Bloc-notes

Home

Aller au menu | Aller à la recherche

Zemmour et les Tartuffes

, 04:20 - Lien permanent

Ce pauvre Zemmour est attaqué de tous côtés, à croire qu'il donne des boutons à ses adversaires de tous bords, absolument sincères ou penchant vers un discret antisémitisme, car je ne suis pas sûr que la judéité de l'ancien débatteur d'iTélé ne joue pas quelque rôle dans les torrents d'indignation qu'il soulève. Sauf à penser que le parler franc et solidement argumenté ne soit plus de mise, en notre République "plurielle".

Ainsi du grossier et très insuffisant Mélenchon qui, exhumant une interview de Zemmour parue il y a plusieurs semaines dans le très sérieux Corriere Della Sera, et jusqu'ici passée inaperçue, va jusqu'à accuser son meilleur ennemi de parler de déportation à propos de ceux des Musulmans français qui, en tout état de cause, ne peuvent ni ne veulent s'intégrer en France. Naturellement, cette accusation est totalement fausse, mais la calomnie mensongère est un outil dont Mélenchon est coutumier.
Mais admettons une minute que le mot terrible ait été prononcé ; il convient alors de rappeler plusieurs évidences. D'une part, les Juifs sont seuls habilités, pour des raisons trop connues, à utiliser ce concept, voire à s'en moquer, comme des cinéastes s'y sont essayé, avec bonheur (Gérard Oury, avec La Grande Vadrouille et L'As des As ; Robert Benigni avec La Vie est belle).
D'autre part, Zemmour n'a fait que reprendre des exemples que j'avais moi-même utilisés, il y a peu (lirait-il mes chroniques, pour s'en nourrir ?), savoir l'exode massif des rapatriés d'Algérie (et pourquoi serait-il honteux d'envisager un mouvement inverse ? C'est pourtant ce qu'a pensé le piteux ministre de l'intérieur, demandant pardon aux "musulmans de France odieusement attaqués" par les propos tenus par Zemmour - ou à lui prêtés !) et l'exil forcé des millions d'Allemands chassés en 45 des territoires orientaux. Zemmour aurait dû ajouter les si nombreuses (et passées sous silence) mises à la porte, depuis plus d'un demi-siècle de centaines de milliers de chrétiens et de juifs de territoires abusivement qualifiés de "terres arabes".

Enfin, il convient de rappeler que Manuel Valls lui-même, par deux fois lorsqu'il occupa le ministère de l'Intérieur, avait fait allusion aux milliers de Roms venus squatter le territoire national. S'interrogeant sur ces envahisseurs et leur volonté d'intégration, il ajoutait : "il faut dire la vérité aux Français. Parce que c'est respecter ces populations. Ces populations ont des modes de vie extrêmement différents des nôtres et qui sont évidemment en confrontation. Il faut tenir compte de cela. Et donc, cela veut bien dire que les Roms ont vocation à revenir en Roumanie ou en Bulgarie, et pour cela, il faut évidemment que l'Union européenne, avec les autorités bulgares et roumaines qui font des efforts, puissent faire en sorte que ces populations soient d'abord insérées dans leurs pays". De mauvais esprits pourraient ajouter que Valls a ainsi parlé de déportation des Roms...

Ceci posé, le constat de Zemmour est-il vrai ou erroné ? "Nous sommes le pays avec la première communauté musulmane d'Europe... Les musulmans ont leur propre code civil, à savoir le Coran. Ils vivent entre eux, en périphérie. Les Français sont contraints de s'en aller".

Bref, l'ensemble des journalistes d'iTélé a applaudi à la décision de leur direction : pauvres types, aux ordres de la pensée unique. Et n'oublions pas que cette chaîne est une émanation de Canal Plus, encore une putassière idée mitterrandienne destinée à pourrir la société - en pervertissant, pour commencer, la jeunesse ; à foutre par terre, chaque jour un peu plus, la civilisation française. Pas étonnant, donc, que les journalistes de cette chaîne se soient réjouis de l'éviction de Zemmour.
Pour autant, il faut bien dire que les soutiens à Zemmour n'ont pas été fort nombreux : on notera ici celui de Jean-François Kahn, dénonçant l'impossibilité de débattre sereinement en France, et celui de Michel Onfray, accouru de l'extrême-gauche (d'où le poids de son témoignage) pour s'écrier : "Désormais, on licencie, on pétitionne, on vitupère au plus haut niveau de l'État pour raisons idéologiques. Permanence du bûcher !", et qui profite de l'occasion pour clouer Cambadélis au pilori ("ancien trotskyste, condamné par la justice, mais patron du PS...").

Voilà donc dans quel état de réflexion se trouve la France. Alors, donnons la parole à Zemmour au sujet d'une autre polémique, moins agressive certes que celle sur la prétendue "déportation" : l'histoire des crèches.

"Les tartuffes de la laïcité
Cachez-moi cette crèche que je ne saurais voir. En Vendée, les tartuffes ont changé de camp ; ils arborent l'enseigne athéiste militante (et franc-maçonne) de la libre-pensée. L'objet de leur ire puritaine ne réside plus dans les atours du "beau-sexe", mais dans les signes visibles de la religion. Enfin, la seule religion qui vaille à leurs yeux courroucés : la catholique. En protestant contre la présence d'une crèche dans les locaux du conseil général de Vendée, ils ressuscitent des combats vieux d'un siècle, que l'on croyait éteints depuis que l’Église avait renoncé à tout espoir de renverser ou même d'influencer la République. Devant l'ampleur de la déchristianisation dans notre pays et de la pusillanimité de l’Église de France sur toutes les questions politiques, on se dit que les vaillants hérauts de la libre-pensée mettent courageusement "une claque à leur grand-mère", selon la belle expression de Karl Marx.
La libre-pensée se trompe d'époque et de combat. Noël est depuis longtemps une fête de tous les Français, quelle que soit leur confession religieuse ; elle est d'ailleurs pervertie par un consumérisme d'époque effréné. Qu'on le veuille ou non, les racines de la France sont chrétiennes depuis mille cinq cents ans. Les objets du culte catholique sont devenus des référents culturels de l'histoire de notre pays. Dans le grand déménagement du monde provoqué par la globalisation, les symboles du christianisme deviennent des atours identitaires qui rassurent. C'est pourquoi un Robert Ménard en a installé une en plein cœur de sa ville de Béziers, en dépit de la fureur du préfet.
La laïcité est elle-même un pur produit du christianisme des origines, même si elle fut plus tard retournée contre le pouvoir impérieux de l’Église. Les hérauts de la libre-pensée s'avèrent plus timorés lorsque le maire de Paris célèbre fastueusement des dîners de fin de ramadan en son hôtel de ville ; lorsqu'il finance à grand frais une mosquée dans le XVIIIème arrondissement de Paris, se cachant - à peine - derrière un objet cultuel des bâtiments ; lorsque Jean-Christophe Lagarde - maire de Drancy - avoue sans fard qu'il a dissimulé à ses administrés qu'il a financé sur deniers publics la construction de la mosquée de la ville ; lorsque le ministre de l’Éducation nationale autorise les mères voilés à accompagner les enfants lors de sorties dans le cadre scolaire.
Dans ces cas-là, nos vaillants défenseurs de la laïcité expliquent que la loi de 1905 est un texte de tolérance, de conciliation, et non pas de guerre à la religion. C'est d'ailleurs ainsi que le juge administratif de Vendée l'a entendu".


Et comme un fait exprès, dans le même numéro du Fig-Mag (12 décembre) un lecteur faisait le constat suivant : "Crèches interdites dans les lieux publics, mais femmes voilées autorisées à accompagner les sorties scolaires. Le seul signal cohérent envoyé par les médias, ces derniers jours, c'est ce sondage indiquant que 64 % des Français ne se sentent plus chez eux".

P.S. : Pour des raisons très personnelles, je me trouvai cette fin de semaine dans le cimetière de Lourmarin. Mon pèlerinage achevé, je quittai les lieux en effectuant, comme d'habitude, un détour par les tombes Dautry, Bosco et Camus. Sur la pierre tombale de l'auteur de l’Étranger, était posé un caillou plat ; on pouvait y lire : "Albert Camus. Arbre descendu sous son ombre. Depuis ses racines de silence, sans cesse la poussée de la lumière". Bel hommage.

 

 

[Mon blog redémarre, là où je l'avais abandonné. Et j'y injecte peu à peu mes pages "Actualité", rédigées depuis ce pathétique 7 mai 2012. L'explication de ce revirement est à trouver à la date du 1er décembre 2016, 20:20]

Ajouter un commentaire

Les commentaires peuvent être formatés en utilisant une syntaxe wiki simplifiée.

Fil des commentaires de ce billet