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Une belle pagaille à la rentrée

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C'est du moins ce qui vient de nous être promis, à défaut de chaos. Depuis plus de cinquante ans que je m'intéresse - et durant un bon bout de temps, de très près - au système éducatif, je n'ai pas connu de rentrée que les syndicats enseignants (ou leurs courroies de transmission) n'aient annoncée chaude, catastrophique et tous les qualifiants que l'on voudra. La seule exception, à ma connaissance, fut l'année de l'arrivée de la "Gauche" au pouvoir (la République des barbus), embellie qui ne dura guère, évidemment, et s'acheva sur des désillusions et du ressentiment (un certain Jospin doit s'en souvenir), tant les intéressés semblent se complaire à garder leur tête, parfois assez pleine, dans le sable.
Cette année, l'ineffable Lang, qui est décidément sur tous les fronts, sort opportunément un livre dont le titre à lui seul est une manière de brûlot : L’école abandonnée, lettre à Xavier Darcos : récit d’une imposture. Et il s'y connaît, le dénommé Lang, en impostures et en postures démagogiques, ça on ne peut le lui enlever !
Dans le même temps, le Monde donne dans une Carte blanche la parole à une des larmoyantes groupies du sieur précédent - si elle ne fait pas partie du cénacle, elle le mériterait amplement. Fustigeant les ultras (catholiques ou libéraux), elle n'y va pas, elle non plus, avec le dos de la cuiller, comme un journaliste a pu l'écrire à propos du sémillant ex-Ministre de l'Éducation nationale : on achève bien l'école publique, affirme-t-elle avec un aplomb confondant, pastichant le titre du film-culte de Sydney Pollack, pour nous signifier que "les partisans de l'école privée" ont remporté "la guerre scolaire".
Rien que cela !
Remontant à l'épisode saignant de la loi Debré de 1959, elle ne craint pas d'affirmer qu'à cette occasion "l'État a permis à l'école privée d'avoir le beurre et l'argent du beurre". Pour asséner une pareille insanité, il faut vraiment être de mauvaise foi - personne au CNAL n'oserait aujourd'hui, je crois, proférer une telle énormité - ou ne connaître rien au problème, et n'être jamais entré dans une école privée. Bref, la loi Debré qui a modernisé le système éducatif - sait-on assez qu'il avait encore des écoles "patronales", type Michelin, à cette époque ? - a permis, que cela plaise ou non au camp dit laïque, d'associer l'école privée au service public d'éducation ; un exemple parmi cent autres de mission de service public confiée à un organisme privé, car l'État ne peut tout faire - ou alors, recréons l'Urss !
Reprenant les vieilles antiennes du monde enseignant, dont la volonté de puissance est démesurée (3 % de la classe sociale des actifs prétendant imposer ses quatre volontés au corps social tout entier) la Carte blanche égrène les mesures autant miraculeuses qu'éculées si souvent essayées, en particulier le système de baisse du nombre d'élèves par classe : celui qui connaît le taux d'encadrement en 1950 et le taux aujourd'hui observé peut sourire tranquillement à l'énoncé de telles potions. Seulement voilà, il faudrait admettre que le système éducatif serait le seul système social muni d'un clapet anti-retour, d'un superbe : "toujours plus !"
L'école publique coule, ne craint pas d'ajouter notre boutefeu. Outre que cette affirmation est parfaitement démesurée, la vérité oblige à dire que de renoncements (en une politique équitable et sévère) en renoncements, on peut mesurer le gâchis en examinant, à l'extrémité du cursus, le beau résultat de nos Universités dans le concert mondial.
De quoi avoir honte, tout simplement.
Comme il conviendrait d'avoir honte de l'attitude d'autres boutefeux jusqu'au-boutistes qui conduisit au sabordage du projet de service public d'éducation, et à la démission forcée d'un démocrate authentique, le ministre Alain Savary. C'était le 17 juillet 1984.
Mais au P. S., on ne craint nullement d'achever les meilleurs chevaux.

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