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Décivilisation

, 19:42 - Lien permanent

J'aimerais revenir, je ne sais pourquoi, sur ce qu'a dit A. Finkielkraut dans l'émission du 10 janvier dernier, dont j'ai déjà brièvement parlé. Ce philosophe prétendait que nous étions entrés "dans un processus de décivilisation", dont il donnait plusieurs exemples. On pourrait aussi partir de cette constatation désabusée de Camus, en partie seulement applicable à nombre d'aspects de la situation actuelle : "Nous avons vu mentir, avilir, tuer, déporter, torturer, et à chaque fois il n'était pas possible de persuader ceux qui le faisaient de ne pas le faire, parce qu'ils étaient sûrs d'eux".
Car nombre de réactions qui se font actuellement jour viennent, à n'en pas douter, des quartiers de bassesse.
Quelle autre expression utiliser, dites-moi ?
Depuis la défense de la prétendue exception culturelle française, depuis l'appel contre la guerre à l’intelligence (sic) d'il y a quatre années jusqu'à l'Appel pour l'intelligence, d'il y a un an (en fait, une machine de guerre destinée à démolir N. Sarkozy autant qu'à booster la candidate socialiste), que le Nouvel Observateur ne craignait pas de sous-titrer : "Avant qu’il ne soit trop tard", le couplet arrogant de la Gauche morale et tout et tout me paraît fort préoccupant.
Ainsi donc, la gauche bien-pensante possède déjà vingt régions sur vingt-deux, et un nombre considérable de municipalités, mais cela ne lui suffit pas ; comme en la période bénie de mai 81, elle réclame le pouvoir absolu, le seul qui soit à la mesure de ses rêves. Et puis, après la catastrophe, comme d'habitude, la méchante Droite viendra ramasser les morceaux... Ce qui m'interpelle, personnellement, c'est qu'il faut être pourvu d'une bien piètre parcelle de cette précieuse intelligence, pour oser s'en proclamer seul détenteur. Et c'est pourtant ce que fait la Gauche française, qu'elle le veuille ou non : pas plus que l'intelligence, la démocratie ne saurait exister en dehors d'elle. Quelle atterrante présomption !
Naturellement, ce sont les mêmes, à peu de chose près, qui ont tiré dans l'ombre - et parfois dans la lumière - les ficelles de l'incroyable protection dont a si longtemps bénéficié l'assassin Battisti. Non seulement l'intelligence, donc, mais encore l'incarnation du Droit.

Et cette orgueilleuse attitude nous vaut aussi d'incroyables attaques ad hominem, qui à la vérité donnent le niveau de ceux qui les déclenchent, comme de ceux qui se plaisent à les diffuser en les amplifiant.
Peut-être se souvient-on encore que lorsque Giscard quitta le palais de l'Élysée (malheureusement pour lui, il le fit, très imprudemment, à pied), en mai 81, il fut accueilli par une bronca lamentable : quelle dignité, et quel respect de la République ! Est-il besoin de se demander si la Droite a pareillement sali Mitterrand, lorsqu'il quitta les lieux, quatorze ans plus tard, et avec de nombreuses casseroles accrochées à ses basques ?
Ainsi nous rebat-on les oreilles, en ce moment, avec la petite taille (supposée) de Sarkozy - mais a-t-on jamais vu la Droite se gausser de celle de Mitterrand, qui était - pour le moins - aussi médiocre ? Et que d'histoires à dormir debout, avec la montre du même Sarkozy ! Et quels appels haineux envers sa personne ! Pourtant, j'ai souvenance que le sinistre clown Marchais, se présentait à la télévision pour y débiter ses balivernes tout en contemplant et en frottant amoureusement sa Rollex. Cela, bien sûr, a été oublié, ou mis soigneusement sous le boisseau. Mais pourquoi Sarkozy n'aurait-il pas le droit d'aimer les belles montres ? L'horlogerie de luxe serait-elle réservée aux "fils du peuple" ? Et combien est dommageable, cette mémoire qui nous fait défaut, et qui pourrait opportunément nous rappeler l'histoire pitoyable dont le dénommé Julien Dray fut le héros, voici huit ans : ce bon socialiste achetait et vendait des montres (de collection), ce qui lui valut de comparaître devant la justice, avant d'être relaxé affaire classée sans suite) ; ce fils du peuple avait en effet acquis une montre (qui ne marchait même pas) pour la modique somme de 250 000 francs d'alors, payée 100 000 francs par carte bancaire et 150 000 francs en liquide...
On pourrait aussi se demander ce qui justifie le véritable lynchage dont a été récemment victime le dénommé Gautier-Sauvagnac, parti avec 1 million et demi d’euro, somme évidemment plus que coquette. Mais comparaison vaut raison : que penser, alors, de la situation de l’ancien PDG de Renault, Schweitzer, qui avait "gagné", en 2006, près de 12 millions d'euro, soit huit fois plus ? Il est vrai que l'argent n'a pas d'odeur de scandale, quand c'est la gauche qui en bénéficie. Et Gautier-Sauvagnac n'a pas eu la "chance", comme Schweitzer, d'avoir été le Directeur de cabinet de Laurent Fabius au temps des écoutes de l‘Elysée et du sang contaminé... Les médias, on le voit, sont indépendants, certes ; mais parfaitement dépendants de la Gauche. Il n'est que d'écouter France-Inter, radio de service "public", se lamenter en ce moment de la victoire annoncée de Berlusconi : "un pays qui ne bouge pas choisit un Président qui ne bouge pas". C'est vrai que la France, elle, est folle de joie, à l'idée de réformes à entreprendre...

Mais je ne voudrais pas terminer sans évoquer la pleureuse de la Gauche, Robert Badinter, l'homme qui pleurnicha en évoquant le fait que Saddam Hussein n'aurait peut-être pas droit à un procès équitable, et que la peine de mort était peut-être au bout (quant à évoquer le sort des milliers de gazés d'Hussein, ils étaient trop nombreux, donc on a préféré les oublier). Cette conscience de la gauche a dénoncé fin février, "une période sombre pour notre justice". De quoi s'agissait-il ? De vouloir empêcher, par une rétention de sûreté, les criminels les plus endurcis et les plus asociaux de récidiver. Quoi de plus normal, surtout dans ce pays où les condamnations à perpétuité, comme les sépultures du même nom, se transforment en quinze années d'enfermement (avec permissions de sortie - du moins pour les taulards). Je ne sais plus quel observateur étranger s'est étonné de constater que "la rue", en France, empêche d'effectuer les réformes que tous les autres pays avancés ont depuis longtemps digérées. Bref, une période sombre pour notre justice, impossible d'en douter.
Mais il me souvient (et je m'appuie sur l'ouvrage de D. Gallot, Les grâces de Dieu - le scandale des grâces présidentielles, Albin Michel, 1993, 213 p., pour ne pas faire d'erreur) qu'en août 1981, alors que la Gauche triomphante n'était au pouvoir que depuis trois mois, que la lumière l'emportait enfin sur les ténèbres, que l'État de droit triomphait enfin (!), comme s'en réjouissait l'ineffable Guy Bedos, que les opprimés et les exclus de toutes sortes allaient avoir leur part légitime du gâteau, que le chômage giscardien ne serait bientôt plus qu'un mauvais souvenir, que le bonheur serait universel - en tout cas parisien - et que le crime allait disparaître, qu'on libéra 6 500 détenus, "qui retrouvèrent la liberté, et leurs diverses activités".
Parmi ces repris de justice, une personne de choix : Christina von Opel. "Condamnée le 18 juin 1980 par la chambre des appels correctionnels de cour d'Aix-en-Provence à cinq années d'emprisonnement pour une vilaine affaire de stupéfiants, la jeune milliardaire avait eu le flair de désigner Robert Badinter pour assurer une difficile défense. Ainsi, ce que le talent du défenseur n'avait pu obtenir, le ministre l'avait emporté en quelques semaines d'un combat douteux : le garde des Sceaux avait fait libérer la cliente de l'avocat". Et c'est le même homme qui a eu le toupet, près de trente ans plus tard, de venir nous seriner avec son histoire de "période sombre pour notre justice".
Décivilisation, quand tu nous tiens...

Commentaires

1. Le mardi, 15 avril 2008, 07:55 par Adricube

Attention ! Rolex, pas Rollex ... ceci dit vous n'êtes pas le seul à faire la faute, je l'ai lue aussi dans les medias ...

Mon cher Adrien bonjour, heureux de vous lire. Mais je laisse les choses en l'état, sinon votre mail perdrait son sel...
En tout cas, mon erreur signifie au moins que je ne possède pas de Rolex... ce qui me différencie de Marchais, de Dray, et de Sarkozy !
Amitiés,
SH.

2. Le mercredi, 16 avril 2008, 08:42 par Adricube

Ah mais non, Dray ce qu'il aime c'est les Patek Philippe. Bien pire dans le genre "caviar" que Rolex qui fait, finalement, un peu nouveau riche ...
Mais dans les porteurs de Rolex on compte (comptait) par contre Jean-Paul II, le Dalaï Lama (grand amateur d'horlogerie, il n'a pas dû lire l'histoire de Louis XVI), Alain Juppé ...
Chirac lui aurait une Bréguet( entre autres).

Mais ce n'est pas moi qui porte une montre qui vaut plus cher que ma voiture qui vais leur jeter la pierre ;-)

Mazette !
SH.

3. Le mercredi, 16 avril 2008, 12:21 par Frédéric

Bonjour Samuel,

J'ai lu votre dernier texte. Toujours aussi décapant, compliments ! Pour continuer sur le thème de la "gauche triomphante" et de la Justice, voici mon dernier texte, pour une fois mis en ligne sur un autre blog que le mien :
rambla.wordpress.com/2008...

Bonne lecture !
Amicalement,
Frédéric.

Confidence pour confidence, je trouve votre texte tout bonnement fulgurant. Et j'engage mes lecteurs à courir le découvrir. Je crois que je vais en utiliser, pour mon propre compte, une citation. Celle de Laborde...
Amitiés,
SH.

Merci, cher Samuel, pour vos appréciations. Puisse mon texte contribuer, même modestement, à la lutte contre l'intoxication médiatique de Perrault et de ses émules.
Amicalement,
Frédéric.

4. Le lundi, 30 juin 2008, 12:38 par Adricube

(Réveillé lui aussi par la remarque fort mesquine de Mme Royal)

Une montre plus chère qu'une voiture, certes, mais une toute toute petite et vieille voiture ;-)

Et d'occasion, encore ...

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