et ses moutons qui se trouvaient derrière, c'est-à-dire du seul côté qui n'était pas visible. Son étonnement augmenta quand il s'aperçut que plusieurs autres candidats avaient le même don de vue de la face cachée des objets. Cette constatation le plongea dans un abîme de perplexité.

Il ne se doutait pas que cette théière avait déjà tellement servi aux élèves de mon père que ceux-ci étaient capables de la reproduire par cœur, et surtout le côté préféré de leur maître, la bergère et ses moutons. M. l'inspecteur eut beau se gratter longuement le crâne, il n'avait pas trouvé d'explication quand arriva l'heure de ramasser les copies.

Les épreuves suivantes, chant et récitation, eurent lieu dans l'euphorie et l'indulgence, conséquence de la chaleur de juillet et du trop généreux repas de midi. Les cas n'étaient pas rares d'examinateurs sombrant dans un agréable engourdissement. Ils étaient repérables à un dodelinement de la tête chaque fois que devant eux, sur un ton confidentiel pour ne pas gêner les voisins, un candidat se mettait à leur chanter Ma Normandie ou les Allobroges, voire le Chant du départ.

M. Dreiser, doyen de la circonscription, s'était même endormi lorsque notre Jean Royer tomba en panne en plein milieu de la Chèvre de M. Seguin. Pourtant le début avait été prometteur. Les yeux doux de la chèvre, sa barbiche de sous-officier, ses sabots noirs et luisants, docile, caressante, se laissant traire sans bouger, tout cela était passé d'une seule traite. Mais quand il avait fallu préciser que dans l'écuelle, même son pied, elle ne le mettait pas, un blocage total s'était effectué dans la cervelle de Royer. Danser d'un pied sur l'autre, regarder les mouches au plafond, se mettre un doigt dans le nez, rien n'aidait le garçon à retrouver le fil de sa récitation. Il regarda l'examinateur dans l'espoir vain d'un secours.

Le gros homme ronflait, la tête penchée sur l'épaule droite. Alors Royer laissa tomber la traite de la chèvre et passa à la suite, au moment dramatique où la nuit tomba et où la montagne devint... devint... À nouveau, le trou de mémoire ! Il hasarda plusieurs couleurs : jaune..., vert..., rouge..., bleu... Mais chaque fois quelque chose au fond de lui-même lui disait qu'il se trompait.

Cette situation eût pu durer longtemps si M. l'inspecteur n'était passé par là. Jaugeant d'un seul coup d'œil la situation, il se pencha vers M. Dreiser et hurla à ses oreilles : "Violette !" et s'en alla.

L'examinateur se réveilla en sursaut.

- Hein, quoi, qu'est-ce qu'il y a ? dit-il.

Et Jean Royer lui répondit :

- Le loup se jeta sur la petite chèvre et la mangea Alphonse Daudet.

Bien que l'absence de virgule entre le texte et la signature de l'auteur fût une faute passible de deux points, M. Dreiser, ostensiblement, donna un dix à notre Jean Royer.

La salle ne sortit vraiment de sa torpeur que lorsque les candidats de mon père se présentèrent à l'épreuve de chant. Avec un entrain remarquable, frappant de leurs pieds le plancher en cadence, ils entonnèrent le chœur des petits mendiants de Carmen.

Au début, messieurs les examinateurs furent un peu choqués par l'audace. L'introduction d'un air d'opéra espagnol dans le répertoire scolaire était-elle bien opportune à une époque où, à cause de la radio, le respect dû aux chants du terroir national se perdait ? Quelqu'un ayant fait remarquer que l'auteur de Carmen était français, tous furent rassurés et les bonnes notes plurent.

La dernière épreuve était la gymnastique. En ce temps-là, on ne lui accordait aucune importance. Les autorités académiques estimaient que les enfants de la campagne se donnaient assez d'exercice en aidant leurs parents aux travaux des champs. Aussi n'était-ce que par pure forme qu'on invita les candidats à descendre dans la cour pour les faire sauter au-dessus d'une corde tendue entre deux chaises.

Quant à l'épreuve de course, il ne restait plus assez de temps pour la faire passer à chaque élève séparément. M. l'inspecteur fit aligner tous les candidats devant le grand mur de la cour et décida que ceux qui mettraient plus de trente secondes pour parvenir au mur d'en face auraient deux points en moins. Le trajet était si court que tout le monde arriva en même temps.

À 5 heures, la correction des copies terminée, il ne restait plus à examiner que le cas des candidats qui méritaient peut-être d'être rachetés.

Le jury, présidé par l'inspecteur, se réunit dans notre salle à manger. N'en faisaient partie que des instituteurs qui ne présentaient pas de candidats cette année-là. De notre cuisine, en tendant un peu l'oreille, il n'était pas difficile de suivre la délibération. Évidemment, très inquiet, mon père était venu pour écouter, près de ma mère. Ses craintes étaient justifiées par le caractère singulier de plusieurs éclats de voix qui parvinrent jusqu'à nous :

- Prenons garde, disait une grosse voix, l'obscurantisme clérical est en train de faire des ravages dans nos campagnes. Un candidat a écrit textuellement que la houille blanche était un miracle et qu'on en produisait beaucoup dans la région de Lourdes.

- Vous ne m'étonnez pas, répondit une petite voix... Moi, j'ai lu trois copies où les enfants racontaient que le jeudi après-midi ils allaient à Lourdes en automobile. Il y en a même un, au retour, qui est mort de soif en traversant le Massif Central.

- Et pourquoi n'iraient-ils pas à Lourdes ? dit une autre voix fluette. Le climat y est sain.

- Vous écrivez sain avec un t ? reprit la grosse voix.

Il y eut alors un rire général et l'on entendit un bruit de verre cassé.

- Le service ! dit ma mère en se levant, inquiète.

- Messieurs, un peu de calme, s'il vous plaît, dit l'inspecteur, et procédons par ordre. Il y a le cas de ce candidat qui a répondu un chiffre juste au problème mais qui l'a donné en automobiles et non en locomotives. À votre avis, mériterait-il quand même la bonne note ?

- Mais bien sûr ! répondirent toutes les voix en même temps.

- Je n'en suis pas si sûr, reprit aussitôt la voix fluette. De nos jours, on ne pense plus qu'au plaisir. Il y a d'abord eu le cinéma, puis la bicyclette, maintenant l'automobile.

- Oh ! dit mon père, scandalisé.

M. l'inspecteur ramena le calme en disant qu'il ne fallait pas confondre l'arithmétique et la morale et que, pour sa part, il préférait le lièvre à la tortue pour le transport de son courrier.

Cette année-là, tous les candidats de mon père furent reçus au certificat d'études primaires. La coutume, pour les instituteurs et l'inspecteur, était d'aller arroser ça à la brasserie d'Alsace-Lorraine. Mon père me permit d'aller avec lui rejoindre les autres.

En route, nous rencontrâmes un enterrement à la tête duquel marchait notre curé. Nous nous arrêtâmes sur le bord du trottoir, mon père enleva son chapeau et moi mon béret. Levant la tête de son livre de cantiques, M. le curé nous aperçut.

- Combien ? cria-t-il d'une voix dissimulée à mon père.

- Cinq, répondit mon père en désignant le curé.

Puis, se désignant lui-même, il ajouta :

- Huit.

Cela voulait dire qu'à l'école catholique cinq sur huit seulement des candidats étaient reçus tandis qu'à l'école laïque le succès était total, huit sur huit.

Le curé se replongea dans son livre de prières. L'enterrement avait disparu au coin de la rue quand nous arrivâmes à la brasserie.

De tous les cafés de Lunéville, c'était le seul où les instituteurs aimaient à se retrouver. Sa façade en imitation de bois verni et l'allure noble de M. Robert, le garçon, lui donnaient cet air sérieux qui plaît aux membres du corps enseignant.

Ces messieurs du jury étaient rassemblés sur la terrasse, derrière une rangée de tonneaux peints en bleu où poussaient des pois de senteur. Mon père et moi nous assîmes au bout de la table. La conversation était déjà animée. M. Herzog déplorait que beaucoup d'esprits forts qui se disaient laïques, sentant venir leur fin prochaine, faisaient chercher les prêtres.

- Et pour vous, qu'est-ce que je sers ? nous demanda le garçon.

Mon père commanda une bière pour lui et une grenadine à l'eau pour moi.

- Hein, quoi! s'écria M. Herzog, de la grenadine parmi nous ! Tu fais boire ça à ton fils ?

Mon père, un peu gêné, essaya d'expliquer que c'était ma mère qui l'exigeait.

- Taratata... On est entre hommes. Garçon ! Un demi de plus !

Mon père n'insista pas.

Les instituteurs parlèrent de politique, de jardinage et d'école. Pendant ce temps, dans mon coin, je voyais à travers les pois de senteur le lent défilé des voitures à chevaux qui reconduisaient maîtres et élèves dans les villages. Les recalés, assis sur le prolongement arrière du timon, baissaient la tête, jambes ballantes, insensibles aux cahots.

Enveloppé de poussière, le cortège s'éloignait dans la lumière du soleil couchant tandis que derrière moi la voix profonde de l'inspecteur prophétisait la fin prochaine des analphabètes. Que le lecteur me pardonne mais il me fallut encore, après ce soir-là, sept années pour apprendre que les analphabètes n'étaient pas une variété de sauterelles.

 

 

 

II. En avant sur les routes de France !

 

 

Le modeste directeur d'école de Lunéville décida d'acquérir en cachette une superbe Peugeot 301 pour célébrer les dix années de son mariage. Mais cette voiture fut surtout bichonnée au fond d'un garage. Un garagiste ayant averti l'instituteur "qu'une automobile, c'est fait pour rouler", le couple décida, après moult tergiversations, d'opter pour un voyage en direction des Pyrénées occidentales (col de Roncevaux, cirque de Gavarnie) avec arrêt à Lourdes : station peu recommandée aux laïques, mais disait-on souveraine contre les rhumatismes et justement Monsieur le Directeur voyait là une occasion de soulager ses maux... D'où le départ en famille, sitôt venu le début des grandes vacances, après les cérémonies du 14 juillet...
Précision de l'auteur : "J'admirais mon oncle Henri, personnage jovial et vantard. Son apparence témoignait d'une certaine recherche de distinction, ce qui était rare en province. Il portait binocle à cordon, moustaches Napoléon III, veston d'alpaga gris luisant, cravate sombre à pois blancs, pantalon crème, chaussures de toile recouvertes de sur-pieds en feutre fris. Chez lui, tout m'étonnait. Il avait une façon tellement impressionnante d'allumer ses cigares en frottant son allumette sous sa chaussure, à son derrière et souvent même dans mon dos"

 

 

[...] Profitant d'un moment d'accalmie, vers 19 heures, je rentrai à la maison. Passant devant la porte du garage, je jetai un regard furtif à l'intérieur. Notre auto était plus impressionnante que jamais. Ainsi chargée, elle ressemblait à un dromadaire.

On ne dormit pas beaucoup cette nuit-là. À 2 heures du matin, mon père donnait le signal du réveil. À 3 heures, le moteur tournait dans le garage.

Mon père était au volant. Ma mère et moi nous nous serrions derrière dans le peu de place que nous laissaient les bagages. La porte du garage donnant à l'extérieur était grande ouverte et mon oncle Henri, debout au milieu de la rue, vérifiait que le quartier était désert.

- En avant ! cria-t-il en nous faisant signe de sortir.

Mon père mit les gaz, embraya, et l'auto fit un bond en avant. Mais en même temps un fracas considérable nous donna l'impression que la maison tombait sur nous. Mon père stoppa net et se retourna, le visage décomposé par l'angoisse.

La porte du garage était trop basse et, au passage, les bagages empilés sur le toit de l'auto avaient été projetés au sol. Tout le chargement était à refaire, dans la rue, c'est-à-dire au vu de tous les voisins réveillés par le vacarme et qui passaient maintenant des têtes curieuses dans l'entrebâillement de leurs volets. Comble de malchance, la lune, qui s'était jusque-là tenue cachée derrière les nuages, se leva et projeta une lumière crue sur le tableau.

Enfin, à 4 heures du matin, les dégâts étaient réparés, ma mère fondit en larmes et nous partîmes.

Mon oncle Henri, assis à l'avant, indiquait à mon père la route de Bordeaux. Le moteur ronflait régulièrement. Sur le côté, la lune nous suivait.

Quelquefois je la voyais qui filait à demi cachée par un rideau de grands arbres, d'autres fois elle disparaissait derrière la forêt et je la retrouvais de l'autre côté de l'auto. Puis elle pâlit et le jour se leva.

Mon oncle indiqua alors à mon père un chemin à droite et nous débouchâmes sur un plateau d'où l'on apercevait une ville éclairée par le soleil levant.

Mon oncle évalua le panorama d'un air connaisseur, en se grattant la moustache.

- Poitiers ! dit-il, c'est Poitiers !

- Poitiers ! murmura mon père qui n'osait pas croire une aussi fabuleuse nouvelle.

- Oh ! oui, c'est bien ça, dit mon oncle après avoir encore une fois observé le paysage.

Mon père accéléra, comme désireux de ne pas manquer un rendez-vous qu'il aurait eu avec Charles Martel.

Après un tel voyage, il urgeait de s'arrêter à la première pompe à essence. Mon père commanda le plein, ce qui fut vite fait.

- Et, en plus, cette auto ne consomme presque pas d'essence ! dit-il exalté.

Il donna un bon pourboire au pompiste.

- Alors, mon brave !... 732 !... Et les Arabes ! lui dit-il joyeusement en partant.

L'homme nous considéra avec ahurissement.

Nous le saluâmes encore une fois et nous fonçâmes à toute vitesse vers cette ville magnifique devant laquelle, en 732, s'était joué le destin du monde occidental.

Mon oncle sifflotait allègrement :

- Travadja, la mouquère, travadja, bono ! Mélodie bien connue des voyageurs de ce temps-là.

Mon père et ma mère riaient à n'en plus finir. Sûr que ce fut là le plus beau moment de leur vie !

Hélas ! à l'entrée de la ville, le poteau indicateur ne portait que ce simple mot : Nancy !

Ainsi donc, nous avions passé cinq heures à tourner en rond sur la route stratégique qui fait le tour de la forêt de Haye et nous n'étions qu'à vingt-cinq kilomètres de notre point de départ !

Mon père ne dit rien, ma mère non plus. Ils évitèrent de croiser le regard de mon oncle Henri qui, lui, ne prit pas la chose au tragique.

- Bah ! dit-il. Poitiers ou Nancy, où est la différence ?

Mon père ne répondit pas. Mais en lui-même, il l'avouera plus tard, se disait qu'il aurait pu se douter de quelque chose. Elle n'était pas normale, la façon qu'avait Henri, pour guider, de tendre toujours le bras du même côté. Et, à plusieurs reprises, il avait semblé à mon père être déjà passé par là. Malheureusement quand on débute, dans quelque discipline que ce soit, on a toujours tendance à faire confiance aux spécialistes.

Comme Nancy était une ville que nous connaissions bien, mon père sut où s'arrêter pour acheter une carte des régions lointaines, la librairie du Tour du monde, dont le propriétaire, M. Clément, accordait 10 % de réduction aux membres du corps enseignant.

À 10 h 10, nous quittâmes la ville. À 12 h 20, pour la première fois dans l'histoire de la famille (mise à part la guerre de 14 pour mon père) nous sortîmes du département de Meurthe-et-Moselle et traversâmes celui de la Meuse. Finalement, le plus grand service que mon oncle nous rendit pendant le voyage fut de maintenir la bonne humeur dans la voiture en chantant.

Pour cette première journée, mon père mit son point d'honneur à "manger" le plus grand nombre possible de kilomètres. On s'arrêta à la tombée de la nuit dans la ville de Tonnerre.

Le choix de l'hôtel était un problème délicat. Mes parents, n'ayant aucune expérience, s'en remirent à Henri qui joua les grands seigneurs. À son avis, aucune des enseignes que nous rencontrions n'était digne de nous. Mes parents trouvaient pourtant sympathiques toutes ces appellations familières : Café-Hôtel de la Marine..., Chez Jules..., Pension Michel..., Auberge Mimosa...

Le premier établissement qui trouva grâce à ses yeux fut le Tonnerre-Palace. Mais à cause du panneau, qui disait à l'entrée que les chambres étaient munies de l'eau froide, de l'eau chaude, du téléphone et de l'éclairage indirect, mes parents prirent peur.

- Ce sera beaucoup trop riche pour nous, dit mon père.

Finalement on descendit à l'Hostellerie du Roy Henri. Ce seul nom nous inspirait confiance, Henri IV ayant été, comme chacun sait, le meilleur roi de France. Dans un hôtel portant son nom, on trouverait sûrement de la poule au pot. Mais, à l'entrée, un majordome en habit noir prétendit nous faire remplir un imprimé sur lequel il fallait indiquer si notre déplacement était d'ordre professionnel ou touristique. Mes parents affolés consultèrent Henri du regard.

- Ni l'un ni l'autre !... Pédagogique ! proclama mon oncle.

Et il l'inscrivit sur le papier sous l'œil indifférent du type en noir.

Un valet voulut nous conduire à nos chambres en portant nos valises.

- Vous n'y pensez pas ! Nous les porterons bien nous-mêmes, dit mon père qui ne se cachait pas pour proclamer à toute occasion que l'abolition de l'esclavage était l'une des gloires de la Révolution !

Les chambres nous parurent d'un luxe excessif. Dans chacune il y avait un lavabo avec deux robinets.

- Tu aurais dû demander le prix, dit ma mère.

- Ça ne se fait pas, on nous prendrait pour des paysans, dit mon père.

Nous restâmes dans la chambre le temps qu'il fallait pour laisser croire au valet que nous changions de toilette.

En descendant au restaurant, ma mère emporta un reste de lapin de midi, quelques œufs et voulut demander au maître d'hôtel de bien vouloir nous les faire réchauffer.

- Surtout pas ! s'écria mon oncle en arrêtant son geste.

- Et pourquoi ?

- Vous n'avez pas idée à quel point ces gens-là sont capables de se vexer si on a l'air de se méfier de leur propre cuisine, dit l'oncle.

- La question n'est pas là, dit ma mère... Mais si on attend demain, j'ai peur que le lapin ne soit plus frais.

Et mon père d'ajouter :

- On ne jette pas de la nourriture, Henri ! Tu te rends compte quel mauvais exemple ça serait pour le gamin.

Cette phrase montre comment parfois un excès de pédagogie dissimule un soupçon d'avarice.

- Comme vous voudrez. Mon oncle avait dit ça comme il aurait dit : "Après moi le déluge".

Ma mère confia donc nos restes enveloppés dans du papier journal au maître d'hôtel qui, l'air pincé, les emporta tout de même vers la cuisine.

- Tu vois, il suffisait de demander, dit mon père.

Nous nous étions installés à une table éclairée par une lampe dont l'abat-jour en simili parchemin portait cette inscription en lettres gothiques : Honny soie qui male y pense !... Occasion idéale offerte à mon père pour me faire une leçon sur l'évolution de l'écriture française.

Je ne me souviens pas assez en détail de cette leçon pour la retranscrire ici. Par contre, ce dont je me souviens parfaitement, c'est que, pendant ce discours, des marmitons en bonnet blanc passaient la tête par le guichet de la cuisine et nous observaient en pouffant de rire.

Notre lapin réchauffé revint sur un plateau d'argent.

- Il ne fallait pas, c'est trop beau, dit ma mère émue.

- C'est la moindre des choses, dit le garçon.

Mon père admira la tournure de phrase.

- Tu vois, me dit-il, quand le serveur eut tourné le dos..., on reconnaît toujours tout de suite un homme qui a reçu de l'instruction.

Mon oncle commanda une bouteille de bordeaux, naturellement. J'eus droit à en boire un demi-verre. Ce vin mit mes parents dans un tel état d'euphorie qu'après le lapin ils commandèrent une omelette norvégienne, à cause de la joliesse du nom, et aussi pour savoir comment on s'y prenait dans le Nord pour battre les œufs.

- Flambée ? demanda le garçon.

Cette question imprévue laissa mes parents sans voix. Bien que n'ayant pas compris non plus, mon oncle sauva la face en disant avec assurance :

- Mais bien entendu, mon vieux !

On amena près de nous une table roulante. Quatre garçons en blanc, affichant un zèle excessif, installèrent dessus un réchaud qui sentait le pétrole. Nous suivions en silence le déroulement de cette opération. Un cuisinier que nous n'avions pas encore vu jusque-là apporta une sorte de montagne neigeuse sur un plateau qu'il déposa sur le réchaud.

- Tu es sûr que c'est de l'omelette ? chuchota ma mère à l'oreille de son frère.

- Évidemment ! répondit Henri.

Le maître d'hôtel arrosa l'omelette d'un liquide contenu dans une bouteille de forme inusitée. Un garçon frotta une allumette et la tendit au chef qui la jeta dans le plat. Aussitôt, une gerbe de flammes jaillit jusqu'au plafond et ma mère poussa un cri.

- Allons, allons, lui dit mon oncle. Remets-toi ! Tu vas voir, ça valait le déplacement.

En effet, bien que nous arrosâmes de sel cette omelette dont le cœur était sucré, nous trouvâmes que ça n'était pas mauvais du tout et nous n'en laissâmes pas une miette sur le plateau.

- Malgré ça, je n'irai tout de même pas en Norvège, dit mon père.

- Pourquoi ? demanda mon oncle.

- S'ils font comme ça les omelettes, je me demande comment doivent être les œufs à la coque.

- Je ne déteste pas, dit ma mère... Et, si j'osais, je demanderais au chef la recette. Je vous en ferai quand on reviendra à Lunéville.

- On va oser ! dit mon oncle... Et en même temps qu'on demandera l'addition.

Mais quand l'addition arriva, mon père et mon oncle eurent, en la découvrant, l'expression qu'on a en ouvrant un faire-part mortuaire. Ils appelèrent le maître d'hôtel.

- Pardon, monsieur, déclara mon oncle, votre employé ne se serait-il pas trompé par hasard ?

Le maître d'hôtel examina la note avec un air de certitude glaciale.

- Non, monsieur, c'est bien cela, dit-il.

- Mais enfin, c'est impossible, trois cents francs pour une omelette et une bouteille de vin.

- Je regrette, monsieur, mais c'est le prix.

Mon père discuta, cita le cours des œufs dans notre pays. Il calcula qu'au prix de la graisse une omelette ne pouvait pas coûter plus de cinquante francs, même en comptant largement le chauffage et le salaire des cuisiniers. Il menaça d'écrire à son député, le maître d'hôtel parla d'appeler les gendarmes.

Finalement le patron arriva et prit la défense de son personnel.

- C'est bon, dit mon père ; puisque c'est comme ça, je paie, mais nous partons.

Nous fîmes nos bagages en cinq minutes et nous nous retrouvâmes dans l'auto en pleine nuit. Ma mère pleurait.

- Où va-t-on coucher à une heure pareille ? dit-elle. On ne trouvera plus de chambre libre.

- Et même qu'on en trouverait, dit mon père, je n'en voudrais pas. C'est la première et la dernière fois que je vais à l'hôtel.

- Mais où va-t-on coucher ? dit Henri, très inquiet.

- On ira à l'école. Le directeur ne pourra pas refuser de recevoir des collègues !

Il nous fallut plus d'une heure pour découvrir l'école dans cette ville déserte.

En entendant klaxonner devant sa porte, le directeur entrouvrit ses volets. Manifestement, il sortait de son lit. L'allure hétéroclite de notre chargement dut lui faire croire que nous étions des romanichels et il nous envoya au diable sans même nous dire au revoir avant de refermer ses volets.

Mon père remit l'auto en route, jurant que jamais au grand jamais on ne l'y reprendrait à lui faire faire des voyages extérieurs au canton !

Nous sortîmes de la ville. Il était 1 h 30 du matin. Mon père s'engagea sur un chemin qu'il trouva sur la droite.

- Nous allons dormir là! dit-il. Et demain, nous rentrerons à la maison !

Mère, oncle et moi-même étions trop fatigués pour nous révolter contre la décision si cruelle. Mon père s'arrêta dans une clairière et, serrés les uns contre les autres dans l'auto comme les naufragés sur le radeau de la Méduse, nous nous endormîmes.

Le jour venait à peine de se lever lorsque nous fûmes réveillés par un bruit de tremblement de terre et des coups de sifflets stridents... Mon père ayant par inadvertance garé notre automobile sur une voie ferrée d'intérêt local, le premier train du matin s'était arrêté en nous trouvant là. Nous ne devions notre salut qu'à l'extrême modicité de la vitesse du convoi. Des hommes du peuple en tenue de travail apparurent aux fenêtres des wagons. Le souci de vérité historique qui m'anime depuis le début de ce récit devrait m'amener à dresser l'inventaire des quolibets qui nous furent adressés. Certains, pittoresques et imagés, seraient un témoignage intéressant sur le langage populaire d'avant-guerre. Mais la série des humiliations subies par mon père depuis le début de notre voyage est assez longue comme ça ! En insistant, je courrais le risque de manquer au plus élémentaire devoir de piété filiale [...]"

 

© Jean L'Hôte (1929-1985), in La Communale, Éditions du Seuil, 1957, 256 p.

 

 

 


 

 

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