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"De Niro et Al Pacino, un duo qui nous fait vibrer d'avance"

"Robert De Niro et Al Pacino réunis dans un film ? Dès les premières images, on est fixés : les géants d'Hollywood, qui interprètent deux policiers new-yorkais, sont en grande forme pour cet exercice de tir. Eux qui avaient déjà joué ensemble dans Le Parrain II et dans Heat, se retrouvent pour ce thriller. Turk et Rooster, trente ans de carrière, doivent différer leur retraite pour élucider une série de meurtres qui pourraient bien avoir été commis par un de leurs collègues"
.
"Jon Avnet met magnifiquement en scène la complicité des acteurs, le rythme du scénario est haletant, on est pris dans l'intrigue qui va crescendo jusqu'au dénouement, inattendu, et on ressort le souffle coupé. Les légendes n'ont pas déçu"

Et voilà les joyeusetés que d'aucuns ont pu lire, dans une publication jointe à tous les quotidiens régionaux vendus en fin de semaine. Évidemment, avec pareille entame, la curiosité était très forte d'aller s'enfermer, en dépit d'un temps d'automne radieux, dans une salle obscure. "Les légendes n'ont pas déçu" : hum, il faut le dire très vite...
On se rappelle peut-être la dernière apparition en commun des deux monstres sacrés d'Hollywood (il y en a eu d'ailleurs fort peu) : c'était il y a douze ans, dans Heat. Film classique de gendarme-voleur ayant Los Angeles pour toile de fond, dans lequel De Niro campait un truand, Neil McCauley, personnage froid et méthodique, tandis que Al Pacino était le policier Vincent Hanna, personnage ne vivant que pour son métier, ce qui avait d'ailleurs entraîné une vie conjugale délabrée. Film à retenir au moins pour une scène d'anthologie où le policier coince le malfrat sur une autoroute, et l'invite à aller discuter dans un troquet autour d'un verre. Film se terminant par une classique course-poursuite, au cours de laquelle le policier Hanna vient à bout de Neil McCauley : force reste à la loi. Cela se passait il y a douze ans. Les deux acteurs jouaient alors des rôles plausibles, eu égard à leurs âges respectifs.



Turk et Rooster
Mais voilà, le temps a passé et, curieusement, il a beaucoup moins marqué le plus âgé (Al Pacino, 1940) que le plus jeune (De Niro 1943). Ce dernier, en effet, est devenu presque méconnaissable : révérence garder, il a beaucoup du Pompidou bourré de cortisone, en train de vivre ses derniers jours terrestres. Vraisemblablement, ce n'est pas sans motif qu'il fut (brièvement) arrêté à Paris, pour une affaire de proxénétisme aggravé, ou que sais-je. Les abus de tous genres n'ont pas dû manqué, tout au long de sa vie...
Et quand je recule encore de dix années à partir de Heat, et que je songe à David 'Noodles' Aaronson se souvenant de son premier amour, Deborah - joué par un De Niro vieilli pour l'occasion ! - je me dis que les visages sont peut-être comme des cartes géographiques où l'on peut lire à cœur ouvert. Mais bon...

C'est assez dire que lorsqu'on voit ce policier bouffi courir comme un lapin dans des parties de base-ball, on a quelque difficulté à croire au personnage de Turk dans Righteous Kill (très mal traduit pour l'exploitation en France, sous le titre La loi et l'ordre. Le titre originel étant à peu près : assassinat justifié). Peut-être encore davantage lorsqu'il prend comme un sauvage sa jeune subordonnée (Allo ? DSK ?), ce qui renvoie au viol que commet 'Noodles' sur Deborah dans Once Upon a Time in America ; sauf que dans le film qui nous occupe, la jeune femme policier, est parfaitement consentante. Mais elle pourrait être la petite fille de Turk, ce qui ajoute encore au ridicule.
Et si notre homme paraît "en grande forme" dans l'exercice de tir, c'est une scène ressassée jusqu'à la corde (qu'on songe seulement au Ferraud de Police Python 357, ou plus récemment au Fabio Montale campé par Delon) et qui n'apporte rien, sinon aux femmes sensibles...
Donc, voilà deux monstres sacrés qui tournent à nouveau ensemble. On peut penser que, comme ce fut le cas pour Gabin et Fernandel, celui-ci ayant assez enfoncé celui-là, les scènes ont dû être calibrées au millimètre, car souvent, les acteurs ont la susceptibilité de vieilles coquettes. Et puis, De Niro-McCauley mourant sous les balles de Al Pacino-Hanna dans Heat, il était à attendre que, cette fois-ci, les rôles seraient inversés. Tout cela est hélas prévisible et le "dénouement, inattendu", est tout juste une pirouette qui est bien loin de vous laisser "le souffle coupé".
Alors, trop c'est trop. Certes, on remarque la complicité des deux acteurs - qui fait songer, par exemple, à celle qui liait John Wayne et Robert Mitchum dans El Dorado. C'est un peu mince pour parler d'un "thriller" haletant.
La bonne surprise ? Revoir longuement un collègue soupçonneux espionner les duettistes, en la personne de Donnie Wahlberg (Boomtown, Band of Brothers...).

C'est tout de même un peu mince. Aussi, on pourra éventuellement trouver mon assassinat justifié...

Commentaires

1. Le jeudi, 23 octobre 2008, 21:28 par Un citoyen ordinaire

Moi qui n'avais déjà aucunement envie de voir ce film, ce n'est malheureusement pas cette analyse qui me fera changer d'avis.
Eu égard à l'extraordinaire carrière de ces deux monstres, on a du mal à parler de film de trop, et pourtant... Enfin, plus exactement, de trop dans ce registre car oui, à leur âge, est-on encore crédible dans la chasse aux méchants ? Même le grand Clint s'y est parfois risqué avec plus ou moins de bonheur. Alors, messieurs, un peu de sagesse, reconvertissez-vous dans des rôles de votre génération plutôt que de jouer une (mauvaise) adaptation de notre Lautner national. Les "Tontons flingueurs" nous suffisaient, nul besoin de ces "Papys flingueurs". Il est seulement (très) regrettable que ce loupé soit aussi celui de la vraie rencontre entre les deux stars (aucune scène en commun dans "Le Parrain II", pour d'évidentes raisons chronologiques, et une scène de seulement quelques minutes - intenses, certes - dans "Heat").
Bon, je parle d'autant plus librement de ce duo raté que... je ne l'ai pas vu ! Eh bien oui, ce casting en or aurait normalement dû suffire à ce que je me précipite en salle mais devant l'avalanche de critiques assassines, mon enthousiasme fut quelque peu douché... Enfin, vous me direz que les critiques qui ont, quasi unanimement, descendu Al et Robert (il a dû falloir beaucoup de persévérance à l'auteur de ce blog pour trouver LA critique élogieuse) sont exactement les mêmes qui ont aussi encensé dans un bel élan conformiste (qui a dit démagogique ?) "Entre les murs", nouveau triomphe cannois...
C'est sûr que vu sous cet angle, s'il n'y avait pas ce blog dans les propos duquel je me retrouve très souvent, j'aurais peut-être revu ma décision et... perdu 10 euro. L'addition serait apparemment montée à 20 si j'étais aussi allé voir la dernière Palme d'Or...
En ces temps de crise financière, et alors que les placements - de l'ouvreuse, bien sûr - chutent, investir dans un fauteuil de cinéma serait aussi une action à risque ?

Un citoyen ordinaire

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