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Le petit juge

, 23:34 - Lien permanent

Bon, ce n'est pas un orateur, c'est le moins qu'on puisse dire. Au grand oral de de l'ÉNA, il eût été recalé sans rémission, ce premier de la classe qui, pour l'occasion, avait sans doute pris des anxiolytiques, en trop grande quantité. Les foules, comme les femmes, aiment les orateurs. Le jeune juge sera donc condamné.
Et j'ai songé le cœur serré, suivant en dépit de toutes mes activités en cours son audition en direct, au précédent de l'ancien ministre Hervé, seul condamné dans l'affaire du sang contaminé, lui qui était à tout le moins un des moins responsables, par un aréopage assez semblable à celui que toutes les télévisions nous ont abondamment montré, hier après-midi - et dont certains membres, lors des suspensions, allaient se répandre dans les couloirs devant micros tendus et caméras avides, ces lamentables, sans doute pour se faire remarquer de leurs électeurs - car on a beau s'ériger en juge, on n'en garde pas moins un œil sur sa circonscription.
Et je regardais nos "représentants", dont un certain nombre sans doute (et si ce n'est toi, c'est donc ton frère) ont eu (auront ?) maille à partir avec un juge, semblable à celui qui tremblait devant eux, se permettant de prendre une discrète revanche - avant de retourner se traiter les uns les autres de tous les noms d'oiseaux, lors des séances du mercredi à l'Assemblée. Encore nous avait-on annoncé, sage précaution oratoire, que le juge était là non pour être jugé à son tour, mais pour aider les éminents membres de l'auguste commission à comprendre le "fiasco", avant que de légiférer.



Sage précaution en effet, car c'est bien devant un tribunal, fort sévère sous des dehors patelins, que comparut le juge. Que vouliez-vous qu'il fît, contre trente, sans cesse interrompu, qui plus est ? Il a pourtant commencé par sortir quelques bribes du dossier originel (et que d'horreurs il y avait là), pour bien montrer que ses décisions n'avaient pas été prises à la légère.
Me revint alors en mémoire une très ancienne lecture, au temps où je faisais ma psychologie, un traité du Dr Hesnard décrivant des perversions sexuelles inimaginables (pour un être à peu près normal). Il faut donc dire que toutes ces constatations médicales, tous ces signalements, tous ces aveux, c'était "pour de rire". Et l'acquittement général, bien entendu, n'a délivré que des innocents.
Après que la presse, il y a quatre ou cinq ans, avait agoni d'injures les dits présumés innocents, la voilà qui les porte aujourd'hui aux nues, oubliant sans vergogne ses indignations passées, et clouant au pilori un petit juge (dans ce peu ragoûtant hallali, l'éditorialiste du Daubé s'est singulièrement signalé) ! Mais passons.
Je songeais aussi au principal enquêteur dans l'affaire des gamins assassinés à Montigny-lès-Metz, et à son petit sourire incrédule lorsqu'on lui faisait remarquer que, pourtant, Dils avait été reconnu innocent par une cour d'assises - certes, à la troisième comparution. Je songeai enfin à ce père d'une origine que je tairai, dont la petite fille avait été signalée à mes services, et dont le cas fut évoqué au cours d'une commission, que je présidais. Le lendemain, le père me demanda au téléphone pour m'injurier, sinon pour me menacer : "Moi, tu vois, j'aime ma fille !".
C'est ça, je vois, continue à l'aimer...
Mais je vous fiche mon billet que, dorénavant, le soi-disant "fiasco" va se balader dans tous les prétoires où la parole de l'enfant, si rare pourtant, sera accueillie. De même que tous les crimes ont été ou seront commis par Fourniret ou Heaulme, de même tous les enfants battus - ou pire - seront systématiquement traités d'affabulateurs. Il y a désormais de beaux jours pour les pédophiles et les pervers.

Tout le monde est innocent, d'ailleurs, tous les avocats vous le serineront. Non, pardon, il y a tout de même un coupable, un seul : c'est le juge Burgaud.

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