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De Christian à Bertrand

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Parfois, on songe à des apparentements terribles, et voilà que ça colle.
C’est pourquoi, au moment de la trêve des confiseurs, je voudrais aligner – avec le sourire – quelques réflexions sur quelques faits de société, et ce à partir de deux évènements n’ayant en commun, en apparence, que la relative proximité temporelle. Je veux parler de Christian Vanneste, le miraculé de la Cassation, et de Bertrand Delanoë, le grand vaincu de Reims.
Pour expliquer la pénible marche du député Vanneste vers davantage de justice, il me faut remonter quatre années en arrière. Lorsqu’un jeune homosexuel fit l’objet d’une tentative d’immolation par le feu – du moins c’est ce qu’il déclara dans un premier temps aux enquêteurs. Et puis, de fil en aiguille, au bout de deux années, l’enquête s’acheva sur un non-lieu. Entre temps, on avait appris que la victime n’en était peut-être pas une, que les agresseurs qu’il avait désignés n’étaient pas sur les lieux au moment des faits, et que ce plaignant avait, antérieurement, tenté par dix-neuf fois de se suicider… Ainsi pouvaient s’expliquer pas mal de choses.
Et pourtant, la mèche avait été allumée et flamba comme de l’amadou, en particulier du côté de la sphère médiatique en général, et politique en particulier. Une petite vieille agressée, c’est une malheureuse histoire de loubards, que voulez-vous qu’on y fasse (elles n’ont qu’à rester chez elles, les vieilles. Les exemples de Guy George et de bien d’autres ne leur ont donc pas suffi ?). Mais un homosexuel agressé, c’est une «insupportable marque d’homophobie», c’est un crime, et ça devient une affaire d’État : je n’en veux pour preuve, dans un premier temps, que la compassion de Jacques Chirac exprimant sa «profonde indignation» face à ce «crime odieux».
Dans un second temps, on l’a sans doute oublié, le député "vert" Mamère saisit l’occasion pour faire parler de lui en organisant (juin 2004), à grands renforts de trémolos dans la voix, le premier «mariage» homosexuel du pays. Avec Livret de famille et alliances à la clé ! Cette lamentable mascarade, si elle s’est terminée, comme l’on sait, en eau de boudin, permet cependant de tirer une leçon : la très légère sanction supportée par le Maire de Bègles montre à quel point les Corps Constitués reculent devant ce qu’un ancien professeur nomma jadis les «exigences des marginaux». Et on ajoutera qu’au moment même où un légitime hommage était rendu aux libérateurs-vétérans du Débarquement de 44, les nouveaux «mariés», sous les applaudissements des bobos socialistes, devenaient les libérateurs d’une société coincée...

Puis fut mis sur orbite le troisième étage de la fusée indignée : l’affaire que j’ai brièvement rapportée permit de faire adopter (en fin d’année 2004) un projet de loi créant la Haute autorité contre les discriminations, incluant un dispositif contre le sexisme et l'homophobie. C’est ce projet devenu loi, le 30 décembre (loi que l’Avocat général Ph. Bilger qualifia de clientéliste), qui en fit voir de toutes les couleurs au député Vanneste. En effet, cet individu s’était cru autorisé à déclarer que l'homosexualité était «inférieure à l'hétérosexualité». Aussitôt, toutes les associations idoines se ruèrent sur lui.
Je ne puis m’empêcher de risquer ici une incidente en rappelant que l’une d’elles, Act Up, avait en son temps lancé un coup médiatique en placardant à Paris des affiches sur lesquelles le visage de Nicolas Sarkozy était encadré par le slogan «Votez Le Pen». Et pour quelle raison ? Au motif que celui qui était alors ministre de l'Intérieur «refusait des cartes de séjour pour les migrants malades du sida et donnait des instructions aux préfets pour qu'ils soupçonnent les sans-papiers de frauder l'aide médicale d'État». Et la dite association avait même organisé un simulacre de mariage entre deux femmes devant les portes de la cathédrale Notre-Dame… Quand on peut désobéir impunément…
Donc, sur plainte des associations idoines, Vanneste fut condamné en première instance, en 2006, pour «injures homophobes». En Appel, en 2007, ses juges se moquèrent ouvertement de lui, l’accusant, parce que ce professeur de philosophie dans le civil avait osé se placer sous la protection de Kant, de vouloir changer sa stratégie de défense… Il fut condamné à nouveau.
Rappelons tout de même, pour ceux de nos lecteurs qui auraient oublié leur classe de Philosophie, ce qu’est l’impératif catégorique kantien : «Agis selon la maxime qui peut en même temps se transformer en loi universelle» (In Fondements de la Métaphysique des mœurs, page 103 de mon exemplaire traduit et introduit par Victor Delbos, chez Delagrave, 1959). Et avouons qu’il y a de quoi être consterné par cette accusation infamante d’homophobie et d’atteinte à «l’orientation sexuelle», tombant sur une personne ayant voulu rappeler ce qu’est une loi universelle : on ne peut plus débattre, puisqu’une opinion aussi élémentaire peut devenir un délit !
Triste époque, où un Freud pourrait être traîné en justice pour «violence inacceptable», par exemple s’il rappelait qu’il ne faut pas confondre sexualité et analité, et suggèrerait que l'homosexualité est une résultante d'un complexe d'Œdipe mal digéré… Triste époque qui a vu un Alexis Carrel cloué au pilori (et comparé à Le Pen !), pour des idées qui lui valurent, en son temps, le prix Nobel !
Dans un pareil contexte de chasse aux sorcières, il faut donc rappeler le courage, ou l’inconscience, du grand rabbin de Lyon condamnant, en février 2007, le mariage homosexuel. Selon ce personnage ô combien rétrograde, la société française ne doit pas aller plus loin que le Pacs, «qui est déjà une grande concession». Et il aggrave son cas, pendable en effet : «Les homosexuels ont des problèmes médicaux de type génétique ou des problèmes de pulsions. Il faut donc mettre des parapets, des limites, ou alors on de­vient une société décadente avec des zoophiles et des pédophiles». Mazette !
Mais revenons au député Vanneste qui ne se le tint pas pour dit, et décida d’aller en Cassation. Comme on le sait, la Cour a annulé (le 12 novembre dernier) sa condamnation, estimant qu'il n'avait pas dépassé les limites de la liberté d'expression en affirmant que l'homosexualité était «inférieure» à l'hétérosexualité.
On imagine les cris d’orfraie poussés par les associations gaies ou autres, devant cette décision «d’un autre âge»… D’un autre âge, peut-être. Mais comment arriver à concevoir qu’une «orientation», qui était encore condamnée par la justice il y a une trentaine d’années, puisse si vite passer dans les mœurs ? Comme le dit cette réflexion que j’ai lue je ne sais plus où, «je ne peux pas m'empêcher, malgré toute la marge de tolérance dont je suis capable, de trouver qu'il y a folie de s'affirmer fier d'être gay, lesbienne, bi, tri, etc. … maintenant l'on veut faire admettre la déviance comme la normalité au détriment de la normalité, et ça commence à devenir un problème».

Mais voilà, et ce sera ma transition toute trouvée, il se trouve que Bertrand, le Maire de Paris, avait traité Christian de «délinquant». Cela promet encore du sport à venir, car le dit Christian avait évidemment répliqué en intentant une action en diffamation. Débouté le 16 octobre, il a fait appel… Naturellement, ce n’est pas lui qui ira dire, pour mettre les rieurs de son côté, «ce Bertrand est un bien bon homme, mais c’est une bien méchante femme»…


Martine & Bertrand
Quel sera donc le sort judiciaire de Bertrand, qu’un journaliste a qualifié de «grand vaincu de Reims», lui dont le sort politique semble avoir été définitivement scellé ? En effet, lors des élections internes au PS, il est arrivé bon dernier du tiercé, alors qu’on le disait favori.
Mais commençons par une parenthèse. Rappelons d’abord qu’à peine la moitié des militants se sont rendus aux urnes et que nombre d’entre eux éprouvent à l’égard de la Ségolène ce qu’exprime ci-après l’un des leurs : «D'ici jeudi, j'ai confiance (est-ce bête ?) dans les militants qui se sont exprimés à 71% contre Royal et dans les 45% autres qui n'ont pas voté pour donner à l'ex-candidate battue par ses insuffisances, et elles seules, la raclée qu'elle mérite encore. Puissent les militants nous débarrasser de cette populiste (plus âgée encore que Hollande, mais là n'est pas le problème, regardez la luminosité d'un Rocard...) qui se fiche de la Gauche et du socialisme comme de son dernier tailleur Chanel»... Bien envoyé, hein ? Alors pourquoi cette Ségolène a-t-elle fait pratiquement jeu égal avec celle qui l’a finalement emporté ?
Une réponse possible est à trouver, je crois, dans la sociologie du PS, ce parti d’instits dirigé par les énarques comme l’a écrit je ne sais plus qui, oubliant de préciser : des énarques payant tous l’impôt sur la fortune…
Alors, je pense que tous ces enseignants-là ne marchent pas sur la tête, et ne s’en laissent pas compter au regard de certaines attitudes. Ainsi, le candidat au poste de Premier Secrétaire, adoubé pourtant par la direction sortante, n’avait pas manqué de participer, au mois de juin dernier, à la «Marche des fiertés lesbiennes, gay, bi et trans» (imaginez une seconde une marche des fiertés hétérosexuelles, avec des tas de gens bariolés et à poil : l’outrage à l’ordre public serait vite constitué, les amendes et les gardes à vue pleuvraient, vous pouvez m’en croire). Or ces braves gens défilaient «Pour une école sans discrimination» (apprendre que la sécurité de ces «fiers» a été assurée par les nervis du PC, cela ne vous rappelle-t-il pas les heures noires de la triomphante biologie de Lyssenko – auquel seul un Andreï Sakharov avait osé s'opposer ?). Et Delanoë d’enfoncer le clou, à l’intention des journalistes : «Il faut protéger les enfants de la barbarie de la pensée [sic]. À l'école, il y a encore des tabous, qu'il faut doucement et gentiment repousser». Rien que cela.

Ou je me trompe fort, ou nombre d’enseignants socialistes (c’est un pléonasme) se sont dit : Halte là ! Pas touche à l’école ! D’où le brillant score obtenu par celui qui est si fier des fiertés homosexuelles. Une certaine homophobie semble donc régner au sein des militants du PS. Ce n’est pas, en soi, une mauvaise nouvelle que ce refus des faux héros soi-disant victimes d’une «violence inacceptable», et cette affirmation tranquille de la liberté d’expression.

Commentaires

1. Le jeudi, 1 janvier 2009, 16:14 par Frédéric

Bonjour Samuel,
Merci à vous pour ce texte très intéressant. Je vous présente tous mes vœux et je vous souhaite une excellente année 2009. Je vous tiendrai au courant de la sortie de mon ouvrage.
Amicalement,
Frédéric.

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