Tout, ou presque tout, sur l'US-M1 Rock-Ola...

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"La carabine parlera(Edmond Sébeille)

"Il est établi de façon indiscutable que l'arme du crime appartenait au vieux fermier(L. Grimaud , in La Marseillaise, 15 novembre 1953)

 

Tout ou presque tout. Mais ça tombe bien, le mensuel Armes et Tir vient de consacrer cinq ou six pages de sa dernière livraison (mars 2001) à la U.S. Cal. .30 Carbine M1 (l'arme du crime de Lurs, rappelons-le, est en effet une carabine légère, tout de même arme de guerre). Donc, précipitez-vous (réclame non payée). Non, ma doc. ne vient pas de là, je l'ai en partie empruntée à un site Web... allemand... et, naturellement, au manuel technique de l'U.S. M1, et au magnifique ouvrage de Larry L. Ruth, War Baby ! (et à ma connaissance de l'arme elle-même, bien sûr).

 

 

I. Définitions

 

Arme neutralisée : arme à feu rendue hors d’usage de façon permanente en enlevant des éléments ou des parties d’éléments, et en ajoutant des chevilles et des soudures de manière à ce que l’arme ne puisse plus contenir ni tirer de munitions. En France, on ne peut, en règle générale, détenir que des armes neutralisées (collectionneurs) dites de huitième catégorie (la neutralisation étant certifiée par le banc d'épreuve national de Saint-Étienne), dont le port, en tout état de cause, est rigoureusement interdit quand bien même ce ne sont plus des armes à feu.

Arme à un coup : une arme sans magasin, qui est chargée avant chaque coup par introduction manuelle de la cartouche dans la chambre ou dans un logement prévu à cet effet à l'entrée du canon (l'exemple type : la plupart des fusils de chasse).

Arme à répétition manuelle : une arme qui, après chaque coup tiré, est rechargée manuellement par introduction dans le canon d'une cartouche prélevée dans un magasin (ou chargeur) et transportée à l'aide d'un mécanisme (le levier de culasse, ou la pompe, dans le fusil du même nom).

Arme semi-automatique : une arme qui, après chaque coup tiré (au-delà du premier), se recharge automatiquement (plus exactement : l'approvisionnement en cartouches, à partir du chargeur, s'effectue automatiquement) et qui ne peut, par une seule pression sur la détente, lâcher plus d'un seul coup. L'arme du crime était une semi-automatique, et non une carabine à répétition, comme j'ai pu le lire ici ou là (en revanche, la Carbine M2, produite - en très petites quantités - après guerre, était pourvue d'un sélecteur permettant le tir en rafales).

Arme automatique : toute arme qui, après chaque coup tiré, se recharge automatiquement et qui peut, par une seule pression sur la détente, lâcher une rafale de plusieurs coups.

On distingue, parmi les armes individuelles, celles dites de poing et celles dites d'épaule. Une arme de poing se tient par une poignée pistolet et ne peut être épaulée. Une arme d'épaule, comme son nom l'indique, est une arme que l'on épaule pour tirer (euh, ne riez pas, je tire mes définitions de l'article premier du décret no 95-589 du 6 mai 1995, mais oui, mais oui).

Parmi les armes d'épaule, une nouvelle distinction sépare les fusils (rifle) d'engins moins puissants mais beaucoup plus légers et maniables : les carabines (carbine).
Les deux armes (américaines) individuelles d'épaule, durant la seconde guerre mondiale, étaient le M1 Garand et la M1 Carbine, dite petite chérie (War Baby), tant elle fut appréciée des combattants, du moins ceux de ce côté-ci (au fait, de l'autre côté, "ils" disposaient de la fameuse Mauser Karabiner 98 k, cal. 7,9, d'une précision toute mathématique. Lg. : 1,11 m., pds 3, 8 kg.). Ces deux armes, la Garand et la Carbine, avaient le même calibre (.30, soit 7.62 français). Pour autant, les munitions du rifle (en gros, du .30 magnum) ne pouvaient convenir à la carbine (du .30 tout court) : la différence, c'est la longueur de l'étui (et donc de la charge de poudre, et du poids de la balle). Le Garand (tout de même utilisé de 1936 à 1957, jusqu'à l'adoption du M14), beaucoup plus puissant, était aussi beaucoup plus lourd (du simple au double, 4.37 kg contre 2.48) et plus long (1103 mm. contre 905). C'est pourquoi, soit dit en passant, les 225 Rangers du Lt Col. Rudder, qui avaient pour mission d'escalader et de prendre d'assaut la Pointe du Hoc, à l'aube du 6 juin 1944, étaient équipés de carbines, non de rifles. Soit dit en passant également, et a contrario, Aimé Perrin, frère d'un gendre de Gaston Dominici (aucun lien, de près ou de loin, avec la tuerie), possédait un Rifle, au moment des faits (en fait, si j'en crois la déposition du commissaire Constant lors du procès, le 25 novembre 1954, il s'agissait exactement d'un Springfield 1914, "ancêtre" du Garand)...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 





Lors de la conquête de l'île japonaise d'Iwo Jima, en février 1945. Deux GI's côte à côte, le premier armé d'une Carbine, le second d'un Rifle.

 

 

 

 

 

 

II. La petite chérie

 

La décision de fabriquer la Carbine (dérivée de la carabine inventée par Oliver Winchester - 1810-1880) fut prise le 30 septembre 1941 (après examen de cinq prototypes : Winchester, Turner, Springfield, Hyde et Harrington, et Richardson, le cahier des charges exigeant une carabine peu sophistiquée - 55 pièces constitutives, tout en étant d'une robustesse à toute épreuve). Aussitôt, une usine d'armement (Winchester) tourna à plein régime, bientôt suivie, de 1942 à août 1945, de dix usines reconverties pour la circonstance : Rock-Ola par exemple, en temps de paix fabricant de juke-boxes (Ah ! Ces Américains !)... et qui continue, aujourd'hui, à en produire, magnifiques, très chers, et que les amateurs de chez nous s'arrachent !



- Irwin Pendersen Arms CO (armes) 3 542
- Rock-Ola Music Corporation (juke-boxes) 228 500
- Standard Products CO (matières plastiques) 247 155
- International Business Machines (bureautique) 346 500
- Quality Hardware and Machine CO (machines-outils) 359 666
- National Postal Meter (machines pour tri postal) 413 017
- Saginaw (moteurs et véhicules) 517 212
- Underwood-Elliot-Fisher (bureautique) 545 616
- Winchester (armes) 865 404
- General Motors (moteurs et véhicules, dont les fameux GM Cars), sous la marque Inland Manufacturing Division 2 392 388.

[Ces données numériques ne concernent que la petite chérie de base ; les trois autres modèles, plus sophistiqués - la M1A1, à crosse repliable, destinée aux troupes aéroportées, et les automatiques - ne sont pas recensés ici. Par ailleurs, toutes les usines répertoriées ne fabriquèrent pas elles-mêmes toutes les pièces - excepté, semble-t-il, Winchester, pour des raisons qui tombent sous le sens : il y eut un recours important à de nombreux sous-traitants - plus de 1 600. Cependant, Underwood fabriquait 19 des 55 pièces, Rock-Ola en fabriquait 13, etc.]

 

En tout, la petite chérie "sortit" à près de 6, 5 millions d'exemplaires (pour donner des éléments de comparaison, la fameuse "mitraillette" anglaise Sten - en fait, pistolet-mitrailleur - ne fut fabriquée qu'à deux millions d'exemplaires ; mais le fusil d'assaut AK 47, dit Kalachnikov, a été réalisé à plus de 40 millions d'exemplaires).

 

La carabine retrouvée dans la Durance par les inspecteurs Culioli et Ranchin portait, sur le canon, la mention U.S. Carbine CAL. 30 M1 Rock-Ola 1 702 864 ; et, sur la crosse, une plaque portant les lettres RMC.

 

 

Une U.S. M1 produite par Rock-Ola. L'arme est présentée sans chargeur. Contrairement à ce que peuvent imaginer des observateurs non avisés, l'encoche transversale que l'on aperçoit au départ de la crosse était moins destinée à faire passer la bretelle qu'à recevoir... la burette d'huile (Ah ! Ces Américains !)

 

 

Sur la crosse, on pouvait lire les lettres RMC (pour The Rock-Ola Manufacturing Corporation). Et dire que Gustave et ses amis, pour dérouter les enquêteurs, sont allés jusqu'à prétendre que cela désignait le propriétaire de l'arme : elle aurait appartenu, à les en croire, à un certain René-Marcel Castang, ancien conseiller municipal de Lurs, mystérieusement décédé en janvier 1946... Et qui n'avait possédé, d'ailleurs, qu'une Remington.

 

 

La série R/O fabriquée en 1943 porte sur 100 000 carbines, du n° 1 662 520 au n° 1 762 519, puis sur une seconde série de 140 000 (de 4 432 100 à 4 572 099). La production mensuelle de la fabrique étant de 20 000 unités, on peut en tirer la conclusion que l'arme du crime avait quitté Chicago début mars 1943 (la dernière carabine R/O a été fabriquée le 31 mai 1944), et qu'elle était arrivée en France lors du débarquement de Provence (15 août 1944), et à Lurs le 19 août (date de la libération de Forcalquier, Digne et Sisteron).

 

 

III. Je veux une Rock-Ola !

 

En photo, d'accord (cf. supra). En réalité, c'est un peu plus difficile (et plus cher). Statistiquement, si l'on s'appuie sur les données précédentes, on a 4 % de chances de tomber sur une R/O. Reste à savoir si les Carbines quittèrent les U.S.A. par lots indistincts, ou à proportion des productions respectives... On pourra à cet égard se reporter aux marques des trois U.S. M-1 récoltées par les gendarmes de Forcalquier (et en principe aussitôt détruites, à moins qu'elles n'aient été expédiées, avec l'arme du crime, au laboratoire de police marseillais) en août-septembre 1952 (Saginaw, Underwood et Inland).

 

Aux U.S.A., la firme Fulton est spécialisée dans la remise à neuf d'anciennes Carbines, et même, me suis-je laissé dire, dans la poursuite de la fabrication (il est vrai que cette arme, en fait une Winchester, a tellement été imitée sur tous les continents, et adaptée à de nombreux calibres). Mais revenir des U.S.A. avec une Carbine neuve (aux alentours de 800 dollars), hum, je vous laisse tenter le coup.

On peut estimer que six cent, sept cent mille petites chéries ont servi en France, durant la seconde guerre mondiale (puis dans la guerre d'Indochine, enfin dans celle d'Algérie). À supposer que les trois quarts aient rendu l'âme au combat... ou qu'elles ont été rendues aux gendarmes (et pas seulement dans les Basses-Alpes), il y en a encore environ cent à cent cinquante mille, en circulation (c'est ainsi, je n'y suis pour rien), beaucoup chez les armuriers-grossistes spécialisés, certaines soigneusement cachées depuis la fin de la dernière guerre (et elles ne sont pas près de réapparaître, avec l'avalanche de lois calamiteuses contre la détention d'armes que notre pays connaît depuis six ou sept ans). Il y a plus de chances, étant donné l'importance des productions respectives, de pouvoir acquérir une Winchester ou une General Motors (Inland). De toute manière, elles sont strictement identiques, comme les Jeep Willys et les Jeep Ford (ou Hotchkiss : celles fabriquées pour l'armée française - en service en Algérie - sous licence Willys, à partir de 1952) : c'est l'avantage de la standardisation.

Bref, si vous êtes simple collectionneur, vous pouvez acquérir une U.S. M1 neutralisée (arme de huitième catégorie) pour environ deux cents euro.

Si vous avez le droit de détenir des armes, vous pouvez avoir une U.S. ordinaire (autorisation dite de première catégorie), ou une U.S. chambrée calibre civil, tirant des cartouches .30 short (la différence de longueur d'étui est de un m/m. !), si vous n'avez qu'une autorisation de quatrième catégorie. Vous en trouverez de trois cents à quinze cents euro, suivant l'état (car vous trouverez aussi toutes les pièces détachées que vous pouvez souhaiter. Par exemple, vous manque-t-il la burette d'huile ? Il vous en coûtera 5 euro pour en loger une dans la crosse). Vous pourrez même, si ça vous chante, en détenir jusqu'à sept ! Mais se posera le problème des munitions, dont le nombre est, en principe, contingenté (1000 cartouches par an). En principe, car avec la possibilité du rechargement...
Bref, vous aurez tout de même de quoi répéter l'expérience à laquelle je me suis livré (pour laquelle une U.S. M1 authentique n'est pas indispensable).

 

 

Le tireur était-il vraiment un naze ?

 

Je ne le pense pas. C'est là vraiment un point de détail - donc négligé par les enquêteurs. Si vous m'avez lu avec attention, dans les parties antérieures (et la quatrième, en particulier), vous aurez remarqué que je m'éloigne de la thèse officielle. Mon attention a été attirée par le fait qu'un des avocats de la défense (il s'agit de Me Charrier) a soulevé un problème (les munitions ramassées par les gendarmes) sur lequel, en définitive, personne ne s'était arrêté. Et qu'il a mis en difficulté le commissaire Sébeille en personne. J'y reviens bientôt.

La thèse des enquêteurs, donc, est que Gaston Dominici était plus habitué à son vieux fusil Gras qu'à l'U. S. M1. Soit. Mais qu'est-ce qu'un fusil Gras ?

C'est une arme de calibre 11 mm (cartouches de 25 g.) dérivée du fameux Chassepot (1866. On se souvient de la malheureuse phrase, les Chassepot ont fait merveille, qui avait mis en fureur nos ennemis du moment - les Prussiens) amélioré entre 1874 et 1880 par le Capitaine Basile Gras. Dépourvu de chargeur (donc, se chargeant par la culasse, comme un fusil de chasse actuel), le Gras ne permet qu'un tir lent (4-5 coups/min.), avec rechargement après chaque coup. Cette arme robuste, mais dépassée, fut remplacée par le Lebel (calibre 8 mm, magasin de huit cartouches de 15 g. : 12 coups par minute) lors de la guerre de 14-18 (arme beaucoup moins fiable - beaucoup plus fragile - que le Gras, d'ailleurs).

C'est assez dire qu'il s'agit d'une arme fort ancienne. Gaston y était-il habitué, comme chasseur ? C'est vraisemblable. Mais le problème n'est pas là : le fusil Gras, don de M. Musy paraît-il, était inutilisable (Cf. C 288, Aimé Dominici au commissaire Gillard : "Le fusil Gras n'a jamais servi. - Pourquoi ? - Le fusil avait été enterré lorsque les armes avaient été ramassées au début de la guerre. Le canon était tout rouillé et n'avait même pas été nettoyé. On avait sans doute craint un accident en essayant de tirer avec ce fusil").

Le fait est que les enquêteurs ont estimé (sans preuves autres que les gestes que Gaston semble avoir accomplis durant la reconstitution) qu'il connaissait mal le fonctionnement de l'U.S. M1. Lors du crime, il aurait actionné le levier d'armement après chaque coup, éjectant ainsi à chaque fois une cartouche non percutée. Admettons, encore que le procès-verbal ne mentionne rien à cet égard.
Manque de pot, le rapport de l'expert (le professeur Ollivier, directeur du laboratoire de Criminologie de Marseille) indique, lui, que les cartouches dites non percutées étaient, en réalité, légèrement percutées. Mais qu'est-ce que c'est que ce travail ? S'agit-il encore d'un de ces documents contradictoires, chers à notre ami Alain ?

Reprenons les faits, mais sans trop nous soucier de ce que Gustave a ou n'a pas subtilisé lorsqu'il a fouillé les lieux (encore qu'il s'est vraisemblablement agi de Gaston : M. Barth, le beau-père, avait révélé à son gendre Gustave que le père Dominici, les deux corps recouverts, avait ramassé quatre douilles sur les lieux) : les gendarmes récupèrent quatre douilles (portant la mention WCC 43 et 44 : ce sont des munitions de guerre, produites par la firme Western Cartridge Co, un des sept fournisseurs principaux pour la U.S. M1 avec Winchester - WRA, Remington - RA, Lake City Ordnance Plant - LC, Frankfort Arsenal - FA, Evansville Chrysler Ordnance Plant - EC, et Kings Mills Ordnance Plant - PC), dont deux seulement percutées. Voilà ce qu'on peut lire, ici ou là. Traduisons : les gendarmes ont ramassé deux étuis (vides), et deux cartouches (complètes) légèrement percutées ; cela va mieux.

Voilà mon idée. La petite chérie est une arme semi-automatique (voir définition plus haut). Il faut savoir que la mise en place d'une seconde balle, prête à être tirée, n'est pas le fait de l'opération du Saint-Esprit. On utilise, pour ce faire, une (très faible) partie de l'énergie (gaz) dégagée par l'explosion, qui emprunte un gas port et fait reculer (sur 2 m/m) un piston, une glissière si l'on veut (c'est le slide operating). Les tenons de la culasse sont déverrouillés, la culasse recule, facilitant et accélérant l'extraction de l'étui inutile car vide, et la mise en place d'une cartouche neuve (jusqu'à concurrence de quatorze répétitions, le chargeur classique de cette carabine étant de quinze balles - contrairement à ce qu'avança un jour le capitaine Albert, c'est bien un tel chargeur, vide, qui a été retrouvé sur les lieux en même temps que l'arme). Eh bien allons-y : j'ai approvisionné l'arme, épaulez, armez et tirez normalement.

 

 

 

 

 

Mécanisme de percussion de l' U.S. M1, vu de dessus. On remarque, en haut (à main droite, donc), le court levier d'armement.

 

 

 

 

 

 

 

 

- Très bien, vous voyez que l'armement s'effectue manuellement la première fois, et que pour les quatre autres coups (j'ai chargé le magasin à cinq balles seulement, c'est la règle en stand de tir ; d'ailleurs, personne ne sait si le chargeur de l'arme du crime était plein, au moment des faits), il vous a suffi d'appuyer sur la gâchette (comme dirait Gaston...ou Jacques Chapus). Bien, voici un nouveau chargeur, recommençons, et cette fois réarmez entre chaque coup, disons à la Dominici !

- Aïe ! Mais quoi ? Je ne peux plus tirer ! J'ai coincé votre carabine ! Que je suis maladroit !

- Pas du tout, elle s'est enrayée, tout simplement. L'éjection d'une balle neuve peut fonctionner par hasard ; en tout état de cause, l'arme finit par s'enrayer si on l'utilise régulièrement ainsi.

- Mais alors, les enquêteurs ont menti ?

- Pas du tout, mais ils n'étaient pas assez fous pour donner à l'inculpé, lors de la reconstitution, une carabine chargée : dès lors, armez et réarmez tant que vous voulez, l'arme ne s'enraye pas puisqu'il n'y a ni douille à éjecter, ni cartouche à introduire !

- Mais alors, quelle est votre thèse ?

- Le tireur connaissait la carabine et son fonctionnement (sinon, il n'aurait pas pu tirer au moins six bonnes cartouches - je dis au moins, car imaginez qu'il en ait tiré d'autres en visant le sol, par mégarde : sans poêle à frire, impossible de retrouver les balles ! Tout ce que l'on sait, c'est qu'il a épuisé son chargeur), mais il était peu soigneux de son arme (cf. son état : Gaston avait vraisemblablement acheté une épave à un soldat américain de passage - ou l'avait échangée contre de l'alcool, ou diverses denrées) et donc, on peut le supposer, de ses munitions. Les chargeurs d'U.S. M1 étaient livrés avec une sorte de capuchon pour protéger les balles ; le dit capuchon du dit chargeur de Lurs (et même des chargeurs, Gustave ayant affirmé, dans une de ses dépositions, avoir constaté la présence "de deux chargeurs, dans la remise") avait dû disparaître depuis belle lurette .. Et les balles avaient dix ans d'âge, environ. Si vous tirez des munitions de guerre, vous verrez que beaucoup font tchi : mettons, une sur deux (et c'est fort heureux, sinon les accidents survenus aux inventeurs d'objets militaires enfouis, remontant à 39-45, voire 14-18, seraient infiniment plus nombreux). C'est ce qui a dû se passer, selon moi, un matin d'été à Lurs. Certaines cartouches ne sont pas "parties", bien que percutées : mais l'énergie dégagée par la percussion de l'amorce - et naturellement, aussi, par l'embrasement d'une infime quantité de poudre : car une cartouche qui fait tchi laisse toujours échapper un bruit assez semblable à ceux que l'on entend en très grand nombre, dans le film La Soupe aux Choux...) a été suffisante pour permettre l'éjection de la cartouche "légèrement" percutée, et la mise en place de la munition suivante. Voilà tout le mystère.

[Cette dernière expérience, que j'ai d'ailleurs effectuée avec des armes ne fonctionnant pas selon le slide operating, et avec des munitions ne datant pas de dix ans, mais de plus de cinquante ans, est erronée. Je me rallie à ce que m'écrit un de mes correspondants, D. P., de Belgique, que je remercie pour ses précisions : "Pour réarmer après percussion, la force de compression des gaz doit être suffisante, or, si la balle ne sort pas, il n'y a forcément pas de compression, donc par d'éjection, donc, pas de réarmement ! De plus, même si la pression fut suffisante pour éjecter la douille, il y a de très fortes chances pour que la balle soit restée coincée dans le canon, ce qui aurait des conséquences fâcheuses lors du tir suivant. Donc, dans tous les cas, la force de compression d'une amorce est de loin (très loin même) insuffisante pour procéder à l'éjection !"]

Mais bien d'autres hypothèses peuvent être envisagées. Celles qui me tiennent le plus à cœur concernent le fonctionnement de l'arme, d'une part : si l'arrière du bloc-culasse n'est pas totalement verrouillé, autrement dit, si le percuteur n'est pas "en ligne", de ce fait le chien ne frappe pas convenablement, et le percuteur ne fait que "marquer légèrement" l'amorce, au lieu de la percuter franchement : cela peut se produire avec une arme mal nettoyée, peu entretenue (comme dans le cas qui nous occupe).

 

Le percuteur n'est pas "en ligne" Le percuteur est ici "en ligne"

 

D'autre part, s'agissant des munitions, il faut savoir que ce type d'arme est très sensible à la longueur des douilles admises (pas de "tolérance", ou pratiquement pas : 0,025 m/m). Si, pour une raison quelconque, certaines douilles utilisées sont plus longues que les autres, il en résulte le phénomène de "légère percussion" et l'obligation, pour le tireur, de manœuvrer le levier d'armement.

Mais pour quelle(s) raisons(s) le tireur aurait-il eu à disposition des munitions aux étuis dépareillés ? J'émets une nouvelle hypothèse, car j'imagine que le tireur - dont l'arme avait déjà beaucoup servi, depuis huit années, lors des battues aux sangliers - ne disposait pas d'une réserve inépuisable de munitions. Connaissait-il un armurier susceptible de procéder au rechargement des étuis vides ? Et d'abord, le rechargement était-il aussi connu, aussi pratiqué qu'aujourd'hui (d'autant que les munitions de guerre ne sont pas en principe prévues pour être rechargées) ? Je n'en sais rien. Quoi qu'il en soit, un étui neuf mesure 32,76 m/m. Sous l'effet de la chaleur, de l'explosion ou de tout ce que vous voudrez, la Carbine éjecte des étuis vides dont certains sont passés à 33 m/m : dans ces cas-là, la culasse ne se refermera pas complètement (verrouillage des tenons), et on retrouve le problème précédent ; car après rechargement, la douille est devenue trop longue - certes de très peu.

Au fait, il me vient une idée : l'agenda du commissaire Sébeille nous apprend que ce dernier s'est rendu, fin mars 1953, à Valensole, où se trouvait, sur la place principale, l'armurerie de Marcel Barth (un oncle d'Yvette). Ce qu'il est allé faire là-bas a-t-il un rapport avec le rechargement (hypothèse très improbable) ? Ou plutôt avec le réapprovisionnement - en douce - des frères (et du père) Dominici ?

 

 

IV.  À propos de l'US-M1 n° 1702864 Rock-Ola

 

Parler avec quelque pertinence de l'arme du crime nécessite sans doute des compétences, même minimes, dans le domaine des armes à feu. Et un peu de bonne foi. Cela suppose également, de préférence, d'avoir eu en main cette pièce à conviction, bonheur qu'il m'a été donné de vivre, durant près de deux heures. Tout le monde ne peut pas en dire autant. Cela suppose, éventuellement, de posséder une arme de ce type et de s'en servir régulièrement. Ce qui est encore mon cas.
À ce compte, on ne peut que sourire des affirmations proférées dans un site - fort bien construit, ma foi - qui aime les causes perdues, ayant pour ambition de réhabiliter le vieux salopard, celui qui s'est sacrifié pour ses enfants tout en leur crachant dessus (le chevrier ivrogne et incestueux, écrivait Le Dauphiné libéré, sans craindre d'être démenti).
Quand, de plus, on se sert de l'expertise que l'adjudant-chef Perrin fit de l'arme du crime (P. V. n° 74), pour en tirer qu'il s'agissait d'un engin en parfait état, alors on commence à se dire que la mauvaise foi la plus crasse le dispute à l'incompétence la plus notoire. Mais bon, chacun pète à la hauteur de son cul. Enfin, quand on ose écrire : [...] De plus, cette arme n'avait pas pu être bricolée car si elle avait été bricolée avec une bague d'aluminium comme les policiers l'ont affirmé pendant l'enquête, l'arme aurait littéralement explosé donc cela signifie que le bout de métal mis au bout du fusil [sic] était un leurre pour affirmer que l'arme venait du coin mais cette bague d'aluminium ne pouvait pas servir", alors on explose. De rire. De mépris, aussi, car il ne faut pas pousser le bouchon trop loin, tout de même.

Depuis toujours, on sait que la carabine Rock-Ola n° 1702864 était dépourvue de garde-main : les photographies (issues du Service régional d'identité judiciaire de Marseille) qu'a publiées le commissaire Chenevier dans l'un des ouvrages qu'il a consacrés à l'affaire ne laissent, de plus, aucun doute à ce sujet - pour ne rien dire des affirmations des protagonistes, les Dominici père et fils.

 

 

carbine vue de dessous

 

 

On ne voit certes pas, sur ce cliché, que nous intitulerons : "Carbine vue de dessous", que le garde-main est absent. Mais on le devine : s'il était présent, la partie comprise entre la bague d'aluminium du père Chauve et le boîtier du chargeur, serait bombée - or, elle est parfaitement rectiligne.

Cette vue de dessous permet en outre de remarquer qu'une partie inférieure - importante - du fût a volé en éclats.

La comparaison avec une arme en parfait état vaudra tous les discours.

 

Une arme dans un tel état et dépourvue de garde-main est une épave, je suis désolé, mais c'est ainsi. Il est difficile d'imaginer un soldat américain se délestant d'une arme parfaite, même contre un litre d'eau de vie (à cet égard, rappelons -nous ce qu'a rapporté le maçon Bastide, perché sur le toit de la Grand'Terre pour y opérer des réparations, témoin privilégié de l'arrêt "tout un après-midi" d'un camion de soldats américains, et du troc qui s'ensuivit, après des "exercices de tir").

 

Ceci dit, il est exact que cette arme "ne révèle aucune intervention ni réparation exécutées par un spécialiste". Sauf qu'il existe une réparation de fortune (Gaston lui-même ne s'était-il pas écrié dans le prétoire, sans qu'on ne lui demande rien : "C'est Clovis qui l'a réparée, cette carabine !" - Tiens donc). Il est encore exact que "toutes les pièces qui la composent sont d'origine". Sauf qu'il en manque (au moins) une. La partie mécanique "est en parfait état de fonctionnement". C'est encore vrai. Car on peut à la rigueur tirer, avec la seule partie mécanique (métallique) en main. Sauf qu'on risque de se brûler.

 

Le garde-main disparu (dans des circonstances que nous ne connaîtrons jamais), il était difficile de faire tenir le canon sur le fût, un enfant comprendrait cela ; l'anneau-grenadière, dont c'est primitivement le rôle, prévu pour enserrer un certain diamètre, ne pouvant serrer que dans des limites très étroites (est-ce qu'on me suit ?). Surtout s'il est cassé ! Car l'anneau-grenadière est toujours présent, sur l'arme du crime ! Mais il est cassé. L'anneau de serrage est d'origine, c'est vrai. Mais il ne serre plus rien ; il ne peut plus rien serrer, il ne sert à rien. Dès lors, seul un collier de serrage, type plomberie (c'est à cela qu'on pense, aujourd'hui), peut maintenir étroitement accolées les deux pièces, bois et métal, constituant l'arme (je simplifie).

 

L'anneau-grenadière cassé Un anneau-grenadière complet

 

 

Je sens venir l'objection, présentée par quelqu'un de bonne foi, et qui cherche des hypothèses plausibles : et si le garde-main, présent sur l'arme au moment du crime, s'était plus ou moins détaché sous la violence des coups portés à la malheureuse enfant, avant de s'éloigner définitivement, flottant au gré des eaux de la Durance, lorsque la partie métallique de l'arme a été jetée dans le trou d'eau ? L'Inspecteur Ranchin, à qui revient le mérite d'avoir retrouvé cette partie de l'US M1, ne s'est pas préoccupé de savoir si l'arme était une épave ou non, s'il manquait ou non une pièce. Il l'a rapportée sur la rive, telle qu'il l'avait découverte, sans se soucier d'une pièce éventuellement manquante.
Bien imaginé, mais impossible. Car dans ce cas, Ranchin aurait - ou non - sorti deux pièces distinctes de l'eau, à cet endroit : la partie métallique et la partie en bois (appelons-la le fût). Or, cet ensemble se tenait, la crosse brisée ayant été retrouvée un peu plus loin. Cet ensemble se tenait, précisément à cause d'une pièce métallique venue suppléer le rôle de l'anneau-grenadière : la fameuse bride de fixation en aluminium vendue par le "graveur" Joseph Chauve - et vendue seulement par lui - "sur les foires de Manosque, Forcalquier, Sisteron, Digne". "La pièce que vous me montrez, dit-il au commissaire Constant qui l'interrogeait, "est une de celles que j'ai fournies à mes clients". À l'époque, cette pièce était commune, les cycles devant être pourvus d'une plaque d'identité (fixée au cadre grâce à une bride d'aluminium). Aujourd'hui, bien entendu, on pense immanquablement à un collier de serrage, tel qu'il en est communément usé dans la plomberie (voire dans la tuyauterie automobile).

 

une US-M1, garde-main ôté (et placé verticalement).

On remarque, à l'extrémité du canon, bloqué par le point de mire, l'anneau-grenadière.

 

Aujourd'hui, cette bride d'aluminium a été "doublée" par une solide ligature de ficelle (de ficelle de batteuse-lieuse, pour être très précis).

 

Ceux qui ont pu voir, en 1993, l'émission d'Henri Chambron, "Dominici, Quarante ans de rumeurs" (TF1 - Reportages) n'ont pas manqué d'être stupéfaits et même stupéfiés par les conséquences du geste citoyen (dixerunt Dominici & Reymond) d'un employé des Archives départementales de Digne, ayant sans vergogne laissé nos duettistes ouvrir, sous l'œil d'une caméra complaisante, des scellés de la PJ marseillaise (il a été sanctionné pour cela, trop légèrement). Et là, je me cite : "[...] la stupeur gagne le téléspectateur relativement averti : on n'en croit pas nos yeux, Me Collard (déjà là !) fait mieux que son confrère Pollak brandissant l'US-M1 à la fin du film de Claude-Aubert ! En effet, il ouvre sans aucun embarras des scellés de la Sûreté nationale ! Ainsi apparaissent entre ses mains douilles et cartouches (avec un commentaire méprisant sur l'absence de travail de l'Identité à partir de ces éléments - il y a bien longtemps que le Commissaire Constant a fait justice de ces calomnies, mais qui s'en souvient ?), puis la "fameuse" culotte Baby Roger's (qui n'a strictement rien à voir avec le triple crime).
Et enfin, également, la bride Chauve".bride 2

 

Pour des raisons qui m'échappent, la bride d'aluminium a été conservée dans un autre endroit que la carabine (une boîte d'allumettes, c'est encore un coup à Sébeille !). Mais elle existe toujours... Et quittant la boîte d'allumettes ouverte sous nos yeux par Me Collard, elle a retrouvé sa place "originelle"...

 

 

Examinons maintenant à nouveau la première photo, intitulée "Carbine vue de dessous".

 

Au centre apparaît la fameuse bride du graveur Chauve (avec vis longue) ; un peu à gauche, sur le canon, se trouve l'anneau grenadière, cassé (suivant la position de l'arme, il peut coulisser jusqu'au point de mire). À droite, presque symétriquement par rapport à l'anneau, on distingue (à côté du filin destiné à consolider l'arme brisée) une tache blanche qui n'est autre que "l'excavation circulaire d'un diamètre de 1 cm et d'une profondeur d'un ½ cm... faite intentionnellement avec un outil de menuisier (gouge)".

 

 

Selon l'hypothèse de l'Inspecteur Sollacaro, cette excavation aurait permis, à qui souhaitait transporter la carabine, attachée le long de la tige horizontale du cadre d'un vélo d'homme muni d'un changement de vitesses, de recevoir la tête de vis formant saillie placée au centre du levier du dérailleur, en sorte que l'arme soit "commodément et solidement arrimée". Cette "hypothèse féconde" n'a pas été vérifiée, malgré des recherches très poussées. Et cependant, les nombreuses éraflures que présente la carcasse en bois (celles proches de la plaque de couche, celles sur la crosse "au niveau de l'extrémité de la culasse", celles situées à l'extrémité du fût) sont bien dues à des frottements répétés.


 

 

Comme on peut le voir sur cette photo de la seconde partie de l'arme, de nombreuses éraflures sont, là aussi, bien visibles. Comment les expliquer autrement qu'à l'aide de l'hypothèse Sollacaro (la marque de provenance, RMC, n'est pas visible sur ce cliché : les trois lettres qui paraissent avoir été comme pyrogravées, se trouvent sur le côté droit de la crosse) ?

 

 

Il est temps de conclure. Si nous reprenons l'affirmation du début, soit : "le bout de métal mis au bout du fusil [sic] était un leurre pour affirmer que l'arme venait du coin", et si nous lui prêtons attention ne fût-ce qu'un instant, il faut donc admettre que, de même que Sébeille et les siens auraient, le lendemain du crime, fait procéder à des clichés avec de faux cadavres (ce qu'affirme, sans rire, Reymond), de même, à peine l'arme sortie de l'eau, ils se seraient mis en quête d'une bague d'aluminium destinée à servir de leurre. Qui sait ? Peut-être même que le Commissaire, avant de se choisir un foulard blanc pour entrer dans la postérité (dixit le même) avait aussi acquis une telle bague, à la droguerie du coin de sa rue...

Quant à son patron Harzic, chef du Service Régional de Police judiciaire, après avoir indiqué à ses supérieurs parisiens que l'arme de crime était une carabine automatique [sic] américaine de calibre 8-83 [re-sic], il leur précisait, le 20 août : "le collier d'origine, qui maintient le canon dans la gouttière, avait disparu [sic]. Il avait été remplacé par une sorte de manchon grossier [sic] en aluminium, muni d'une petite vis à écrous. Il s'agit de toute évidence d'une réparation de fortune, qu'on imagine très bien réalisée par un paysan bricoleur". On sait aussi que Sébeille se démena comme un beau diable, allant jusqu'à faire examiner la bride à l'usine de Saint-Auban, pour tenter de recueillir des informations à son sujet. On connaît l'aboutissement de l'histoire, telle que la rapporte le Commissaire Constant en mars 1953 : "c'est le 10 septembre que, recueillant le fruit du travail de l'équipe Sébeille, j'ai vu se présenter à moi un graveur de plaques d'identité, nommé Chauve Joseph, 46 ans, demeurant à Marseille, 16, Impasse de la Citerne, quartier du Roucas Blanc. Il avait été alerté par un de ses confrères du Vaucluse et demandait à examiner la petite bague d'aluminium percée de quatre trous, qui garnissait le canon de l'arme du crime, etc. etc.".

Pour prêter une seconde attention à l'histoire du leurre, il faut donc imaginer que Sébeille et ses Inspecteurs, puis Harzic, puis Constant, puis tous les autres, jusqu'à Chenevier et les siens, sans oublier les autorités judiciaires, aient de concert concocté cette grossière mise en scène, destinée à faire avaliser je ne sais quelle entourloupe.

Non, il suffit : le festival de mensonges n'est pas du côté que les révisionnistes s'échinent à vouer aux gémonies. Il suffit. Dans le Rapport cité plus haut, Constant écrit tout un paragraphe intitulé : "Les Dominici ont trompé la justice". Je ne sais si Fernand Constant était grammairien (l'extrême qualité de ses écrits le donnerait à penser), mais l'emploi de ce passé composé, temps "indéfini" qui comprend aussi du présent, "passé en flux", comme dit Maupas, qui retentit encore dans le présent, dit exactement ce qu'il faut. Il y a longtemps déjà, le divisionnaire Chenevier s'était écrié :"s'il est un devoir que le clan Dominici devrait rendre aux trois victimes de Lurs, c'est le silence". Jusques à quand tolèrerons-nous, impavides, ce tintamarre révisionniste assourdissant ?

[partie IV supra ajoutée au fichier en février 2010]

 

 

Note additive du 1er décembre 2003 : le secret d'État, ou l'État gère.

 

Je ne sais si mon sentiment est largement partagé, mais j'éprouve pour Me Collard une aversion d'emblée épidermique, avant qu'intellectuelle et morale. Ce personnage aux cheveux gras, qui coupe la parole même à ceux qui vont dans son sens, ce personnage qu'on ne cesse de voir à tout sujet sur tous les plateaux de télévision, et qui pontifie sans cesse les mêmes sornettes (je suis poli), il se trouve que lui et moi, nous avons des connaissances en commun. Il se trouve que ces connaissances me certifient que c'est dans le civil un être exquis, plein d'humour, brillant sujet, pétri comme c'est pas possible de participes grecs et latins. J'ai peine à les croire (mes connaissances, pas les participes). Ou alors c'est qu'il y a deux facettes très opposées, chez le personnage, qu'il s'avance masqué (larvatus prodeo) et que ce doit être lourd (et cher pour les clients) à porter ! Et cela porte même un nom, un nom fait de deux mots grecs. Collard doit les connaître, je suppose. Je n'arrive pas à croire que celui qui prétend porter une robe noire parce qu'il est en deuil des illusions humaines, puisse se comporter de telle manière que nous tous, autour de lui, devrions dès lors porter la même robe, à cause de lui. Tant son comportement est affligeant. Je n'arrive pas à croire que ce féru d'humanités, qui est, dit-il, en lutte contre la méchanceté, la médisance, et la bêtise, puisse lui-même évoluer avec tant d'aise au sein de ces comportements. À dire le vrai, je ne puis le comparer qu'à Tapie, tant les deux se ressemblent, en fin de compte. Et encore, il me semble que je préférerais, s'il fallait choisir, fréquenter Tapie. C'est dire.
Eh bien, Me Collard nous a encore offert (si j'ose dire), vendredi soir sur Odyssée, un échantillon de ses talents dans les domaines précités. Ne s'est-il pas écrié, lors de sa première intervention (pour dénoncer le "faux" commis par Chapus - et il reviendra sept fois sur ce fait !) : ... "jusqu'à ce que nous allions constater, nous, aux Archives, que ce journal n'existait pas". Ah oui ? Aux Archives ? Vous constatâtes, Maître ? La supercherie imaginée par le jeune Chapus (le faux journal de la petite Élisabeth) a été découverte dans la semaine suivante, si j'ai bonne mémoire. Il n'y avait nul besoin d'aller aux Archives. Vous aviez quatre ans, à l'époque. Et c'est vous qui êtes allé aux Archives ? Je comprends que les Guignols se soient occupés de vous (si je n'approuve pas la façon dont ils manœuvrent). À cela, Chapus un peu sur la défensive répond, et c'est le bon sens : "Est-ce que ce carnet joue un rôle quelconque dans l'histoire ?". Aucun, bien entendu. Mais Collard sait comment on déconsidère les gens (et leurs idées, leurs opinions, leurs certitudes), sur un plateau de télé. Collard fait ensuite intervenir... la sociologie, pour expliquer comment "un personnage en quête d'image, le commissaire Sébeille, etc. etc.". Mais c'est vous, le seul personnage en quête d'image, dans cette histoire (euh, non, pas tout à fait le seul) ! Et vous en êtes assez pitoyable, pour ne pas dire franchement détestable. Et Collard parle et Collard parle. Et nous fait perdre notre temps, avec ses noyades de poisson. On entend encore, dans sa bouche : "On a perdu un temps fou pour rechercher les éléments qui n'étaient pas dans le dossier [et qui étaient diffusés dans la presse, comme s'ils faisaient partie du dossier]". Ah, mais c'est qu'on a étudié le dossier ! Et aussitôt après, interrompant je ne sais plus qui, il intervient : "Les curieux fouillent dans la voiture". Il a dû lire le fait dans le dossier...
Vous avez un culot monstre, risque Chapus. Oh ! C'est bien plus que cela. C'est beaucoup plus grave.

Et on en vient, je ne sais plus comment, à l'incident Orsatelli (survenu à Forcalquier le 3 septembre 1952). "À l'époque, enseigne doctoralement Collard, qui vient ajouter un grain de sel que nul ne lui avait demandé, il faut savoir que la durée de la garde à vue allait jusqu'à dix-douze jours, elle n'était pas limitée comme aujourd'hui". Et il enchaîne presque aussitôt : "le magistrat [Orsatelli] a trouvé que la garde à vue [de Gustave] avait trop duré". Le téléspectateur moyen en tirera la conclusion que la garde à vue de Gustave avait duré plus de douze jours ! Eh bien non, elle avait duré un peu moins de quinze heures, avec les interruptions d'usage ! L'essentiel, n'est-ce pas, n'est pas de convaincre. C'est de persuader par la fielleuse, la toujours fielleuse insinuation. Tiens, puisqu'on en est là, lisons la conclusion qu'en tira, le lendemain, le quotidien Nice-Matin : "Le dévouement de Sébeille et de ses inspecteurs n’a pas payé ; l’assassin a gagné la première manche". L'assassin, en effet, avait gagné la première manche. Fin de l'épisode.

 

 

Et ça continue à discutailler. À tel point que Collard, je présume, qui paraît toujours être assis sur une bassine d'huile bouillante, doit se dire : dans quel état j'erre - si du moins j'en crois la suite. On en vient donc à l'arme du crime (tous s'accordent à reconnaître que cette "épave" dépourvue de garde-main et rafistolée à l'aide d'un collier de Duralumin acquis sur un marché de la région de Lurs, est bien l'arme du crime : c'est un comble, de la part des révisionnistes : mais s'en rendent-ils compte ?). Et à nouveau l'intervention de Me Collard : "Clovis désigne une étagère dans la remise [l'étagère où reposait l'US-M1. La scène se passe le 23 novembre à 10 h] ; or, il faut savoir qu'à l'époque où il prétend que l'arme était sur l'étagère, dans la remise, l'étagère n'existait pas, dans la remise". Il faut savoir. Mon Dieu ! Quel dommage que tous les protagonistes, à l'époque, ne l'aient pas su ! Ça leur aurait évité, à tous, de tomber sous les coups ultérieurs de Me Collard... Bon, et puisque que le même et son compère Reymond n'avaient qu'un mot à la bouche, lorsque les contradicteurs citaient un texte : Quelle est la cote ? Quelle est la cote ? (Encore que, ces éléments n'étant selon la loi disponibles que dans un délai de cent ans, on ne puisse sans contrevenir à la loi citer expressément des cotes). Alors, on va leur servir quelques extraits de cotes, à ces comiques ! Mais on n'est pas assez naïf pour imaginer que ça suffira, pour faire baisser la leur...

 

 

Le 13 novembre 1953, à 16h20.

Devant M. Périès, Juge d'Instruction, assisté de M. Barras, Greffier.

A comparu Gustave Dominici qui, après avoir prêté serment, a déclaré :

[...] Mon père m'a tout de même indiqué que, vers une heure, il était allé faire un tour de chasse. Il m'a dit avoir longé la route nationale, en direction de Peyruis et qu'arrivé à hauteur du campement, il s'était trouvé en présence d'un homme paraissant venir à sa rencontre. Ils auraient discuté mais il ne m'a pas dit quel avait été l'objet du "grabuge". C'est là qu'il avait tiré. Mon père ne m'a cependant pas précisé sur qui il avait tiré en premier lieu. En tout cas, il m'a dit qu'il avait tué toute la famille.

Je lui ai demandé de quelle arme il s'était servi. Il m'a répondu :

- Avec une carabine que je tenais camouflée.

[...]

Lecture faite, persiste et signe avec nous et notre greffier.

Suivent les signatures.

 

Le 14 novembre 1953, à 0 heure 45.

Devant M. Roger Périès, Juge d'Instruction au Tribunal de Première Instance de Digne, assisté de M. Barras, greffier assermenté.

A comparu Clovis Dominici qui, après avoir prêté serment, a déclaré :

[...] J'ai essayé de lui faire dire comment les choses s'étaient passées. Il ne m'a pas donné trop de détails, mais il m'a indiqué qu'il était sorti dans le but de se rendre sur les lieux de l'éboulement, et qu'il avait pris sa carabine. Il a employé le mot de "carabine", mais je pensais à ce moment-là qu'il s'agissait du fusil Gras transformé dont il se servait pour aller à la chasse au sanglier. Bref, il m'a expliqué, toujours en patois, que c'est à son retour de l'éboulement qu'il a eu une altercation avec l'Anglais. Mon père m'a dit s'être approché de la voiture. Le mari l'apercevant avec la carabine s'était dressé et l'avait "engueulé". Ils se seraient "bagarrés", et c'est alors que mon père se serait servi de son arme. Mon père a ajouté en patois : - Leis ai fa péta toutéi très ! [Je les ai tués tous les trois !]

Demande. - Vous venez de déclarer au cours de cette audition que lorsque votre père vous avait dit être sorti avec sa carabine, vous aviez pensé qu'il s'agissait du fusil Gras transformé. Or, au moment où Gaston Dominici vous faisait ce récit, vous saviez parfaitement, puisque vous aviez vu - vous le reconnaissez vous-même ! - deux fois la carabine du crime, qu'il ne pouvait plus s'agir du fusil Gras !

Réponse. - Oui, j'ai fait une confusion en vous déclarant cela tout à l'heure. Ce que je voulais bien vous expliquer, c'est que je ne connaissais à mon père qu'un fusil Gras.

Demande. - Que vous a dit votre père en vous quittant le soir où il vous fit cette confidence ?

Réponse. - Mon père m'a ordonné de ne jamais parler de cela à personne. Alors que j'étais bouleversé par le récit que j'entendais, mon père, lui, parlait sans émotion apparente et sans manifester le moindre regret.

[…]

Lorsque le commissaire Sébeille m'a présenté l'arme du crime sur le bord de la route, à proximité de la gare de Lurs, j'ai reconnu aussitôt la carabine que j'avais vue déposée sur une étagère se trouvant dans le garage attenant à la forge de la Grand'Terre. Cette étagère était fixée au mur de droite en entrant dans le local. Le soir même, je me suis rendu chez mon père et ai constaté aussitôt que la carabine dont je viens de parler ne se trouvait plus à sa place dans le garage. Dès cet instant, j'ai eu la certitude que c'était bien l'arme du crime.

J'avoue que, spontanément, j'ai pensé que c'était Gustave qui s'en était servi. Je n'ai pas songé à mon père parce que je n'imaginais pas qu'un vieillard pouvait se rendre coupable d'un tel forfait.

Rencontrant Gustave peu après être sorti du garage, je lui ai dit : - Tu as vu ! La carabine n'est plus à sa place.

Mon frère m'a répondu qu'il s'en était rendu compte. Comme je lui demandais à brûle-pourpoint si c'était lui qui s'en était servi, il m'a répondu par la négative. Je n'ai pas insisté, mais cependant, un doute a persisté dans mon esprit jusqu'au soir où mon père m'a fait la confidence ci-dessus relatée.

Je suis certain de ne pas me tromper puisque cette carabine était dépourvue d'un garde-main. D'autre part, le canon était fixé au fût au moyen d'un collier en duralumin qui est en votre possession.

Lecture faite, persiste et signe avec nous et notre greffier.

Suivent les signatures.

 

Le 15 novembre 1953, 11 heures 15

Devant M. Roger Périès, Juge d'Instruction, assisté de M. Barras, Greffier assermenté.

Gaston Dominici a déclaré, après avoir prêté serment :

Donc, en partant de la ferme un certain temps après l'arrêt du side-car devant la Grand'Terre, j'ai pris la carabine qui se trouvait dans le garage entre deux planches superposées formant étagère, au fond et à droite. Le chargeur était placé sur l'arme. Je savais qu'il était entièrement garni, mais j'ai pris en plus deux ou trois cartouches qui se trouvaient à proximité, sur les planches. Si je me suis muni de cette arme, c'est que j'avais l'espoir d'apercevoir quelque blaireau ou quelque lapin.

[...] À ce moment, la petite est sortie de la voiture par la porte arrière. Elle a un peu crié, mais guère. Elle est partie en courant en direction du pont de chemin de fer, en coupant droit entre le mûrier et les buissons. Je l'ai poursuivie. J'ai tiré une première fois. Le coup a raté. Une seconde fois, j'ai manqué mon but. Puis je me suis aperçu que je n'avais plus de balle dans le chargeur. Je n'ai pu d'ailleurs m'expliquer cette circonstance car je croyais le chargeur plein. Certainement, j'avais dû perdre des cartouches en route. J'ai dû perdre aussi les deux ou trois cartouches que j'avais mises dans ma poche au moment où j'avais pris ma carabine dans le garage.

J'affirme qu'au premier coup la carabine s'est cassée. L'enfant s'est affaissée de suite sans même gémir. J'ai fait quelques pas vers la Durance et j'ai lancé dans le courant les restes de ma carabine. Je suis ensuite allé me laver les mains qui étaient ensanglantées.[...]

Lecture faite persiste et signe avec nous et notre greffier.

Suivent les signatures.

Avant de clore, nous présentons au témoin l'arme du crime.

Gaston Dominici : Cette arme est bien celle qui se trouvait dans la remise, sur une étagère, au fond et à droite. Je ne puis me souvenir des circonstances dans lesquelles cette arme est devenue ma propriété. Ce que je sais, c'est que nous l'avions depuis le passage des troupes américaines. C'était la première fois, le matin du 5 août 1952, que je me servais de cette arme. J'ai constaté qu'elle fonctionnait coup par coup.

Je n'avais jamais effectué de réparations à cette arme. J'avais remarqué qu'elle était démunie de garde-main et que le canon était relié au fût par un collier de duralumin.

Confrontation

Nous faisons entrer Dominici Gustave, témoin précédemment entendu ce jourd'hui, suivant toutes les prescriptions de la loi, et nous lui donnons lecture des dépositions ci-dessus. Après lecture le témoin répond :

Je maintiens les déclarations que je vous ai faites précédemment. Lorsque vers 4 heures du matin, j'ai entendu les pas de mon père, je me suis levé avec l'intention de lui demander s'il avait entendu les coups de feu. Il m'a répondu que oui et que c'était lui qui les avait donnés.

Dominici Gaston. - Je vous remercie, M. Gustave.

Dominici Gustave. - Je suis absolument affirmatif. J'ai demandé aussitôt à mon père s'il était devenu fou. Il m'a dit qu'il était parti avec la carabine. Il avait l'intention d'aller voir l'éboulement et en même temps faire un tour de chasse. Il ne m'a pas, par contre, indiqué les circonstances dans lesquelles avait éclaté la bagarre. Il m'a dit simplement qu'après une discussion l'Anglais était venu sur lui et qu'il avait tiré.

[...] Je suis parti comme je vous l'ai dit vers l'endroit que mon père m'avait indiqué et où se trouvait la petite. De là je suis monté au campement, et dès mon retour à la ferme je suis allé à la remise pour vérifier si c'était bien de la carabine américaine qu'il s'était servi. Effectivement, j'ai constaté que cette arme ne se trouvait plus à sa place.

[...]

 

Le 18 décembre mil neuf cent cinquante-trois à 14 h, devant nous, Roger Périès, juge d'instruction au tribunal de Digne, assisté de M. Barras, greffier.

En transport de Justice dans la commune de Lurs (La Grand'Terre) instruisant sur les faits reprochés à Dominici Gaston, inculpé d'assassinats.

Comparaît le témoin ci-après nommé, déférant à l'invitation qui lui en a été verbalement faite, lequel ayant prêté serment de dire toute la vérité, rien que la vérité, déclare être la belle-fille de l'inculpé, dépose séparément et hors la présence de l'inculpé :

Barth Yvette, épouse Dominici Gustave, âgée de 21 ans, cultivatrice, demeurant à Lurs (La Grand'Terre).

[...] Sur interrogation. Sans que je sois absolument affirmative sur ce point, c'est à mon retour du marché d'Oraison, le 5 août 1952, que Gustave m'a appris que son père avait tiré avec la carabine américaine. Je ne pense pas qu'il me l'ait dit avant mon départ pour Oraison, car entre cinq heures et neuf heures, je ne m'étais pas trouvée seule avec Gustave.

Sur interrogation. Je n'avais jamais vu cette arme. Gustave m'a dit le 5 août 1952 qu'elle ne se trouvait plus sur l'étagère de la remise, mais moi je n'avais jamais remarqué sa présence à cet endroit. [...]

 

 

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Confrontation Gustave-Clovis Dominici, le 4 février 1954, à 17 heures

Clovis Dominici. Je répète que lorsque j'ai rencontré Gustave après avoir constaté que la carabine américaine n'était plus à sa place dans la remise, celui-ci m'a dit qu'il s'en était lui-même rendu compte. Je lui ai demandé aussitôt si c'était lui qui s'en était servi pour commettre le crime. Gustave m'a répondu non.

Gustave Dominici. Ce que dit Clovis est exact. Il m'a bien demandé quelques jours après le crime si j'avais constaté que la carabine ne se trouvait plus à sa place dans la remise. Effectivement, je lui ai répondu qu'elle n'y était plus.

Clovis Dominici. Il y a une chose qui me revient et que je n'avais pas dite jusqu'à ce jour. Lorsque j'ai demandé à Gustave, quelques jours après le crime, si c'était lui qui s'était servi de la carabine, il m'a répondu : - Non ! C'est le père qui a tiré les coups de feu. Il me l'a dit le matin, en partant pour aller garder ses chèvres.

Je n'ai attaché à cette déclaration de Gustave aucune importance, car il me paraissait impossible qu'un vieillard ait pu commettre un tel crime et, au fond de moi-même, je continuais à soupçonner Gustave.

Je le répète, ce n'est que lorsque mon père m'eut fait ses confidences, que mon doute s'est dissipé.

Gustave Dominici. C'est ce jour-là, en effet, que j'ai dû dire à Clovis ce que m'avait déclaré mon père. Lorsque j'ai retrouvé mon frère au quartier de St-Pons, après ma sortie de prison, il m'a rapporté qu'il avait reçu lui-même la confidence de notre père.

 

Deuxième audition de Gustave Dominici, le 4 février 1954

Juge Périès. Je vous le répète : votre attitude est incompréhensible [Car Gustave avoue, se rétracte, change de version à chaque minute - note SH].

Gustave Dominici. Depuis l'arrestation de mon père, je suis sans arrêt harcelé par ma famille. Mes frères, sœurs et belles-sœurs, ne voulant pas croire que mon père ait commis un tel forfait, me reprochent de l'avoir accusé. Dès le début, cependant, je leur ai dit la vérité, je leur ai rapporté ce que mon père m'avait dit le matin du 5 août 1952, à deux heures. Personne ne veut me croire. Je ne sais plus où j'en suis, vous devez le comprendre.

Sur interrogation. J'ai bien dit à tous les miens qu'une fois j'avais vu la carabine américaine. On me répond que je suis fou, car personne d'autre ne l'aurait vue. Ce n'est pas la veille ou l'avant-veille du crime que j'avais constaté la présence de cette arme et de deux chargeurs, dans la remise. C'était trois mois ou six mois avant, mais je ne saurais préciser.

Je vous le répète, je me demande comment cette arme a pu venir dans la remise. Lorsque je l'ai vue sur l'étagère, je n'en ai parlé à personne, même pas à mon père.

[...]

 

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Digne, le 13 novembre 1956

Nous, Pierre Carrias, Juge d'Instruction au Tribunal de première Instance de Digne ;

Vu les pièces de l'information suivie contre X... du chef de complicité d'homicides volontaires ;

Vu notre ordonnance de soit-communiqué en date du 4 juillet 1956 ;

Vu le réquisitoire de Monsieur le Procureur de la République en date du 30 octobre 1956, tendant à déclarer qu'il n'y a pas lieu à suivre ;

[...]

Attendu que les auteurs du rapport tiennent encore comme une preuve de la collusion de Gustave et de Clovis, leurs déclarations sur l'arme du crime et leur prétendue contradiction, à cet égard, avec leur père ; mais que ces raisonnements reposent sur une étude insuffisante du dossier de l'information suivie contre Gaston Dominici, puisque les Commissaires de la Direction des Services de Police judiciaire estiment pouvoir déduire d'une photographie mal prise par les premiers enquêteurs que Gaston Dominici n'a pas désigné, comme emplacement de la carabine, la même étagère que ses fils, alors qu'il résulte d'un procès-verbal en date du 16 novembre 1953, établi par Monsieur le Juge d'Instruction, notre prédécesseur, et évidemment seul susceptible de faire foi, que "l'emplacement était le même que celui indiqué par Gustave et Clovis Dominici", et qu'en désignant cet emplacement, Gaston Dominici confirmait purement et simplement ses déclarations de l'avant-veille, selon lesquelles "la carabine était dissimulée entre deux planches qui forment étagères" dans le hangar ;

[...]

Déclarons qu'il n'y a pas lieu à suivre en l'état [...]

(Ordonnance de non-lieu)

 

Voilà. Je pense que ça suffira (pour l'instant). Après, cependant, ajout de ces quelques lignes extraites du "Rapport Chenevier" : "Cette carabine était en mauvais état, démunie de bretelle et de garde-main supérieur, rafistolée avec un collier en aluminium muni d'une vis avec écrou pour maintenir le canon plaqué sur le fût. Un fil de fer, genre élément de câble de frein de bicyclette, reliait l'anneau grenadière, dont une partie était manquante, à un des trous de la bague" (p. 48). [...]  "l'état de cette carabine, la façon dont elle avait été remise en état, indiquaient assez qu'elle devait appartenir à un paysan de la région… Tout indiquait que cette carabine avait bien été la propriété d'une personne de la région de Lurs, et la déclaration du graveur ambulant Chauve Joseph … allait en apporter la confirmation" (pp. 53-54-55).

 

 

Couverture de

 

 

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