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On entend mille voix qu'on ne peut démêler (1)

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La première affirmation qui m'ait sacrément interpellé, au sujet de ce que les 'merdias' nomment l'affaire Fillon, c'est l'oracle tombé de la bouche de l'auto-proclamé sage parmi les sages, sachant parmi les sachants, mais en réalité faux-cul de première, j'ai nommé Giesbert, FOG pour ses innombrables conquêtes : "le travail exemplaire du Canard enchaîné, qui incarne depuis longtemps l'honneur de notre métier...".

Car en janvier 1972, sauf erreur, je me souviens d'avoir assisté à la benoîte confession de Chaban-Delmas, alors Premier ministre : sa feuille d'impôts ayant été (de façon complètement illicite) publiée par l'hebdomadaire satirique paraissant le mercredi, il essayait avec difficulté, sur les étranges lucarnes, de se justifier en répondant aux questions d'un journaliste assez goguenard. J'étais à l'époque, et depuis fort longtemps, abonné au Canard. Cette séquence télévisuelle m'avait horriblement gêné ; encore ne savais-je pas, à l'époque, la parfaite légalité de cette impositon nulle, nonobstant les cris de vierges effarouchées qui ne manquèrent pas de s'élever, ici ou là - surtout de la part de la grosse moitié de la France qui n'est pas assujettie à l'impôt sur le revenu... Le pauvre Chaban paya doublement cette fielleuse diffusion : tout d'abord, le président Pompidou le pria bientôt de céder sa place. Le Président décédé, Chaban englué dans ses difficultés ne put même pas tenter de lui succéder... Déjà Château-Chirac avait révélé ses insignes qualités de traîtrise, qui devaient lui servir encore, plus tard... et pas qu'une fois.

Le Canard nous servit aussi les diamants de Giscard - je n'étais plus, de longue date, abonné - encore une histoire montée de toutes pièces, puis les appartements de Juppé et des époux Gaymard. Et bien d'autres affaires encore - je reste dans l'immobilier - comme l'appartement des Sarkozy, soi-disant acheté avec une ristourne incroyable...

J'en passe, et des meilleures ; tout cela eût été pleinement légitime au regard de l'honnête homme qu'est (ou que s'imagine être) chaque citoyen, s'il n'y avait eu, de la part de l'hebdomadaire lavant plus blanc que blanc, quatorze années de silence pesant sur les incroyables manœuvres des années Mitterrand : la malhonnêteté la plus crasse, bien au-delà de ce que nous ont coûté la protection rapprochée et l'hébergement de la femme et de la fille cachées - la période assurément la plus canaille de toute la Ve République. Ainsi apparaît clairement l'orientation de cet hebdo satirique : bien loin de distribuer impartialement ses coups à gauche comme à droite, son ambition est clairement de salir tout ce qui bouge à droite, et de se taire pieusement sur les frasques de gauche ; au vrai, c'est un Gringoire de gauche, non pas anarchiste, ce qui serait tout à fait acceptable, mais haineux envers la droite et ultra-gauchisant. Au passage, je rappelle que le canard, seule espèce à naviguer naturellement à la voile et à la vapeur, fiente à tout-va et sans retenue ; enchaîné, il patauge donc dans sa merde, et se croit propre en la remuant. Et c'est pourquoi on peut légitimement dire, en parodiant une définition de l'excellent Desproges, qu'à sa lecture on possède tout Sartre : la Nausée et les Mains Sales... Sans oublier le Nekrassov, car ça pue....

Quant à la seconde affirmation, elle m'a laissé comme deux ronds de flan, tant elle révèle une crasse ignorance : "Si Fillon est innocent, qu'il porte donc plainte contre le Canard enchaîné". Alors, rapidement, encore un rappel d'histoire...

Du temps de la guerre d'Algérie, Le Canard tirait à boulets rouges sur les socialistes (mais oui, mais oui !) car il avait pris fait et cause pour l'indépendance - ce qui était son droit.

Ici, je risque une parenthèse : les socialistes de cette époque étaient tous des patriotes, anciens grands (et vrais) résistants. Ainsi, Christian Pineau, le ministre qui défendait à l'Onu l'action de la France en Algérie, était aussi la dernière personne à avoir vu vivant Jean Moulin, dont il avait été le compagnon de torture. Que les jeunes générations ne les confondent donc pas avec les "socialistes" d'aujourd'hui, pour nombre d'entre eux repris de justice et pour tous, semble-t-il, apatrides invertébrés, toujours prêts à la repentance (car avant Macron - le fort bien nommé "télévangéliste extatique" -, on l'a hélas oublié, Hollande est allé à Alger, fin décembre 2012,  tenir à peu près les mêmes propos lamentables, sur le "système profondément injuste et brutal"). Fermons la parenthèse.

Le Canard, donc, n'avait pas d'articles assez assassins sur les socialistes. En particulier, il tenait des propos atroces sur le "proconsul" socialiste à Alger, le nommé Robert Lacoste (une sorte de condensé de Roland Dumas et de Jérôme Cahuzac, mais d'une honnêteté et d'un courage absolus). Un jour, on demanda à Lacoste : "mais pourquoi ne faites-vous pas saisir le Canard (car à l'époque, la censure s'exerçait de façon sacrément vigilante et les saisies - ou le caviardage - de journaux étaient légion) ? Il répondit : "c'est que je ne veux pas passer pour un con" (sic). Autrement dit, déjà à l'époque, aux yeux des patriotes, le Canard était une feuille de chou irresponsable et sans intérêt (je mettrais à part les imprécations inspirées de Morvan Lebesque, journaliste trop tôt disparu). Et voilà pourquoi Fillon ne porte pas plainte !

Et le terrain étant ainsi déblayé, nous pouvons entrer (enfin !) dans le vif du sujet, pour lequel il n'est que deux questions qui vaillent :

- y a-t-il eu emploi fictif et détournement de fonds publics ?

- la justice, qui certes se doit d'être implacable, est-elle légitimée dans sa démarche précipitée, et absolument impartiale vis-à-vis des faits ?

 

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