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Alain, tu nous affoles !

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Et la grande dolichocéphale
Sur son sofa s'affale
Et fait la folle

Chaque pré vert


Je ne pensais pas devoir revenir sur cette pénible affaire Polanski aussi rapidement. Malheureusement, l’intervention à mon sens scandaleuse et frisant la diffamation d’Alain Finkielkraut, ce matin, sur les ondes de France-Inter, m’y oblige. Auparavant, sans me vanter, je voudrais noter que j’ai été le premier, apparemment, il y a dix jours, à mettre dans le même panier Polanski et Mitterrand (le neveu). Et que, s’agissant du premier de ces sires, il y a bien longtemps que, à l’occasion d’une critique d’un de ses films, j’avais fait allusion au fait que la justice était en train de le rattraper : il y a exactement sept ans, qu’on aille donc lire ce que je pensais, à l’époque, du Pianiste. C’est assez dire que je ne découvre pas le problème aujourd’hui, alors que la tempête, sans doute pas toujours spontanée, enfle sur la Toile. Mais je n’ai pas l’habitude de hurler avec les loups, et lorsqu’il m’arrive de gueuler, c’est en solo. Je n’appartiens pas à la meute, et rien ne m’insupporte autant que la démocratie d’opinion.

J'ajoute qu'en 1997, au détour d'une condamnation de la razzia qui s'était opérée parmi les détenteurs de cassettes pédophiles, deux magistrats notaient que "les minorités sexuelles - où la tradition de l'érotisme pédérastique est forte - affichent leur revendication de libre sexualité" (c'est moi qui souligne) : on voit qu'on n'est pas loin du cas Mitterrand, dont il ne sera traité ici qu'incidemment.
D'autre part, dans mon dernier billet écrit le 29 septembre, j'écrivais ceci : vous allez voir qu'on va plaider les circonstances atténuantes, au motif qu'il ne s'est jamais remis de l'horrible assassinat, en 1969, de sa femme Sharon Tate, alors enceinte, par une famille de fous meurtriers. Eh bien, comme on va le voir, ça n'a pas raté, c'est même allé au-delà.
Enfin, comme dans une seconde partie de l'émission, Finkielkraut s'est vertement fait remettre en place (il ne savait même pas que le sodomite Polanski était né à Paris !) par un dénommé Yves Michaud (qui n'est pas un fieffé homme de droite, puisqu'il a, en son temps, appelé à voter pour Ségolène Royal), je ne traiterai ici que de la première partie, ponctuant le verbatim du philosophe de l'École polytechnique de commentaires entre [], soit pour manifester ma réprobation, soit même pour tourner ses propos en dérision - manière de cacher mon ébullition avec une indignation heureusement tempérée par l'amusement que donne toujours un bon spectacle comique (Revel).
Il faut donc revenir sur cette polémique qui paraît enfler, après cet étourdissant plaidoyer pro-Polanski de Finkielkraut, personnage dont j'ai toujours admiré, jusqu'ici, l'extraordinaire intelligence - ce que j'ai mentionné à plusieurs reprises. Mézalor, mézalor, pourquoi cette gêne qui n'a pas cessé d'enfler en moi tandis que Polanski, pardon, Finkielkraut, dévidait ce matin son discours apprêté ? Mais oui, apprêté ! Finkielkraut lisait ses notes, j'ai honte d'avoir à le rapporter, il avait soigneusement préparé - répété ? - sa hargne, je veux dire son intervention ! Est-ce la raison qui expliquait sa cravate mal nouée sur un col de chemise ouvert, sinon débraillé, et ses cheveux ébouriffés, comme s'il venait de participer à une partouze (non, je plaisante) ? Non, sans doute était-ce pour justifier sa tonitruante entrée en matière : "Depuis le déclenchement de cette affaire infernale, je vis dans l'épouvante". Finkielkraut se montrait à nous épouvanté, dans sa tenue vestimentaire comme dans ses propos exagérément vitupérateurs.
Nicolas Demorand lui demandait son analyse, il a reçu en retour, et nous avec, une indignation préparée, sinon récitée par cœur ! Le fameux critique de la barbarie du monde moderne, nous faisait la leçon, et sur quel ton, à nous autres lyncheurs (autant dire, amis des États-Unis, puisque la mémoire collective n'a retenu que ce lieu comme ayant connu la sauvagerie du lynchage).

"La France est en proie à une véritable fureur de la persécution, et il n'y a pas que la France. C'est toute la planète qui est devenue comme une immense foule lyncheuse [allons allons, Alain, ne va pas t'imaginer que Polanski est le centre du monde !]. Alors, soyons clairs : je pense comme tout le monde aujourd'hui que l'enfance est sacrée, qu'on ne touche pas aux enfants. Mais précisément, parce que ce crime est grave, on ne doit pas accuser à tort et à travers [Et la détestation des États-Unis commence à poindre : ils accusent à tort et à travers, c'est bien connu. Ainsi apparaît en filigrane ce que J.-F. Revel a mis 305 pages à superbement décortiquer, j'ai nommé L'obsession anti-américaine]. L'inhumanité commence, nous devrions finir par le savoir, quand au nom de l'humanité souffrante, on cesse de faire des distinctions, on fait des amalgames. L'amalgame, c'est la figure féroce par excellence, l'amalgame, c'est le péché intellectuel capital [à mon sens, aucun amalgame n'a été fait : certains - pas tous - demandent seulement que Polanski, assez habile pour fuir pendant trente ans ses responsabilités, se soumette enfin comme tout un chacun à la justice]. Alors, distinguons, au lieu de parler de soutien maladroit à Polanski [le soutien maladroit, ce serait celui de Frédéric Mitterrand, qui fait ainsi son apparition dans le discours de Finkielkraut] : Polanski n'est pas le violeur de l'Essonne [A. F. fait allusion à la malheureuse affaire Hodeau. Mais personne, au grand jamais, n'a osé avancer une telle énormité ! Pourquoi donc A. F. risque-t-il ce parallèle ?], Polanski n'est pas pédophile, sa victime, la plaignante, qui a retiré sa plainte [bien sûr, puisqu'elle a été "dédommagée" !], qui n'a jamais voulu de procès public [à treize ans !], qui a obtenu réparation [donc, il suffit de payer - c'est-à-dire avoir de l'argent, pour être exonéré de toute faute pénale], n'était pas une fillette, une petite fille, une enfant, au moment des faits, c'était une adolescente qui posait nue - ou dénudée - pour Vogue homme, et Vogue homme n'est pas une journal pédophile [et voilà, la boucle est bouclée, c'est la perversion d'une enfant de treize ans qui est responsable du "cauchemar" de Polanski !]. C'est quand même une chose à prendre en considération. Polanski a toujours, il faut aussi s'en souvenir, nié le viol [pourquoi, alors, a-t-il drogué la fillette ? Pourquoi a-t-il plaidé coupable ?]. Il reconnaît des relations sexuelles illicites avec une mineure [ça, c'est l'effet du plaider coupable, et du "dédommagement" versé à la fillette, ça ne traduit nullement la sordide réalité des faits]. Et je ne réclame pas, moi, une quelconque impunité pour un artiste, mais il faut quand même comprendre que sa qualité d'artiste depuis le début de l'histoire, n'est pas pour Polanski un privilège, c'est un handicap [Arrête, A. F., tu vas nous tirer les larmes !]. C'est parce qu'il est un artiste, que les juges mégalomanes américains refusent de lâcher l'affaire, et c'est parce qu'il est un artiste, que la foule des internautes se déchaîne contre lui. Dans une société démocratique, l'art est comme un outrage à l'égalité, alors on adore voir les artistes tomber, et c'est exactement ce qui se passe avec Polanski aujourd'hui [Alors celle-là, elle est vraiment corsée, il fallait oser la faire !]. Pourquoi l'amalgame ? Moi, je n'en sais rien [en ce cas, cesse de ratiociner !]. Je pense que la fureur de la persécution, si vous voulez, et c'est une tentation constante aujourd'hui, aggravée par l'immédiateté d'Internet, et sans doute parce que le sentiment de pitié pour une victime qui demande une seule chose, c'est qu'on la laisse tranquille [mais il ne s'agit pas de la fillette devenue adulte ! Il s'agit d'un pervers en fuite qui est enfin rattrapé par la justice, après avoir été longtemps assez malin pour se dérober] n'est en fait que l'alibi d'un immense ressentiment démocratique, et vous savez que certains internautes vous expliquent aujourd'hui que les mêmes artistes qui veulent mettre en prison les enfants qui téléchargent illégalement, les violent, ou sont les complices des violeurs [Allons ! C'est là l'opinion avancée par une frange minime d'internautes !]. Voilà la réalité ! Pourquoi l'amalgame ? C'est l'œuvre du ressentiment. Le ressentiment, c'est le mauvais visage des démocraties. Je soutiens Roman Polanski qui vit un cauchemar, parce qu'il est trente ans après, retrouvé par une bureaucratie cruelle [où l'on comprend que les États-Unis ne sont pas une démocratie, mais une bureaucratie !], et les Suisses, tout de même, les Suisses qui relâchent le fils barbare de Kadhafi, et qui maintiennent aujourd'hui Polanski en prison, c'est cela qui devrait susciter le scandale [cette comparaison discrédite, à mon sens, notre philosophe], et outre cette bureaucratie, il y a contre lui, il y a aussi la foule lyncheuse. Il ne faut pas se leurrer, s'il est extradé, il peut aller finir ses jours en prison [allons, Alain, tu décoconnes complètement !], car le procureur américain a dit que la peine qu'il allait requérir était très sévère ["on va se faire un homme célèbre", telle est la pensée que Finkielkraut prêtera un peu plus tard au juge], il a des électeurs [le juge américain chercherait donc, dans cette affaire, uniquement ce qui peut aider à sa réélection !] : c'est ça aussi, la justice en Amérique [et c'est reparti ! Revel, réveille-toi !], et en plus, on a dépensé des sommes considérables depuis le début de cette affaire, alors on ne va pas, après tout cet argent, déboucher sur un non-lieu [en plus Finkielkraut, divine surprise, devient devin] ; voilà ce qui l'attend. Et j'ai peur que demain, les lyncheurs dessoûlent [autrement dit, ceux qui demandent que Polanski, cesse enfin de jouer au chat et à la souris avec le juge américain, sont des ivrognes. Merci Monsieur le Professeur !]. Mais il sera trop tard".
Puis il prend comme contre-exemple Michel Jackson "dont la célébration n'a posé strictement aucun problème", "qui a arrosé des familles avec des sommes fabuleuses", "à aucun moment on n'a voulu en parler, pour ne pas gêner cette célébration unanime". Il en vient alors à Frédéric Mitterrand, "victime d'un procédé totalitaire" et se met à fustiger tous ceux qu'il voit "prendre le train conduit à toute vitesse par Marine Le Pen", donnant alors dans l'hyperbole outrancière : "Je ne croyais pas de mon vivant assister à cet évènement exceptionnel, l'étreinte sauvage du politiquement correct et du Front national, et voir des socialistes céder à cette tentation, c'est terrible : faute d'idées, ils sombrent dans la démagogie. Face à la crise, on avait besoin d'une gauche mendésiste ; manque de pot, on a une gauche lyncheuse et ordurière" […] "Mitterrand dit : "cette Amérique me fait peur" ; moi, c'est cette France, qui me fait peur, aussi ! "
En définitive, Finkielkraut voit dans cette affaire une "chasse aux électeurs, parce qu'on veut rester proche du peuple, même quand le peuple montre ce visage absolument effrayant, et tout le monde fait fi, avec une cruauté extrême et épidémique, de l'histoire de Roman Polanski... enfant du ghetto de Cracovie... il a vécu le cauchemar du communisme, il a vécu le cauchemar de la tragédie américaine [l'assassinat de sa femme] mais dans quel monde vit-on ? Cette planète me fait peur". Il plaide pour celui "qui avait dû fuir l'Amérique pour une affaire de détournement de mineure" [autant dire que Jean-Pierre Treiber a dû fuir la prison pour une affaire d'enlèvements et de meurtres…]. Et termine sur ces mots : "Peut-être vais-je, à mon petit niveau, à mon tour, être lynché comme les deux personnes dont nous parlons".

Personne ne le lynchera, qu'il se rassure (ou alors, cela a déjà été fait lorsqu'il avait imprudemment parlé des joueurs de l'équipe de France de foot). Mais personnellement, je suis écœuré par sa façon hautaine de mépriser le petit peuple. Alors, je préfère penser qu'à travers ses outrances, lui le défenseur inconditionnel de l'État hébreu, il s'est ce matin enflammé en faveur d'un coreligionnaire, et non pas d'une hypothétique victime d'un soi-disant abominable lynchage ; nous chargeant, pour ce faire, de tous les péchés d'Israël. Polanski est un cinéaste estimable, Mitterrand un critique de cinéma averti. Finkielkraut, lui, nous a fait un sacré cinéma.

Commentaires

1. Le samedi, 10 octobre 2009, 21:13 par Frédéric

Merci pour ce nouveau billet ! Je ne vous cacherai pas que, moi aussi, j'ai été franchement surpris par cette intervention du philosophe visant à défendre Polanski et Mitterrand. C'est sûr, nous l'avons connu plus inspiré ! A la fin de mon dernier livre, je disais que l'antijustice, la justice médiatique, a encore de beaux jours devant elle. L'indécente campagne à laquelle nous assistons depuis environ deux semaines en apporte l'éclatante confirmation.
Frédéric.

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