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Bonne année ?

, 16:46 - Lien permanent

Eh bien, il est enfin parti cet implacable dictateur à moitié cinglé, selon le mot de Jean-François Kahn (à moitié, seulement ?), si fringant en sa jeunesse, mais qui donne aujourd'hui l'impression d'être drogué à mort. Et il est enfin rentré de Louxor, notre sémillant Président (parfois, on le souhaiterait moins voyant, un peu moins m'as-tu vu). Deux évènements sur lesquels une certaine gauche a encore trouvé à redire. Quelle mémoire courte !
Au PS, F. Hollande a accusé N. Sarkozy de recevoir un "dictateur qui s'est compromis dans des actes terroristes". Certes, certes. Aurait-on déjà oublié, j'en parlais déjà en 2001, que Mitterrand avait rencontré en Crète, mi-novembre 84, l'infréquentable Colonel, et que, deux ans plus tard, il refusait le survol de notre territoire aux aéronefs américains qui s'en allaient donner une leçon cinglante à Kadhafi - leçon dont il semble s'être à peu près souvenu.


A Paris

Depuis, grâce à la multiplication des espèces sonnantes et trébuchantes, il s'est acheté une conduite. La politique ne sera jamais un département de la morale, on peut le déplorer mais on ne peut le nier. Alors, Kadhafi ou un autre...
Moi, ce qui m'étonne et m'inquiète, c'est bien davantage que le leader libyen ait pu visiter le Louvre en 30 minutes. Moi qui y ai passé des dizaines d'heures, et plus encore, je me demande si je suis vraiment à la hauteur de ce grand admirateur des chefs d'œuvre de l'humanité...
Et puis, que n'avons-nous pas entendu à propos des courtes vacances du Président ! Lorsque Mitterrand se rendait dans les mêmes lieux, avec sa fille plus ou moins cachée et sa suite de courtisans, à nos frais bien entendu, alors toute la gauche était muette d'admiration devant le Pharaon en représentation. Mais Sarkozy, non !

 Photo AP - Lui ! Sicile, avril 1998
Pourtant, il n'est pas le seul à s'être montré, hier ou aujourd'hui, hors du territoire national. Mais la Droite n'a pas le droit de se conduire comme la Gauche, ça lui est interdit, un point c'est tout ! Na ! Ah, ça leur va bien, de dénoncer la "faillite morale" de la présidence Sarkozy !

Et à peine le voilà rentré, que le Kenya sombre dans des combats inter-ethniques, manière édulcorée de parler du racisme exacerbé, ce terme devant être réservé aux méchants Européens. Moi, je vous le dis, on devrait bien chercher, il doit y avoir une responsabilité sarkozienne dans les massacres kenyans, c'est pas possible autrement... Et en cherchant mieux encore, on devrait pouvoir remonter jusqu'au Biafra...

Et voilà que j'en viens à songer au sévère constat de René Dumont, l'Afrique noire est mal partie. Férocement sévère d'abord pour les Européens, car Dumont, c'est son droit, voyait dans la colonisation l'origine de plus d'un des innombrables maux dont souffrait l'Afrique - certes, il n'avait pas lu Lefeuvre, ce qui lui aurait ouvert les yeux, à n'en pas douter, sur nombre d'opinions qui lui paraissaient alors, en 1962, très fermement établies...
Et me voilà remontant jusqu'aux Damnés de la Terre, cet ouvrage-brûlot de Frantz Fanon écrit un an auparavant, si souvent "saisi", procédure qui n'a heureusement plus cours. Ouvrage d'une confondante naïveté, il faut quand même le souligner (sauf lorsqu'il prédisait la confiscation des luttes "populaires" au profit des seuls bourgeois locaux. Et je ne dirai rien de la célèbre préface de Sartre, brillante démonstration, ô combien nébuleuse, d'une intelligence hors du commun, et par là même capable de tout justifier). Ce damné de la terre d'origine martiniquaise avait complètement épousé la cause de l'indépendance algérienne (mort prématurément d'une leucémie, il avait d'ailleurs demandé à être enterré en terre algérienne) : s'il revenait, on peut imaginer ce qu'il penserait de cette indépendance. Á tout le moins, il a dû se retourner à maintes reprises dans sa tombe...
Je songe à Fanon, car il disposait d'une évidente bonne foi. Ce qui n'est pas le cas de notre Mouammar Kadhafi, qui, avant de venir s'afficher comme on sait à Paris, avec de bien curieuses "gardes" du corps, avait déclaré, à l’université de Lisbonne, Les superpuissances ont violé la légitimité internationale, le droit international et les Nations unies, et ont exécuté leurs décisions en dehors de ce cadre et donc il est normal que les faibles aient recours au terrorisme, ajoutant, c'est une antienne bien rodée, que les forces coloniales doivent dédommager les peuples qu’elles ont colonisés et dont elles ont spolié les richesses. Encore un qui, en guise de "compensation", devrait se payer l'ouvrage de Daniel Lefeuvre, "Pour en finir avec la repentance coloniale" (publié en 2006). Il y ferait de sacrées découvertes.
Vraiment, on se marre, enfin on se marre jaune, en entendant ces paroles verbales, comme dit le volatile qui paraît ce jourd'hui, quand en regard on songe à ce qui se passe en ce moment même au Kenya, aux féroces affrontements tribaux - que la colonisation avait fait cesser, et qui reprennent un peu partout, à la violence qui se déchaîne sans limites, mais que de bons apôtres vont sans doute parvenir, avec leurs habituelles arguties, à mettre sur le dos des anciens colonialistes.
Alors, on se demande comment oser prononcer le rituel Bonne année, lorsqu'en plus, on apprend que des prêtres se foutent sur la gueule, en un lieu sacré entre tous, en principe, à leurs yeux du moins, la basilique de la Nativité, à Bethléem ! Pour eux, c'est donc la bonne ânée. Et l'avoinée.
Vraiment, à qui se fier ? Ah, il n'y a pas de quoi être fier de vivre dans une telle pétaudière, ne pensez-vous pas ?



Expo

J'écris ces lignes au retour d'une visite éclairante, et ô combien émouvante, celle d'une exposition consacrée aux travaux d'une ethnologue bien oubliée, Eugénie Goldstern, bien oubliée dans les charniers de l'histoire, car elle est partie en fumée à Sobibor. Décrivant la ferme typique de Bessans (Savoie), dans les années précédant immédiatement le premier conflit mondial, elle commentait ainsi : "Malgré la surpopulation du logis-étable, et malgré le fumier qui n'est évacué qu'une fois par semaine, l'air est tout à fait respirable, et cela grâce surtout à l'action de la cheminée [...]".
On se demande s'il ne faudrait pas vivre à proximité de quelque tas de fumier, pour percevoir l'atmosphère de notre monde davantage respirable.
Alors, bonne année, malgré tout. Mais avec quel scepticisme.

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