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Un débat enflammé

, 19:10 - Lien permanent

En attendant l'heure de la seconde demi-finale, j'écoute avec un très grand intérêt (et comme toujours, en différé - merci le podcast) une réflexion sur l'état de la France après les attentats de Charlie Hebdo. Trois intellectuels de bonne foi, j'ajoute tous trois d'origine juive, puisqu'ils se définissent ainsi, débattent durant une heure au sein de l'émission de Finkielkraut, "Répliques" (10 octobre, "Le sens de la République").

On pouvait s'attendre à des échanges apaisés : eh bien non ! Ça défouraille à tout berzingue, tant le sujet est sensible ! "Laissez-moi parler... Excusez-moi... Laissez-moi finir... Quelle est cette passion... Cette violence... Nous devrions débattre de façon courtoise... Vous faites preuve de terrorisme intellectuel... La réprobation morale..., etc. etc."

C'est assez dire que les trois ne sont pas d'accord entre eux, je dirais plutôt que l'un, réclamant "de l'empathie envers nos compatriotes musulmans", est férocement en désaccord avec les deux autres, et il m'a fait penser aux thèses, très proches des siennes, que défend Pierre Manent ("Il faut faciliter l'engagement des musulmans dans l'aventure française") dans "Situation de la France".

En fait, deux thèses s'affrontent - comme sans doute au sein de la société : la première demandant qu'on fasse place au sein de la République à ces pauvres Musulmans, qui ne s'intègrent pas parce qu'ils s'y sentent étrangers ; la seconde, qu'il y en a assez avec tous les "accommodements raisonnables", et qu'il est temps, pour les Musulmans de se dire Français ou Musulmans, et c'est faute de poser franchement l'alternative, que notre nation est en plein délitement, et que les Français "petits-Blancs" se demandent s'il y a encore place pour eux au sein de leur propre pays - je résume caricaturalement, mais en gros c'est comme cela que imbriquent les choses. Et j'ajoute que chaque fois que la première thèse s'exprime, elle permet au Front national de progresser. Étrange, non ?
Et donc, on perçoit, au cours de cette émission, un certain nombre de faits (et d'opinions : j'ai entendu à propos de Charlie Hebdo, "ce journal qui représentait les valeurs des Lumières", ce qui m'a révulsé) patents, qu'il est bon de rappeler.

Les manifestations "Je suis Charlie" ont été un franc succès (pour Hollande et sa majorité déglinguée, aussi), mais en définitive elles n'ont réuni que 4 millions de Français contre 60 millions, ce qu'on oublie souvent de dire. Par ailleurs, vouloir séparer totalement les assassins de leurs coreligionnaires, c'est oublier qu'ils ont hurlé, leur forfait accompli, "On a vengé le Prophète". C'est aussi passer sous silence les nombreux incidents dans les milieux scolaires (à propos de la minute de silence) fomentés par les jeunes musulmans, au motif que "Bien fait pour eux, ils l'ont cherché". C'est enfin mettre sous le boisseau un certain nombre de faits courants et contrôlables, tels que les a rappelés un des interlocuteurs, affirmant que ces conduites "font régresser un certain nombre de valeurs françaises, dont la présence de la femme au sein de la société" : tenues vestimentaires, repas hallal, prières sur les lieux de travail, contestation du sport mixte à l'école, mais aussi du contenu de certains cours, antisémitisme viscéral ("tété au lait de la mère" s'est indigné un sociologue algérien !), immigration de colonisation...

Ce qui est absolument incroyable (mais aussi tellement rassurant), c'est qu'un certain nombre d'Arabes musulmans modérés ou anciens Musulmans apportent de l'eau fraîche (ils savent de quoi ils parlent !) au moulin de la seconde thèse, effrayés qu'ils sont par les dérives qu'ils voient et constatent. Et je ne citerai à cet égard que cet ancien professeur de philosophie (il a eu le courage de démissionner) au lycée musulman Averroès (sous contrat) à Lille, M. Soufiane Zitouni :

"En plus de vingt années de carrière en milieu scolaire, je n'ai jamais entendu autant de propos antisémites de la bouche d'élèves dans un lycée ! Une élève de terminale Lettres osa me soutenir un jour que "la race juive est une race maudite par Allah ! Beaucoup de savants de l'Islam le disent !"...
Telle est donc la France de demain, celle qu'appellent de leurs vœux ardents les "collaborateurs", comme dirait Onfray...

Pour terminer, il me plaît de lister les participants de cette émission : PATRICK Weil, GEORGES Bensoussan, ALAIN Finkielkraut. Et, en regard, j'ai cherché quelques intellectuels musulmans : GHALEB Bencheikh, TARIK Oubrou, MOHAMMED Arkoum, AZZÉDINE Gaci, MALEK Chebel, KHALED Bentounés, DOUNIA Bouzar, HANIFA Chérifi.
"J'espère que vous m'avez compris", comme dit un jour le vieux Dominici au juge Périès (Digne, le 15 novembre 1953, à 10 h 15)...

RÉPLIQUES - thème de la semaine : Le sens de la République - invités : Georges Bensoussan, historien et responsable éditorial au Mémorial de la Shoah (auteur de Les territoires perdus de la République, Pluriel, 2015), et Patrick Weil, historien, spécialiste français des questions d'immigration et de citoyenneté, directeur recherches au CNRS, Centre d'Histoire du XXe siècle, professeur invité à l'université de Yale (auteur de Le sens de la République, Grasset, 2015)


En fait, au-delà de cette passionnante émission, il faut bien remarquer que depuis trente ans (en gros depuis l'avènement de la gauche mitterrandienne au pouvoir), les positions n'ont pas bougé : ainsi de ce sondage réalisé en 1984 pour le compte du MRAP : il montrait que pour 81 % des personnes interrogées, Espagnols et Italiens étaient bien intégrés, cependant que 70 % d'entre elles exprimaient l'avis que les Algériens ne l'étaient pas du tout.
À cet état de fait, Cheikh Abbas, ancien Inspecteur de l'Éducation et de la formation au sein de l'Amicale des Algériens en Europe et Recteur de la Mosquée de Paris donnait une explication sidérante lors du deuxième "Rassemblement islamique de France", devant plus de 5 000 de ses coreligionnaires, réunis à Lyon le 14 décembre 1985 ; explication qui, si elle était proférée aujourd'hui par un membre d'un certain parti d'extrême-droite (comme on dit) entraînerait ipso facto plaintes et poursuites judiciaires. Il avait en effet le courage de déclarer : "L'Occident ne connait de l'Islam que ce que nous lui disons. C'est nous qui sommes responsables de l'image caricaturale, injuste, agressive, méchante qui est donnée en France de l'Islam. Oui, nous péchons de donner une mauvaise image de l'Islam car nous sommes des menteurs, nous crions, nous sommes sales, nous jetons n'importe quoi dans les escaliers d'immeubles, nous faisons hurler nos radios..." (Cité d'après M. Hillel, La fièvre européenne, pp. 174-175)

 

[Mon blog redémarre, là où je l'avais abandonné. Et j'y injecte peu à peu mes pages "Actualité", rédigées depuis ce pathétique 7 mai 2012. L'explication de ce revirement est à trouver à la date du 1er décembre 2016, 20:20]

 

 

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