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D'un philopède et de ses zélateurs

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Les hasards d'une vente de livres "déclassés", d'une bibliothèque municipale, me rendirent maître et possesseur du premier tome du Journal de Gabriel Matzneff (années 1953-1962. Sauf erreur, l'auteur a publié au moins treize volumes de son Journal...). Et si j'utilise le passé simple du mode Indicatif, c'est pour marquer le long intervalle de temps qui s'est écoulé entre cet achat et sa lecture. Que dirai-je de cette lecture, dès l'abord ? Essentiellement ma honte teintée d'horreur.

Certes, ce jeune homme (il avait vingt-six ans lorsque s'achève ce premier tome) nous dévoile sa passion pour l'Antiquité et sa connaissance fine des langues dites mortes : ce qui d'ailleurs nous vaudra le passionnant récit d'une amitié orageuse avec Montherlant - et, sauf erreur de ma part, c'est bien Matzneff que Montherlant chargea d'aller répandre, après son suicide, ses cendres sur l'antique Forum romain. Il nous rapporte aussi, étant issu du milieu "russe-blanc", ses nombreuses rencontres dans les milieux orthodoxes de la capitale. Mais l'essentiel de son récit (et nous n'en sommes qu'au tome 1 - "Cette camisole de flammes" - d'un Journal qui comprendra tant de volumes !) porte sur son "obsession des moins de seize ans" - entendez par là sa chasse aux gamins (parfois aux gamines) pour les motifs que l'on devine. Comment ne pas comprendre, ainsi, que dans l'Algérie française finissante, le "philopède", comme il s'intitule (car il connaît les racines grecques !) traînait derrière lui toute une cohorte de petits yaouleds attirés par des espèces sonnantes et trébuchantes ? Gide avait agi de même, quelque soixante ans plus tôt, du côté de la Tunisie... Mais du moins, l'auteur des Nourritures terrestres avait-il été relativement discret - ce qui n'est pas, j'en conviens, une circonstance atténuante. Au lieu que le démon Gabriel se vante de ses multiples bonnes fortunes - et n'y a-t-il pas eu, à Alger, un juge assez naïf pour lui permettre de partager la même couche que son enfant unique ? Étonnons-nous que cet auteur peste au passage contre les parents qui surveillent leur progéniture de trop près... Ce qui m'a sidéré - si j'étais grossier, je dirais "j'en ai été sur le cul", ce qui irait parfaitement dans le contexte matznéffien - c'est que nombre de ses victimes (car il s'agit bien de victimes, n'est-ce pas ?) entretenaient ensuite une correspondance avec le sodomite, dont il nous délivre avec gourmandise les "bonnes feuilles". Il n'est pas jusqu'à cette jeune collégienne de Macon - il n'a pas pu arriver complètement à ses fins avec elle, d'ailleurs - qui par la suite lui écrit des choses tendres... Et dire que le loustic se permet des remarques méprisantes sur certaines de ses éphémères conquêtes... Je n'ose parler du complexe de Stockholm, et pourtant.

En définitive, il s'agit là d'une sorte de Fourniret avant la lettre - sans les crimes, certes - mais comme lui obsédé par la virginité, un Fourniret gosse de riches, pourvu d'une "bourse" fort importante, qui donc peut demeurer oisif et se consacrer toutes affaires cessantes (hors ses séjours en hôpital psychiatrique) à l'assouvissement de ses penchants - ses études désintéressées et ses sordides chasses intéressées. Et ce qui continue à me poser question (qu'on ne m'allègue point que c'est à cause du vent, qui a tourné), c'est que cet odieux personnage n'ait jamais été inquiété par la Justice (si, brièvement, dans l'affaire dite du Coral), ou qu'aucun père de famille ne soit venu lui régler son compte ; cependant que la dite Justice exhume des affaires vieilles de trente ans et plus, pour apposer le sceau de l'infamie sur des petits curés et leurs supérieurs hiérarchiques (certes, ce n'est pas immérité, au contraire). Selon que vous serez puissant ou misérable...
Mais voilà que, le hasard faisant en la circonstance bien les choses, j'ai aussi eu en main un ouvrage de la dénommée Denise Bombardier (Lettre ouverte aux Français qui se croient le nombril du monde, paru en 2000 chez Albin Michel), ouvrage n'ayant de prime abord aucun rapport avec la pédophilie. Cette écrivain(e) canadienne nous rapporte un vif incident ayant pris place au cours de l'émission-phare de Bernard Pivot, le 2 mars 1990 ; il me plaît de le rapporter ci-après en entier :

 

"Les parisianistes vivent en autarcie intellectuelle, sociale, politique, morale voire culi­naire. Et tout est affaire de timing [Qu'on me pardonne ce mot anglais qui fait chic dans leur bouche]. On doit lire tel livre, voir tel film, boire tel vin, fré­quenter tel restaurant, assister à tel spectacle au bon moment. Un mois plus tôt, six semaines plus tard, et cela devient plouc ou dépassé. Le parisianisme, à la manière des produits de consommation, est une denrée périssable mais, contrairement aux produits soumis aux impératifs physico-chimiques, ses pratiques relèvent plutôt de critères mystérieux voire ésotériques. Qui décide que Johnny Hallyday est in et Alain Delon off, que lire Les lnrocks est "classe", L'Équipe un "must", Libération incontournable, Le Figaro impérativement contournable, que Bernard Pivot est "has been" mais Jack Lang "hot" et que le dévoilement de la vie triangulaire de Sollers, Rolin et Kristeva fait chic et celle des Tartempion dans un de ces reality-shows télévisuels est un signe d'indigence sociale, voire d'aliénation.

À New York, le succès seul détermine l'appartenance au new-yorkisme, "If you can make it there, you'll make it anywhere", chante Sinatra dans New York, New York ["Si vous réussissez là, vous réussirez n'importe où"]. À Paris, la réussite ne garantit pas obligatoirement l'entrée dans la tribu parisienne. Il faut également penser du bon côté, aimer les icônes culturelles marquées du nihil obstat du clan auquel on s'identifie et cela en étant solidaires de spectacles qu'on a trouvés nuls, de livres qui nous tombent des mains, de chanteurs qu'on n'a jamais écoutés. Et s'impose la pratique du cynisme et de la dérision pour déstabiliser l'interlocuteur afin de discriminer les benêts des futés, lesquels sont introduits dès lors dans la "famille". D'ailleurs, que l'on croie ou non à l'institution familiale, on aime à parler de "famille de pensée".

L'on me permettra ici de revenir sur une tempête médiatique que j'ai déclenchée il y a quelques années et qui m'a permis de démonter la mécanique parisianiste. Au cours d'un passage à "Apostrophes", à l'occasion de la sortie d'un de mes romans, j'ai, c'est le cas de le dire, apostrophé Gabriel Matzneff, pédophile et orthodoxe pratiquant (à l'époque) invité pour venir discourir sur son·Journal. Dans l'ouvrage, qui précisons-le n'est pas un roman, l'auteur racontait, au fil des pages, ses passionnantes activités parisiennes dont la sodomisation de jeunes garçons et filles (15-16 ans), victimes consentantes et flattées des attentions matzneffiennes. La lecture de ce livre m'avait révoltée et j'avais décidé d'affronter ce personnage qui utilisait sa notoriété douteuse afin d'attirer les enfants dans ses rets. Prévenue par mon éditeur du tort que risquait de subir mon livre en provoquant un esclandre face à ce pur (si l'épithète s'applique) produit branché du parisianisme littéraire, je me préparai mentalement à assumer les retombées éventuelles mais sans y croire vraiment. Car, dans ma naïveté, j'étais convaincue que cet étalage "pédophilique" (on dit bien médiatique) n'allait pas trouver de défenseur hormis les pédophiles eux­-mêmes, lesquels se réjouiraient en silence. Quelle erreur de jugement de ma part !

Les "amis" de Matzneff montèrent aux barricades. Dans Le Monde, Josyane Savigneau (de la part d'une femme, cela me stupéfia) se commit d'un long papier à la défense de Matzneff, coiffé du titre "L'homme qui aime l'amour". Philippe Sollers, à la télévision, me traita de mégère et de mal baisée. Dans Libération, Jacques Lanzmann me descendit en flammes et le roman par la même occasion, en reprenant les arguments étoffés de son camarade ex-maoïste. Il termina sa "critique" en me conseillant de retourner sur mes banquises. Autrement dit, il m'invitait à me congeler le cul faute de l'utiliser.

Je considérai d'abord que l'expression "mal baisée" constituait un affront aux hommes québécois, particulièrement ceux qui ont traversé ma vie amoureuse mais la violence des propos publics des amis de Matzneff, leur propre indécence et, je dirais, l'immunité dont ils bénéficiaient au sein de leur mouvance gaucho-décado-littéraire en disaient long sur leur réseau parisien. Je doute que la plupart ait pris la peine de lire l'ouvrage en question. Leur défense procédait d'une réaction classique d'autant plus exacerbée qu'il s'agissait de ma part, à leurs yeux, d'entraver la libre expression de la sexualité.

Quelques jours plus tard, le président Mitterrand me reçut à l'Élysée. Je savais que l'ouvrage de Matzneff avait gêné la Présidence. En effet, dans ce même journal, l'écrivain racontait un déjeuner à l'Élysée auquel il avait été invité et citait François Mitterrand qui lui aurait déclaré alors : "Cher Matzneff, continuez votre bon travail". Or, comme ce dernier nous avait décrit avec forces détails ses prouesses de séducteur sodomiste la veille du repas élyséen avec une "petite oie" de quinze ans et demi du lycée Henri IV, le lecteur ne savait plus si les félicitations présidentielles étaient applicables à l'œuvre littéraire de l'auteur ou à ses ébats sexuels. Bref, le président était embêté et il voulait le faire savoir. "Alors, ce Matzneff, vous l'avez malmené, me dit-il avec un sourire entendu. Il est vrai, enchaîna-t-il, que je lui ai jadis reconnu quelque talent et une certaine culture. Malheureusement (sa voix se fit théâtrale), il a sombré dans la pédophilie... et la religion orthodoxe ! - Dans mon pays, il serait mis en prison, Monsieur le président, ajoutai-je. - Ah ! fit-il en balayant l'air de son bras, vous les connaissez comme moi ces intellectuels parisiens. Ils sont si obsédés de paraître libéraux, surtout en ces matières si délicates, qu'ils errent". Puis, il changea de sujet de conversation, "Comment vont vos amis de droite ?" me demanda-t-il, l'air de dire : "Parlons de choses sérieuses"…

 

Ainsi, la pédophilie n'était pas une affaire sérieuse, aux yeux du chef de l'État. Passons avant de passer à la suite, et mentionnons une réaction dont notre Denise québécoise ne souffle mot (mais en avait-elle eu connaissance ?) : elle subit aussi les foudres sarcastiques de l'immonde Christine Angot !
Ainsi, l'incident Apostrophes et ses suites nous permet opportunément de ranimer la flamme de nos souvenirs. Ce que Denise Bombardier nomme le "parisianisme", c'est à la vérité la toute puissante "gauchosphère" germanopratine et ses tristes zélateurs. Il s'agit de cette engeance qui possède des relais tellement puissants dans les milieux intellectuels et médiatiques, et qui, sur le point qui nous occupe, a toujours défendu des idées bien arrêtées. C'est ainsi que Le Monde (où l'on s'ennuie) a donné la parole à la gauchosphère le 26 janvier 1977, jour de la publication d'une "lettre ouverte" aux Parlementaires pour défendre les actes d'odieux pédophiles versaillais au nom de la libre jouissance, lorsque le "consentement" (!) des enfants était acquis. Et parmi les soixante signataires de ce torche-cul, on ne s'étonnera pas de relever les noms de Jack Lang, de Jean-Paul Sartre, de Bernard Kouchner, de Catherine Millet,  de Jean-Louis Bory, de Jean-Luc Henning, de Patrice Chéreau, de  Roland Barthes et, naturellement, de Gabriel Matzneff (qui, sauf erreur, était à l'origine du papier)... Naturellement, Libé emboitait le pas de son confrère, pour promouvoir en mai de la même année la constitution du Front de libération des pédophiles... J'ajoute que nombre de ces signataires avaient aussi vivement applaudi aux délires fascistes du Grand Timonnier, n'oubliant pas au passage de cracher sur tout ce qui était compte-rendu objectif de la situation chinoise (Simon Leys, Les habits neufs du président Mao) ; puis, toute honte bue lorsque la vérité ne put davantage être celée, rentrèrent dans le rang comme si de rien n'était et continuèrent à pérorer. Ces infects personnages n'ont pas de figure, selon la savoureuse expression méridionale. Mais ils disposent d'un incroyable pouvoir, dont ils savent user à discrétion pour nous contraindre à penser du bon côté.
Ajoutons au passage que les mêmes, du moins ceux qui parmi eux sont encore de ce monde, ont pris position pour le mariage homosexuel, l’homoparentalité, la PMA pour toutes, bref, pour le dynamitage de la famille traditionnelle et l'effacement des pères. Tout un programme.

Que j'espère n'être pas le seul à qualifier d'infâme.

Commentaires

1. Le dimanche, 3 mars 2019, 19:51 par Nicolas

Et oui, cher ami, vous avez le tort d'avoir raison contre la bobosphère parisienne qui se complet dans le laxisme, tant au dessus de la ceinture avec leur pensée nauséabonde qu'ils disent "progressiste"... (mdr) qu'au dessous, avec leurs parties génitales dopées à la blanche. Ben dame, on est socialistes et/ou bienpensants et tellement "progressistes" encore qu'il faut bien venir au secours de l'industrie des banlieues si "sensibles" qu'elles me touchent ! Ils marchent aussi à la queue leu-leu pour s'entr'aider en affaires et en sous-sol et c'est une honte pour les loups !
Votre billet rafraichit.

2. Le samedi, 25 mai 2019, 21:33 par Jean-Louis

Jack Lang avait manifesté son soutien à Matzneff ? Je n'arrive pas à y croire.

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