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Invictus, où est ta victoire ?

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Enfin un film qui va convertir les derniers contempteurs du grand Clint, je veux parler des altermondialistes, des écologistes et autres zélateurs du Grand Soir, dont le point commun est l'anti-américanisme primaire !
Ces braves gens risquent de pardonner à Clint Eastwood, désormais, son personnage d'Harry le dégueu ou son indécrottable penchant du côté des Républicains - lui, à peu près le seul homme au monde à n'avoir pas au sacrifié au culte universel de l'Obamania. Comme l'écrit suavement Le Monde, "le cinéaste de la vengeance se montre de plus en plus préoccupé par le pardon et la rédemption". Amen.

Car Invictus dégouline de bons sentiments, à la vérité c'est une image d'Épinal bien naïve, mais pourquoi pas, après tous les films si durs avec lesquels Eastwood nous avait imposé sa vision bien pessimiste des hommes.
De prime abord, écrit un critique avisé, le sujet pourrait paraître aride et trop spécialisé. Qui est assez féru d'un tel sport, de politique internationale et suffisamment connaisseur de l'histoire de la fin de l'Apartheid pour être tenté d'aller voir Invictus ? Eh bien, sans hésiter l'ombre d'une seconde, je réponds : moi !
Tous les critiques tombent en pâmoison devant la performance de l'acteur qui incarne (de belle façon, c'est vrai) le père de la nation dite arc-en-ciel. Mais enfin, on n'a pas attendu Invictus pour s'apercevoir des insignes qualités que possède Morgan Freeman - et pas seulement devant la caméra de Clint, pour qui il a tourné trois fois, sauf erreur. Mais on était aussi là pour juger des performances de Matt Damon (un Pienaar somme toute assez plausible), car figurez-vous, braves gens, que certaines personnes du sexe prétendent que mon fils conduit comme Jason Bourne (je vous laisse chercher le rapport), ce qui n'est d'ailleurs pas complètement faux !

Bof. Je pense qu'on commence à comprendre que ce film m'a laissé assez froid, s'il ne m'a pas ennuyé. Mandela est sans conteste un homme certes animé d'une foi inébranlable, mais flanqué de l'épouse la plus volage du monde, et surtout criminelle de sang froid (on ne l'aperçoit d'ailleurs qu'en catimini).

Freeman en Mandela
Le grand homme est certes maître de son destin, capitaine de son âme, et même invincible à ses ennemis, comme dit Salluste. Mais il a laissé son pays dans un état si lamentable que même les habituels thuriféraires ne se risquent pas à dire qu'il eut un bilan globalement positif. Pourtant, qui niera qu'il avait une tout autre stature humaine que le clown qui est son actuel successeur ?
Entendons-nous bien : l'apartheid est un système qu'il faut qualifier d'horrible et d'inhumain, voire même de fasciste ; mais il convient aussitôt de remarquer que ce n'est le cas que lorsqu'il est, hélas, pratiqué par des Blancs. Depuis la date de son abolition (en Afrique du sud, du moins) fin juin 1991, la ségrégation n'a guère reculé avec les belles paroles, mais la violence paroxystique a gagné une telle ampleur, qu'elle n'a d'équivalent dans aucun autre pays, le Zimbabwe voisin peut-être, excepté. Avec des bandes ne le cédant en rien à la violence des fameux Tontons Macoutes haïtiens. Et le pays chasse à coups de trique ses immigrés…

Quant à la qualité des nombreuses scènes proprement rugbystiques, on sera très charitable pour Clint en remarquant avec Abdelatif Benazzi qu'il s'agit de matches du niveau de notre 3e Division : on nous donne surtout à voir de furieux combats de buffles soufflant et gémissant. Mais ne cherchons pas noise sur ce point au réalisateur inspiré de Gran Torino, infiniment plus habile revolver que ballon ovale en mains !
Il faut donc revenir à ce qui s'est réellement passé le 17 juin 1995 à Durban, lors de la demi-finale Afrique du sud-France. Un déluge invraisemblable avait transformé le terrain en piscine boueuse : ce n'était plus du rugby, mais du water-polo. Le match, d'ailleurs, fut longtemps retardé, et on vit à la mi-temps des escouades de balayeurs s'efforçant d'assécher un tant soit peu un terrain totalement inondé...
L'arbitre gallois du match, Monsieur Derek Bevan, que je n'hésiterai pas à qualifier de salopard, fit mine de ne pas voir les nombreuses mêlées écroulées par les Springboks, ce qui, dans un match "normal", se traduit par (au moins) un essai de pénalité. En revanche, il refusa deux essais aux Français, mais en accorda un à Ruben Kruger (le Springbok en personne reconnut que son essai n'était pas valable !). Et tous ceux qui ont suivi en direct ce match se souviennent de la haletante dernière minute au cours de laquelle, enfoncés sur leur en-but par les Français, les Sud'Af' virent un tonitruant Benazzi déposer le ballon "en terre promise", mais Bevan décida qu'il avait aplati quinze centimètres avant la ligne, accordant la victoire aux Springboks, par 19 à 15. Oui, méprisable salopard !
En finale, les Boks battirent l'équipe de Nouvelle-Zélande par 15-12. Personne n'arrivera à me faire croire que les Sean Fitzpatrick, les Ian Jones, Robin Brooke, Josh Kronfeld, Zinzan Brooke, Graeme Bachop, Andrew Mehrtens, et autres Jonah Lomu, ne surclassaient pas nettement leurs homologues sud-africains. Personne.
D'ailleurs, si l'on examine les statistiques d'ensemble, on remarque que les Springboks ne figurent ni parmi les meilleurs marqueurs d'essais (Marc Ellis et Jonah Lomu, Nouvelle-Zélande), ni parmi les meilleurs réalisateurs (notre Thierry Lacroix, puis l'Écossais Gavin Hastings et le Néo-Zélandais Andrew Mehrtens).

Mais c'est ainsi : il fallait "aider" le Président Mandela à unifier une nation profondément divisée sur le plan racial et économique (en revanche, il est clair que les Boks n'ont pas volé la Coupe, en 2007)...

Restent de magnifiques paysages, dont l'Afrique du sud n'est point avare, et que Clint nous restitue avec maestria. Mais nous, on a la même chose à la maison. En Corse par exemple. Restent les aussi les images vraies de la Coupe de 1995, qu'on nous donne (enfin) à voir sur le générique de fin. Mieux vaut tard que jamais, Clint.
 

Commentaires

1. Le dimanche, 17 janvier 2010, 22:42 par Un citoyen ordinaire

Bien d'accord avec vous sur plusieurs points du film ou de la réalité qui l'a inspiré. D'un point de vue purement cinématographique, le film se laisse voir, c'est agréable, c'est plaisant, c'est gentil, mais ça l'est justement trop à mon goût. Trop politiquement correct, trop consensuel, trop rassembleur... On ne retrouve absolument pas dans cette œuvre la nuance psychologique ou la noirceur (sans mauvais jeu de mots) auxquelles nous avait habitués le réalisateur de "Impitoyable", de "L'échange" ou de "Gran Torino", sans oublier, bien évidemment, son personnage fétiche de "Dirty Harry". Bref, le Grand Clint s'est-il fait manger par le formatage mou actuel des grands studios d'Hollywood ? Mystère. Espérons que ce n'est qu'un petit incident de parcours (beaucoup de réalisateurs lambda auraient quand même aimé en faire un comme ça d'incident, précisons-le !) et que l'on retrouvera bientôt le cinéaste "mordant" que l'on aime.
En ce qui concerne les scènes purement sportives (de la séquence finale), là aussi j'adhère complètement à votre critique. Même moi qui suis un complet néophyte en la matière (c'est utile de le préciser pour ce qui va suivre), il m'est apparu flagrant que les images ne restituaient pas du tout la puissance, la précision et la rapidité que l'on peut - que l'on doit ! - trouver à ce niveau de jeu (on parle quand même là d'une finale de Coupe du monde, ce qui n'est pas rien !).
Enfin, pour ce qui est du personnage de Mandela en lui-même, le réalisateur se concentre uniquement sur son rapport au Rugby (ça tombe bien, c'est le sujet du film !) en ignorant tout l'aspect politico-économique de la présidence du Grand Homme (car c'en est un quand même !), à savoir son bilan qui est loin - comme vous le dites très justement - d'être si glorieux que ça (criminalité exponentielle, échec total de la lutte contre le sida, corruption endémique [pas Mandela, mais son entourage]). Mais après tout, pourquoi pas, c'est un parti-pris assumé, le sujet du film étant la Coupe du monde et non pas la Politique ou l'Économie, OK, rien à redire. Donc, oui, bien d'accord sur plusieurs points mais pas sur tout.
Car revenons-y à cette fameuse finale qui, d'après ce que vous dites on ne peut plus clairement, aurait dû être remportée par les All Blacks. Je le répète, je ne suis ni connaisseur, ni même vraiment amateur de Rugby (je peux juste prendre un réel plaisir à suivre un match agréable, c'est tout), bref, c'est bien un néophyte qui parle. Je ne me situerai donc pas sur un plan sportif, mais juste sur un plan "intellectuel". Tout d'abord, vous connaissant d'habitude si rigoureux intellectuellement, si pointu et si "carré" (pour être lecteur assidu de votre blog), je m'étonne quand même que vous "lâchiez" une si grave accusation de "tricherie" ou du moins de "match arrangé" ou "acheté", sans AUCUNE réelle preuve... Quand on parle de "magouille", il faut le prouver... Ensuite, à une époque, je me souviens vous avoir vu, ou plutôt lu, fustiger - à juste titre ! - les partisans de la parano et de la sempiternelle "théorie du complot" (11 septembre, Lady Di, JFK, L'Homme sur la Lune, etc). Or là, que faites-vous si ce n'est vous aussi vous ranger, pour une fois, dans le clan de ces adorateurs du KKKomplot (avec 3 K, et là, en revanche, avec un mauvais jeu de mots ! mais j'ai le droit, c'est dimanche soir, la fin du week-end !). Et je dois dire que je m'en étonne. Enfin, ça me rappelle exactement ce qu'il s'est passé en France un certain 12 juillet 1998 ("Et 1, et 2 et 3-0 !", ça doit vous rappeler quelque chose, non ?...), où certains, n'arrivant toujours pas à s'expliquer ce score (et pourquoi donc ??), nous ont sorti la théorie comme quoi la France, en tant que pays organisateur, avait "acheté" la Coupe du monde au Brésil (ben voyons !). Ce à quoi je répondais inlassablement que quiconque sait ce que représente vraiment le Foot au Brésil (plus qu'un sport, une VRAIE religion !) ne peut pas penser un seul instant que (quels que soient les motifs !) les Brésiliens aient accepté de "vendre" une Coupe du monde !... Eh bien figurez-vous que je ne suis pas loin de penser exactement la même chose concernant ce qu'il s'est passé ce 24 juin 1995 à Johannesburg : comment un spécialiste et un amoureux du Rugby comme vous peut-il - alors qu'il sait ce que représente le Rugby en Nouvelle-Zélande, à savoir la même chose que le Foot au Brésil ! - penser sérieusement que les Blacks se seraient laissés, par des petits arrangements politico-politiques, "délester" d'une Coupe qui leur était - sportivement - promise, et ce sans se rebeller ?!... Tout ça paraît bien improbable, pour ne pas dire impossible, au simple observateur que je suis ! Et si - tout comme pour la France en 1998 - l'Afrique du Sud avait juste gagné parce que sur 1 match (juste 1 !), elle a été, tout simplement, meilleure que la Nouvelle-Zélande ? (que les statistiques disent le contraire ou non). Mais bon, j'en reste là, puisque vous dites que PERSONNE ne vous fera changer d'avis, personne, c'est personne, et donc encore moins... un simple néophyte ! :-)

Cordialement,

Un Citoyen ordinaire

2. Le mardi, 19 janvier 2010, 21:02 par Un quidam

Et bien, mon cher Citoyen ordinaire, voilà un avis pas piqué des hannetons... Sur le fond de l'opinion originelle, je ne puis dialoguer, n'ayant pas vu le film, et de plus le rugby en Belgique n'a pas la même audience que chez vous...
Au sujet du réalisateur, ;j'en suis resté à ses exploits passés et la meilleure preuve s'il en est, il suffit de voir le programme de vacances de l'ensemble des stations de télévision... on y retrouve du Clint clinquant, tous muscles bandés, que ce soit en flic, en cow-boy, ou en journaliste. Et il restera sans doute connu comme tel..
Alors, pour terminer, et pour ne pas vous départager, je vous dirai que j'ai passé un sacré moment en savourant vos avis et avec l'espoir que tous deux, vous remettiez le couvert sur d'autres sujets...
Si, comme pour l'émission où l'on teste l'art culinaire de cinq particuliers, je vous donne une note bien au-dessus de la moyenne...
Non, ne me remerciez pas...

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