Bloc-notes

Home

Aller au menu | Aller à la recherche

Décomposition française et manque d'investissement

, 05:03 - Lien permanent

Je ne sais pas exactement pourquoi, mais j'aime bien Brighelli, sa parole crue et sa manière de mettre les pieds dans le plat. Et pourtant cet été, j'avais été quelque peu chagriné par son article (Le Point, 3 août) intitulé "Pour en finir avec la culture de l'excuse". Il pointait du doigt le fait que les garçons issus de l'immigration maghrébine échouent davantage à l'école que la moyenne. Et il faisait semblant de s'interroger : la faute en incombe-t-elle à une école discriminante, alors même que les profs sont très majoritairement "de gauche" ? Ou à un manque d'investissement de la part de ces jeunes ?

Ceux qu'il nomme - à raison - les "bonnes âmes" mettent immédiatement en avant la souffrance de ces jeunes plus ou moins sans racines, de milieux plutôt fort modestes ; et en tirent la conclusion qu'il faut les aider par des mesures spécifiques - comme par exemple la suppression de l'épreuve de culture générale à l'entrée de Sciences-Po. Certes, argumentait Brighelli, mais alors les boat-people, et autres enfants venus de l'ancienne Cochinchine française ?

Je me souviens que cet argument avait été utilisé, au Sénat, par un élu courageux, Jean-Louis Masson (ingénieur ancien élève de Polytechnique et titulaire de deux doctorats d’État, rien que ça !) qui avait mis en avant cette comparaison. Mal lui en avait pris : le ban et l'arrière-ban sénatoriaux, rouges de colère et d'indignation évidemment feinte, vouèrent aux gémonies ce pelé, ce galeux mal embouché, qui avait osé sortir des plates-bandes du politiquement correct. Et je me souviens de l'intervention, la main sur le cœur, du sinistre Jean-Vincent Placé, l'ex-jules à la Duflot - les deux têtes à claques que j'abhorre par dessus tout, dans notre pays.

Et puis, voilà que j'ai écouté l'émission Répliques du 22 septembre dernier, encore plus passionnante s'il se peut, que les autres livraisons de la série concoctée chaque fin de semaine par Finkielkraut.
Deux invités étaient présents autour de la table, Malika Sorel-Sutter (auteur de "Décomposition française : comment en est-on arrivé là ?") et un inconnu pour moi, Magyd Cherfi ("Ma part de Gaulois") : tous deux Français issus de l'immigration algérienne. Et les écoutant, j'ai pris conscience que les propos de Brighelli se situaient bien en deçà de la réalité. Il fut véritablement fascinant de voir comment Malika Sorel-Sutter, lisant d'amples passages du livre de Magyd Cherfi, montrait à cet auteur le latent sous le manifeste, à telle enseigne que Magyd, tout en se défendant le mieux qu'il pouvait, dut à un moment donné sortir un "J'en suis sur le cul". Car il suffit de lire Ma part de Gaulois pour comprendre combien les assertions de Brighelli sont parfaitement fondées : c'est un fils d'immigré algérien qui parle, et qui le fait naïvement, si je puis dire. Certes, il parle d'un cauchemar vécu, celui d'entendre après la classe un "rentre chez toi, bougnoule". Certes ! Mais que se passait-il, "chez lui", dans "sa" cité ?

Que de cauchemars en effet ! Comme celui d'aimer la littérature française et de devoir faire face à la violence physique, d'être traité de "pédé", de subir des pressions pour ne pas faire d'études, de voir des amis venus le visiter être bastonnés (mais le racisme anti-Blanc, voyons, cela n'existe pas, nous diront les bonnes âmes) ! Et que dire des filles à qui on interdit de toucher un livre ! Magyd Cherfi cite justement le cas d'une de ses copines envoyée à l'hôpital par son père et son frère, parce qu'elle avait été surprise un livre à la main ! "Il faut dire qu'à l'intérieur de nos chaumières, on racontait des Français dégueulasses, tortionnaires et mangeurs de porc", ajoute notre auteur.

On peut se poser la question : mais que faisaient-ils alors en France, tous ces Algériens qui vomissaient sur la France, tout en fabriquant des enfants à tire-larigot ? Sa chance à lui, Magyd Cherfi, en tout cas, c'est que sa mère s'est battue contre vents et marées - et s'est sacrifiée - pour permettre à son fils de faire des études : une exception fort rare, puisque tout autour, l'école était objet de méfiance sinon de mépris.

Après avoir lu quelques pages de Ma part de Gaulois, Malika fait donc la leçon à Magyd : on l'a empêché, dans son groupe, de devenir Français (une seule phrase dite en bon français fait de lui un traître) : il a transgressé la loi de la cité en s'abreuvant de culture française (du XIXe, en particulier), tout en guettant le moment où on lui ôterait violemment son livre. Car il a été traité de "traître au Prophète" en fonction de son amour de la littérature française ! Il s'agit, de plus, d'un groupe dont le respect de la femme est totalement absent : c'est une importation, dit Malika, du modèle algérien : "on est très loin de la célébration des idées de la République".

Et Malika d'assener que la source essentielle de l'échec à l'école de nombre d'enfants de l'immigration ne se trouve pas dans l'école, mais bien à la maison, même si Magyd refuse de regarder les évidences (comment le pourrait-il, d'ailleurs ?). Il n'y a pas transmission de l'amour et du respect au sein de la structure familiale "musulmane". Est-ce donc la faute de la société française s'il n'y a pas de silence au sein de ces familles ? Cela a rapport avec l'identité arabe, affirme-t-elle, qui renvoie toute responsabilité sur l'Autre.

Finalement, Magyd Cherfi dit les choses, mais refuse de voir le latent sous le manifeste : il en vient même à affirmer contre toute évidence que les jeunes sifflant la Marseillaise ou brandissant des drapeaux algériens aiment la France (!!!), mais veulent "la faire chier" ! Il est aveuglé littéralement par son appartenance à "la cité". Il est "sur le cul" quand on lui montre la réalité. Malika essaie de le persuader que la société française n'est nullement responsable de cette "tradition patriarcale" importée d'Algérie, et inculquée par la violence.

Et elle termine : quelle ingratitude ! L'Algérie n'a rien donné, on la vénère : la France a tout donné, on la méprise, on méprise la terre d'accueil. Elle rappelle, à propos des vagues précédentes d'immigration, qu'un tiers seulement des Italiens sont restés en France, et à peu près la moitié des Polonais, ce qui montre que l'intégration, même lorsqu'il s'agit de peuples issus de traditions chrétiennes, est difficile. On peut donc se demander, in fine, pourquoi les Algériens demeurent chez nous (et continuent à y venir en masse), tout en crachant sur la terre d'accueil.

Mais on ne fournira pas la réponse... Quoi qu'il en soit, citant d'irréfutables études, Malika Sorel-Sutter en vint à enfoncer le clou : loin d'être des victimes du racisme, les Algériens ont au contraire toutes facilités pour l'embauche dans le cadre de la "priorité à la diversité" ! Et la plupart des plaintes pour racisme, devant la Halde, de la part de personnes se sentant "discriminées" étaient en réalité le fait de gens seulement inaptes !

Car c'est contre les Français "de souche" eux-mêmes, affirme-t-elle, que s'exerce une discrimination négative ! Comment, dès lors, ne pas comprendre leur rancœur ?

 

 

 [Mon blog redémarre, là où je l'avais abandonné. Et j'y injecte peu à peu mes pages "Actualité", rédigées depuis ce pathétique 7 mai 2012. L'explication de ce revirement est à trouver à la date du 1er décembre 2016, 20:20]

Ajouter un commentaire

Les commentaires peuvent être formatés en utilisant une syntaxe wiki simplifiée.

Fil des commentaires de ce billet