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Caravanes

, 20:22 - Lien permanent

Non, il ne s'agit pas de Caravan, du Duke, dont je ne suis pas assez savant en la jazzitude pour en parler utilement. Mais d'autre chose, plus futile. Quoi que...
L'autre jour, j'avais pédalé de façon débonnaire, et j'étais maintenant en attente devant une barrière fermée, car le train de Chambéry allait passer d'une minute à l'autre. Je me rendais, en effet, comme très régulièrement et de très bon matin, vers une salle de gym où je cultive amoureusement ma tablette de chocolat, qui doit d'ailleurs beaucoup plus à Kronenbourg qu'à Menier ou Cemoi.
Alors que tout en reprenant mon souffle j'attends le passage de la micheline, mon attention est attirée, tout là-bas au fond, sur la piste cyclable à deux bandes, par une forme blanche. Tiens, quelqu'un aurait-il eu le culot de poser sa caravane en cet endroit, pour la nuit ?
Bien, le train du petit matin et ses rares voyageurs sont passés. La voie est libre, j'emprunte la piste cyclable. Immédiatement, j'aperçois au loin non pas une caravane isolée, mais un véritable campement qui s'étire en longueur, et comprend au moins cinquante unités ; toutes superbes, toutes surmontées d'antennes satellite, toutes flanquées de grosses Mercedes de bon aloi (faut de la puissance, pour tracter de pareilles bestioles).
Tandis que mes sourcils se froncent à la vue de ces intruses, je me réjouis du moins que le passage sur la piste ait été laissé libre d'accès.
Las, non seulement j'avais été trop optimiste, car j'ai failli heurter de plein fouet l'un de ces mastodontes, mais encore je m'aperçois trop tard, tandis que j'effectue une manœuvre désespérée à la Armstrong (vous souvient-il, il y a deux ans je crois, de quelle belle façon le champion américain avait sauté un talus ?), que je viens, depuis une bonne dizaine de mètres, de rouler sur d'innombrables sentinelles bien fraîches qui n'ont pas répandu, sur mes garde-boue, que du Chanel n° 5...

Bon, je poursuis ma route sans autre incident. Mais tout en exerçant mes pectoraux, je pense à ce que je viens de voir : des antennes télé et pas d'électricité ; du linge étendu et pas d'eau courante ; d'énormes pierres bousculées pour forcer le passage, et pas de tracto-pelle...
Au retour, donc, empruntant la voie normale, je passe très lentement, pour mieux scruter le mystère de ce campement improvisé, devant lequel se prélassent à présent quelques jeunes femmes dépenaillées (la nuit a été chaude) et des théories d'enfants n'ayant pas fréquenté Bébé Cadum depuis un certain temps.
Bref. Mais en y regardant de près, je remarque, outre que la pelouse séparant les pistes cyclables est complètement lacérée, que de chaque petit lampadaire - et la Municipalité du lieu n'a pas lésiné sur leur nombre pour que les cyclistes et promeneurs soient parfaitement éclairés, la nuit tombée - dépasse un fil discret : toutes les caravanes sont ainsi alimentées, et je m'inquiète de savoir si le courant est fourni par Edf, par Campaneo ou par Poweo. D'ailleurs, peut-être que ces gens, qui voyagent beaucoup, n'ont pas encore eu le loisir de faire leur choix ?
J'aperçois aussi, tandis que les caravanes me voient passer, une familière borne rouge, mais toute déshabillée. Heureusement qu'il n'y a qu'un seul fournisseur d'eau, en principe...

J'étais bien jeune, à peine vingt ans, lorsque je découvris avec stupéfaction, dévorant Rousseau, citoyen genevois qu'on présente volontiers comme une sorte de soixante-huitard avant la lettre, ce principe qu'on devrait inscrire au fronton de chaque édifice public :

Quand on peut désobéir impunément, on le peut légitimement
.

À partir de là, on peut analyser toute la déliquescence de notre société finissante.
Tiens, parmi mille exemples possibles, je prends celui du pain. Je ne sais plus où j'ai lu qu'après la décision de libérer le prix du pain, en 1978, la baguette a augmenté de 40 %, en moyenne, et cela dans les deux années qui suivirent... Si encore elle s'était arrêtée là ! Mais les dérapages boulangers n'interpellent personne.
Sait-on assez que le blé ne représente que 7 % du prix du pain ? Le reste étant essentiellement de l'eau, je me dis qu'à ce prix-là, ce doit être au moins de l'eau précieuse Dépensier, ou je ne m'y connais pas !
Autrement dit, l'imbécile adage soixante-huitard, Il est interdit d'interdire, est en passe d'avoir force de loi sur nos consciences habituées.

Mais un second exemple, très récent, s'impose.
Au cours d'une émission dite estivale de France-Inter, la radio publique donc de gôche, j'ai entendu un véritable panégyrique dressé à partir du portrait, d'une complaisance inouïe, d'un jeune pickpocket. Certes, cela s'intitulait, je crois, que faites-vous de vos dix doigts ?
Et il faut bien avouer que ce jeune homme avait particulièrement exercé les siens, de sorte qu'il dépouillait ses nombreuses victimes sans attirer le moins du monde leur attention. Du moins sur l'instant. Et il ajoutait, un peu gêné tout de même, que lorsqu'il rentrait chez lui et faisait le bilan de ses prises, il lui arrivait de regarder des photos de famille, des souvenirs intimes, et que cela le troublait.
Pourtant, à aucun moment ne lui fut opposé ce fait très simple que non seulement il dérobait des biens matériels, mais encore qu'il saccageait irrémédiablement des souvenirs auxquels ses victimes tenaient peut-être comme à la prunelle de leurs yeux, de leurs pauvres yeux fatigués car, naturellement, ce courageux travailleur s'attaquait de préférence aux personnes âgées. Et on faisait l'honneur d'une émission de radio à ce type de comportement infect !
Non, on voudrait rester calme, mais des mises à la porte pour les uns, à l'ombre pour d'autres, me paraissent indispensables. Elles n'auront pas lieu, bien évidemment : il est interdit d'interdire. Et tant pis si c'est au prix, dans le cas qui nous occupe, de la désolation de vieilles gens : quelle importance, à côté de l'admiration béate vouée aux djeunes ?

Tout n'est peut-être pas perdu, cependant. Dans l'hebdomadaire préféré des bobos, le Nouvel Obs, j'ai récemment lu l'article larmoyant d'une ci-devant juge tonnant contre la prochaine disparition de "l'excuse de minorité".
La dame se lamentait : les dispositions de la loi en cours de discussion "vont entraîner automatiquement plus de peines de prison pour les mineurs" (le contraire eût été étonnant). Et elle réclamait, en lieu et place de cette sévérité accrue, davantage de moyens pour les centres éducatifs, etc. etc. Elle ajoutait, et c'est d'ailleurs le titre de sa profession de foi, "la société doit supporter ces jeunes".
Eh bien, ce qui m'a réconforté, c'est que les lecteurs bobos ont vertement répondu à cette "déclaration hallucinante", et que ça a été un tollé général : "Il faut laisser les bons sentiments aux curés et aux bonnes sœurs", dit l'un. "Encore une syndicrate du syndicat de la magistrature... Elle fait sûrement partie des gens qui ont vu dans les émeutes de 2005 une saine révoltes des djeunes", dit un autre. Et tous de s'écrier : "Assez !"
Oui, cette réaction est rassurante. Mais en attendant quoi ?

Au fait, j'ai oublié de vous dire. Bien sûr que la Municipalité dont on a saccagé une longue piste cyclable bien aménagée possède un parfait terrain, bien aménagé lui aussi, pour les gens du voyage.
Mais je n'ai pas réussi à percer le mystère des énormes blocs de pierre bousculés comme fétus...

Commentaires

1. Le mardi, 10 juillet 2007, 13:01 par Un citoyen ordinaire

Effectivement, la situation des "gens du voyage" ne cesse, moi aussi, de me laisser perplexe. La petite mésaventure relatée ici-même me rappelle une autre vécue il y a quelques années lorsque j'allais faire, non pas un petit tour en "petite reine", mais mon petit footing dominical avec des amis dans le bois de Vincennes.

Et là aussi, quelle ne fut pas notre surprise de constater qu'un dimanche matin, non seulement la municipalité parisienne (car c'est bien elle qui gère administrativement cet espace) avait ouvert les barrières pour laisser entrer les caravanes à l'intérieur-même du dit bois (au nom de quoi une telle dérogation ? sachant que, là aussi [bis], des emplacements spéciaux leur sont réservés ailleurs) - et je passe, bien évidemment, sur l'aspect esthétique du linge séchant dans les arbres et des sacs poubelles débordant s'offrant aux yeux (et au nez) des promeneurs et touristes - mais surtout notre regard fut expressément attiré par le volume et la cylindrée des véhicules garés à côté des caravanes. Là aussi [ter], pas de vieux tacots ou de vieilles guimbardes (qui auraient été évidemment dans l'impossibilité physique de tracter ces véritables "petits palais roulants") mais de superbes "monstres" rutilants que n'aurait pas renié un récent vainqueur du Loto.

Alors, nous nous posâmes tous la même question : comment des gens du voyage qui, par définition, sont dans une situation professionnelle précaire (ou du moins devraient logiquement l'être, vous imaginez, vous, ce que ça peut être de trouver un emploi stable et bien rémunéré quand on n'a pas d'adresse fixe et que l'on change de ville tous les 15 jours ?...) peuvent-ils se payer de telles caravanes (eh oh ! on est bien d'accord, je ne parle pas de la petite caravane du petit couple de retraités qui passe son mois d'août à jouer à la belote au petit camping du bord de mer, je parle bien de véritables maisons sur 4 roues avec tout le confort intérieur...) ET de tels véhicules pour aller avec ??...

Alors de deux choses l'une : soit quand on est un nomade, précarité professionnelle ne rime pas nécessairement avec précarité financière (auquel cas, là il faut qu'on m'explique l'origine des revenus des propriétaires des 4X4, Breaks, et autres Monospaces que j'ai pu voir...).
Soit quand on est un nomade, on connaît les bonnes adresses de concessionnaires qui font des rabais incroyables aux clients ! (auquel cas, là il faut que l'on me donne ces mêmes adresses, car ma vieille Lancia de 13 ans d'âge commence à donner quelques signes d'essoufflement...).

En tout cas, quoi qu'il en soit, ces questions (bien légitimes) que nous autres, pauvres petits joggers du dimanche, nous nous posions, les autorités municipales, policières et fiscales parisiennes, elles, ne semblaient pas (et ne semblent toujours pas, en France) se les poser, et pourtant, "signe extérieur de richesse" et "justification de revenus", ça veut encore dire quelque chose dans le Droit français, non ??
Mais bon, "Honni soit qui mal y pense", bien sûr...

2. Le mardi, 10 juillet 2007, 14:39 par Pellafol

Dimanche matin, entre Voreppe et Moirans, une centaine de caravanes flambant neuves à proximité d'une Z.I. !!

À méditer : "le socialisme est le croisement de la jalousie et du parasitisme"...

Mercredi 11/07, 07:30. Les caravanes se sont envolées, la place est nette. Enfin, quand je dis nette...
Une escouade de jeunes gens gantés s'en va scrutant deux à deux, mètre par mètre, cette longue surface abîmée, qui tenant une grosse lessiveuse, qui y stockant les déchets minutieusement récoltés...
Quelle importance, c'est nous qui payent, comme eût dit Coluche.
Ces bons apôtres ont donc vidé les lieux au bout de quinze jours, délai nécessaire, j'imagine, à tout organisme pour mettre en branle la Justice. En plus, ils sont malins... Quand on peut désobéir impunément...

SH

3. Le vendredi, 13 juillet 2007, 11:54 par Marie-France Bezzina

Il me semble qu'un ministre de l'intérieur du nom de Nicolas Sarkozy avait un jour déclaré que des vérifications seraient faites sur les situations financières de ces personnes aux Mercédès (pas toutes) qui sont pour la plupart de nationalité française. Beaucoup touchent le RMI, ceux qui ne sont pas mariés mais parents se voient attribuer toutes les allocations possibles, familiales, de parent isolé... et bénéficient de la CMU.

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