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La grande Sartreuse

, 06:17 - Lien permanent

Eh bien ! nous les avons eues jusqu'à plus soif, ces années Sartre ! En fait, la chaleureuse biographie de Claude Goretta, si elle donne une assez bonne idée du climat politique de l'époque, vaut d'abord, à mon sens, par la fabuleuse (et je pèse mes mots) interprétation de Denis Podalydès, sorti jeune homme bondissant du Mystère de la chambre jaune pour se métamorphoser (quel physique ! Quelle voix !) en philosophe à la mode particulièrement convaincant.
La grande Sartreuse, en revanche, est beaucoup moins bien rendue, selon moi, comme amante éplorée, très frustrée sexuellement, alors que, naviguant volontiers à la voile et à la vapeur (ça avance plus vite, prétendent-ils), de Beauvoir avait de quoi se satisfaire tous azimuts. D'autant qu'un peu avant cet Âge des passions, la romancière qu'elle était avait reçu le prix Goncourt pour Les Mandarins.
Un qui est très mal rendu, c'est évidemment Raymond Aron : mais enfin, ce n'était pas lui la vedette (il ne l'aura jamais, d'ailleurs : il a mené une vie droite, sans scandales, à la Bergson, il n'intéresse donc pas les médias), alors n'en disons rien.
Mais revenons à Anne Alvaro, dont on se souvient de l'attachant portrait de Clara, qu'elle nous avait offert dans Le goût des autres, où elle était lentement séduite par Bacri/Castella, le "beauf" qui naviguait, lui, non pas à la voile etc., mais entre naïveté et sincérité. Physiquement, Anne Alvaro est assez proche de son modèle (il est vrai que le seul bandeau dans les cheveux...).
Mais Goretta a pris bien des libertés avec la réalité, qu'il a - pour le moins - soigneusement gommée. Ainsi voit-on l'amie d'un jeune étudiant faisant partie de la garde rapprochée du Maître se laisser aller dans les bras du philosophe, après quelques notes de piano - ce qui entraînera une jalousie qu'on jugera outrancière de la part du jeune étudiant.
Car le fait est que si on nous donne à voir que cette jeune fille est également très proche du Castor, on ne va pas jusqu'à la réalité vraie... Et malheureusement sordide.
Pendant la guerre, en 1942, Simone de Beauvoir fut suspendue de l'Éducation Nationale à la suite d'un plainte de la mère d'une de ses élèves pour "détournement de mineure". Certes, je crois que la plainte, de façon très surprenante, déboucha sur un non-lieu. Il n'empêche.


Le couple


Madame puisait dans le vivier inépuisable de ses jeunes élèves souvent admiratives envers leur professeur, et donc proies particulièrement tendres et faciles, puis passait ses conquêtes à Monsieur afin qu'il les dépucelât (ça vous rappelle un peu Fourniret, et ce bon Monsieur Louis ? Pour ne rien dire de Mao).

Le magazine Lire (livraison de décembre 1994 / janvier 1995) rappelle ces faits peu ragoûtants, que l'intelligentsia a choisi de taire.
En posant la question : "20 ans après - Faut-il ressusciter Sartre ?".
Car si, naturellement, les morts sont tous des braves types, et donc l'anniversaire de la disparition du pape de l'existentialisme fut célébré au milieu d'un incroyable "concert d'éloges", certains ont tenu à jouer une petite musique discordante, rappelant les hauts-faits du "romancier laborieux et piètre philosophe, maître à penser de l'intelligentsia petite-bourgeoise gauchisante".
On doit à la vérité de dire, en effet, que cette intelligence fulgurante a gâché nombre de ses talents par des "mœurs aussi minables que dégueulasses", et les Mémoires d'une jeune fille dérangée ont révélé "le mode de vie privée ignominieuse, et d'une misogynie crapuleuse", qui était l'ordinaire de notre philosophe... et de sa compagne. Combien de jeunes vies gâchées, à cause de leurs salauderies ?

Alors, je préfère, même si ce n'est pas à la mode, avoir raison avec Aron (qui a toujours vu juste) que tort avec Sartre (qui s'est constamment trompé, et sous prétexte de ne pas "désespérer Billancourt", a jeté un voile sur la dictature stalinienne). Oui, je préfère l'âge de raison...

Commentaires

1. Le lundi, 18 décembre 2006, 23:38 par Un citoyen ordinaire

Je n'ai pu qu'apercevoir ces "Années Sartre" (suffisamment pour, moi aussi, être estomaqué par la performance de Podalydès !), mais, néanmoins, bravo pour votre commentaire du jour car (et là on quitte le feuilleton pour revenir à la réalité) moi aussi (bis) ce couple "mythique", soi-disant symbole de l'intellectualisme à la française, ne m'a jamais fait fantasmer...
Sous un angle idéologique, le silence (indécent, pour ne pas dire complice) de Sartre devant la boucherie stalinienne ne peut que m'inspirer du mépris, voire du dégoût (quel courage - et quelle lucidité ! - de faire l'éloge du Marxisme confortablement attablés à Saint-Germain des Prés !).
Quant au volet privé des personnages, si je savais que la "grande Sartreuse" avait une sexualité disons très "libre", je ne connaissais pas le penchant pervers de ces amants terribles pour l'échange des conquêtes amoureuses (mineures de préférence, il va de soi). Bref, mon opinion ne fait que se renforcer et mon interrogation ne fait que grandir en pensant, tant d'années après, à l'aura qui entoure encore ces personnages.
Mais n'a-t-on pas les "héros" que l'on mérite ? Pathétique. Il n'y a pas que Billancourt qui risque de frôler le désespoir...

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