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Aimée & souffrante Algérie

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Ce qui devient particulièrement gênant, dans les débats qui agitent ce pays, c'est l'obligation de penser selon la pensée unique, qui prêche la séparation systématique du bon grain d'avec l'inique Le Pen.
À tel point qu'on peut légitimement hésiter à dire qu'il fait soleil, si d'aventure le vieux chef frontiste a risqué auparavant une telle observation. Il y a en filigrane bien des sous-entendus peu ragoûtants, mais mon propos n'est pas là.

Il se situe au sujet de la présence sur notre sol, à nouveau, du dénommé Bouteflika (présentement chef de l'Algérie), qui, il y a trois ou quatre jours à peine, a agoni la France d'injures, puis a sauté dans le premier avion pour venir s'y faire soigner... dans un hôpital militaire, qui plus est ! Or, Monsieur Le Pen a dit des choses, là-dessus...
Devrait-on donc se taire ?
J'ai déjà eu l'occasion de dire combien ce gouvernant fantoche - ce sont ses militaires à lui qui tiennent les leviers de commande, en fait - d'un pays immensément riche mais dont les habitants sont pour la plupart condamnés à la désespérance la plus totale, m'apparaissait particulièrement méprisable, surtout lorsqu'on le compare, par exemple, à un Hocine Aït Ahmed (un vrai combattant, celui-là, pas un planqué de l'arrière, comme l'actuel pensionnaire - à titre gracieux - du Val-de-Grâce).
Qu'a-t-il donc fait, le dénommé Bouteflika, pour avoir les honneurs de ce billet ? Haranguant des foules paupérisées par sa faute, et qui n'en peuvent donc mais, il a en gros une fois encore accusé la France d'être à l'origine des sévères déboires que connaît l'Algérie. L'Algérie qui, soit dit en passant, s'est montrée incapable de maintenir seulement l'existant, je veux dire la situation dans laquelle la France l'avait laissée au début des années soixante.

Oh, qu'on me permette une incidente, car décidément l'histoire se récrit tous les jours. Au sujet du très beau téléfilm l'Adieu (avec la sublime Mélanie Doutey), j'ai lu dans je ne sais plus quelle presse que les derniers moments de cette fiction (très honnête, c'est assez rare pour le signaler) se déroulaient au moment de la "déroute de l'armée française". La déroute !
On croît rêver ! Pour être en mesure de négocier avec beaucoup de cartes en mains (dont il ne sut pas se servir), De Gaulle avait fait mettre le paquet, en Algérie. En particulier après l'exécution du plan Challe, la "rébellion" intérieure était à genoux, et les planqués de Tunisie et du Maroc empêchés (par des barrages électrifiés) d'entrer dans le pays (et peu désireux, d'ailleurs de venir en découdre !).
La France avait totalement gagné la guerre (gagné les cœurs, c'est autre chose). Venir parler, un demi-siècle après, de "déroute", est de la part d'une plume française une véritable salauderie. Mais glissons.
Cracher sur son pays est devenu chez nous un sport national.

Donc, j'en reviens au titulaire d'un cancer à l'estomac. Il n'en manque d'ailleurs pas, d'estomac, pour oser dire à ses populations affamées que tout ça, c'est la faute de la France, qui a perpétré un véritable génocide de l'identité algérienne.
Certes, il vaut mieux entendre cela qu'être sourd. Mais tout de même...
Rappelons que les Arabes ont conquis l'Algérie avant que les Français n'en vinssent à les imiter. Et si la conquête française fut ponctuée d'atrocités, l'arabo-musulmane, quelques siècles auparavant, avait ouvert la voie, ajoutant même de massives déportations (de tout cela, il est convenu de ne point parler, bien sûr).
Les premiers habitants, les Berbères s'en souviennent, eux, dans leur mémoire collective !
Alors, je pense qu'il faudrait devenir adultes et cesser d'accepter les coups de pied au cul, de la part d'un ex-colonisé qui prétend nous faire suer le burnous.

Qu'on lui rende ses fringues, qu'on le mette dans le premier avion, et qu'il aille se faire voir à Tripoli, au Caire ou même à Alger. On n'est pas les seuls soignants au monde, que diable !

Commentaires

1. Le mercredi, 26 avril 2006, 10:49 par Un simple citoyen

Étant donné mes origines, je peux difficilement être soupçonné d'une quelconque complaisance vis-à-vis des thèses (notamment raciales, pour ne pas dire racistes) du sieur Le Pen. Néanmoins, si ce triste personnage affirme que 2 et 2 font 4, je me vois assez mal, moi aussi, répliquer le contraire. Et il me revient à l'esprit un slogan de campagne du FN à la fin des années 80 : "La France, aimez-la ou quittez-la".
Slogan ayant - bien évidemment - fait pousser des cris d'orfraie à la classe politique bien pensante (traduisez, adepte de démagogie sirupeuse et de pensée unique lénifiante). Et pourtant, et pourtant...
Quel individu (toutes couleurs, toutes races, toutes religions ou toutes classes sociales confondues) accepterait décemment que l'on vienne à sa table, que l'on y reste, que l'on y mange, et qu'ensuite on se plaigne avec arrogance de la qualité du service ? Bref, on pourrait paraphraser Le Pen (et croyez-moi, ça me coûte de le faire) en disant : "Cher Monsieur Boutéflika, la France, respectez-la ou oubliez-la... elle et ses hôpitaux !".

En effet, quel autre pays que le nôtre accepterait qu'on crache sur son drapeau (pour la nième fois, ce n'est donc pas un "simple" dérapage verbal)pour ensuite venir se faire soigner - en partie aux frais du contribuable local - sur son sol ?
Cette interrogation (somme toute basique) n'a pourtant pas l'air d'interpeller la presse hexagonale qui, il est vrai, est plus intéressée par le demi-point que le président (ou le premier ministre) aura perdu ou gagné dans les derniers sondages... En tout cas, je serais prêt à parier fort cher que si un président français (ou anglais, ou allemand, qu'importe) avait tenu le même type de propos insultants sur cette grande et formidable démocratie qu'est l'Algérie (moi, ironique ?) avant de venir s'y faire soigner, cela aurait sans aucun doute provoqué quelques remous (bien légitimes) de l'autre côté de la Méditerranée.
Mais ici ? Rien ou si peu. Mais bon, c'est peut-être aussi ça l'apanage des démocraties, des vraies : se faire piétiner et en redemander.
Parfois, on regretterait presque de ne pas vivre en dictature...

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