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En France, on se fout de tout…

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C’était il y a un certain temps, un quinze août. Dans une station d’altitude réputée, qui a l’heureuse fortune de posséder sur son territoire les vestiges d’un très ancien village de chercheurs d’argent. Cette station avait organisé une fête médiévale bon enfant, joyeuse et colorée, accompagnant les très sérieuses voire savantes visites du site archéologique.
Et puis soudain, on vit s’avancer au loin deux personnages ayant quelque ressemblance, Dieu me pardonne, avec des pingouins. Tout de noir vêtus et portant chapeau à larges bords, des Juifs très pratiquants venaient se mêler, un jour de sabbat, à la fête laïque. Contraste saisissant, irruption presque choquante dans ce décor entièrement tourné vers la fête et la détente. Faut-il parler de racisme, d’antisémitisme ? Que nenni. Mais celui qui se démarque par trop de la communauté à laquelle il appartient est perçu par les autres comme désirant se maintenir en marge. Vae soli.
 

Cette scène fugitivement vécue m’est revenue en mémoire tandis que je prenais connaissance du fait divers cannois dont les médias nous ont abreuvés jusqu’à l’écœurement : deux policiers municipaux de cette cité, possédant comme on dit délicatement, une orientation sexuelle différente s’estiment victimes, de la part de nombre de leurs collègues, de réactions homophobes. 
Et ils ont porté plainte, entre autres pour harcèlement moral. Les faits qu’ils dénoncent, quand bien même ils seraient établis, ne me paraissent pas d’une exceptionnelle gravité – moins, en tout cas, que les débordements auxquels nous sommes contraints d’assister, à chaque manifestation du type Gay Pride. Quand on a un comportement qui ne correspond pas à la norme du groupe au sein duquel on évolue, il faut s’attendre à des réactions d’isolement, voire de rejet.

Julien Sorel, lecteur passionné s’il en fût, en sut quelque chose, lui dont le livre adoré vola avec pertes et fracas, sous les coups de son propre géniteur, jusqu’à la rivière proche, où il s’abîma à jamais. Et que dire du jeune Charles – Charbovari – poursuivi depuis l’enfance et jusque dans l’âge adulte par des attitudes de moquerie, dont on se souvient peut-être qu’elles ne furent guère amènes ?
Bref, j’en reviens aux deux policiers municipaux qui prétendent, entre autres, que leurs collègues – certes peu charitables et inélégants – les accusent de sentir la merde. Un tel comportement ne date pas d’hier, qu’on le constate objectivement ou qu’on le déplore. Ainsi on peut songer à ce brocard qui suivait, sous la Révolution française (déjà !) un de ces Messieurs de la Jacquette, comme on disait alors, dans les termes suivants :

Quelle drôle de chemise a Monsieur Lacarrière :
La merde est par devant, le f…. est par derrière
!

Rien de nouveau sous le soleil, donc. Et je crains fort que toutes les ''Halde'' du monde n’y puissent pas grand-chose : on ne change pas les mentalités par décret, à marches forcées, et à coups de procès. Et n’oublions pas qu’il y a bien d’autres attitudes de défiance que celles qui visent les homosexuels – ou dont ils imaginent qu’elles les visent car, il faut bien en prendre conscience, cette communauté est particulièrement susceptible, dans son souci – légitime – de respectabilité.
Alors, pourquoi la mésaventure des policiers cannois vient-elle sur la place publique, est-elle mise en exergue dans tous les médias ? Je vous le donne en mille : c’est que les plaignants ont choisi, pour se faire entendre et pour se défendre (pour attaquer, plus exactement) quelqu’un qui ne passe pas inaperçu, c’est le moins qu’on puisse dire, dans le paysage audiovisuel français. J’ai nommé Maître Collard en personne. Vous m’en direz tant… En France, a déclaré Collard, on se fout de tout, jusqu’à ce que l’opinion publique s’en mêle. C’est pourquoi, fidèle en cela à sa tactique désormais bien éprouvée, il veut prendre à témoin l’opinion publique, et se la mettre dans la poche. Jusqu’ici, cela ne lui a guère réussi (Affaires Yves Montand, Dominici, Arche de Noé, entre cent autres) ; qu’en sera-t-il, cette fois ?


En tout cas, sa véhémente défense des plaignants cannois m’a fait sourire. Parce que j’ai encore un peu de mémoire. Voici trois années (très exactement, mi-février 2006) Maître Collard était brièvement apparu, on se demande bien pourquoi (toujours cet appel à l’opinion publique) dans la défunte émission de Fogiel (On ne peut pas plaire à tout le monde) avec l’une de ses clientes (la dernière compagne de Raymond Devos) dont il assumait avec fougue la défense. Il y avait là Laurent Ruquier, dont on sait qu’il n’est pas un homosexuel honteux. Collard eut le malheur de risquer une remarque homophobe : la riposte ne se fit pas attendre, et l’échange, bien que bref, fut tout de violence contenue.

Et c’est le même homme qui, aujourd’hui, s’occupe du sort des policiers cannois… Quel drôle de métier que celui d’avocat, n’est-ce pas ? En France, c’est peut-être bien vrai, on se fout de tout. Sinon, certains ne pourraient pas être autorisés à défendre tout et son contraire.
Au fait, pour la petite histoire : les réquisitions qui viennent d'être prises contre la cliente de Collard, présente ce soir-là sur le plateau pour défendre ses intérêts, sont particulièrement sévères ; et c'est une forte condamnation (à de la prison, tout de même) qui lui pend au nez, pour mi-juin… Opinion publique, heureusement que tu ne peux pas tout…




CouvertureMais voici que le fait divers supra commenté m’est aussi l’agréable occasion de signaler la sortie du livre d’un jeune ami (à qui nous devions déjà ''France Intox'', paru en 2006), intitulé Justice : mise en examen (Éditions Unterbahn), car ce nouvel opus correspond bien à ce que je viens de développer brièvement.
Il ne s’agit pas, en effet, comme le titre pourrait le laisser supposer, d’un sévère examen critique de l’institution judiciaire, mais bien de la façon dont les émules de Collard (il n’est pas seul, tant s’en faut, à exploiter le filon) mettent en cause les décisions de justice, tentent de les contrecarrer, ou en appellent à l'opinion publique pour s’efforcer d’en modifier le cours (un célèbre avocat grenoblois vient d’ailleurs de recevoir le juste salaire de ses insultes adressées à la justice – en toute impunité, croyait-il).
Les nombreux exemples présentés par F. Valandré (de la glorification de Mesrine à la défense de l'assassin Cesare Battisti, en passant par Tangorre, Raddad, et ... les croquinolesques déclarations de Knobelspiess), dont l’esprit critique paraît être constamment en éveil, et les fiches soigneusement tenues à jour, vont jusqu’à donner le vertige, tant l’institution en paraît gangrenée. Une lecture fort salutaire, à n’en pas douter !

Commentaires

1. Le dimanche, 24 mai 2009, 17:29 par Frédéric

Bonjour,
Un grand merci à vous pour vos compliments sur mon ouvrage, qui me vont droit au cœur. Je profite de ce message pour vous informer que je serai sur Radio Courtoisie demain à 18 h dans le Libre Journal d'Henry de Lesquen (spécial Justice), avec un officier de gendarmerie, M. Fabre, et le sympathique juge Gallot, dont, tout comme moi, vous avez pu apprécier la prose !
Bonne soirée,
Amicalement,
Frédéric.

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