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Sport-roi d'aujourd'hui et d'antan...

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Et voilà, le rideau est magnifiquement tombé sur cette huitième édition - ô combien je me souviens, émerveillé, de la première, en 87, dont je conserve, à titre de modeste souvenir, une bouteille de Gamay, "vin de pays du jardin de la France", en forme de ballon de rugby, que j'ai depuis remplie de couches de sables de couleurs diverses, à la manière de ces habiles artisans jordaniens (entre autres) !

Et je n'ai pas oublié "Titou" Lamaison, bombardant quelque dix années plus tard les perches blacks de ses drops, sous les regards incrédules de l'immense Jonah Lomu (dont le record - d'essais marqués - n'a toujours pas été battu, mais il s'en est fallu d'un cheveu de Brian Habana ;-)).

Et comme en 1995-1999, la domination de l'hémisphère Sud, hélas, a été sans partage, ce qui montre que ces joueurs, outre qu'ils sont évidemment pétris d'insignes qualités, appartiennent à des races (mais peut-on encore utiliser ce terme ?) infiniment plus rugueuses que les nôtres : on a, en réalité, terminé sur un Four Nations. Il y a certes eu la divine surprise des Japonais (co-entraînés par l'ancien talonneur français Dal Maso !) face aux Boks ; mais il est équitable de rappeler que ces derniers jouent la plupart du temps à quatorze, le système des quotas les contraignant à intégrer un pilier "de couleur", absolument nul. Et pour le reste, c'était en définitive assez prévisible. Excepté, naturellement, que la seule équipe qui se soit épouvantablement ridiculisée fut la nôtre, ce qui est impardonnable.

Irai-je jusqu'à dire, avec Éric Champ, "j'ai honte de ce XV de France (La Provence, 29 octobre) ? Perdre contre les Blacks, c'est acceptable, commentait-il. Mais s'incliner de cette façon, ce n'est pas possible". Et le quotidien d'ajouter : "L'ancien international et vice-champion du monde 87 ne s'est pas reconnu dans l'état d'esprit affiché par les Bleus au Mondial 2015". Je ne sais pas si moi-même j'ai éprouvé de la honte, mais il est vrai que les "Petits" ont été sacrément bousculés... et enrhumés... comme des bleus...
cocoricouac

Et ce n'est pas tout. Il y avait aussi les commentateurs. J'ai à cet égard trouvé la "prestation" du coach toulonnais assez lamentable (tellement loin de la qualité d'analyse d'un Thomas Lombard, ou encore de celle un peu empesée de Pierre Berbizier), avec ses saillies à la Salviac.

Et dire que l'individu ambitionne de présider aux destinées du rugby français ! C'est désespérément affligeant ; mais c'est assez à l'image de la France, après tout. Ce qu'on pense de notre rugby dans le monde est assez calqué sur ce qu'on pense du Président des sans-dents.

Pour comble de malchance, alors que nos arbitres - au moins - ont montré dans la direction du jeu des qualités au-dessus de tout soupçon (sauf sans doute, s'agissant de la langue, car on devine bien que J. Garcès pas plus R. Poite ne lisent régulièrement Shakespeare dans le texte...) et qu'il leur revenait, de droit me semble-t-il, de diriger la finale ou, à tout le moins, la demi, ils ont été écartés sans ménagement.

La France est marginalisée, et ce dans tous les domaines. Il nous aura fallu boire le calice jusqu'à la lie, et ce fut de la piquette. Car l'honneur de la direction de la finale a été confié (il s'est correctement acquitté de sa tâche, c'est absolument incontestable) à N. Owens - truculent bonhomme au franc parler, qui ne craint pas, durant un match de rugby, de dire tout le mal qu'il pense du foot ! Il est vrai qu'aujourd'hui, si libre à certains de jouer les atouts de même couleur, l'inversion s'étale fièrement aux premières places.

Et pour parodier Brassens (son "penchant pervers à prendre obstinément Cupidon à l'envers", aussi bien que son "tant d'hommes dépourvus de leurs virils appâts" le conduiraient, aujourd'hui, devant les tribunaux !), ça profite à ces drôles d'jouer le jeu d'l'amour, en inversant les rôles. On en mesure le poids au sein des médias, à côté des cocaïnomanes ; le rugby paie son tribut à son tour.
Et voilà : les feux de la rampe se sont éteints, pour quatre ans. Me souvenant de la Meuse endormeuse de Péguy, je m'interroge : reverrai-je une autre Coupe ?

En guise de sourire, j'ajoute ci-après un curieux article extrait d'une "vieille" revue de "vie saine", et faisant allusion à un match d'anthologie que les moins de quarante ans ne peuvent pas connaître...

DES ALL BLACKS À LA RESPONSABILITÉ DE LA MÉDECINE CLASSIQUE
Chacun a encore devant les yeux la merveilleuse empoignade qui a opposé sur le stade de Colombes à Paris l'équipe néo-zélandaise de Rugby au Quinze de France. Extraordinaires dextérité et rapidité des All Blacks d'une part, héroïsme, abnégation des Français d'autre part : telles furent les deux sortes de mérite qui s'affrontèrent alors. Sur cette confrontation éblouissante, une presse très autorisée s'est prononcée dans les termes les plus adéquats. Aussi bien, ici, n'est-ce pas notre propos d'ajouter quelque chose à ce qui a été recensé de la façon la plus magistrale.
Ce que nous voudrions pour notre part évoquer, en marge de cette rencontre, est ce qui, à être approfondi dans un contexte beaucoup plus large, pourrait s'appeler certaines composantes médicales du match et leurs incidences juridiques. Notre analyse ne poursuivra pas un objectif aussi ambitieux. Plus pratiquement, nous nous limiterons à retenir, dans l'ordre d'idées indiqué, un exemple, pour en tirer une leçon, d'ailleurs beaucoup plus médicale que juridique.

Pour avoir comporté un engagement total des partenaires, le match en question a eu pour conséquence, sans pour autant témoigner de brutalité, la blessure de certains joueurs. C'est ainsi que le vaillant et talentueux arrière Villepreux eut à souffrir, à la vingtième minute du jeu, de deux côtes fracturées. Il s'adresse alors au médecin : "J'ai de plus en plus mal, je ne respire plus", déclare-t-il. Et comme il sollicite une piqûre, le Dr X…, présent sur le terrain, la lui administre. Grâce à elle, le rugbyman poursuivra la partie jusqu'à la fin, continuant à forcer l'admiration du public. Dieu soit loué qu'il ne perdît pas la vie dans une telle entreprise ! Mais l'inverse aurait bien pu se vérifier. Et s'il s'était vérifié ?
Que nous sachions, les côtes assurent la protection d'organes vitaux fondamentaux : foie, rate, cœur, poumons, reins. Par suite de leur fracture, cette protection venant à faire défaut, défaille du même coup la sauvegarde des leviers de commande de l'existence qu'elles défendent. Les offrir dans ces conditions, comme l'a fait Villepreux, au bélier perforateur des All Blacks n'était-il pas purement et simplement insensé ? Cet acte insensé, dont la veuve de Villepreux eût pu le cas échéant se plaindre en justice, la piqûre l'a permis. Comment ? En paralysant le signal d'alarme représenté par la douleur et les difficultés respiratoires qui accompagnèrent spontanément la fracture. Réduit à l'impuissance, ce dispositif d'alerte, intelligemment mis en œuvre par la nature, ne pouvait plus imposer la seule voie raisonnable, c'est-à-dire la mise au repos du blessé. La porte était ainsi ouverte au pire. Mais cette porte, à supposer qu'elle eût cédé, qui l'aurait ouverte ?
Certains diront : Villepreux lui-même, en sollicitant la piqûre. D'autres soutiendront : le Rugby, jeu brutal à leurs yeux, et comportant un engagement physique pouvant aller loin le cas échéant.
À notre avis, ce n'est ni Villepreux, ni le Rugby.
a) Ce n'est pas Villepreux, parce qu'il est de jurisprudence constante que le consentement de la victime n'autorise pas le médecin à tout faire. Allez demander à un chirurgien de vous enlever les organes génitaux et vous verrez si, pour avoir déféré à votre invitation, cet homme de l'art ne sera pas très légalement poursuivi pour blessures involontaire devant le tribunal correctionnel, et le cas échéant, si l'opération tourne mal, devant la cour d'assises, pour coups ayant entraîné la mort sans intention de la donner ?
b) Ce n'est pas, d'un autre côté, le rugby, parce que ce dernier, pour n'être pas un jeu de fillettes, n'en est pas moins un sport dont les règles se font un devoir et ont à honneur d'interdire de porter atteinte à l'intégrité de la personne humaine. Virilité, attribut du Rugby, n'est pas synonyme de brutalité, avec le quitus que pourrait délivrer cette acception pour les conséquences éventuelles les plus tragiques.
Alors, je n'aperçois qu'un responsable du dénouement fatal que nous imaginons : le médecin lui-même. Sentence bien sévère, je le concède, parce que, sur le plan humain, ce dernier ne serait pas sans pouvoir invoquer des excuses à son geste imprudent. Sentence d'autant plus sévère, qu'à approfondir les choses, elle serait en réalité beaucoup moins rendue contre le médecin lui-même que contre le système thérapeutique mis en œuvre par lui.
Ce système thérapeutique, quel est-il ?
C'est très exactement le système thérapeutique de la médecine officielle. Ce dernier n'a pas besoin pour s'exprimer de stades où l'ambiance exceptionnelle pourrait d'ailleurs lui assurer quelques excuses. Il constitue encore le pain quotidien dont, sous sa férule, vivent, pour ne pas dire meurent, tous nos malades. Il consiste - geste d'une totale inconscience, celui-là même effectué par le Dr X ... en l'espèce - à supprimer le symptôme qui représente le messager de la maladie, la clef de voûte de son traitement. De ce système thérapeutique, qui repose sur une fausse interprétation de la maladie, de sa vocation, le médecin n'est, dans le fond des choses, pas responsable. La Faculté le lui a enseigné. Condamnant toute curiosité qui eût orienté vers d'autres horizons de la connaissance, elle a, pendant sept ans, conditionné l'esprit de son élève à cette approche de la réalité.

Soyons reconnaissants aux "preux" du Stade de Colombes, et aux coups de crayon rouge de leurs crampons, d'avoir mieux souligné à notre attention d'accès si peu aisé.
X ..., Docteur en droit

[Extrait de la revue Vie & Action, n° 45, mai-juin 1968. L'incident rapporté et commenté eut lieu le samedi 25 novembre 1967, à Colombes, lors du test-match opposant Nouvelle-Zélande à France, remporté par les All-Blacks (21-15)

Joueurs français : Pierre Villepreux, Jean-Michel Capendeguy, Claude Dourthe, Jean Trillo, André Campaes (o), Jean Gachassin (m), Marcel Puget, Christian Carrère (cap), Walter Spanghero, André Quilis, Benoît Dauga, Alain Plantefol, Arnaldo Gruarin, Jean-Michel Cabanier, André Abadie.
Pour la France : 1 Essai (Campaes) non transformé - 3 Pénalités (Villepreux) - 1 Drop (Gachassin)
Pour la Nouvelle-Zélande : 4 essais, dont trois transformés, 1 pénalité].

 

 

[Mon blog redémarre, là où je l'avais abandonné. Et j'y injecte peu à peu mes pages "Actualité", rédigées depuis ce pathétique 7 mai 2012. L'explication de ce revirement est à trouver à la date du 1er décembre 2016, 20:20]

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