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Grève

, 08:44 - Lien permanent

Eh bien voilà, une fois de plus les informations du matin me mettent en boule. France-Inter s'est réveillé(e) en forme, après avoir, comme d'habitude, accompagné la veille les grévistes avec de la musique enregistrée. On nous parle évidemment du succès de la grève d'hier, d'un million de personnes manifestant dans les rues, etc.
Quel triomphe ! Un million de manifestants dans un pays qui compte au moins soixante millions d'habitants ! Mais naturellement, on a oublié de nous dire que la police, elle, avait comptabilisé moins d'un demi-million de protestataires.
Après tout, cela vaut mieux. Au moins les journalistes de France-Inter sont-ils fidèles à eux-mêmes. Ils n'ont même pas dit, avec l'ironie habituelle du ton, "selon la police". Comme si la Police nationale était composée de voyous et de menteurs.
À la vérité, dans ces invariables polémiques, c'est toujours la Police, qui a raison, et qui sait compter, et qui compte sans états d'âme. Les organisateurs, eux, ont tout intérêt à gonfler le bilan afin de paraître davantage crédibles à leurs troupes. Tiens, cela me rappelle une histoire, celle de l'Insee.
Sous Giscard, dans les années 1975, la puissante CGT avait imaginé de publier son "indice du coût de la vie", naturellement sans commune mesure avec les données mensuelles de l'Insee. Je ne sais plus sur quel plateau de télévision, les fonctionnaires de l'Insee furent opposés aux "calculateurs" de la CGT. Qui furent enfoncés et pris la main dans le sac, comme de mauvais écoliers tentant de justifier l'injustifiable. Et cela se conçoit : les fonctionnaires de l'Insee faisaient leur métier sans états d'âme partisans, scrupuleusement et avec compétence. D'ailleurs, j'ai souvenance que l'indice de la CGT finit par disparaître, comme les pitoyables tentatives de Marchais et de ses comiques pour prouver la paupérisation croissante de la classe ouvrière (des "travailleurs"). Eh bien, de la même façon, la Police est composée de fonctionnaires qui font leur travail, y compris de comptage, scrupuleusement et avec compétence. Un point c'est tout. Quelle lamentable et malhonnête attitude que de vouloir dresser les fonctionnaires les uns (qui manifestent) contre les autres (qui ne manifestent pas) !
Mais le journal du petit matin ne s'arrêta pas là : il donna la parole à un professeur syndiqué au Snes (évidemment - on connaît le succès, dans les urnes, des communistes), lequel, qui au moins n'était pas éméché (le ministre Allègre, on se le rappelle peut-être, avait insinué que les bataillons de grévistes enseignants étaient truffés d'abonnés à la dive bouteille), n'en dévida pas moins les sornettes habituelles, prouvant sa grande ignorance de la complexité des problèmes sociaux, et n'ayant vraisemblablement rien compris, ni rien appris, à la suite de l'épouvantable déconfiture (trois dévaluations successives, un avertissement sans frais du Fonds monétaire international et - sauf erreur de ma part - un million de chômeurs supplémentaires) survenue après l'arrivée de la "Gauche" au pouvoir, en mai 81, lorsqu'on nous affirma que dorénavant on allait raser gratis. Ce personnage volubile - à qui confie-t-on l'éducation, et parfois l'endoctrinement, de nos enfants ? - m'a irrésistiblement remis en mémoire cette réflexion de Michel Rocard évoquant naguère "l'excessif simplisme" des militants.
Tiens, pour mécontenter certains de mes lecteurs, toujours les mêmes, je vais donc en ajouter une : sous la méchante Droite au pouvoir, il existait un système dit "échelle mobile des prix et des salaires" qui entraînait mécaniquement les augmentations de salaires à proportion de l'inflation. Ce système, équitable, mais tant critiqué par la Gauche qui piaffait de se saisir du Pouvoir, fut supprimé. Depuis, observez minutieusement l'inflation, et regardez les salaires : le différentiel est devenu considérable. Voilà une raison de "paupérisation" des salariés ! Il faudrait combattre cette mesure inique, et exiger le retour à l'échelle mobile.
Au fait, qui a supprimé la dite échelle ? Mais c'est la Gauche, en arrivant au pouvoir, dès mai 81 (et pourtant, le Programme commun de gouvernement du 27 juin 1972 avait promis de la maintenir. Mais il est vrai qu'il avait promis tant de choses...). Avec l'assentiment des "camarades". Amen.

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