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Adieu Philippine, ou Cambronne sous l'Équateur

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Bon, j'avance tout de suite que c'est un clin d'œil à l'attention des moins jeunes. Car il s'agit du titre éponyme d'un film, d'une chronique douce-amère de l'environnement des jeunes de vingt ans ("j'avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire, etc., etc.") frappés d'une façon ou d'une autre, il y a quelque cinquante ans, par les "évènements" d'Algérie.


Vous connaissez pas, tant pis. C'est de votre âge. Adieu Philippine














Donc, je regarde avec incontestable émerveillement une jeune philippine s'occuper de petits enfants, et œuvrer comme si le sort du monde en dépendait.



L'heure du lait GloriaPlus exactement, son image s'impose à moi tandis que je lis, dans The Edge de cette semaine, des propos hélas peu sujets à contestation sur les îles philippines. Avec interview à la clé de la sémillante Présidente du coinsteau, Gloria Macapagal Arroyo, dont la ressemblance avec notre Catherine Frot (dans Mon petit doigt m'a dit, par exemple), est assez remarquable.


Euh, si c'est l'heure de Gloria, ce n'est guère l'heure de gloire de son pays : "long dismissed as Asia's laggard, annonce l'article, the Philippine economy is turning around" (j'ai pas le temps de traduire, démerdez-vous).

L'image de la petite philippine se superpose à celle de Gloria (in excelsis philippino) parce qu'avec un immense courage, et sans doute aussi beaucoup de témérité naïve, elle a quitté son île (enfin, son île, il y en a 7 107, je ne sais laquelle, exactement, elle a quitté) pour aller garder des enfants un peu à l'ouest, dans l'Eldorado de l'Asie, "se placer" comme on disait autrefois. Comme bon nombre de ses payses.


Se placer pour accumuler un modeste pécule, de quoi poursuivre ses études dont elle a déjà, par ce biais, financé la moitié, afin de devenir institutrice chez elle.

J'imagine une seconde nos sémillants élèves de nos sacro-saints IUFM qui n'auraient d'autre ressource, pour achever leur parcours, que d'aller "se placer" au loin, trois années durant, afin de recueillir de quoi enfin vivre dessus, et accéder à l'obtention de leur diplôme. À la vérité, j'imagine cela très mal...

J'observe donc la petite philippine : est-elle si attentive et douce, si maternelle enfin, elle qui n'est pas mère, parce que c'est sa nature (sa culture, peut-être), ou bien parce qu'elle craint d'être, à la moindre incartade, dans le premier avion, comme d'autres de ses congénères à l'entour avant elle, sans même avoir le temps de rassembler ses pauvres affaires ?
Non, je veux croire qu'en accomplissant sa tâche avec le sourire, toujours, elle se prépare tout bonnement à son futur métier.
Je vous em... tous !
Après lui avoir tiré les vers du nez, avec mon triste charabia, je l'imagine plus tard, de retour dans son pays, la presque trentaine rayonnante, comme son actuelle patronne.



Je l'imagine, c'est tout le mal que je lui souhaite, exerçant le métier qu'elle aura peiné à obtenir, choyée par un compagnon attentif et lestée de quelques bambins. Je l'imagine triomphant, oh modestement, certes :



"Mon Dieu, on peut dire que dans ma vie j'ai été salement emmerdée. Mais bon, tout de même, je me suis assez bien démerdée, la preuve en est qu'après avoir tant démerdé les gosses des autres, maintenant, enfin, je démerde les miens. Et je vous emmerde tous".



Commentaires

1. Le samedi, 2 décembre 2006, 10:32 par Christian MERCADIER

Eh ! oui. Quelle belle leçon d'humilité et, à la fois, de courage grandiose ! Si nos brillants futurs "professeurs-des-écoles" pouvaient s'en inspirer...
Amitiés,

Christian Mercadier

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