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Amère victoire, amère défaite

, 13:30 - Lien permanent

Elle était inéluctable dès les résultats du premier tour acquis, et pourtant les médias se sont bousculés pour nous faire la leçon - et tenter de nous faire peur. Il n'est pas jusqu'au dernier éditorial du Figaro qui ne soit entré dans la danse, nous affirmant que "le vote Macron [était] la voie de la raison". Ce qui, soit dit en passant, donnait du poids à l'existence, claironnée depuis si longtemps par Mme Le Pen, d'une alliance "UMPS". À cet appel succéda une volée de bois vert de la part des commentateurs de l'éditorial : "la voie de la raison : vote blanc ; la voie de la colère : vote Marine !" résumait l'un des intervenants.

Elle était d'autant plus inéluctable, cette victoire, après l'incroyable "prestation" de la frontiste (un ami, soutien habituel de Marine, se demandait devant moi si elle n'avait pas fumé la moquette, ce soir-là) face à un Macron parfaitement serein (avait-il pris des calmants, de son côté, lui qu'on vit plus d'une fois, sur les tréteaux de la campagne, saisi par l'hystérie ?), dévidant de façon parfaitement maîtrisée, sous la grêle des insultes, des exposés bien dignes d'un énarque. Il convient en effet de le noter, pour n'y plus revenir : ce soir-là, Mme Le Pen a fait montre de son hideux vrai visage et prouvé à la France entière qu'elle était une candidate définitivement indigne d'accéder à la magistrature suprême. Et le premier résultat en a été qu'en dépit de scores flatteurs obtenus au premier tour, elle n'est arrivée en tête, au second, que dans deux départements (le Pas-de-Calais et l'Aisne), et a perdu beaucoup de terrain dans ses fiefs traditionnels.


Ainsi donc, aidé par sa concurrente, Macron l'a nettement battue (66/34), et il fallait voir, dimanche soir, la "jubilation médiatique" à l'œuvre. Il fallait lire aussi le communiqué triomphant émanant de la Grande mosquée de Paris, se réjouissant de la "brillante élection" d’Emmanuel Macron et de "l’élan national [sic] qui l’a plébiscité [re-sic], signe d’une France réconciliée avec toutes ses composantes spirituelles et religieuses pour répondre dans l’unité aux menaces de division qui pèsent sur la nation..., signe d’une nette espérance dans une vision du vivre-ensemble rassemblée autour des valeurs républicaines humanistes, patriotes, démocratiques et laïques". On me permettra de ne pas commenter.

Mais comme son mentor Hollande en 2012, Macron doit se poser, j'imagine, des questions sur cette "victoire sans triomphe" : car l'abstention record, couplée avec une inflation jamais vue de bulletins blancs ou nuls - une explosion, lui prouve amplement qu'un bon tiers des électeurs n'a pas voulu choisir "entre la peste et le choléra", pour reprendre l'expression d'un malheureux concurrent du premier tour.

Et quand je songe que cette victoire du jeunisme et de l'audace s'appuie sur de vieux chevaux de retour, du type Collomb, Bayrou (l'infâme Ganelon de Pau) ou même Raffarin, je m'interroge sur la suite... Car même s'il peut y avoir un effet mécanique de la victoire de Macron sur la couleur de la future Assemblée, je me souviens de l'effarante versatilité de nos concitoyens.

En 1988, par exemple, l'Assemblée nationale comptait 258 députés socialistes. Cinq ans plus tard, les électeurs sanctionnèrent l'incroyable malhonnêteté des années Mitterrand, et les trois quarts mordirent la poussière (52 députés socialistes seulement après les législatives). Vint la dissolution catastrophique voulue par Chirac (et de Villepin), et les socialistes retrouvèrent, en 1997, leur nombre de 1988 (ce qui nous valut cinq années de pouvoir de la désastreuse "gauche plurielle") : oubliées, ou pardonnées, les magouilles socialistes ! Alors, faire un pronostic sur ce qui va se passer au mois de juin... car le Penelopegate, ça ne marche qu'une fois !

Reste aussi que, même largement vaincue, Mme Le Pen a doublé le score obtenu, il y a quinze ans, par son père (Chirac l'avait alors emporté avec plus de 82 % des suffrages), ce qui en dit tout de même beaucoup sur le mécontentement profond de la France d'en bas : rappelons que plus de dix millions de suffrages se sont portés sur son nom, en dépit de tous les avertissements à profusion déversés depuis deux semaines sur les électeurs !

Alors, quelle amertume nous saisit, devant une France aussi défaite...

Commentaires

1. Le lundi, 8 mai 2017, 18:12 par Olivier

Emmanuel :

"Sur le plus beau trône du monde, on n'est jamais assis que sur son cul"
Montaigne, Les Essais (1588), Livre III, Chapitre III (De l'expérience), fin.

2. Le mercredi, 10 mai 2017, 05:49 par AldO

3. Le mercredi, 10 mai 2017, 18:14 par AldO

Marine Le Pen n'a ni la culture de son père, ni le charme de sa nièce, elle aurait pu nous éviter ce débat affligeant.

"Le coup d'Etat institutionnel" suffisait pour assurer la victoire de Macron.

                         AldO

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