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Vendredi-Seins

, 17:25 - Lien permanent

Eh bien ! Nous auront-ils obligés de le fêter avec eux jusqu'à l'écœurement, ce quarantième anniversaire du déclenchement des évènements de mai 68 ! Mais pourquoi le 22 mars ? Parce que ce jour-là, un branleur rouquin pourvu d'un culot monstre, osa interrompre le Ministre des Sports François Misoffe (le père de la candidate malheureuse à la Mairie de Paris, Mme de Panafieu) en lui criant : Et nos problèmes sexuels ?
- Trempez-vous dans la piscine
, lui répliqua du tac au tac le Ministre.
Qui ne savait évidemment pas que les problèmes sexuels de cet individu, naviguant à la voile et à la vapeur, et ne dédaignant pas les petits enfants, étaient plus que particuliers, et en tout état de cause résistants à l'eau froide...
Triste époque, en vérité, dont il faudrait se débarrasser. Une bonne fois pour toutes. Mais voilà...
Personnellement, pendant que beaucoup croyaient se débarrasser de leurs problèmes sexuels (pour en faire immédiatement surgir encore davantage, et voyez ce que ça a donné avec Cantat-Trintignan, entre bien d'autres), je me suis délecté durant la bonne quinzaine de grève à lire les Meditationes de Descartes, dans la fameuse édition Tricot. C'est tout ce qu'il me reste, de mai 68. Et je crains fort, en plus, d'avoir tout oublié, ou à peu près, du texte cartésien...

Mai 68 ! Le début de la chienlit, désordre qui perdure encore. Il est vrai que les enfants gâtés demeureront toujours des enfants, et qu'ils fuiront toujours le principe de réalité : alors, votons socialiste et rêvons camarades, créons toujours plus de postes de fonctionnaires, et vivons à crédit sur le dos de nos enfants ! Après nous, la chienlit !
Mai 68 ! Violence des affrontements ! Les forces de l'ordre, trop longtemps obligées de rester l'arme au pied, et fortement remontées par tous les quolibets que leur balançaient, en sus des pavés, de petits merdeux appartenant aux classes les plus privilégiées, se livrèrent une fois l'ordre donné de nettoyer ce bordel (comme avait déjà dit de Gaulle à Massu), à des débordements fort regrettables, et pas seulement physiques.
Le sang des hommes Je me souviens (mais qui s'en souviendra avec moi ?) que l'acteur Jean-Marc Tennberg (qui devait disparaître peu après, en 71) avait sorti un disque intitulé Le sang des hommes (qui peut le brandir bien haut, ce vinyle sous pochette blanche tachée de rouge, que je le repère ?), ensemble de témoignages un peu grandiloquents peut-être, mais intéressants tout de même.
Tiens, salope, salope, avait paraît-il craché un CRS en balançant quelques coups de crosse bien appliqués à une jeune femme enceinte (oui mais, qu'est-ce qu'elle foutait là ?)...
En tout état de cause, on ne déplora qu'un seul mort pour l'ensemble des émeutes de mai, un Commissaire de police (quantité négligeable, donc) dont les deux salopards assassins, qui avaient lancé (à Lyon) une voiture sur lui, furent relaxés, mais oui. C'était la chienlit, et ça continue.

Le résultat le plus clair de mai 68 c'est qu'auparavant (sous la préhistoire étouffante d'une morale dépassée), on disait par exemple : Le soir venu, Jésus leur dit : Passons sur l'autre rive (Marc, 4:35) ; maintenant, tout ça est heureusement terminé ; on dit plus volontiers, avec Catherine Miller, au dernier moment, je lui ai demandé de passer dans le cul.
Ah ! Mais quels insondables progrès ! Et quels pas de géant accomplis par l'Humanité !
Alors, je vais fêter mai 68 à ma façon, en vous offrant un extrait de l'ouvrage autobiographique écrit par Pierre Séel, cet ancien déporté à triangle rose qui avait ému la France entière en racontant comment les Nazis l'avaient obligé à assister au massacre de son ami...
En mai 68, Pierre Séel se trouvait à Paris, et le voici qui entre avec son automobile dans la Sorbonne...

[…] Nous étions de retour sur Compiègne. En mars 1968, brutalement, je me retrouvai soudain au chômage : Carrefour venait de racheter le réseau des grands magasins de mes employeurs et des vagues de licenciement s'ensuivirent. J'avais quarante-cinq ans, mes fils seize et quatorze, et ma fille onze ans.
Deux mois plus tard, mai 68 éclata. Comme j'étais davantage libre que les autres, je fus délégué des parents d'élèves pour aller à Paris voir ce qui se passait. Je devais ensuite passer à Toulouse car ma femme avait là-bas trouvé un travail important et elle m'avait demandé de me faire une opinion sur son logement de fonction.
J'arrivai avec ma voiture devant la Sorbonne occupée. Je me présentai devant le portail. Le service d'ordre, méfiant, visita la boîte à gants et fouilla le coffre de l'auto. Puis il donna l'ordre d'ouvrir le portail. J'entrai ainsi dans la cour de la Sorbonne. Il régnait une atmosphère surexcitée. Les amphithéâtres étaient bondés et des groupes entiers discutaient dans les escaliers. Certains dormaient dans des salles de cours, d'autres faisaient l'amour sans pudeur. Je me disais que si la police donnait l'assaut, ce serait un carnage. Je retrouvai un de mes neveux au stand des maoïstes. Il fut plus tard de ceux qui furent très affectés par la mort de Mao Tsé-toung.
Rapidement, je m'inquiétai : ma voiture semblait avoir été quasiment réquisitionnée et il n'était plus question de ressortir. Le téléphone était coupé et je ne pouvais appeler mon épouse. Je vécus ainsi trois jours avec ces " insurgés" dans une atmosphère de fumée et de gaz lacrymogènes. Nous toussions beaucoup et nous avions souvent un mouchoir sur la bouche. Je suivais les discussions en amphithéâtre. J'étais bien loin de tout comprendre de ces débats idéologiques confus. Je rencontrais une jeunesse exaltée et généreuse, passionnée de justice et de liberté, mais je garde aussi le souvenir d'un immense désordre, d'un mouvement utopique au bord du massacre. Au quatrième jour, je réussis à négocier mon départ
[...].


Post-scriptum : je lis dans Le Monde, ce 2 juin 2008, dans le Courrier des lecteurs, la lettre d'un ancien correspondant de Témoignage chrétien, présent sur les lieux, à Lyon, le soir du 25 mai 68. Il affirme, et ses dires paraissent dignes de confiance, que le Commissaire Lacroix n'est pas mort écrasé par le camion fou, mais victime d'un infarctus (le camion l'avait frôlé). Dont acte.

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