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La tête contre les murs, deuxième

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Je sais bien que parler est une façon de libérer l'angoisse, mais fonder en principe la cacophonie, voire l'encourager, est-ce encore un moyen thérapeutique ? Ou un aveu d'impuissance et, surtout, de je m'enfoutisme ?
Quoi qu'il en soit, devant cette situation ressemblant plus à un zoo qu'à une assemblée scolaire, on ne peut qu'approuver le prof de techno : "J'en ai marre de ces guignols, j'peux plus les voir".
Une question, toutefois, se doit d'être posée : qui est responsable de la transformation de ces jeunes ados en guignols ?
La réponse à cette question rejette comme secondaires bien d'autres aspects du film, comme la séquence de lecture oralisée, qui ralentit le rythme de ceux qui doivent subvocaliser, ou encore le fait - gravissime à mes yeux - de l'abandon de la classe par notre "prof", afin d'accompagner chez le Proviseur le leader récalcitrant et grossier.
Mais aussi l'attitude insoutenablement désinvolte (entre autres, elle bâfrent des gâteaux) des déléguées de classe (dont la célèbre Esméralda) durant le Conseil ; cette séquence, plus vraie que nature, suffit à elle seule à invalider la lamentable concession démagogique à l'air du temps et au "droit" des élèves : ils n'ont strictement rien à faire dans un Conseil de classe (tiens, je vais encore me faire bien voir).
Enfin, ce fait que les professeurs, dans leur ensemble, ne brillent guère par la qualité de leur tenue, si proche de celle des élèves. Hélas, la machine à café semble être leur commun dénominateur. Seul le Principal, un peu ridicule avec sa cravate quasi unique et son noeud en boîte d'allumettes, donne l'impression de l'adulte qui garde ses distances, ce qui ne l'empêche pas d'être attentif au devenir des élèves dont il a la charge administrative.

Car demeurent des problèmes de fond qui agitent en ce moment la société française. Ainsi, cette classe composée d'élèves aux multiples origines (on n'ose pas écrire : raciales) est le centre de conflits ouverts ou larvés, et nous révèle ce qui est un secret de Polichinelle : les Asiatiques s'intègrent avec bonheur, et ne font pas parler d'eux, sinon en bien. Les Africains, du Nord ou du Centre, c'est une autre paire de manches, surtout quand la religion vient se mêler au débat. Et l'Islam est un beau prétexte pour laisser voir venir.
D'où le furieux débat entre Souleyman (le leader au milieu de sa cour, sorte de petit frère de Toussaint, le triste "héros" de La Squale) et le jeune Antillais, qui revendique fièrement, sous les quolibets, son appartenance à la France. Du coup, en réaction à tant de haine désinvolte, on se sent devenir, à son corps défendant, lepéniste. Ils n'aiment pas la France ? Ils la niquent ? Mais qu'ils se barrent !
Et si l'on peut comprendre, à la très grande rigueur, la jeune Esméralda, d'origine tunisienne, déclarant qu'elle n'aime pas la France (mais alors, qu'est-ce qu'elle y fout ?), il est répugnant d'entendre le "prof" lui rétorquer : "Moi non plus, je ne suis pas fier d'être français". Mais où va-t-on ? Et mesure-t-on assez la gravité de tels propos, dans la bouche d'un enseignant français, payé par la République française ? Il est vrai que Jospin, il n'y a pas si longtemps, avait trouvé normaux les sifflets dont certaine Marseillaise fut couverte...
J'ajoute que, naturellement, le jeune leader perturbateur sera mis à la porte (qu'on ne s'inquiète pas, on lui trouvera un point de chute, il ne faut pas les traumatiser, ces petits). C'est à cette occasion qu'on apprend qu'il est sous le coup d'une expulsion. La scolarité, c'est donc dans son cas un prétexte pour continuer à glander en France (tout en la niquant). Aussitôt, on a droit au couplet démagogique de l'inévitable organisation Éducation sans frontières, et à la "mobilisation" pour "influencer le jugement". Dit en termes clairs, pour bafouer les lois de la République : bel exemple donné par le corps enseignant aux futurs citoyens !

On pourrait dire bien des choses encore sur cet insupportable film, veule et démagogique. L'Islam, tel qu'il nous est présenté, a bon dos pour faire excuser les débordements inadmissibles de jeunes gens qui se savent intouchables : en tout état de cause, ils se préparent à leur rôle de futurs caïds, proxénètes ou pourvoyeurs de drogue. Et je n'ai pu m'empêcher de songer à une séquence rapportée dans le livre souvent atroce de Mara Goyet, Collèges de France. On y voit la jeune enseignante et ses collègues, lors d'une sortie théâtrale (ceux qui ont sérieusement préparé une sortie d'élèves hors de leur établissement savent ce que cela demande de soin, de temps et d'attention), complètement débordés par l'attitude de jeunes ados s'abritant derrière l'Islam pour se conduire de façon absolument inadmissible - en particulier, en dévidant un comportement qu'on qualifierait d'antisémite s'il s'agissait de personnes d'origine européenne. Et tandis que les profs sont effondrés, alors un leader monte sur la scène et incite ses "frères" à cesser la perturbation. Ainsi sait-on qui commande ce groupe... Eh bien, lorsque les mahométans auront acquis chez nous une majorité, disons de blocage, soyons sûrs qu'ils sauront remettre de l'ordre (ou imposer leur ordre : déjà les hôpitaux, les piscines, les cantines...). Gare, alors, aux François et aux autres branleurs !

Naturellement, tous les gogos, tous les intellectuels de la Rive gauche, tous les amateurs de djeunisme ont applaudi à grands cris ce chef d'œuvre, dont la "récompense est indiscutable", ai-je récemment lu dans Le Monde. Qui ajoutait sans rire, à propos de Bégaudeau, que "cet enseignant vit sa mission comme un sacerdoce" (!). Apparemment, nous ne vivons pas dans le même monde. Indécrottable rêveur passéiste, je reste attaché à la belle figure de l'instituteur du film Être et avoir, et à ses élèves de l’école à classe unique de Saint-Étienne-sur-Usson. Riez, pendant qu'il en est encore temps.
Quant aux élèves de Quatrième de Dolto, ce sont de pauvres êtres, qui se font avoir. Ni enseignés, ni éduqués. C'est vraiment à se taper la tête contre les murs.

Il y a quatre ans, le Festival de Cannes s'était déshonoré en décernant sa Palme à ce gros con de Moore (que tout le monde a oublié, et c'est justice). En couronnant cette année Entre les murs, m'est avis qu'il ne s'est guère grandi. Et je songe, in fine, à Jean Guéhenno : "La vraie trahison est de suivre le monde comme il va et d'employer l'esprit à le justifier".

Commentaires

1. Le mardi, 7 octobre 2008, 10:49 par Adrien

J'attendais impatiemment votre avis sur ce film, je ne suis pas déçu ! Pas très surpris non plus, quoi que ne l'ayant pas (encore) vu, mais ayant suivi les commentaires de la presse.

C'est amusant que vous reparliez de "La Squale" ; c'est par ce mot-clef que je suis arrivé sur votre site, il y a bien des années, après avoir été assez fortement choqué par ce film.

En passant outre ma première réaction de dégoût concernant "la Squale", je m'étais dit finalement que ce film avait un mérite : il montrait ce qui était (et qui est toujours, j'imagine, hélas). Et peu importait finalement les explications, justifications, ... que l'on pouvait broder autour.
N'est-ce pas la même chose pour "Entre les murs" ? Ce film montre sans doute ce qui est : prenons le comme ça et faisons nous notre propre commentaire.
Bonjour, mon cher Adrien, je vous conseille aussi la lecture du dernier éditorial de Claude Imbert (Le Point), Huis-Clos, et les commentaires qui l'accompagnent (en particulier, Le grand bazar, qui rappelle des vérités historiques oubliées).
SH.

2. Le lundi, 13 octobre 2008, 14:39 par Adrien

Ça y est, j'ai vu l'œuvre !

Comme prévu, c'est fondamentalement déprimant : il ne s'agit même plus d'un film politique tellement on ne voit esquisser nulle thèse, nulle solution (j'ai un doute sur la francitude de cette phrase, veuillez m'en excuser).

Il m'étonne que vous n'ayez fait aucun commentaire sur la scène "des parents d'élèves" ; elle a pourtant son intérêt, puisque l'école doit en tenir compte désormais comme "partie prenante".

Je suis étonné aussi par l'usage incessant par le professeur de l'ironie ; cela me semble particulièrement déplacé dans le contexte d'une classe, encore plus d'une classe où les élèves ne brillent pas par leur compréhension de la langue : je comprends les élèves de se sentir méprisés par cette attitude.
Lors de mon entrée dans le monde du travail, fort de mon "expérience" universitaire et de ma jeunesse, j'avais cru malin moi aussi d'ironiser à tout va avec mes collègues ... jusqu'au jour où l'on m'a fait comprendre de manière simple mais efficace que ce mode d'expression n'avait pas lieu d'être - ou alors, de manière bien plus légère - dans ce lieu.

Enfin, je reviens sur la scène des "pétasses" ; là, ce qui me frappe, c'est l'incapacité du professeur à se révéler "meilleur" que ses élèves ! Il est exactement comme eux : n'importe qui, ayant dépassé les bornes, aurait me semble-t-il essayé de calmer le jeu ; celui là ne tente que de se justifier, de rejeter la faute sur les autres, de parler plus fort, voir de dissimuler à son chef ... et on est même à la limite de la bagarre dans la cour !
Il me semble qu'un adulte aurait gagné le respect à montrer le bon exemple : présenter des excuses ... comme il l'exige lui-même, à raison mais sans résultat, de son élève rebelle.

Voilà un peu mes impressions ... quand je pense que dans quelques années je devrai peut être laisser mes enfants dans une telle "pétaudière", j'en conçois quelque chagrin ...
N'est-ce pas la même chose pour "Entre les murs" ? Ce film montre sans doute ce qui est : prenons-le comme ça et faisons nous notre propre commentaire.
Bonjour, mon cher Adrien, c'est vrai qu'à dessein je me suis limité à quelques faits plus scandaleux que les autres... Si j'avais parlé des parents, qu'aurait dit la loi Gayssot ?
Et je n'ai pas davantage abordé la question des trois quarts de la classe, empêchés de travailler par quelques zozos m'as-tu-vus...

Amitiés,
SH.

3. Le samedi, 18 octobre 2008, 06:23 par Gilbert R.

Ultima verba - Pour prendre une juste mesure de la chose en question, il suffit d'un peu d'imagination (comme disent Gréco et Trénet...) ; j'entends par là cette capacité que nous avons (trop rarement) de franchir les limites de notre finage (en pensée) et d'émigrer un instant chez autrui pour voir comment s'organisent les choses de son point de vue.
Imaginons donc ce qui se passe chez ces ados en train de "répéter" une scène : changer de position, rectifier une réplique et tout le tremblement, dans un fouillis de câbles grouillant sur le sol, au milieu des projecteurs et des appareils de prise de vue, sous le regard d'une dizaine d'opérateurs et d'assistants - le tout dans une ambiance de télé-réalité conviviale où l'on ne joue rien d'autre que le rôle qu'on tient ordinairement dans la "vie"... Il y a de quoi se faire avoir... sauf qu'on n'a en pas conscience. Il y a un grand Manitou qui vous b... dans le noir en toute tranquillité, mais vous ne le voyez pas ; il vous fait jouer ("Répète cette réplique, Samir... ") votre propre abaissement, et vous le ne voyez pas ; il vous rend complice de votre consentement à la médiocrité ; il fait d'une scène bien réussie (" Deux prises seulement, c'est chouette !") le spectacle de votre abandon à la veulerie, et vous ne le comprenez pas ; de votre mal-être profond, ce mélange d'eaux troubles, dissimulation et provocation bravache, révolte latente et consentement à la servitude, il fait une séquence d'une grande intensité cinématographique, et vous ne vous en doutez même pas ; avec tout ce que vous lui donnez (car tout n'est pas noir chez vous, loin de là !) et avec (en plus !) ce qu'il tire de vous, il fabrique un produit qui va chercher, chez des millions de spectateurs mystifiés, ces zones humides où se lèvent les émotions primaires et élémentaires qui font prendre un sentiment de glauque satisfaction pour une jouissance esthétique de haute volée.
Et vous ne le voyez toujours pas ! Ne vous tapez plus la tête contre les murs ! Réveillez-vous ! Sortez ! Allez chercher au fond de vous-même l'image de l'esclave qui a signé sa déchéance et qui en est récompensé par une Palme d'or commerciale ! Et réglez enfin votre compte avec vous-même !

4. Le jeudi, 11 décembre 2008, 14:31 par Anne

J'aime assez votre commentaire, j'avais beaucoup aimé Ressources Humaines de Cantet et ce film m'a déçu, mais je ne le prends pas comme une apologie des comportements mous des profs qui y sont décrits, plus comme l'idée qu'ils sont les mêmes que les élèves, comme un constat plutôt, cela est flagrant dans le livre, où les profs parlent en salle des profs comme leurs élèves, et n'est-ce pas vrai ?
Il y aussi moins de "dramatisme" dans le livre, les jours se succèdent eu rythme des saisons et vacances, à chaque retour les profs sont comme les élèves "pas contents de revenir", mais rien n'est justifié ou argumenté, le livre est beaucoup plus fin et amusant que le film et n'a pas cet aspect démonstratif à la Moore, et je trouve très bizarre que Cantet se soit engagé là-dedans.
Mon fils qui est en 4ème dans un collège de Paris est sorti du film en me disant qu'ils étaient "trop gentils les élèves dans le film par rapport à la réalité" !
Ceci dit le droit à critiquer le pays où on vit est un droit républicain il me semble, sinon il n'y aurait pas de partis, ni de syndicats, et pour moi ça dépasse les limites de la fierté d'appartenir à quoi que ce soit, les pays ne sont pas des bulles autonomes et nous connaissons tout de même les raisons profondes de l'émigration en général. Avant la chute du mur on ne critiquait pas les Russes qui avaient fui leur régime, pourquoi s'en prendre à des populations que les marchés inégaux et l'état de corruption de leurs régimes largement soutenus par le gouvernement français fait échouer dans une autre misère, pire peut-être puisqu'elle fait suite à des espoirs entretenus par les pourvoyeurs de travail bien contents de se trouver une main-d'oeuvre non syndiquée et corvéable à loisir, puisque sans droit ni titre.
La haine des ados n'est pas justifiable pour autant, ni les diktats de l'islamisme, mais que pensez-vous alors des discours de Sarkozy sur l'instituteur et le curé ? Et sur le retour de la morale petite-bourgeoise à l'école primaire avec Darcos ?
Le sujet est vaste...

Cordialement

Anne C.

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