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Romance, ou Archives (4 et fin)

, 03:08 - Lien permanent

Me voici parvenu au visionnement effrayé de la dernière cassette qu'un brusque souci de rangement avait fait remonter à la surface de mes empilages. Je note que j'avais enregistré ce film parce qu'il était chaudement recommandé par l'ineffable Télérama, l'hebdomadaire qui se mêle de tout sauf de télé (bon, j'exagère un peu, d'accord). Un film qui avait reçu les encouragements, je crois, du Centre national de la cinématographie, ce devait forcément être un évènement au-dessus du lot. Une manière de chef d'œuvre. Romance, que ça s'appelle.
J'ai honte de dire que j'ai regardé jusqu'au bout des 84 minutes la queue de Rocco Siffredi, car Siffredi il y a. Or où Siffredi il y a, chef d'œuvre il n'y a pas, c'est une lapalissade. Mais bon, un film de Catherine Breillat, encensé par Télérama, vous pensez ! La fine fleur de l'intelligentsia française...
J'ai regardé jusqu'au bout cette Romance caractérisée par l'absence de tout sentiment. Enfin, cette merde. Et je me suis demandé, in fine, si cette Breillat était une chienne en chaleur, une folle, une réalisatrice à prendre (si je puis dire) au troisième degré. Je ne sais trop me prononcer. Sauf à dire que j'ai eu honte, l'image de fin enfin venue sur l'écran.
Bref, il s'agit de l'histoire d'une jeune femme qui se fait mettre un peu partout, je parle du temps et de l'espace, car on passe d'Aigues-Mortes (pauvre Marie Durand, elle a dû se retourner à plusieurs reprises dans sa tombe) à Paris, en coupé puis en 2 CV s'il vous plaît (après tout, l'ex-femme de Fabius s'affichait bien en 2 CV). Cette jeune femme pleure beaucoup, car elle est délaissée, ou se croit telle, par son médiocre acteur d'amant. Comme elle n'a aucun souci pour le remplacer, dans la rue comme les chiens ("pourquoi les hommes qui nous dégoûtent nous comprennent-ils mieux que ceux qui nous attirent et que nous aimons ?") ou dans des lieux plus convenus, on se demande si ce sont de vraies larmes, ou des engins de crocodile, dont les femmes sont tellement friandes. Je n'ai pas éclairci ce mystère.
Au fait, je dois, pour ma défense, avancer que si j'ai regardé ce film jusqu'au bout, c'est qu'on apprend soudain que l'héroïne (tiens, pas de drogue dans cette impérissable romance ?) est institutrice. Comme j'ai connu des milliers d'institutrices, j'ai eu la curiosité de voir quel portrait ressemblant allait nous tracer une femme, Breillat, d'une autre femme, Marie (prénom particulièrement bien choisi), institutrice de profession. J'attendais un portrait sympathique, ressemblant. J'ai été servi...
Cette institutrice traîne son ennui de bars en boîtes fort chaudes, et me paraît plus savante en les membres virils qu'en la pédagogie. Qui est, à n'en pas douter, le cadet de ses soucis. Et elle veut un enfant ! Et elle se dit amoureuse folle ! Et elle avoue détester la tendresse... Quel méli-mélo, je vous jure...
Pour justifier ce gagne-pain, Breillat nous la montre à l'œuvre, et quelle œuvre, dans une courte séance de dictée. Vous avez sans doute en mémoire la merveilleuse séquence due à Truffaut et à ses Quatre cents coups, au cours de laquelle le jeune Doinel, peu surveillé apparemment par "Petites feuilles", arrache aussi allègrement que méthodiquement les feuilles de son cahier.
Dans Romance, point de tout cela. La maîtresse, qui a fait les quatre cents coups la veille, comme toutes les nuits d'ailleurs, et qui ignore tout d'une préparation de classe, dicte en même temps qu'elle écrit le texte au tableau (Les moi d'hivers), et on apprend, parce que son directeur déboule à l'improviste, qu'il ne s'agit pas d'un exercice de rectification d'erreurs (à la rigueur acceptable), mais bien de l'orthographe "naturelle" de la demoiselle : le directeur lui-même en est effrayé, c'est dire !
C'est pourquoi il lui donnera, dans les plus brefs délais, des leçons très particulières de gynécologie appliquée (d'une délicatesse...). Et qui auront leur pendant dans une autre scène, en milieu hospitalier, où des théories d'internes sont invités par le patron à vérifier que Marie est enceinte - rassurez-vous, il ne s'agit pas d'immaculée conception, mais des œuvres du fameux acteur du début du film - que d'ailleurs Marie assassinera délibérément avant d'accoucher.
Le directeur d'école ne se contente pas de ces Delicatesses : il lui expose sa philosophie, très particulière elle aussi. Car on philosophe beaucoup, dans ce film (tu veux que je t'enc..., questionne Siffredi, lors de sa première rencontre avec l'institutrice, laquelle a dû sortir tout droit, vous vous en doutez, de l'école des filles publiques)...
Oui, le directeur d'école philosophe, il a même produit "une émission à France-Culture" (!), et il "fait" du latin (se aductere, amener à soi), alors pourquoi se gêner ? Ce collectionneur de femmes, ou plutôt de "cons" de femmes, invite son adjointe chez Maxim's ou quelque chose d'approchant... Sans doute a-t-il le salaire d'un patron d'industrie, soit trente fois, au moins, celui d'un directeur d'école... Avant d'humilier à plusieurs reprises son adjointe ("Qu'est-ce que c'est flippant", avoue-t-elle - pour nous, encore davantage - avant d'ajouter : "il fallait que je me jette sur le trottoir comme une épave").
Cette Marie, ai-je pensé, doit être une fille naturelle de Sartre. À vous donner la nausée, avec les rapports sado-masochistes dans lesquels elle se complaît, son directeur disposant, dans son arrière-boutique, de toute une panoplie d'engins assez peu pédagogiques. J'ai pensé, je l'ai déjà dit, à Marie Durand. Mais j'ai surtout eu une pensée émue et reconnaissante pour Louis Dumas, lumineuse figure de directeur d'école, auteur de Au pied du mur (vous connaissez pas, tant pis). Lui n'aurait même pas pu imaginer un truc pareil, aussi dégradant.
J'ai enfin songé à Évelyne Sullerot. La pauvre ! Par les temps qui courent, que pèse-t-elle face à toutes ces sexolâtres, les Millet, les Despentes, les Breillat et consortes...
In fine, je me suis demandé si Breillat ne se foutait pas de notre gueule. Dans le cas contraire, alors il faudrait mettre en cause son équilibre mental... et la compétence des gens de Télérama à juger de la qualité d'un film.
À moins que... À moins que les pourrisseurs que notre vieille société judéo-chrétienne ne soient, ici aussi, en train de dérouler leurs horribles tentacules. Ce qui rime d'ailleurs, et ça tombe bien pour ma chute, avec l'activité favorite de Siffredi. Et de Breillat, apparemment.
Romance est une triste saloperie, il n'y a pas d'autre mot. Nantie d'une bande-son détestable. Et "ça" (un "film-manifeste", un "film d'auteur" !) figurait dans mes archives ? J'en ai encore honte. Car cette "œuvre" fictionnelle peut avoir d'étranges résonances dans l'actualité.
Tenez, par exemple : "Il me disait qu'il aimerait sortir une jeune fille et lui faire l'amour après l'avoir attachée nue à un arbre et lui avoir fair subir des actes avec un fouet, etc" (un témoin, racontant aux gendarmes une conversation avec Émile Louis, fin 90 - Émile Louis, vous savez, ce salopard de l'Affaire des disparues de l'Yonne).

Commentaires

1. Le mardi, 14 novembre 2006, 08:07 par Adricube

La dernière phrase me rappelle un autre film ... "Belle de Jour" ... mais ça n'a aucun rapport avec votre note, car c'est un bon film.

2. Le mardi, 12 décembre 2006, 14:38 par Ali

Puisque je suis tombé sur ceci par hasard, et qu'il n'est pas trop trop vieux, je me permets de dire que si, 'Belle de jour' a beaucoup à voir avec votre note puisque 'Romance' a essentiellement le même sujet, mais traité 'cru' et par une femme. 'Belle de jour' est beau à regarder et 'Romance' ne l'est pas, mais ce n'est pas forcément une mauvaise chose...

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