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Quatre ou cinq fois sept fois soixante dix-sept fois Six-Jours

, 06:24 - Lien permanent

Une fois de plus, la célébration (si je puis dire) de l’anniversaire de la guerre des Six-Jours a été l’occasion, dans nos organes de presse écrite et parlée, d’un déchaînement incroyable de contre-vérités, pour ne pas dire plus (il a fallu avaler, dans le Monde, et sans rien dire, les incroyables pages spéciales consacrées à «la Palestine démembrée» - par les méchants Israéliens, bien sûr).
D’autant que là-dessus, sont venus se greffer, d’une part l’insurrection violente, dans un camp de «réfugiés palestiniens», Nahr Al-Bared, d’un groupe puissamment armé (armé par qui ?), le Fatah Al-Islam, contre les autorités d’accueil, en l’occurrence le Liban ; et d’autre part, la sécession de fait du «territoire de Gaza», minuscule poudrière aux frontières de l’Égypte, par rapport à la «Palestine libérée». Et je n’ai pas su s’il fallait rire ou pleurer, dimanche dernier au matin, lorsque le commentateur de France-Inter a fait part du «désarroi de la Maison blanche devant les événements de Gaza».
Imaginez par exemple que la Creuse décide, ce qu’à Dieu ne plaise, de faire sécession, et pour cela fasse largement couler le sang ; pensez-vous, une seconde, que cet évènement-détail de l’histoire entraînerait un quelconque désarroi du côté de Washington ? Alors, pourquoi Gaza, je vous le demande !
Évidemment, ce que j’envisage est une folle hypothèse, pour employer une belle expression de Maxime Chastaing. Les gens de la Creuse sont des travailleurs, comme vous et moi, des gens pacifiques qui règlent leurs éventuels problèmes devant les juridictions idoines, et non à coups de kalachnikov (payées par qui ? Mais par l’Europe, bonnes gens !). Ils ne sont pas des spécialistes de l’oisiveté, que cela plaise ou non.

Après 67 - Depuis le Golan vers le Liban

Je me souviens, après la dite guerre dite des Six-Jours, de Jérusalem : d’un côté, ça s’agitait, ça courait en tous sens, bref ça travaillait. De l’autre, c’était assis ou parfois couché à même le sol, et ça attendait. Quoi ? Godot, peut-être. Bref, cette indolence, pour ne pas dire plus, je la retrouve chaque fois que, me dirigeant vers les Archives de ma bonne ville, je traverse certain quartier d’ailleurs remis à neuf à grands frais par la pénultième municipalité progressiste – fermons la parenthèse, et revenons à la «Palestine».



Tiens, un journaliste un peu plus avisé que celui de France-Inter, l’envoyé spécial du Monde (faut-il à cet égard rappeler qu’il y a autant d’envoyés spéciaux dans les «territoires palestiniens» que dans toute l’Afrique ?), rapportait il y a peu que le centre de Gaza [était] le théâtre d'une gigantesque opération de pillage (une autre source parlait de bandes de voyous, quelle horreur), et avançait l’hypothèse plausible d’un "découplage politique de la Palestine", autrement dit d'un rapprochement de l’Autorité palestinienne et de la Jordanie (que n’a-t-on pas, à cet égard, rappelé le lamentable destin de feue la République arabe unie ?).

À ce point parvenu, il convient de remettre en mémoire un certain nombre de données, intangibles, que cela plaise ou non. Par exemple, en dépit de tous les "le peuple palestinien" que tous nos médias nous serinent à longueur d'antenne(s), il n'y a jamais eu de sentiment d'appartenance à un tel "peuple" parmi les Arabes de Palestine, du moins jusqu'à ce qu'Arafat, par un coup politique bien conduit, crée ce sentiment de façon purement artificielle : voyez-vous que le Hamas et le Fatah, dont les affrontements sanglants ne datent pas d'hier, appartiennent à un même peuple palestinien ? Et ce, contrairement à ce qu'on a pu observer, depuis fort longtemps et pas très loin de là, parmi les Kurdes ou les Arméniens.
Tout d’abord, un rappel très succinct sur l’Islam. L'Islam naît entre La Mecque et Médine (soit dans la partie occidentale de l'Arabie, en bordure de la Mer Rouge), de 610 à 620 de notre ère (prédications de Mahomet). L'expansion territoriale continue au nom de cette religion démarre dix années plus tard, de 632 à 749, et s'étend de l'Espagne à l'Indus, en passant évidemment par la "Palestine" (conquête vers 640, érection de la mosquée "Dôme du Rocher", à Jérusalem, sur l'esplanade du Temple d'Hérode, en 691-692). Cette expansion continue, effectuée naturellement dans la violence et le sang, accompagnée de «déplacements de populations» et, naturellement, d’innombrables soumissions à l’esclavage, a fini par se heurter à la constitution de l’Empire ottoman (pour ne rien dire de l’épisode de Charles Martel, sur notre territoire - non plus que des Croisades). Cette expansion s’est faite dans le sang, ai-je dit. Rien de plus normal.
Et je rappelle les premières phrases de La France et son armée, rappel certes inutile, car vous connaissez tous par cœur cet ancien écrit (1938) de Charles de Gaulle :
"La France fut faite à coups d'épée. Nos pères entrèrent dans l'histoire avec le glaive de Brennus. Ce sont les armes romaines qui leur portèrent la civilisation. Grâce à la hache de Clovis, la patrie reprit conscience d'elle-même après la chute de l'Empire. La fleur de lys, symbole d'unité nationale, n'est que l'image d'un javelot à trois lances".

Les choses sont ainsi faites, les bonnes âmes peuvent toujours détourner les yeux. Mais continuons à rappeler encore quelques faits : au 18e siècle, par exemple, de la Pologne, s'étendait sur 850 000 km2, et ne possède plus aujourd'hui que 312 000 km2 - quels déplacements inouïs de frontières et de populations ! A-t-on entendu les Polonais réclamer (à leur voisin oriental) la bonne moitié de leurs territoires perdus ?
Plus près de nous, c’est entre 12 et 15 millions de civils allemands qui furent "déplacés" en 1945, et parmi eux, deux millions au moins furent massacrés (se souvient-on, par exemple, de la tragique évacuation de la Prusse orientale, et du crime de guerre soviétique, le torpillage du bateau de croisière "General von Steuben" ?). Qui parle encore d’eux ? Ont-ils, oui ou non, été intégrés dans la nouvelle Allemagne fortement rétrécie ? Ou croupissent-ils totalement inactifs dans des "camps", réclamant depuis soixante ans l'aumône de l'Onu ?
Et je ne citerai que pour mémoire notre million de "rapatriés d'Algérie" mis sans ménagements à la porte, après une guerre que nous avions d’ailleurs totalement gagnée : ces gens-là sont-ils aujourd’hui dans des camps, remâchant sans cesse leur amertume, et cultivant l’oisiveté ? Poser la question, c’est y répondre.
Mais il faut y répondre plus précisément encore, et pour cela quoi de plus féroce que cette opinion du grand philosophe méconnu Georges Gusdorf : "Les mœurs politiques et sociales d'aujourd'hui pénalisent ceux qui travaillent et prodiguent encouragements et secours à ceux qui ne font rien. Les mêmes bons esprits qui dénoncent les "superprofits" du capitalisme, sont tout prêts à célébrer la renaissance arabe de l'ère pétrolière, comme un juste retour des choses. Or, le pétrole est le fruit de la présence européenne, à qui est dû le travail immense de la recherche, de la découverte et de l'exploitation. Maîtres chez eux, comme il est légitime, les potentats arabes n'ont qu'à commander à leurs sujets de tourner le robinet et de percevoir des prix sans rapport aucun à la peine des hommes nécessaire à la production, peine à peu près nulle en la circonstance. On croyait pourtant, conformément à l'évangile de Marx, que la valeur est proportionnelle à la quantité du travail humain investie dans les marchandises fabriquées. Il semble que le principe ne s'applique plus lorsque les bénéficiaires du système ne sont pas des Occidentaux" [in Le crépuscule des illusions, pp. 44-45 - Souligné par moi]

Et puis, il faut citer in extenso un grand texte, complètement oublié, paru justement au moment de la guerre des Six-Jours. En réponse à une opinion défendant ces pauvres Palestiniens, due à la plume du distingué arabisant Jacques Berque (qui, vingt ans plus tard, devait, à la demande de Chevènement, produire en 1985 un incroyable rapport intitulé L’immigration à l’école de la République), le philosophe-combattant Jacques Soustelle fit tenir au Monde (toujours lui) le long texte suivant (que les journalistes d’aujourd’hui feraient bien de relire, eux aussi). Il vaut la peine d’être lu jusqu’au bout, car il remet bien en place nombre de faits désormais occultés :
"1° - La Palestine historique, celle que la société des Nations, après l'effondrement de l'Empire ottoman, confia en mandat à la Grande-Bretagne, comprenait tout le territoire qui appartient aujourd'hui à l'État d'Israël et au royaume hachémite de Jordanie. Malgré la diaspora, des groupes juifs n'ont jamais cessé de se maintenir dans ce territoire, à Jérusalem, à Hébron, à Safed, à Tibériade notamment. Cette Palestine a subi deux partages : d'abord en 1922, quand l'Angleterre en a détaché la plus grande partie pour créer la Transjordanie ; puis en 1947, quand l'O.N.U. décida de partager ce qui restait entre un État juif et un État arabe.
Personne n'ignore que cette solution, pourtant si mauvaise à bien des égards, fut acceptée par les Sionistes mais repoussée par les Arabes, qui passèrent à l'attaque, sporadiquement, dès novembre 1947, et en masse le 14 mai 1948. Comme résultat de la guerre déclenchée par eux, l'État hébreu prit la forme que nous lui connaissons, et la dynastie hachémite annexa à son royaume, devenu la Jordanie, les importantes régions de Naplouse et d'Hébron, ainsi que la moitié de Jérusalem. Les juifs qui y résidaient furent chassés ou massacrés.
Deux conséquences, me semble-t-il, peuvent être déduites de ces faits :
- qu'on le veuille ou non, l'O.N.U. et les grandes puissances, y compris l'Union soviétique, ont approuvé en 1947 un partage fondé sur l'attribution aux Arabes de la plus grande partie de la Palestine, et aux juifs d'un tronçon à peine viable économiquement et stratégiquement ;
- s'il n'existe pas d'État arabe palestinien, cela est dû non aux Israéliens, mais à la Jordanie.
2° La doctrine constante du sionisme jusqu'en 1948 a consisté à associer les Arabes palestiniens à la construction du futur État qui était conçu, comme suite à la déclaration Balfour de 1917, comme devant s'étendre à l'ensemble de la Palestine. En 1919, l'émir Fayçal avait conclu à ce sujet un accord avec le docteur Haïm Weizmann, leader du sionisme. Et le chef 'révisionniste' Jabotinsky, en déposant devant la commission royale présidée par lord Peel en 1937, précisait qu'il y avait place en Palestine (dans la Palestine historique, bien entendu) " pour un million d'Arabes, un million de leurs descendants, des millions de Juifs, et la paix".
Pourquoi le partage est-il devenu inévitable ? Il est impossible de retracer ici les émeutes anti-sémites de 1920, de 1929, et surtout de 1936-1939, fomentées avec l'aide de bandes irakiennes et syriennes, par le Comité suprême arabe et le trop fameux mufti El Hadj Amine El Husseïni. Pogroms, massacres, pillages et viols, attaques contre les kibboutzim, les travailleurs des champs, les voyageurs, se succédèrent. Dès que la guerre éclata, le mufti gagna l'Allemagne, prononça à la radio des discours incendiaires pour amener les Arabes à la cause de l'Axe et suggéra aux dirigeants nazis la "solution finale" de la question juive, c'est-à-dire l'extermination des tous les Israélites d'Europe. Ce n'est un secret pour personne que les Arabes du Moyen-Orient, entre 1940 et 1944, croyaient à la victoire de l'hitlérisme, et l'appelaient de leurs vœux, alors que les juifs palestiniens prenaient part à la guerre aux côtés des Alliés.
3° En 1948, alors que les armées arabes convergeaient vers le nouvel État, considéré comme une proie facile, les gouvernements des pays arabes et les dirigeants des communautés musulmanes en Israël (à Haïfa, par exemple) sommèrent les Arabes résidant sur le territoire israélien de le quitter immédiatement, en leur promettant qu'ils y reviendraient bientôt en conquérants pour s'emparer des villes, des fermes, des plantations arrachées aux Hébreux. Les autorités israéliennes supplièrent les Arabes de ne pas suivre ce pernicieux conseil. Plus de dix mille restèrent ; ils sont aujourd'hui deux cent cinquante mille, citoyens d'un pays démocratique et progressiste, représentés au Parlement, ayant leurs municipalités, leurs écoles, leur lange reconnu et un niveau de vie bien supérieur à celui des pays voisins. Les cinq cent mille environ qui sont partis (certains après avoir attaqué les districts juifs, comme ce fut le cas notamment des Arabes de Jaffa contre Tel-Aviv) sont maintenant un million, dont une proportion indéfinie de non-réfugiés inscrits frauduleusement sur les listes d'assistance (cent soixante mille, selon le rapport Clapp à l'O.N.U.). Leur intégration dans les pays voisins (quarante-cinq millions d'habitants), pourtant aidée par une administration spéciale de l'O.N.U., l'U.N.R.W.A., et des sommes considérables, s'est heurtée au mauvais vouloir des gouvernements arabes, qui les ont laissé croupir dans l'oisiveté, étant soucieux de conserver cet argument contre Israël et cette force explosive en vue d'un conflit futur.
4. À plusieurs reprises, et notamment lors de la quinzième session de l'Assemblée générale des Nations Unies, le 28 novembre 1960, le gouvernement israélien s'est déclaré prêt à indemniser les Arabes réfugiés dans les pays voisins à condition, bien entendu, que les gouvernements arabes indemnisent les juifs chassés de la vieille ville de Jérusalem, d'Hébron, et des divers pays arabes où ils ont abandonné leurs biens. Faisant un geste de conciliation, il a même débloqué, par une mesure unilatérale, des comptes bancaires appartenant à des réfugiés arabes de Palestine. Ce geste n'a été suivi d'aucune contrepartie.
Il est évident, pour conclure, qu'un règlement d'ensemble doit être recherché, en vertu duquel les réfugiés arabes et les réfugiés juifs devront être indemnisés et une coopération économique établie pour toute cette région du Moyen-Orient"
.

Et pour finir, si vous me prêtez encore deux minutes d’attention, laissez-moi vous faire une confidence : j’ai sous les yeux un vrai journal de gauche, issu de la vraie Résistance, je parle de Combat, fondé par Camus (entre autres journalistes droits). Cet exemplaire date… du 18 juin, je ne vous dis pas de quelle année, vous allez deviner.

Journal Combat

Dans un article intitulé «Israël a tenu bon. Avec leurs mains nues, les Juifs ont arrêté l’assaut des armées arabes», l’envoyé spécial de ce quotidien (aujourd’hui disparu) exalte «l’héroïque résistance juive [qui] a étonné tous les observateurs».
Et il ajoute : «Ce qui m’a personnellement étonné, c’est l’impuissance des envahisseurs arabes, disposant de moyens matériels considérables avec lesquels n’importe quelle armée européenne aurait en quelques jours rayé de la carte l’État d’Israël».
Le journaliste parle aussi du blocus imposé par la Grande Bretagne (le mandat britannique s'achevait précisément à ce moment-là) à l’État hébreu, ce qui fait qu’il a vu, face aux «chars de la Légion arabe» des jeunes gens disposant d’une «seule mitrailleuse Hotchkiss avec 2 000 cartouches (5 minutes de tir)» et de quelques grenades. Et il conclut : «l’État d’Israël vient à peine de naître. Il a prouvé qu’il existait de facto en résistant à l’offensive arabe. Le monde a suivi pas à pas son combat et le monde a été étonné, et le monde a déjà accepté la réalité d’Israël».




Eh bien, demandons-nous pourquoi la gauche, à fond derrière Israël en 1948, est aujourd’hui à fond contre ce petit pays – et relisons la citation de Georges Gusdorf.
Et puis, rappelons donc que les armées arabes ont voulu détruire l’État d’Israël naissant, et ont été défaites ; qu’elles ont, à la suite, perdu quelques minuscules parcelles de terrain, une goutte d’eau par rapport à l’océan de leurs conquêtes antérieures. Et passons, enfin, à autre chose.

Mais j'imagine le chagrin de certains. Ces choses-là sont rudes. Il faut pour les comprendre avoir fait ses études.
Ou disposer d'un minimum de bonne foi.

Commentaires

1. Le jeudi, 28 juin 2007, 16:10 par Marie-France Bezzina

Quand ce découpage territorial insensé a-t-il été fait et par quelle autorité ? Aujourd'hui, la misère - et non les religions - entraîne toujours des violences. Je me souviens d'un professeur de sciences économiques qui, en préambule de son premier cours, avait dit: "La guerre est une nécessité économique".
Cette formule nous avait choqués. Mais ?
Pour voyager et revenir épisodiquement dans les mêmes pays, je me rends compte que les populations qui n'ont plus faim vivent en paix.

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