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Trop bien, Robien

, 19:24 - Lien permanent

Ainsi donc, cette affaire n'en finira jamais !
Voilà qu'une correspondante attire mon attention sur un fait que j'ignorais jusqu'à ce jour (hoc me fefellit : naturellement, on ne me dit jamais rien, à moi) : le ministre de Robien y est encore allé de son couplet à la con. Dans une interview "accordée" à La Dépêche du Midi (parue le 15 février dernier), cet individu a déclaré, avec la connaissance approfondie qu'on lui connait des processus d'apprentissage et de maturation, et de la biologie du système nerveux (un vrai homme neuronal, ce Gilles), "le malaise dans l'apprentissage de la lecture a été révélé notamment par des rapports de scientifiques qui démontrent que commencer par la lecture globale est un non-sens scientifique. L'apprentissage se fait par l'hémisphère gauche du cerveau, on apprend par séquence et non en globalisant".
Fermez le ban, vous savez dorénavant pourquoi votre fille est muette (et je subodore qu'on va sous peu nous refaire le coup de la médicalisation de l'échec scolaire).
Et de Robien, après cet implacable énoncé découlant d'une ineffable théorie, d'en venir aux exemples d'application : "C'est comme pour apprendre à conduire, on n'apprend pas en même temps à tenir le volant, allumer la radio et caresser éventuellement la cuisse de sa voisine. On apprend d'abord que le volant fait bouger les roues, que le frein sert à s'arrêter et ainsi de suite : on apprend à conduire [...]".
Voilà donc les propos qu'ose tenir un Ministre de la République, au nom de l'hémisphère gauche ! Et dire qu'une déclaration aussi impérissable m'avait échappé ! D'ailleurs, les gauchers ne vont pas manquer de protester, comme les homo et/ou bi-sexuels, lesquels trouveront que n'avoir cité que le genre féminin, au titre du passager, est une insupportable marque de sexisme, et une atteinte intolérable à la sacro-sainte "préférence sexuelle".
Mais laissons de côté la triste mentalité de ce triste individu, et examinons sa déclaration. Outre qu'allumer la radio et caresser la cuisse de sa voisine (ou de son voisin) ne semblent pas entrer dans le cahier des charges des contrôles opérés par les inspecteurs du permis de conduire, il semble bien que le ministre se réfère à une manière antédiluvienne d'aborder l'apprentissage de la conduite, celle que j'ai par exemple subie : on nous apprenait autrefois, n'est-ce pas, Gilles, l'emplacement des diverses commandes, on nous noyait sous des tas de planches de panneaux, on nous faisait ensuite rouler sur les routes les plus désertes, dans des conditions parfaitement artificielles. Quand on obtenait la si désirée feuille verte, il restait encore à apprendre à conduire, dans des conditions normales.
Ce mode opératoire me fait irrésistiblement penser à un délicieux passage des Instructions officielles de 1923 : "le nouveau [programme] fait figurer au cours moyen des exercices de natation. Si l'eau manque, on fera exécuter à sec les mouvements du nageur" (souligné par moi). De même, c'est "à sec" qu'on apprenait à conduire. Et "à sec" qu'on inculquait le B-A BA. Seuls les happy few accédaient à la lecture adulte.
Il y a là-dessus une jolie histoire racontée par Alain, dans sa magnifique Histoire de mes idées. Naturellement, comparaison n'est pas raison : la conduite automobile et la conduite de lecture ne renvoient pas exactement aux mêmes portions des hémisphères (encore que la maîtrise d'un véhicule ne soit pas un comportement de type "inférieur", loin de là).
Mais il y a beaucoup à prendre, dans la façon dont les jeunes d'aujourd'hui sont mis au contact de la conduite, eux qu'on envoie tout de suite dans le grand bain, avec les doubles commandes, naturellement, et qui perçoivent peu à peu, dans cet ensemble global, des éléments de plus en plus signifiants, qu'il leur faut intérioriser. Jusqu'à être capables, "éventuellement", de caresser la cuisse (pourquoi la cuisse seulement, d'ailleurs ? Un célèbre ancien conseiller d'un ancien premier ministre était allé bien au-delà, dans sa pratique de la conduite à la Robien) de leur voisine.
C'est bien ainsi qu'on s'efforce (dans très peu de classes, d'ailleurs) de tendre vers un apprentissage davantage fonctionnel de la lecture, et d'oublier un tant soit peu l'incroyable inculcation (observée dans beaucoup trop de classes) qui conduit au fait qu'après avoir été enseignés de cette façon purement artificielle ("on fera exécuter à sec les mouvements", ce qui se décline en des joyeusetés du type "mé dor, le tou tou de re né, joue à cou rir... le tou tou a val sé a vec re né [sic]), les bénéficiaires s'empresseront, devenus adultes, de ne pas ouvrir un livre, et de se contenter de regarder les images. On aura produit ce beau résultat que résumait le grand Bergson en parlant de signe adhérent, par opposition au signe mobile.
Il faudrait aller plus loin, mais ce n'est pas ici un cours. On ne notera donc, pour mémoire, que la suite de la déclaration : "Pour la lecture, il y a aussi (comme pour la conduite automobile) un ordre : lettre - son - syllabe - mot - sens". Les lettres donnent donc des sons, j'en conclus qu'il existe 26 sons. Monsieur le ministre n'a jamais entendu parler des signes diacritiques, et pas davantage des trente-six phonèmes de sa langue. Passons. Il appelle ça "clarifier". Ça ne s'invente pas.
Si je n'avais pas eu connaissance de cette impérissable déclaration, en revanche il ne m'avait pas échappé (hoc non me fefellit) que, très récemment, le même de Robien n'a pas été invité à je ne sais quel colloque de son parti sur l'éducation. Il a donc ironisé en déclarant (décidément, il n'est pas à court de déclarations) : "il était douloureux, probablement, pour François Bayrou, d'entendre... ce qu'était la réforme de la lecture". Douloureux, je ne sais. Mais je crois que de Robien fait honte même à ses amis politiques. C'est dire. Un livre qu'il a dû adorer, c'est La fabrique du crétin, que je commenterai un jour (patience). Nous savons dorénavant qui est le crétin.
Il y a quelques mois, un député de son groupe (l'UDF) a interpellé le Président de la République dans une supplique d'ailleurs de haute tenue : Partez, Monsieur le Président !
Pour le crétin doublé d'un goujat, il ne peut être question, hélas, d'un langage aussi châtié : fous le camp, connard !

Commentaires

1. Le mercredi, 26 avril 2006, 19:57 par Toto

Pourquoi toujours insulter quand on n'est pas d'accord ? Bonsoir

Pourquoi ce "toujours" ?
Il ne s'agit nullement d'insulter, mais de stigmatiser des propos parfaitement indignes d'un ministre de la République

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