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Milliards et feux de joie en banlieues

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Tiens, s'agissant des exploits de nos djeuns de banlieues ou d'ailleurs, les médias ont été particulièrement discrets, cette année : on ne comptabilise donc plus, comme naguère, les exactions de toutes sortes, et en particulier les centaines de voitures sacrifiées par ceux qui, précisément, ne sacrifient pas aux "fêtes" chrétiennes, mais qui tiennent à y prendre part, à leur façon ? Il est vrai que c'est particulièrement lassant d'entendre des "Qu'est-ce qu'il a fait, Sarkozy ?". L'avez-vous remarqué ? De la dette colossale de la France au pourrissement du climat social, en passant par la crise mondiale et l'accroissement du chômage, tout est de la faute de Sarko, selon les médias, à 80 % de gauche. Car le bon peuple a oublié, justement, ce que la Gauche a fait, quand elle était aux affaires – comme il oublie, ou fait semblant d'oublier, que la Gauche "tient", actuellement, toutes les régions sauf une – et le Sénat… Et que, malgré qu'elle en ait, c'est en son sein que se recrutent majoritairement les "ténors du pipeau".

Donc, en ces temps de triomphalisme annoncé ("quand je serai Président", déclame fièrement Flamby… quand il sera Président, si par malheur pour la France il le devient, ça va flamber dans tous les domaines, vous pouvez m'en croire), il est peut-être opportun de lire, avec la plus grande attention, ce texte de Jacques Marseille. Il date de six ans, mais qu'il reste d'actualité, quand il rappelle, opportunément, un passé plus lointain ! Et qu'il est bon que, de temps à autre, des vigies viennent nous rafraîchir la mémoire !

La faillite du modèle français ou : En banlieue, on brûle aussi des milliards...

[© Le Point du 2 février 2006]


C'est la fin des bonnes intentions : il est temps de passer à l'action. Au lendemain des violences, des saccages et des incendies de voitures qui viennent d'éclater après la mort  d'un jeune habitant des banlieues, le président de la République n'a pas mâché ses mots. Il s'est donné cinq ans pour « réussir la politique de la ville ». Le séminaire gouvernemental qui a accompagné cette annonce n'a pas lésiné sur les moyens. Le Premier ministre a organisé un véritable plan de bataille : il y aura vingt mesures pour « changer la ville » dans « quatre cents quartiers ». La solidarité entre les communes riches et les communes pauvres sera renforcée. Le budget de la Ville sera multiplié par cinq, de 1 milliard à 5 milliards... de francs !

De francs, en effet, car la scène que nous venons de décrire ne se déroule pas en 2005, mais en 1990, au lendemain des affrontements de Vaulx-en-Velin. Le président de la République se nomme François Mitterrand et le premier ministre, Michel Rocard.

En fait, ces grands ensembles construits à partir des années 50 ne sont pas devenus seulement les lieux symboles de la ségrégation sociale. Ils sont surtout les témoins de la faillite du « toujours plus de moyens ». Depuis 2000, l'État, les collectivités locales, la Caisse des dépôts et consignations et aussi l'Union européenne ont consacré à la « politique de la ville » 34 milliards d'euros. Pour le budget de 2006, Dominique de Villepin a décidé de puiser dans la « réserve » de 5 milliards d'euros, laissée à la discrétion du gouvernement, pour préparer des mesures qui feront la « République plus ouverte et plus fraternelle ».

Toujours plus pour toujours moins. Comme le démontrent les dérives de notre système de santé ou les médiocres performances de notre système éducatif et de recherche, ce ne sont pas les milliards déversés dans les banlieues qui résoudront leurs problèmes. Comme souvent, ce sont les Français qui le disent. Sondés par le CSA-Le Parisien trois mois après le début des violences urbaines, ils sont 82 % à estimer que les solutions apportées ne régleront pas les problèmes et 86 % à prédire que des événements semblables se reproduiront dans les mois à venir.

En fait, ce n'est pas à une crise des banlieues que nous avons assisté à la fin de 2005, mais à une crise de l'État dont les banlieues n'ont été finalement que le révélateur. Réaffirmer, par exemple, l'instauration de pénalités financières pour les municipalités qui ne respectent pas le seuil de 20 % de logements sociaux ne sert à rien. Fondamentalement, en effet, la ségrégation est un phénomène dont le principe profond se trouve non pas dans l'urbanisme ni dans la structure des logements offerts, mais dans l'intimité des peurs et des ambitions des familles qui les habitent. Comme l'a parfaitement démontré Éric Maurin [« Le ghetto français. Enquête sur le séparatisme social », Seuil, 2004], l'analyse du destin social des personnes ayant grandi dans des logements sociaux révèle qu'il n'y a aucune différence entre un quartier pauvre inséré dans une banlieue de classes moyennes et un quartier pauvre de centre-ville populaire. C'est dire que les milliards injectés dans les aides personnalisées au logement n'ont rien changé aux causes profondes de la ségrégation.

Mises en place par la gauche dans les années 80 pour augmenter l'effort de la nation en direction des écoles et des collèges des quartiers défavorisés, les ZEP (zones d'éducation prioritaire) ont également donné des résultats très décevants au regard de leur coût. C'est que, selon un travers bien français, l'éparpillement des subventions vers un trop grand nombre d'établissements, sans évaluer réellement les besoins de chacun d'eux, a été sans effet. Au total, les ressources allouées en moyenne à un élève de ZEP sont à peine de 8 à 10 % supérieures à celles allouées à un élève hors ZEP, alors qu'aux Pays-Bas les ressources allouées en moyenne à un élève issu des milieux défavorisés sont de 1,5 à 2 fois plus importantes que la moyenne.

C'est dire que, tant que nous n'aurons pas réellement pris conscience de la faillite du modèle français, les milliards déversés dans les banlieues connaîtront le même sort que les voitures qui y brûlent chaque soir.

Commentaires

1. Le mardi, 27 décembre 2011, 16:46 par Olivier.

"Il y a eu des alertes : 1984, 1986, 1994, 2005. On est en train de créer une guerre civile sociale dans ce pays qui est peut-être en train de devenir une guerre communautaire demain".
Yazid Sabeg, commissaire à la diversité et à l’égalité des chances, 21 janvier 2009.

Si c'est lui qui le dit !!!

2. Le mercredi, 2 mai 2012, 13:05 par Mutuelle

Salut tout le monde, ce blog m'a bien servi, je vous en remercie.
Le mien sera bientôt en ligne et j'espère qu'il sera aussi joli que le vôtre !
+

Andréa

3. Le mercredi, 8 août 2012, 04:47 par Mutuelle étudiant

Salut,
j'adore ce blog, je l'ai même conseillé à une amie,

En vous remerciant,

Kiss

Julie

4. Le dimanche, 29 décembre 2013, 16:21 par Avenue expert

Captivant papier ! J’apprécie votre manière de décrire; propre et comique. Avec le désir de parcourir la continuation.

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