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Ah ! Les braves gens !

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On se souvient sans doute que durant trois mois (fin mars - mi-juin 1999), la guerre dite du Kosovo fit rage. Non, on ne s'en souvient pas. Cela est si loin (onze ans), et le sang, n'est-ce pas, sèche vite. Comme dirait le Général.

Donc, à la suite d'atrocités, réelles mais largement surestimées, perpétrées par l'armée serbe dans cette province sécessionniste (que dirait la France jacobine si l'Alsace et la Lorraine décidaient unilatéralement de filer leur propre chemin ?), l'Otan entreprit de mettre fin (enfin, quand je dis l'Otan, je devrais parler du célèbre Clinton, le Président américain à la secrétaire sous le bureau) au complexe militaro-industriel yougoslave, qui soutenait paraît-il le pouvoir de Slobodan Miloševic, devenu pestiféré parmi les pestiférés. Et ce, en bombardant la Serbie durant trois mois (quel pays occidental, en dehors de l'Allemagne nazie, reçut un tel déluge ?).
Malheureusement, si le pays fut mis à genoux (nous y étions, alors que la Serbie a toujours été notre alliée), c'est au prix de nombre de cibles purement civiles déglinguées sans états d'âme : dommages collatéraux, ripostèrent orgueilleusement Clinton et les responsables de l'Otan, aux empêcheurs d'écraser en rond, comme l'Organisation non gouvernementale Human Rights Watch, qui parlait de "violation du droit international humanitaire".
Car il fallait à tout prix protéger les pauvres Musulmans kosovars de l'ogre serbe assoiffé de sang.
Que de mensonges nous a-t-on fait avaler sur le sujet de ce prétendu nettoyage ethnique ! Et cela perdure, car des chrétiens allègrement massacrés par d'autres chrétiens venant au secours de Musulmans sans défense(s), quoi de plus beau ?
Bref, la Serbie mise à genoux, on put lui arracher sa province kosovare (dont les trois-quarts des Serbes ont été chassés depuis 1999, mais il est inutile d'en parler), qui proclama son indépendance, que la plupart des Occidentaux reconnurent aussitôt (on se souvient d'ailleurs que notre célèbre Bernard Kouchner fut de 1999 à 2002 haut-représentant de l'ONU au Kosovo). Démarche qui donnera sans nul doute des idées à tous les séparatismes, présents et à venir (pays Basque, Catalogne, etc.)...


Et voilà qu'on apprend aujourd'hui - dix ans plus tard, donc - que les atrocités serbes (qui ressemblaient de très près à la guerre d'extermination imposée aux Chouans vendéens par notre armée républicaine, en 1793) ont connu leur large pendant du côté "albanophone". Que des prisonniers serbes ont été en nombre délibérément exécutés aux fins de prélèvement d'organes. "Les victimes, lis-je dans La Provence du 18 décembre, étaient triées, analysées puis dépecées". Victimes qu'on estime à un demi-millier.
Ces faits étaient naturellement connus des responsables de l'Otan, et des généreux bombardeurs, qui ont mis la petite Serbie à genoux, et porté sur les fonts baptismaux la sécession du Kosovo - dont nous soutenons désormais à bout de bras (et d'espèces sonnantes et trébuchantes) la prétendue indépendance. De plus, on apprend que l'actuel "Premier Ministre" de ce minuscule "État" serait impliqué dans l'ignoble trafic. Mais chut...

Ah, les braves gens ! Les atrocités chrétiennes, on les claironne par haut-parleurs indignés. Les atrocités musulmanes, ma foi, on les met sous le boisseau.

De simples dommages collatéraux, sans grande importance, n'est-ce pas ?

PS Addendum du 20 janvier 2011 - La récente disparition du polémiste (et remarquable écrivain) Jean Dutourd m'est l'occasion de "tomber" sur un billet qu'il écrivit (pour France-Soir, je crois) le 3 avril 1999. Je le transcris ci-après, tant cette réaction à chaud se révèle, après des années, pétrie d'intelligence vraie (SH)


Opération chien enragé

J'attends depuis longtemps que la télévision nous montre un Serbe, un seul Serbe, qu'elle l'interroge, qu'elle lui demande pourquoi il se bat et contre qui. Mais cela ne vient jamais. Les Serbes n'ont pas la parole. Ils sont le diable ; on ne permet pas au diable de se justifier. Ce que l'on exhibe sur le petit écran, c'est exclusivement les horreurs imputées à la Serbie. Serait-elle mourante, écrasée sous les bombes de l'Otan, que l'on refuserait encore d'écouter son dernier soupir, sous prétexte qu'elle n'a que ce qu'elle mérite.
On me pardonnera mon scepticisme politique, mais quand je vois un homme ou un pays voué aux gémonies, accablé par tous, n'ayant jamais la parole, mon réflexe est de me ranger à ses côtés. J'ai le sentiment d'être une espèce d'avocat commis d'office auprès d'un misérable dont personne n'accepte de prendre la défense. En général, le misérable n'est pas complètement innocent, mais il n'est pas le seul coupable. Ceux qui l'accusent ou que l'on présente comme ses victimes, ont leur part de responsabilité. Quand un tribunal ne prête l'oreille qu'aux arguments de la partie civile et empêche la défense de placer un seul mot en faveur de son client, on va tout droit à l'erreur judiciaire.
Il me semble bien que c'est ce qui se passe avec la Serbie. Personne, dans l'Europe unie contre elle, ne tolère qu'on entende ses arguments, ou qu'on ose élever la voix en sa faveur. Il y a une espèce de fureur médiatique qui en impose à tout le monde, tant le pouvoir des images est puissant. Une foule de braves gens qui normalement n'auraient pas eu d'opinion sur la guerre menée par les États-Unis, sont pleins de fanatisme et crient comme leur télé ou leur journal qu'il faut tuer tous les Serbes.
Étant donné l'habitude que l'on a prise de donner aux interventions militaires des noms romanesques, on pourrait très justement appeler la guerre entre l'Otan et la Serbie "Opération chien enragé", par allusion au fameux dicton : "Qui veut noyer son chien l'accuse de la rage". Pourquoi veut-on à tout prix noyer la Serbie ? Et pourquoi la France, qui est son amie traditionnelle, participe-t-elle à cette noyade ? Le seul inconvénient, c'est que la Serbie ne veut pas mourir. Peut-être parce qu'elle sait qu'elle n'a pas la rage. Ah ! la sale bête !

Commentaires

1. Le jeudi, 30 décembre 2010, 23:27 par Statthalter

Extrait de l’avis rendu le 22 juillet 2010 par la Cour internationale de justice, sur la conformité au droit international de la déclaration unilatérale d’indépendance relative au Kosovo.

56. La Cour suprême du Canada était priée de dire s’il existait un droit de « procéder à la sécession », et si une règle de droit international conférait à l’un des organes mentionnés un droit positif à cet égard. En revanche, l’Assemblée générale à demandé si la déclaration d’indépendance était « conforme au droit international ». Il s’agit donc de savoir si le droit international applicable interdisait ou non la déclaration d’indépendance. Si la Cour conclut que tel est le cas, elle doit alors répondre à la question posée en disant que la déclaration d’indépendance n’était pas conforme au droit international. Partant, la tâche qui incombe à la Cour consiste à déterminer si la déclaration d’indépendance a été adoptée en violation ou non du droit international. La Cour n’est pas tenue, par la question qui lui est posée, de prendre parti sur le point de savoir si le droit international conférait au Kosovo un droit positif de déclarer unilatéralement son indépendance, ni, a fortiori, sur le point de savoir si le droit international confère en général à des entités situées à l’intérieur d’un Etat existant le droit de s’en séparer unilatéralement. Il se pourrait parfaitement, en effet, qu’un acte – tel qu’une déclaration unilatérale d’indépendance – ne soit pas en violation du droit international, sans constituer nécessairement l’exercice d’un droit conféré par ce dernier. La Cour est invitée à se prononcer sur le premier point, non sur le second.

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