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La passion Kennedy

, 04:47 - Lien permanent

Il y a de cela bien longtemps, mais ça n'a rien à voir avec l'incident que je vais conter (quoi que), un collègue avait cherché à justifier devant moi le fait qu'il trompait sa femme par un argument à ses yeux péremptoire : "que veux-tu, avec elle (il parlait de la femme, pas de la maîtresse), c'est la passion" ! Je pensai alors, à part moi, que bien des individus mal mariés eussent donné cher pour être entourés de la "passion" (peut-être un tantinet envahissante) de leur moitié...
Je ne sais pourquoi cette histoire m'est revenue tandis que, hier matin, je racontais à de bons copains que j'avais regardé la veille au soir, avec grand intérêt, l'émission d'Arte sur l'assassinat du président Kennedy, en particulier parce que je me pique de ne rien connaître ou peu s'en faut à cette affaire bien embrouillée, et qu'enfin, j'avais pu voir la bouille du très célèbre Abraham Zapruder, heureux auteur d'un film sur le malheureux évènement (ô l’épouvantable nuage rose autour de la tête du Président, à l’impact de la première balle), et qui restera davantage dans l'histoire pour ce fait que pour son métier de tailleur pour dames.
Que n'avais-je pas dit ! L'un de mes copains s'anima avec quelle vigueur, me racontant que je n'y connaissais rien - ce dont je ne me défendais nullement - qu'en réalité c'était ce salaud d'Hoover, ce pédophile...
Bang !
Je n'avais pas eu le temps d'avertir mon interlocuteur passionné - d'habitude si posé - de la proximité immédiate du danger, qu'il s'était pris en pleine poire un pare-balles en béton - eu égard au lieu où nous nous trouvions ce matin-là...
Curieusement, après ce choc inattendu et combien violent, "ce salaud d'Hoover" était passé du stade de pédophile au statut de "pédé", sans que je comprisse bien s'il y avait là quelque hiérarchie secrète. Mais voilà que les autres camarades qui nous suivaient à quelques pas, se jetèrent tous arguments baissés dans la controverse - en prenant bien garde, eux, de se courber devant le pare-balles. Et l'on me sortit la Mafia - "d'ailleurs Marilyn Monroe aussi a été assassinée" - les rois du pétrole, Castro et sa clique cubaine, j'en passe, et des plus saugrenus !
Et moi, qui avais seulement avancé bien timidement une opinion de téléspectateur moyen, au terme de laquelle l'émission d'Arte, "Le fantôme d'un assassinat" (deux mille ouvrages, une paille, rédigés sur la seule journée du 22 novembre 1963 à Dallas !) m'avait paru faire honnêtement le tour de la question, avec en guise de colonne vertébrale le témoignage personnel du grand Norman Mailer - témoignage d'autant plus émouvant que cet écrivain nous a quittés il y a tout juste deux mois - nous révélant comment une opinion, pour peu qu'on soit sincère et qu'on veuille bien s'informer, peut connaître une sacrée inflexion (ici, des thèses « conspirationnistes » à l'acceptation pure et simple du Rapport Warren). Que ne m'étais-je tu ! Mes copains, d'ordinaire relativement modérés dans leurs opinions, s'étaient déchaînés sur moi, avançant toutes sortes de "raisons" ! Cela me servira de leçon !

Il se trouve qu'un jour, fort lointain ai-je dit, je me trouvai dans le grand amphi de la Sorbonne avec quelques centaines d'homoïo, comme disaient les Grecs. La connaissance dont j'ai parlé m'aperçut dans la cohue, et se précipita sur moi : "je n'ai pas pu me libérer de ma femme, elle me surveille comme mon ombre, elle a absolument tenu à me suivre jusqu'ici : surtout ne lui dis pas un mot de X" (la maîtresse en question - mais pour qui me prenait-il donc ?).
Naturellement, étant pour la paix des ménages, je n'avais pas envisagé une seule seconde de dire à la "passionnée" : "tu sais ton Z de mari, etc. etc.".
Et c'est la même attitude que j'aurais dû observer sur le pas de tir : surtout ne pas parler d'Arte et de son enquête Kennedy (enfin, c'est plus exactement une enquête américaine). Dire au contraire que je n'aime rien tant que la télé-réalité de TF1, et ses coupures publicitaires, tant prisées de la gauche ! Ainsi, les vaches eussent été bien gardées – de même que les multiples assassins de Kennedy, véritables poules aux œufs d’or pour nombre d’aigrefins scribouillards...

PS Dans une interview fulgurante (de mon point de vue, naturellement, mais on sait combien je suis parfaitement objectif) Alain Finkielkraut a parlé, ce même matin, sur France-Inter, de la politique de civilisation (on peut consulter ce court texte, sur un aspect de la pensée de Finkielkraut). À ce sujet, il a fait allusion à une autre interview, parue dans un média écrit (Le Monde) de Jean-François Kahn (curieusement, nous n'avons pas lu ce texte de la même manière, lui et moi), et au fait qu'il fallait désormais, pour être compris des djeuns, ne pas faire référence au passé, et utiliser des phrases courtes. Bon, alors, je dis ici que moi, qui suis comme Kahn amoureux de la "période cicéronienne", je continuerai à faire des phrases longues (pas comme Proust, tout de même, faut être raisonnable, pa ?) et à multiplier les allusions au passé.
Ceusses qui ne sont pas contents pourront aller se faire voir ailleurs, par exemple se délecter des œuvres complètes de Loana (pas encore parues dans la Pléiade, mais ça ne saurait tarder – avec cette "société de l’immédiat", tout peut arriver).

Commentaires

1. Le jeudi, 24 janvier 2008, 13:36 par Un quidam

Comme quoi, il faut tourner sa langue sept fois dans sa bouche...
Mais qu'espérais-tu donc trouver en visionnant cette émission ?
Je suis surpris de ton intérêt pour le sujet ??? Le mystère n'est plus de mise... tout a été résolu dans un livre par un de nos 'amis' communs.. à sa façon, bien entendu...

Mais quel style étourdissant qui ne fait que se bonifier avec le temps qui passe...

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