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Choses vues, juin 2018

, 03:54 - Lien permanent

Ces choses-là sont rudes.
Il faut pour les comprendre avoir fait ses études

[Victor Hugo, Les pauvres gens, X, in La Légende des siècles, 1859].

J'avais passé les journées autour du 6 juin à parcourir les plages du Débarquement, au milieu, hélas, d'une foule immense de figurants souvent ventripotents déguisés en GI's de 1944 (mais sans les redoutables "scies d'Hitler" qui, même tirant à blanc, les eussent dispersés comme peureuses volées de moineaux). Et je poursuivais mon chemin vers l'ouest, au-delà du Mont Saint-Michel. Pourquoi donc ? Eh bien, mon père étant natif de Brest, je n'ai pas à me justifier plus avant. J'étais donc, c'était en fin d'après-midi, arrivé en Bretagne. Dans une petite ville indéfectiblement acquise au parti socialiste, ceci expliquant sans doute (au moins en partie) ce qui va suivre. J'avais par avance loué, un peu au hasard, une chambre pour une nuit, dans un truc modeste, une formule bien connue.

Ce qui me frappa dès l'arrivée, ce furent les portes "Incendie" grandes ouvertes. Mais bon, peut-être était-ce pour aérer ? J'eus cependant la puce à l'oreille en découvrant des tas d'affichettes placardées sur tous les lieux d'aisance ou autres, les unes rappelant que le silence se devait d'être absolu à partir de vingt-deux heures, les autres, signées du "gérant" qui se montrait "désolé" de devoir rappeler sa clientèle au respect des installations, chaque jour plus dégradées et même souillées... Pris au piège, je ne pouvais reculer. Donc après avoir effectué un petit tour pédestre dans cette zone complétement pavillonnaire (le rêve socialiste à l'état pur), j'avisai l'élément d'une chaîne de restaurants, bien connue elle aussi, qui se trouvait surplomber mon provisoire havre de nuit.

Tout en calmant ma faim, je vis arriver un jeune homme de couleur, bien de sa personne, sur un vélo. Il fit un rapide tour de l'hôtel, déposa sa monture et s'engouffra sans autre forme de procès par la porte restée ouverte. Bon, pourquoi pas, après tout ? Mais cinq minutes ne s'étaient pas écoulées que cinq autres jeunes gens, tous pourvus de tenues "sportives" de bon aloi, arrivèrent qui à vélo, qui à pied, et empruntèrent sans hésitation le même chemin. Peu de temps après, une dizaine d'autres, à pied ceux-là, oublièrent l'entrée principale et disparurent à l'intérieur de l'établissement. Tout en savourant mon onglet, je me mis à penser à ce que je venais de voir... car je n'avais pas compris tout de suite. Mais fourbu par une route longue, souvent parcourue sous une pluie battante, je gagnai moi aussi le petit hôtel, et y entrai... par l'une des portes normalement et rigoureusement fermées. L'exemple, toujours l'exemple. Et malgré une literie qui me parut fatiguée, comme je l'étais bien davantage encore, je m'abandonnai rapidement aux bras de Morphée.

Pas pour longtemps. À minuit, des bruits de couloir, des interpellations, des rires, du mouvement, quoi ;  et d'incontestables voix féminines... Je me rendormis, pourtant. Mais rebelote à trois heures. On cognait même aux portes (pas à la mienne), certains devaient dormir, qu'on réveillait, l'ambiance était à la fête. Alors, n'ayant à peine plus de deux heures à tirer avant de me préparer à me tirer, je tirai de mon sac ma chère tablette, et résolus d'oublier complétement le vacarme ambiant (un autre mot serait plus à sa place, ici) en poursuivant ma lecture du passionnant La femme aux fleurs de papier...

Six heures pétantes, le silence était devenu assourdissant ; me voici fin prêt et rasé dans la salle du petit déjeuner : tiens, je n'y étais pas le premier ! Il y avait là un jeune homme de couleur, en tenue de sport très seyante, et apparemment neuve, qui déjeunait sans hâte, et qui, cela me parut curieux, faisait aussi des va-et-vient entre la salle et les chambres du rez-de-chaussée. J'interpellai la gérante : "Mais qu'est-ce que c'est que ce raffut ? Comment peut-on dormir dans de telles conditions ?" Elle me fit discrètement un signe, pour que je me taise, tandis que le jeune homme, goguenard, passa devant moi avec tout un chargement de boissons.

Lorsqu'il eut quitté définitivement la salle, la jeune femme me confia : "Vous comprenez, c'est le Ramadan, alors "ils" font la fête la nuit...

- Avec des femmes, en plus...

- Non, Monsieur, il n'y a que des jeunes gens, ici...

- Moi, je vous assure que j'ai entendu des voix de femmes, cette nuit...

- Alors, ils les ont fait entrer au nez et à la barbe du veilleur de nuit"...

Je songeai à part moi que c'était peut-être pour leur faire lire quelques sourates bien senties du Coran. Mais mon incontestable mauvais esprit reprenant ses droits, me revint à la mémoire un texte que je commis, sur ce même blog (Du Ramdam du Ramadan) il y a près de dix ans, je crois - ce qui ne nous rajeunit guère ;  vous n'aurez qu'à le chercher... Rien de nouveau sous le soleil...

Et tout en buvant mon café, je repris mon échange avec la jeune personne qui, je le sentais bien, était "gonfle" comme on dit dans le Midi : elle voulait parler.

"Vous savez, me dit-elle, je ne suis pas raciste (c'est la précaution oratoire que nous formulons tous, et pourtant, comment ne pas l'être), mais tous ces jeunes migrants, qui ne sont habillés que de Nike ne se trouvent pas qu'ici ; ils sont placés dans tous les hôtels de cette zone hôtelière, y compris ceux dont les nuitées sont relativement onéreuses. Et c'est l'État, qui nous paie. Mais ils ne respectent rien et on ne peut pas leur faire la moindre remarque. J'ai essayé, un jour, de dire à l'un d'eux que les issues de secours devaient rester closes ; aussitôt, toutes les portes se sont ouvertes, et ses copains menaçants sont venus le défendre. Il y a même eu un jeune de quinze ans à peine, pour se plaindre : "Moi, je veux une chambre pour moi tout seul, il n'y a pas de confort, ici"... Vous savez, même la police ne peut rien faire. Les associations sont là pour leur dire leurs droits, et croyez m'en, ils les connaissent. En plus, il y a certaines femmes qui se mettent exprès avec un homme, le temps de faire un gosse : pendant trois ans, elles sont ainsi prises totalement en charge, on leur fournit même de beaux landaus qui, ensuite, sont recyclés aux Restaus du cœur, car elles ne veulent que du neuf. À  nouveau, comme les aides s'arrêtent à l'âge de trois ans de l'enfant, elles se remettent avec un autre homme, et le cycle repart... Vous me comprenez, il n'y a rien à faire, j'ai baissé les bras, je suis seule"...

Elle devait se sentir bien seule, en effet... Sans doute n'était-elle pas agrégée de philosophie, ou pharmacienne. Nantie d'un boulot de merde, très mal payé naturellement, et bien heureuse d'avoir tout de même un emploi dans un pays gangrené par le chômage de masse, bien heureuse aussi, je présume, de n'avoir pas été la victime de tournantes (on se console comme on peut), elle vivait la tête basse. Je n'avais pas encore pris connaissance, à ce moment-là, du fait divers incroyable de Maisons-Alfort, de cette mésaventure dont venait d'être victime une jeune femme, une jeune mère de deux enfants, rouée de coups pour avoir protesté contre le bruit infernal d'un rodéo urbain au moto-cross, et même mordue par un pitbull. Les courageux agresseurs, dont une femme, s'étaient mis à trois pour la punir, jusqu'à ce qu'un équipage de la BAC vienne à son secours... Elle aussi, désormais, allait se sentir seule...

Avant de quitter la jeune gérante, lui ayant souhaité bonne chance (façon de parler), je glissai un œil sur le plateau que le jeune noir avait déposé sur l'étagère idoine : j'y comptai pas moins de huit emballages de ces mini-beurres (dits gastronomiques !) qu'on sert dans les hôtels ; soit il disposait, après pareille nuit, d'une faim pantagruélique, soit ses allées et venues avaient pour but de nourrir des personnes qui étaient hébergées dans cet hôtel, et n'avaient cependant rien à y faire...

Malgré que j'en eusse, je ne pus alors empêcher une poussée de haine (oui, de haine) de m'envahir. Je songeai à d'autres jeunes migrants (certes, ils n'étaient après tout que mâles blancs, ça n'a donc aucune importance, mais tout de même)  qui, il y a 74 ans, vinrent chez nous se faire trouer la peau (plus de dix mille jeunes Amerloques au tapis, dès le premier jour ! Et je n'oublie pas les Anglo-Canadiens) pour nous dépêtrer de l'étau nazi. Tandis qu'aujourd'hui d'autres jeunes, désœuvrés et désireux de le rester (ne venez pas de dire qu'ils paieront nos retraites !) fuyant soi-disant des zones de combat d'Afrique sub-saharienne (il y en a toujours eu, il y en aura toujours) dans lesquelles de jeunes Français de Serval, d'Épervier ou de Berkane s'échinent à rétablir un semblant d'ordre, viennent s'installer chez nous comme en terrain conquis, pour y foutre le bordel au sens propre comme au sens figuré, boostés qu'ils sont par des associations à la larme facile mais qui n'en sont pas moins criminelles. Il y a un chef d'orchestre, là derrière, lus-je un jour quelque part. Comme cela, en cette minute, me parut évident !

Et me revint soudain en mémoire ce brave instituteur, Monsieur Hamel, sorti des "Contes du lundi" d'Alphonse Daudet (La dernière classe) qui, dans l'impossibilité de commettre quelque action d'éclat ou seulement de protestation que ce soit (la scène se situe après la défaite de 1871), "se tourna vers le tableau, prit un morceau de craie, et, en appuyant de toutes ses forces, écrivit aussi gros qu'il put : VIVE LA FRANCE !"

Ayant enfin repris la route sous des trombes d'eau, direction Morlaix, je songeai aussi à nos bobos de tous bords s'acharnant sur le président de ma région, qui avait osé produire un tract intitulé Pour que la France reste la France. Et quoi que je le goûtasse assez peu, je lui appliquai soudain une phrase du conte de Daudet : "Jamais il ne m'avait paru si grand".

De retour chez moi, je pris connaissance, dans Le Point, des résultats d'un sondage : "Êtes-vous choqué par le slogan des Républicains, «Pour que la France reste la France» ?"

Près de 80 % des réponses étaient "Non !"

Jusques à quand les bobos de chez nous pourront-ils donc impunément œuvrer à détruire le cher et vieux pays ?

Commentaires

1. Le mardi, 12 juin 2018, 19:02 par Jean-Louis

Quand les bornes sont franchies, il n'y a plus de limites. Celles que nous avons franchies depuis longtemps délimitaient le champ de la connerie. Nous sommes donc contraints maintenant de vivre au milieu d'un océan de cette même connerie. D'où l'expression employée par certains que je connais : "Pays de cons !"

2. Le mercredi, 13 juin 2018, 09:19 par Nicolas

Que voilà un récit bien mené et qu'on lit avec gourmandise sur un fait vécu, pardon, subi de l'intérieur. Ce qui choque c'est la désinvolture et le culot de ces migrants qui n'auraient qu'une envie : qu'on leur laisse les clés et qu'on s'en aille... La liberté, en France, ne se défend plus comme sur les plages de Normandie, mais dans les ronrons des repas parisiens entre amis bien pensants au courage de l'autruche.

Qui a dit que ce qui venait de gauche était sinistre ? Un Romain sans doute.

3. Le jeudi, 21 juin 2018, 08:21 par Franck

Depuis des temps immémoriaux, jusqu'au milieu du XXe siècle (sur lesdites plages Normandes par exemple*), les envahisseurs d'où qu'ils venaient tentaient de s'imposer par la force, et en retour ils étaient accueillis avec la même volonté déterminée de se défendre. Aujourd'hui ils arrivent sans effort et importent leur culture, leurs mœurs et coutumes à des peuples qui "contraints" par leurs gouvernants doivent se soumettre sans la moindre objection…

En cet anniversaire de l'appel du 18 juin, "nos" gouvernants font de beaux discours, déposent des gerbes, "et en même temps", appliquent une politique de collaboration avec l'ennemi qui, elle aussi me donne la gerbe….

"Tu regere imperio populos, Romane, memento ;
Hae tibi erunt artes, pacisque imponere morem, ;
Parcere subiectis et debellare superbos
".
[Virgile. Énéide, Livre VI, 850-854]

* Bien que dans cet exemple, les défenseurs puissent être pris pour les envahisseurs, alors qu'ils étaient les libérateurs…

-Merci, cher Franck, pour ce commentaire et cette magnifique citation, qui le clôt en majesté. Cependant, bien que je soupçonne que mes lecteurs/lectrices (ne les oublions pas, sinon la Schiappa va encore sévir) ont tous/toutes transpiré comme vous et moi sur la série des ouvrages de Gaston Cayrou, et davantage encore fébrilement tourné les pages du gros dictionnaire de Félix Gaffiot, souffrez que je propose une traduction certes un peu loin du mot-à-mot (rappelons qu'il s'agit des paroles d'Anchise à son fils Énée) :

"Toi, Romain, le sort t’appelle à régir l’univers. Subjugue et pacifie le monde ; épargne les nations soumises, et confonds les superbes : voilà tes arts, voilà ta gloire"

4. Le dimanche, 24 juin 2018, 12:01 par Olivier

Restons positifs !

Je suis sûr que ces braves garçons se sont précipités pour aider les Morlaisiens lors des récentes inondations.

Y paraît même que le Maire de Morlaix a dû les stopper.............
Un peu plus, z'allaient assécher la mer !

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