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Decaux et les Rosenberg

, 04:30 - Lien permanent

On a annoncé hier la disparition de "l'historien" si prolifique Alain Decaux, qui avait atteint l'âge canonique de nonante ans. Je me suis permis de mettre des guillemets : en effet, cet homme aux multiples talents, s'il possédait incontestablement la fougue du tribun passionné, n'a pas toujours observé la rigueur nécessaire qui sied à tout historien digne de ce nom.
Mais cette tare est passée sous silence, tant cet "homme de télévision et de radio..." a su, avec habileté, occuper "le devant de la scène médiatique pendant près d'un demi-siècle avec ses émissions de vulgarisation historique et ses nombreuses publications, grâce à sa faconde et à son sens de la dramaturgie".

Et puis, bien avant de devenir Ministre (de Rocard), Alain Decaux avait signé en 1974 un "appel de chrétiens pour la libération de tous les hommes", en faveur de la candidature de Mitterrand à l'élection présidentielle. C'est dire qu'il devait connaître à fond le lourd passé de son champion, et qu'il avait su pudiquement poser son mouchoir par dessus... Indécrottable chrétien... qui s'en est allé le jour de Pâques, quelle gloire céleste anticipée...

Mais laissons cela. Je veux surtout parler d'un incident qui eut lieu à la télévision, sur une chaîne publique (dans mon souvenir au milieu des années 80). Parmi son abondante production, on notera que Decaux avait porté à la télévision en 1975 - peut-être pour se consoler de la défaite de son champion - sa pièce de théâtre, "Les Rosenberg ne doivent pas mourir", avec son compère Stellio Lorenzi, stalinien de première force, ceci expliquant peut-être cela (pièce au demeurant servie par des acteurs de premier plan, tels Marie-José Nat, Jean Topart et Georges Wilson).

Bref, d'authentiques historiens ont reproché à Decaux d'avoir parlé de l'Histoire "de façon simpliste et biaisée, de donner dans la facilité, voire l'inexactitude" - et pourtant, c'est lui qu'on continue à croire...  Decaux avait donc commis une pièce violemment anti-américaine, en mettant en scène avec toute l'émotion possible (vive le mélodrame où Margot a pleuré) l'exécution des époux Rosenberg, traîtres à leur patrie, et vouant aux gémonies le maccarthysme et sa prétendue chasse aux sorcières. Car il ne fait aucun doute, pas plus aujourd'hui qu'hier au moment des faits, que les époux Rosenberg furent des traîtres, et que c'est à grâce à eux, en partie, que les Soviétiques purent construire leur bombe atomique à eux, quatre années après les Américains.

Il est piquant de constater que les dits Soviétiques, qui possédaient dans tous les pays du monde nombre de partisans fanatiques prêts à tout pour le bien de l'URSS, purent en toute quiétude exécuter des milliers d'innocents - sinon des centaines de milliers d'innocents -, sans que nul, nulle part, ne pipe mot ; et même qu'il se trouva des salopards - eh oui, la Ligue française des Droits de l'Homme de cette époque ! - pour justifier la mise à mort, sans procès, des "blouses blanches" ! Et qu'en revanche, l'exécution de deux traîtres américains, après un procès équitable (mais oui, mais oui), ait pu soulever une incroyable vague d'indignations sur toute la surface du globe.

Mais revenons à Decaux, idiot utile parmi toute une nuée d'autres. Sa pièce, "Les Rosenberg ne doivent pas mourir", fut donc un jour donnée à la télévision, peut-être sous forme de rediffusion. La pièce terminée, on donna la parole, je ne sais pourquoi, à un journaliste américain, qui était présent pour je ne sais quelle raison. Cet homme s'en prit violemment à Decaux et à sa conception de l'histoire ; déployant un authentique fac-simile du New-York Times du jour de l'exécution (le 19 juin 1953), il commença par prouver que le quotidien brandi dans la pièce était un faux. Puis point par point, tandis que Decaux blêmissait à vue d'œil, il démonta les ressorts mensongers de cette singulière Ode aux Rosenberg.

Decaux fut compté KO debout. Il ne put que faire publier un communiqué stipulant qu'il ne ferait plus jamais jouer sa pièce. Et l'affaire se termina là. Et tout le monde a oublié l'incident.

Alors, je me permets d'en donner ici les détails qui me sont revenus en mémoire : l'anti-américanisme primaire étant chez nous un sport national, puisqu'aussi bien il se raconte que nous sommes "une URSS qui aurait réussi" (sic).

Ayant accès à certaines archives télévisées, je puis ajouter quelques précisions à votre billet. Le feuilleton que vous évoquez ("Les Rosenberg ne doivent pas mourir"), réalisé par Stellio Lorenzi, a été diffusé sur Antenne 2 en 2 parties, les 24 et 31 mai 1975, et était une adaptation de la pièce de théâtre de Decaux, créée en 1968. Quant au débat auquel vous faites allusion, et durant lequel Decaux fut malmené, il eut lieu le 3 juin suivant, dans le cadre des célèbres Dossiers de l’Écran. Le journaliste américain était un certain Nerin E. Gun. Voilà, vous savez tout... ;-) - Un citoyen ordinaire.
Grand merci à vous pour ces précisions capitales. Et puisque Decaux a su reconnaître son erreur (devant l'évidence), paix à ses cendres - c'était un homme de bonne volonté. (SH)

C'est une excellente idée que de reparler de ce téléfilm que Decaux avait commis sans doute sous la pression ambiante de l'intelligentsia parisienne toujours plus prompte à voler au secours du voleur à l'enfance malheureuse que du riche volé, ce qui lui donne cette bonne conscience facile de "bobo" dans son rôle d'humanistes se service et de salon . Sans oublier la pression d'un certain lobby juif , très puissant en ce temps-là aussi, qui agissait en concomitance avec le PC comme on peut le lire dans le lien ci -contre : http://www.histoire.presse.fr/actualite/infos/la-verite-sur-l-affaire-rosenberg-01-09-2003-5864 Pour être tout à fait objectif, on se doit de signaler que Decaux, quelques années plus tard, sans doute convaincu de son erreur d'appréciation "historique" de l'affaire, a fait interdire la rediffusion de cette version jouée par Wilson et Nat... Sans doute a t-il été abusé, comme on pu l'être d'autres avec lui... Merci pour vos toujours éclairés billets qui ont le mérite de dire ce que bien souvent la presse ne veut pas dire... - Nicolas

 

 

[Mon blog redémarre, là où je l'avais abandonné. Et j'y injecte peu à peu mes pages "Actualité", rédigées depuis ce pathétique 7 mai 2012. L'explication de ce revirement est à trouver à la date du 1er décembre 2016, 20:20]

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